Université de Pont-à-Mousson

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Cette page est consacrée à l'Université de Pont-à-Mousson qui a existé de 1572 à 1793. Pour les pages sur l'institution universitaire qui lui succéda (de 1854 à 1970) voir Université de Nancy (historique) et ensuite, après 1970, voir Université Nancy-I ou Université Nancy-II. Pour le PRES Nancy-Université, voir Nancy-Université. Pour l'université actuelle, voir Université de Lorraine.

Façade 'Renaissance' de l'ancienne université de Pont-à-Mousson

Le collège et université de Pont-à-Mousson était une institution jésuite d’enseignement secondaire supérieur et universitaire sis à Pont-à-Mousson, en Lorraine. Fondé par le Duc de Lorraine en 1572 et immédiatement confié aux jésuites, le collège reçoit dès 1575 sa charte de fondation universitaire de Grégoire XIII. L’université de Pont-à-Mousson passe en d’autres mains, en 1768, lorsque les jésuites sont bannis de France.

Histoire[modifier | modifier le code]

Origine et fondation[modifier | modifier le code]

Durant la seconde moitié du XVIe siècle, le progrès des idées protestantes dans ses états inquiète le duc de Lorraine. Au fait de ce que les jésuites ont déjà réalisé ailleurs en France, il souhaite la création d’une institution académique de grand prestige pour promouvoir en Lorraine la Réforme catholique et contrer l’influence protestante. C’est ce qui suscite l’établissement de l'université de Pont-à-Mousson en 1572[1], comme antérieurement l'université de Reims en 1547 et l'université de Douai en 1559.

Issue de la volonté conjointe du duc Charles III et du cardinal de Lorraine, l’université reçoit sa charte de fondation par la bulle In supereminenti du pape Grégoire XIII du 5 décembre 1572. Le collège-université est installé dans les bâtiments d’une ancienne commanderie, dans la ville de Pont-à-Mousson à mi-chemin entre la capitale du duché et l'ex-ville libre de Metz (depuis peu sous protectorat français) dont près de 20 % de la population adhérait à la Réforme.

Les ducs de Lorraine voient grand et veulent la création immédiate de quatre facultés : Arts, Théologie, Droit et Médecine. Bien que fort réticents, étant donné leur manque de ressources humaines, les jésuites n’ont guère le choix que d’accepter, considérant l’influence du duc (et ‘Grand Cardinal’) Charles de Lorraine à Rome. Après François de Borgia, son successeur, le Supérieur général Éverard Mercurian, donne son accord. Le projet comprendra progressivement un collège et quatre facultés, dont deux, Arts et Théologie, étaient confiées directement aux jésuites, tandis que les enseignants des deux autres, Droit et Médecine, étaient laïcs, bien qu'également sous l'autorité des jésuites[2].

Inauguration et débuts[modifier | modifier le code]

Le 22 novembre 1574 les cours sont inaugurés par une exhortation solennelle donnée au premier groupe de 60 étudiants dans des installations pas encore achevées. Les premiers cours de droit sont donnés en 1575. Le 2 janvier 1578 le grade de ‘maître ès arts’ est conféré à 10 étudiants, dont le jésuite Jacques Salès[3]. La même année Maldonado visite le collège au nom du Supérieur général. Les jésuites sont 18 prêtres et 11 ‘enseignants’. Le nombre d’étudiants augmente rapidement: de 400 en 1575, et 800 en 1587, ils seront 900 en 1594 et plus de 1200 au début du siècle suivant. Cela nécessite l’ouverture de ‘pensionnats’ et l’octroi de pouvoirs supplémentaires aux pères pour faire exercer la discipline...

La réputation du collège se répand rapidement. Nombreux sont les visiteurs de marque. Le corps estudiantin devient international. Le recteur est lui-même un jésuite écossais, Edmund Hay. Des séances dramatiques s’ouvrent au public à partir de 1577 et suscitent l’enthousiasme du public mussipontain. En octobre 1579 l’évêque de Toul y envoie six boursiers, considérant ‘de facto’ le collège comme étant son séminaire diocésain. En 1581 Marie Stuart le choisit pour la formation de jeunes écossais et irlandais qui, une fois prêtres, rentreraient pour un service pastoral clandestin. A partir de 1616 le collège-université devient également la maison d’études des Jésuites de la province de Champagne.

A la fin du XVIe siècle l’université a son imprimerie (comme le voulaient les lettres patentes de fondation). Un graveur et un peintre (en 1616) sont également des ‘officiels’ de l’université. Ne sont imprimés que les livres approuvés par le recteur de l’université.

Les facultés de Droit et de Médecine ne voient le jour que plus tard et au prix de grandes difficultés. En particulier la naissance de la faculté de Droit est conflictuelle. Professeurs et juristes demandent et cherchent une indépendance que ne leur accorde pas la charte ducale de fondation. Ils refusent la profession de foi (voulue par le concile de Trente) et mettent en question l’autorité du Recteur jésuite. En octobre 1592 les premiers cours de médecine sont donnés et la faculté de Médecine est érigée en 1597.

L’université atteint son apogée durant le rectorat de Jean Bouvet, d’avril 1607 à 1615. Les capucins installent à Pont-à-Mousson leur maison d’études. Les Prémontrés et Augustins sont également présents. Les étudiants proviennent d’Allemagne, de Flandre et du Hainaut, de Hollande, d’Écosse, de Pologne et d’ailleurs. La communauté jésuite compte 75 religieux. En 1609 Charles Malapert, jésuite belge, a 150 étudiants dans son auditoire. Le collège, avec les Arts et la Théologie, compte 1600 étudiants en 1605 et les deux facultés de Droit et Médecine: 400. Construire de nouveaux bâtiments s’impose. Au cours de l’année 1610 les nouveaux locaux sont occupés. Ni l’incendie d’une partie des bâtiments (en 1613) ni les épidémies occasionnelles de peste n’en retardent le progrès. Une forte culture scientifique est attestée avec l’arrivée du père Louis Lallemant à la chaire de mathématiques en 1612. Les publications scientifiques commencent peu après.

Culture et formation religieuses ne sont pas négligées, avec des exhortations dominicales, en latin ou français suivant les niveaux d’étude, et la présence d’actives congrégations mariales, pour les humanistes et les théologiens, sans parler des représentations dramatiques annuelles dont les thèmes sont inspirés par les grandes figures de la Bible. Fêtes et célébrations religieuses solennelles à l’occasion de canonisations.

Formation et discipline religieuse contribuent grandement à introduire en profondeur les réformes du concile de Trente dans la Lorraine et au-delà. Au début du XVIIe siècle plusieurs réformateurs d’ordres religieux sortent du collège de Pont-à-Mousson, le mieux connu d’entre eux est saint Pierre Fourier réformateur des Augustins. Mais également Philippe Thibault (des Carmes), Servais de Lairuelz (des Prémontrés), Didier de la Cour (des Bénédictins). L’église est très fréquentée et renommée pour ses sermons. Des pères sont ‘missionnaires des campagnes’ et visitent systématiquement les paroisses rurales y contribuant à la réforme des mœurs du clergé.

Guerre de Trente Ans[modifier | modifier le code]

La guerre de Trente Ans a des conséquences néfastes. En 1632 les troupes françaises occupent Pont-à-Mousson. Les troubles qui s’ensuivent, avec peste et pénurie, réduisent considérablement le nombre d’étudiants. Les pères ne sont plus que 36. La rentrée académique de 1633 se fait sans solennité. Expulsions des pères lorrains, nombreux décès dus à la pénurie et aux épidémies et manque général d’enseignants font que la rentrée de 1637 se fait avec 200 élèves seulement. Mais les cours ne furent jamais totalement interrompus.

Une renaissance s’ébauche à partir de 1642. Le père Pierre l'Escalopier, professeur de rhétorique, tente de convaincre à la rentrée de 1643 : « L’étude n’est jamais plus nécessaire qu’en temps de calamites publiques ». Les privilèges de l’université sont confirmés par Louis XIV en août 1644, mais le régime est clairement celui de ‘liberté contrôlée’. La Lorraine retrouve son indépendance en 1559 et le duc revient en 1663, triomphalement reçu aux portes de Pont-à-Mousson par les magistrats, le clergé et l’université au grand complet. Le nombre d’élèves remonte à 500 en 1669 et les traditions anciennes sont progressivement rétablies. Mais l’institution ne retrouvera plus le nombre d’étudiants et la gloire d’antan.

Déclin[modifier | modifier le code]

Nouveaux troubles politiques causés par le roi Louis XIV. La Lorraine est à nouveau occupée par les français en 1678. Louis XIV compte bien y exercer les droits des ducs. Mais indépendamment d’une perte partielle de son indépendance, l’université perdait de son influence, et le nombre d’étudiants baissait à la fin du XVIIe siècle. Les ordres religieux importants (Carmes, Prémontrés, Augustins, Bénédictins) ayant créé ailleurs leur propre maison d’études se désintéressaient de Pont-à-Mousson : ils y envoyaient de moins en moins d’étudiants, et les diocèses de Lorraine, les uns après les autres ouvraient leur propre séminaire. Même les Jésuites étaient moins fidèles à l’institution.

Le traité de Ryswick (20 septembre 1697) rétablit le duché de Lorraine dans ses droits. Le duc Léopold rentre dans ses états et est reçu triomphalement. C’est l’occasion d’une séance académique solennelle avec procession, soutenances de thèse, panégyriques et pièce de théâtre. Le père Pierre-Antoine Modo, nancéen, revient d’exil et est nommé recteur. Le frère du duc est confié au père de la Ruelle.

Malgré la bienveillance et le soutien des ducs qui ont à cœur de faire de Pont-à-Mousson la grande université de Lorraine l’institution ne se relève pas. Le nombre d’étudiants de 300 au tournant du siècle (1700) diminue et reste aux environs de 220 jusqu’en 1720, surtout étudiants de théologie ou philosophie. L’influence janséniste se fait sentir dans la faculté de Droit. Des conflits en surgissent lorsque, leur refusant de faire la profession de foi, les recteurs jésuites tentent d’écarter certains professeurs. Cela entraine le mécontentement d’évêques favorables au jansénisme (Mgr de Coislin à Metz). Cela s’aggrave lors de la publication de la bulle Unigenitus condamnant le jansénisme (1713). Un autre conflit avec la France fait que pendant un certain nombre d’années les diplômes de Pont-à-Mousson n’y sont plus reconnus. Cela entraîne une nouvelle perte d’élèves étrangers.

Des arrangements politiques qui suivent le conflit entre Louis XIV et l’Autriche font que le duc François, successeur de Léopold perd son duché de Lorraine. Stanislas, roi déchu de Pologne et beau-père de Louis XV, reçoit le duché. Mesure prise pour qu’inéluctablement le duché revienne à la France à la mort de Stanislas, sans enfant. Lui-même est plutôt favorable aux jésuites, mais la cour souveraine de Lorraine milite de plus en plus pour que l‘université soit transférée à Nancy. Elle contraint le roi Stanislas à créer un collège royal de médecine à Nancy qui dépeuple la faculté de médecine de Pont-à-Mousson.

Bannissement des jésuites[modifier | modifier le code]

Lorsque les jésuites sont bannis du royaume de France, le pape Clément XIII écrit au roi Stanislas recommandant les jésuites de ses états à sa bienveillance. Mais le roi Stanislas meurt en 1766. Tout se passe comme prévu: la même année la Lorraine est rattachée au Royaume de France.

Deux ans plus tard les jésuites en sont expulsés. Et, en 1769, l'université est transférée à Nancy en 1769 par édit royal de Louis XV (sous prétexte que les Mussipontains se contentent de louer des chambres aux étudiants au lieu de s'adonner à l'artisanat ou à l'industrie).

L'université est supprimée par la Convention nationale, le 15 septembre 1793[4]. L'ancien bâtiment accueillit la bibliothèque du feu roi Stanislas, devenue bibliothèque municipale de Nancy, et l'Académie de Stanislas.

Université de Nancy[modifier | modifier le code]

L'université est rétablie au milieu du XIXe siècle dans le nouveau Palais de l'Université de Nancy, construit par Prosper Morey en 1864 sur la place Carnot[4], grâce à l'action du lotharingiste Prosper Guerrier de Dumast.

Article détaillé : Université de Nancy (historique).

Source[modifier | modifier le code]

  • Pierre Delattre (et al.) : Les établissements jésuites en France depuis quatre siècles, vol IV, Wetteren, Imprimerie De Meester, 1956, colonnes 79-180.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Eugène Martin: L’université de Pont-à-Mousson (1572-1768), Paris-Nancy, 1891.
  • G. Gavet: Diarium universitatis Mussipontanae (1572-1764), Paris-Nancy, 1911, 747 pages.
  • L’Université de Pont-à-Mousson et les problèmes de son temps, actes du colloque organisé par l’Institut de recherche régionale en sciences sociales, humaines et économiques de l’université de Nancy II, Nancy, 1974, 402 pages.
  • Histoire de l'université et du collège de Pont-à-Mousson, de sa fondation en 1572 jusqu'en 1650, par le père Nicolas Abram. Manuscrit 32 P/R conservé au sein du réseau des bibliothèques multimédia intercommunales de la Communauté d’agglomération d’Épinal, disponible en ligne

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Histoire de l'université et du collège de Pont-à-Mousson, de sa fondation en 1572 jusqu'en 1650. Manuscrit numérisé sur le site de la bibliothèque multimédia d’Épinal.
  2. Claude Perrin, Le Vertige : Histoire et actualité, Paris, éd. Louis Pariente,‎ , 205 p. (ISBN 978-2-84059-034-7), p. 16.
  3. Son futur compagnon de martyre le frère Guillaume Saultemouche était également à Pont-à-Mousson, comme portier
  4. a et b Rapport d'évaluation de l'Université de Nancy 2 de novembre 1994 sur cne-evaluation.fr.

Liens externes[modifier | modifier le code]