UraMin

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Uramin est une entreprise canadienne d'exploration minière de l'uranium cotée à la bourse de Toronto et basée dans un paradis fiscal, rachetée en 2007 par l'entreprise du nucléaire Areva pour la somme de 1,8 milliard d'euros[1].

L'affaire UraMin est une affaire d’État politico-financière française impliquant la multinationale française Areva, des entrepreneurs canadiens, et plusieurs responsables politiques français et africains. Après son rachat par Areva, les gisements d'uranium se révèlent rapidement tous inexploitables[2]. Areva subit des pertes financières considérables, de plus de 3 milliards d'euros, et sa présidente Anne Lauvergeon est limogée[3].

Depuis le début de l'affaire, les services de renseignement, l'Assemblée nationale, la Cour des comptes et la justice française enquêtent sur différents volets du dossier. Peu à peu, les révélations d’espionnage, de corruption, de fraude, et de conflits d’intérêts se multiplient dans la presse[4].

Histoire[modifier | modifier le code]

2005 : Création de Uramin Inc.[modifier | modifier le code]

Le 25 février 2005, la société Uramin Inc. est immatriculée dans les Iles Vierges Britanniques (paradis fiscal de l'archipel des Antilles britanniques)[5]. Uramin est créée par Stephen Dattels et James Mellon, propriétaires de gisements d'uranium en Afrique cotés sur les marchés de Londres et Toronto[6]. Stephen Dattels est l'un des fondateurs de la société minière Barrick Gold. Le journal québécois La Presse a retrouvé sa trace dans deux autres opérations boursières qui ont mal tourné[7]. James Mellon, cofondateur d'Uramin, avait déjà été poursuivi par des procureurs financiers en Corée du Sud[8].

En mai 2005, Stephen Dattels et ses associés ont obtenus les droits de Trekkopje en achetant pour 4,365 millions de dollars la société Gulf Western Trading Namibia à l'homme d'affaires George Christodoulou[8]. Or des milliers d'investisseurs américains, dont les stars Elvis Presley[9], Johnny Carson et Alice Cooper, estiment avoir été floués dans un projet prétendument frauduleux de Christodoulou en Namibie à la fin des années 1970[7].

En octobre 2005, Stephen Dattels acquiert 6000 ha autour du gisement Ryst Kuil en Afrique du Sud pour 1 million de dollars[8].

UraMin renvoie à cinq adresses différentes[10] :

  • en Afrique du sud selon le registre de la Bourse de Toronto,
  • aux îles Vierges britanniques selon le registre de la Bourse de Londres,
  • à Montréal pour le fondé de pouvoir,
  • à Toronto pour le courrier,
  • à Londres pour les communications avec les principaux dirigeants.

2006 : Introduction en bourse et spéculation[modifier | modifier le code]

En mai 2006, Uramin acquiert trois nouveaux permis miniers pour 27 millions de dollars à quelques kilomètres au nord de Bakouma en Centrafrique[8].

En 2006 Olivier Fric, consultant spécialiste des questions énergétiques et mari d'Anne Lauvergeon[11], transmet le curriculum vitæ du financier belge Daniel Wouters qui est ensuite embauché en avril chez Areva comme responsable du développement et des acquisitions de sa division mines[12] pour servir d’intermédiaire dans le rachat de la société canadienne UraMin. Selon le quotidien Libération, Daniel Wouters serait lié financièrement à Mellon et Dattels, les actionnaires d’Uramin[13].

Les estimations des gisements d'Uramin ont initialement été réalisées par SRK Consulting, une société d'expertise mandatée par UraMin pour auditer ses réserves.

Le 17 octobre 2006, Uramin propose à la présidente d'Areva, Anne Lauvergeon, d'être racheté pour 471 millions de dollars. Mais Mme Lauvergeon ne répond pas immédiatement à cette offre. Mme Lauvergeon reçoit fin octobre une lettre du président du conseil d’administration d’UraMin Samuel Jonah qui met fin aux discussions, et lui propose de le recontacter début 2007[14].

Le 22 octobre, au Canada, la mine de Cigar Lake - une des plus importante mine d'uranium au monde, détenue à hauteur de 37% par Areva - est inondée, ce qui enflamme les cours de l'uranium[15].

En décembre 2006, Mellon et Dattels, les deux financiers fondateurs d'Uramin, décident de déplacer l'entreprise de la bourse de Londres à la bourse de Toronto[16], connue pour être beaucoup plus laxiste que celle de Londres[16].

2007 : Rachat d'UraMin[modifier | modifier le code]

Introduit à la bourse de Toronto en décembre 2006, le titre Uramin fait l’objet pendant tout le printemps 2007 d’une spéculation enfiévrée, dans des volumes de plus en plus importants. Les deux propriétaires alimentent d’ailleurs soigneusement la machine, en multipliant les fausses promesses et fausses déclarations. De 2,2 dollars, l’action passe à plus de 7 dollars en quelques mois[17].

Prix spot de l'uranium entre 1980 et 2012

En 2007, le prix spot de l'uranium connaissait alors un record historique (135 dollars la livre) en raison d'une « pénurie d’uranium qui pourrait frapper les centrales nucléaires à un horizon de trente à quarante années »[18], mais il passa rapidement en dessous de 100 dollars après l'acquisition d'UraMin pendant l'été 2007, puis en dessous de 50 dollars à la suite de l'accident nucléaire de Fukushima en mars 2011.

UraMin, qui était en 2007 une jeune start-up canadienne, n'avait encore jamais exploité d'uranium. Ses actifs étaient constitués de projets dont plusieurs avaient été mis en évidence par des entités françaises (CEA, Cogema, etc...) qui ont été peu à peu regroupées dans Areva.

Les propriétés d'UraMin sont localisés dans 5 pays d'Afrique[2] :

Ces projets avaient été abandonnés par leurs inventeurs car ils considéraient que leur mise en exploitation ne pouvait être rentable. URAMIN a donc pu mettre ces actifs dans son portefeuille à un coût très faible. La société est pourtant acquise durant l'été 2007 à un prix très élevé par le groupe Areva.

En mars 2007, Areva annonce dans un premier temps le rachat de 5,5% du capital d'Uramin, ce qui fait bondir le titre en bourse, avant d'en acheter la totalité trois mois plus tard pour 2,5 milliards de dollars[22].

Le 2 mai 2007, entre les deux tours de l’élection présidentielle de 2007, les responsables d’Areva ont passé un accord à Londres avec les vendeurs de la société Uramin pour fixer le calendrier de l’OPA[23]. La décision est prise sous l'autorité d'Anne Lauvergeon, avec a priori l'accord de l'Agence des participations de l’État (APE, qui détient 87 % du capital d'Areva) et alors que Luc Oursel (futur président d'Areva) était déjà présent (depuis mars 2007) dans le directoire (d'Areva) où il est entré en janvier 2007. Le 15 juin, Areva annonce que l'achat est réalisé pour 2,5 milliards de dollars (soit 1,8 milliard d'euros)[1].

Le cours de l'entreprise a flambé en Bourse après le début des négociations et après que début 2007 Areva eut acheté 5 % du capital[24], puis après une annonce d'OPA amicale (juin 2007)[25]. Areva s'était vu interdire le rachat du géant australien Olympic Dam et n'avait pas pu acquérir Summit Resources[25], mais cette opération a lieu. Elle se fait dans une relative urgence, Areva arguant qu’« UraMin a fixé au 31 mai 2007 la date limite d’une opération d’achat de ses titres »[18] ; le 15 juin 2007, « Areva annonce une offre publique d’achat sur Uramin sur la base d’un prix de 7,7 dollars américains par action, soit une prime attractive hors dividende de 21 % sur le cours moyen pondéré vingt jours au 8 juin 2007. Le communiqué d’Areva indique que le conseil d’administration d’UraMin a jugé que l’offre « était dans le meilleur intérêt de [ses] actionnaires » »[18]. Le prix offert par Areva était alors environ dix fois supérieur au cours de l'action d'UraMin six mois plus tôt.

Le 5 juillet 2007, Sébastien de Montessus devient le président de la Société par actions simplifiée Uramin Holding, localisée Rue La Fayette (Paris), ainsi que le directeur des activités minières du groupe Areva (Business Unit Mines).

2008 : Premières difficultés d'Areva[modifier | modifier le code]

En 2008, l'électricien chinois China Guangdong Nuclear Power Company (CGNPC), partenaire d’Areva, devait racheter 49 % d’UraMin, mais ce rachat n’a jamais eu lieu[26]. Pourtant, la CGNPC aurait posé comme condition à l’achat des réacteurs EPR (centrale nucléaire de Taishan) un accès direct à l’approvisionnement en uranium[18].

Jusqu'en mars 2008, aucun salarié d'Areva n'est autorisé à se rendre sur les sites d'Uramin en Centrafrique, qui conteste l'acquisition de la filiale locale de la société Uramin, Uramin CAR. La Centrafrique demande alors 250 millions d'euros à Areva pour accéder au gisement[27]. C'est pourquoi en avril 2008, l'entrepreneur belge George Forrest et Patrick Balkany, député-maire (UMP) de Levallois-Perret (Hauts-de-Seine), ont servi d'intermédiaires lors de l'achat par Areva des mines d'uranium centrafricaines d'UraMin[28].,[29]. Le 1er août 2008, Anne Lauvergeon signe un avenant au contrat de concession minière de Bakouma pour 40 millions de dollars[30].

2009 : Enquête des services secrets français[modifier | modifier le code]

Selon l'expert en géopolitique Vincent Crouzet, la Direction centrale du Renseignement intérieur a enquêté sur le dossier Uramin dès 2009, en interrogeant l'homme d’affaires pakistanais Saïfee Durbar, auquel le président centrafricain, François Bozizé, aurait demandé d'enquêter sur l'affaire Uramin[31].

Le 28 octobre 2009, Vincent Crouzet rencontre Saïfee Durbar à son domicile à Londres (Ilchester Place, à proximité de Holland Park) et s'entretient longuement avec lui au sujet de l'affaire Uramin[8].

2010 : Lancement d'un audit de l’État[modifier | modifier le code]

En février 2010, l'amiral Thierry d'Arbonneau, directeur de la sûreté chez Areva, recrute Marc Eichinger, un expert en intelligence économique au sein de la société de conseil Asssistance Petroleum International Capital (APIC), pour une enquête sur l'opération publique d'achat Uramin. Le rapport de l'enquête est délivré le 10 avril 2010 dans le bureau du directeur de la sûreté d'Areva, et conclue que l'opération est "très douteuse et potentiellement frauduleuse"[8].

En avril 2010, l’État actionnaire s'alarme et mandate René Ricol (expert-comptable) pour présider le comité d'audit au conseil de surveillance d'Areva et éclaircir des comptes jugés peu transparents notamment concernant l'acquisition récente d'UraMin. Il a « fait passer 426 millions d'euros de provisions en 2010 sur les quantités d'uranium d'UraMin et fait inscrire un paragraphe dans l'annexe des comptes annuels évoquant des tests chimiques qui ne seraient pas très bons ».

Le 16 avril 2010, Anne Lauvergeon inaugure avec Hage Geingob, Ministre du Commerce et de l’Industrie de la République de Namibie, la première usine de dessalement d’eau de mer de Namibie, située à proximité du site de Trekkopje. Destinée à alimenter en eau la future mine d'Areva, la construction de cette usine coûte 250 millions de dollars[32]

2011 : Audit parlementaire français et gel des projets en Afrique[modifier | modifier le code]

Le 2 février 2011, Sébastien de Montessus rencontre le détective suisse Mario Brero à l'Hotel Kempinski de Genève pour lui confier une mission d'enquête sur le rachat d'Uramin, et en particulier sur Anne Lauvergeon et son marie Olivier Fric[33].

Le 23 avril 2011, Paris Match révèle que les gisements d'UraMin n’ont toujours pas produit "le moindre gramme d’uranium"[34].

Le 21 juin 2011, l'Assemblée nationale lance un audit financier d’EDF et d’Areva : elle doit notamment étudier les conditions du rachat d'Uramin. Le parlementaire Marc Goua s'est étonné qu'Areva n'ait pas détecté la surévaluation des ressources annoncées par UraMin. Il s'étonne que « d'abord très prudente sur le dossier, l'Agence des participations de l'État considérait en juillet 2007 qu'il s'agissait d'une belle victoire », mais quelques mois plus tard, ce sont des provisions de 2,36 milliards qu'Areva doit faire dans son budget pour solder ses dettes. L'audit n'a pas trouvé de trace de prise illégale d’intérêts, mais sur la base des noms des actionnaires d'UraMin (confidentiels), il a estimé possible qu'il s'agisse de sociétés de fiducie opérant dans le paradis fiscal où était basée UraMin[18].

Fin octobre 2011, Sébastien de Montessus, alors responsable des mines d'Areva, se rend à Bangui pour informer le président de Centrafrique François Bozizé du gel du projet de la mine d'uranium de Bakouma[35].

Le 13 décembre 2011, Areva annonce qu'elle suspend ses investissements dans les projets d'exploitation de l'uranium à Ryst Kuil en Afrique du Sud et de la mine d'uranium de Trekkopje en Namibie[36]. Après avoir investi 1 milliards d'euros dans les infrastructures de la mine de Trekkopje - dont une usine de dessalement de l'eau de mer, Areva annonce la fermeture de cette mine par manque de rentabilité économique[37].Le conseil de surveillance d'Areva annonce aussi avoir lancé une enquête interne sur le rachat d’UraMin « afin d'examiner les conditions d'acquisition et d'exploitation d'UraMin et d'en tirer des enseignements pour le groupe » ; l'enquête sera conduite par trois membres « indépendants » de ce conseil, visant une conclusion pour début 2012[25].

Fin 2011, le rachat d'Uramin par Areva fait l'objet de polémiques, avant de se révéler être une source de pertes financières élevées. Une nouvelle dépréciation de 80 % de la valeur de la société minière a eu lieu, parce que le gisement s'avérerait moins riche en uranium qu'annoncé[24], et en raison d'une baisse des cours de l'uranium notamment à la suite de l'accident nucléaire de Fukushima.

Parallèlement, Luc Oursel, tout juste nommé président du directoire d'Areva en juin 2011, mandate l'avocat Jean Reinhart pour réaliser un rapport sur le fiasco d'UraMin[38].

Guerres secrètes et espions suisses[modifier | modifier le code]

En décembre 2011, plusieurs médias français révèlent qu'Anne Lauvergeon aurait déposé une plainte pour « complicité et recel de violation de secret professionnel »[39].

Sébastien de Montessus, patron de la division mine du groupe et plusieurs cadres dirigeants de Areva auraient commandé une enquête sur les circonstances entourant la transaction Uramin, et notamment sur le rôle trouble joué par l'époux d'Anne Lauvergeon, Olivier Fric[40]. L'enquête a abouti à un rapport de 15 pages baptisé « Pomerol 4 » qui a été déposé « par une main anonyme » chez Anne Lauvergeon qui en découvre alors l'existence[41].

Anne Lauvergeon dépose plainte à Paris contre la société d’investigation suisse, son directeur Mario Brero et contre Sébastien de Montessus[42]. Elle s’estime victime d’un complot destiné à la déstabiliser et selon elle, il s’agit d’une machination orchestrée par une poignée de cadres – au premier rang desquels le directeur des mines d’Areva, Sébastien de Montessus – pour l’évincer[43].

Selon les informations sur le rapport « Pomerol 4 » publiées dans la presse, dans les numéros de téléphone composés par Olivier Fric, « on y trouve notamment celui d’un banquier travaillant pour Liechtenstein Global Trust (LGT) et ceux d’autres banques, Clariden Leu et Crédit suisse. Pas de quoi étayer les soupçons d’enrichissement illicite grâce à l’achat d’Uramin, mais assez pour « laisser supposer que Monsieur Fric détiendrait des actifs cachés illégalement en Suisse » »[44].

2012 : Révélations sur l'Afrique du Sud et scandale d'espionnage[modifier | modifier le code]

Areva et la corruption du régime sud-africain[modifier | modifier le code]

Le principal actionnaire d’Uramin – il en détient 26 % - est Samuel Esson Jonas. Cet homme d’affaires ghanéen, fait chevalier par la reine d’Angleterre, siège à de nombreux conseils d'administration dont celui de Vodafone où il rencontre Anne Lauvergeon[17].

Dans un article très documenté, le Mail On Guardian, référence de la presse sud-africaine, détaille que le clan du président Sud-Africain Thabo Mbeki avait été largement alimenté par la vente d'Uramin. Le Président dAfrique du Sud à l'époque de la vente d'Uramin, faisait miroiter en effet à Areva un énorme contrat de construction de centrale nucléaire de plus 100 milliards d'euros[45]. Détail étonnant, Anne Lauvergeon de Areva et le Ghanéen Sam Jonah de Uramin ont siégé ensemble au International Invesment Council, le conseil chargé par Thabo Mbeki pour aiguiller la politique économique de l'Afrique du Sud[45].

Areva se battait alors farouchement contre Toshiba-Westinghouse pour vendre 2 réacteurs nucléaires à Pretoria (3 500 MW) tandis que des réacteurs supplémentaires, allant jusqu'à 20 000 MW, étaient évoqués[46].

Selon un témoin anonyme de Uramin cité par le journal sud-africain :

« Le deal était qu'Areva achète Uramin et gagne en retour l'appel d'offres. Areva payait trop cher Uramin - qui valait la moitié. Mais le groupe français allait décrocher des contrats pour des réacteurs et une usine d'enrichissement, pour une valeur dix fois supérieure[46]. »

Evacuation du site de Bakouma[modifier | modifier le code]

Fin juin 2012, l'Armée de résistance du seigneur mène une attaque contre le site d’Areva à Bakouma en Centrafrique[47]. Le 21 septembre 2012, le site de Bakouma est définitivement évacué par Areva et 150 travailleurs sont licencés[48].

2013 : revente du gisement sud-africain[modifier | modifier le code]

En décembre 2013, Areva cède les droits miniers qu’elle détenait à Ryst Kuil à la compagnie junior australienne Peninsula Energy Ltd pour seulement 5 millions d'euros[49].

2014 : Nouvelles révélations[modifier | modifier le code]

Le 4 avril 2014, l'écrivain Vincent Crouzet publie un roman à clef intitulé Radioactif, dans lequel il raconte une histoire similaire à l'achat d'Uramin par Areva et pendant laquelle des rétrocommissions ont été obtenues par la société imaginaire Murena (Areva)[50].

Le 10 avril 2014, les journalistes Gérard Davet et Fabrie Lhomme publient un article dans le quotidien Le Monde révélant que le parquet financier a ouvert une enquête sur le rachat suspect d'UraMin par Anne Lauvergeon[51].

En mai 2014, un pré-rapport de la Cour des comptes, consacré à la gestion d'Areva sous la direction d'Anne Lauvergeon, souligne « la concentration du pouvoir réel dans les mains de la présidente du directoire »[52].

Le 16 mai 2014, Mario Brero et Sébastien de Montessus sont convoqués devant la 17e Chambre du Tribunal Correctionnel pour s'expliquer[41],[53]. Au terme d'une journée d'audience théâtrale, Sébastien de Montessus est intégralement relaxé tandis que Mario Brero est dispensé de toute peine[54].

Le 3 juin 2014, dans le cadre d'une enquête sur le rachat d'Uramin, des policiers réalisent une dizaine de perquisitions chez Areva et chez son ancienne présidente Anne Lauvergeon[55]. Vincent Crouzet est lui aussi entendu pendant sept heures par la brigade financière de Paris, en qualité de témoin. Il a la ferme conviction que cette affaire a été montée pour distribuer des sommes d’argent considérables à des hautes personnalités tant africaines que françaises[56]. Selon lui, Uramin a permis de rémunérer des commissions liées au développement du réacteur nucléaire EPR, en particulier en Afrique du Sud[57].

Le 2 novembre 2014, la république de Centrafrique saisit le parquet national financier d'une demande d'information judiciaire visant Patrick Balkany, soupçonné d'avoir été l’un des bénéficiaires du versement de commissions occultes dans l'affaire Uramin[58].

En décembre 2014, le journal Mediapart révèle qu'avant l'achat de Uramin, plusieurs salariés d'Areva ont tenté en vain d'alerter les services de l'État[59].

2015 : Enquête pour corruption contre Patrick Balkany[modifier | modifier le code]

Fin 2014, la Centrafrique porte plainte au parquet national financier. Patrick Balkany apparaît selon la plainte dans de supposées malversations commises lors du rachat d'Uramin en 2007[60]. En 2015 le parquet financier de Paris ouvre une enquête pour corruption d’argent public étranger contre Patrick Balkany.

Le député-maire UMP de Levallois est soupçonné d’avoir servi d’intermédiaire pour régler un conflit entre Areva et le précédent gouvernement centrafricain[61].

D’après Saifee Durbar, un homme d'affaires pakistanais conseiller du président centrafricain François Bozizé, Balkany était aux côtés de George Forrest dès 2007 pour représenter les intérêts d’Areva en Centrafrique[31]. Patrick Balkany aurait touché 8 millions de dollars, versés sur un compte à Singapour ce qu'il nie[62].

La justice française, s'appuyant sur le pré-rapport de la Cour des comptes de 2014, annonce le 28 mai 2015 l’ouverture de deux informations judiciaires contre X. La première, qui concerne les conditions et les circonstances de l’achat d’Uramin, est ouverte pour « escroquerie, abus de biens sociaux, corruption d’agent public étranger ». La seconde est ouverte pour « diffusion de fausses informations aux marchés, présentation de comptes inexacts, abus de pouvoir, faux et usage de faux »[63].

2016 : Nouvelles révélations de corruption[modifier | modifier le code]

Le 16 février 2016, le sud-africain Tokyo Sexwale est accusé d’avoir perçu environ 200 millions de dollars de pots-de-vin en marge du rachat de la société minière Uramin par Areva en 2007, pour ouvrir le marché sud-africain à la construction de plusieurs réacteurs EPR[64].

Le 30 mars 2016, Olivier Fric est mis en examen pour « délit d’initié » et « blanchiment d'argent » dans l'affaire Uramin[65]. L'affaire avait été révélée en août 2015 par les journalistes Hervé Gattegno et Philippe Vasset du magazine Vanity Fair, dont la principale source est Mario Bréro, le dirigeant du cabinet d'investigation suisse Alp Services, spécialiste de l'affaire Uramin[66].

En , Anne Lauvergeon est mise en examen dans le cadre de l'enquête sur l’acquisition d’UraMin pour « présentation et publication de comptes inexacts et diffusion de fausses informations ». Elle est placée sous le statut de témoin assisté[67].

Le 4 mai 2016, Vincent Crouzet révèle que l'homme d'affaire Stephen Dattels qui a vendu Uramin à Areva est l'un des plus gros donateurs de la fondation Clinton de la candidate à l'élection présidentielle américaine Hillary Clinton[68].

Le 12 octobre, l'agence Reuters révèle, de source judiciaire, que « l'ancien directeur financier d'Areva, Alain-Pierre Raynaud, a été mis en examen dans l'enquête sur la valorisation de la société minière Uramin.» Les chefs d'accusation portent sur « la présentation et publication de comptes inexacts et diffusion de fausses informations[69]

Fin 2016, la justice américaine demande au FBI d'enquêter sur le rachat de la société Uramin par Areva[70].

2017 : convocations judiciaires[modifier | modifier le code]

En janvier 2017, les juges d'instruction convoquent Pascal Colin, commissaire aux comptes d’Areva chez Deloitte. Il a été placé sous le statut de témoin assisté. Puis c'est l’ancien président du comité d’audit d’Areva, René Ricol, qui est convoqué par les juges Renaud Van Ruymbeke, Claire Thépaut et Charlotte Bilger[71].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Documentaires audiovisuels[modifier | modifier le code]

Ouvrages[modifier | modifier le code]

  • UraMin, a Team Enriched: How to Build a Junior Uranium Mining Company (Anglais), de Iestyn Adams et Andre Morrall, paru le 1er juin 2008.
  • Areva en Afrique : Une face cachée du nucléaire français, de Raphaël Granvaud, paru le 15 février 2012.
  • Radioactif, de Vincent Crouzet, paru en avril 2014.
  • Anne Lauvergeon, le pouvoir à tout prix, de Jean-Louis Perez, Le Seuil, 2014.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b « Communiqué de presse d'Areva : "Offre publique d’achat amicale d’AREVA sur UraMin" », sur http://www.areva.com/,‎ (consulté le 17 février 2016).
  2. a et b Les Échos - 17/06/2011 : UraMin et Areva
  3. Fabrice Lhomme et Gérard Davet, « Areva : pourquoi l'affaire UraMin a-t-elle abouti à une enquête judiciaire ? », sur lemonde.fr,‎ (consulté le 17 mai 2015)
  4. « http://www.lemonde.fr/societe/article/2012/01/13/areva-les-zones-d-ombres-du-rachat-d-uramin_1629449_3224.html », sur Le Monde,‎ publié le 13.01.2012 - mis à jour le 09.02.2012 (consulté le 17 mai 2015)
  5. UraMin Inc. - sedar.com
  6. Paris Match - 23/04/2011 : Areva de l’uranium payé à prix d’or
  7. a et b « Uranium: une minière d'ici au cœur d'un scandale en France », sur http://affaires.lapresse.ca/,‎
  8. a, b, c, d, e et f "Une affaire atomique" de Vincent Crouzet, éditions Robert Laffont, janvier 2017
  9. « UraMin : avant Areva, Elvis Presley s’était déjà fait plumer… », sur http://www.capital.fr/,‎
  10. http://eurekablogue.ca/files/6714/6075/6145/FR_URAMIN_-_rapport.pdf
  11. Angélique Mounier-Kuhn, « Un «espion» suisse jugé à Paris », sur letemps.ch,‎
  12. Rebondissement dans l’affaire Areva-UraMin : le double jeu de Daniel Wouters - Capital, 7 mars 2012
  13. « Affaire Areva-Uramin: Swala, un exploitant d’or au cœur des opérations », sur http://www.liberation.fr/,‎ (consulté le 11 février 2016).
  14. UraMin était prêt à se vendre 471 millions de dollars à Areva - Challenges, 1er février 2012
  15. http://indices.usinenouvelle.com/energie/une-inondation-enflamme-le-cours-de-l-uranium.864
  16. a et b « Le scandale UraMin », sur France Inter,‎
  17. a et b Martine Orange, « Uramin-Areva: le scandale est enfin sur la place publique », sur Mediapart.fr,‎ (consulté le 17 mai 2015)
  18. a, b, c, d et e (pdf) Rapport de l'assemblée nationale française de M. Gilles Carrez, 11 oct. 2011
  19. Namibie : comment la mine de Trekkopje a été surévaluée par Areva - RFI, 5 juin 2014
  20. Areva : conflit sur l’uranium en RCA (Centre Afrique) - AFP, 22 septembre 2007
  21. Une histoire de Ryst Kuil - Didier Julienne, Le Cercle des Echos
  22. Uramin : le scandale caché d’AREVA - Émission du 9 février 2016 sur France Inter
  23. Mail interne publié par médiapart le 8 décembre 2014, Uramin: l'accord secret passé dans le dos de l'État
  24. a et b Alain Deneault et William Sacher, « L’industrie minière reine du Canada : La Bourse de Toronto séduit les sociétés de prospection et d’extraction », Le Monde diplomatique,‎ (lire en ligne)
  25. a, b et c Les Échos, 15 décembre 2011 : Areva et les zones d'ombre du dossier UraMin
  26. Le Journal du dimanche - 19/06/2011 : Une enquête parlementaire pourrait être ouverte sur certaines acquisitions d'Areva
  27. https://www.scribd.com/doc/235763850/Areva-et-ses-droles-de-messieurs
  28. Affaire UraMin : quand Balkany jouait les intermédiaires en Afrique - Le Parisien, 7 février 2012
  29. Uramin / Areva : fiasco industriel ou vaste escroquerie ? - France Inter, 24 octobre 2014
  30. http://centrafrique-presse.over-blog.com/article-21735379.html
  31. a et b "La DCRI a enquêté dès 2009 sur le rachat d'Uramin par Areva" - Nouvel Obs, 5 juin 2014
  32. http://www.businesswire.com/news/home/20100416005796/fr/
  33. http://www.lesinrocks.com/2013/09/25/actualite/areva-1-3-operation-pomerol-espionnage-lauvergeon-11429459/
  34. http://www.parismatch.com/Actu/Economie/Mauvaise-affaire-pour-Areva-de-l-uranium-paye-a-prix-d-or-146910
  35. Lettre du Continent no 622 du 3 novembre 2011 : Areva repousse de 1 à 2 ans un projet de mine d’uranium en Centrafrique
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