Union des producteurs agricoles du Québec

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L’Union des producteurs agricoles du Québec (UPA), connue autrefois sous le nom de l'Union catholique des cultivateurs, est une organisation syndicale professionnelle dont la mission est de promouvoir, défendre et développer les intérêts professionnels, économiques, sociaux et moraux des producteurs agricoles et forestiers du Québec. De plus, l’UPA vise à contribuer à l’amélioration des conditions de vie sur le plan social, économique et culturel du milieu rural. Finalement, l’UPA agit également de concert avec les autres mouvements agricoles et forestiers du Canada pour représenter ses membres dans les discussions sur le commerce international comme ceux de l'Organisation mondiale du commerce.

Histoire[modifier | modifier le code]

Au Québec, les premiers mouvements d'agriculteurs commencent en 1789 lors de la création de sociétés d'agriculture inspirées d'un modèle britannique qui regroupent surtout des notables intéressés par les questions d'agriculture. Dans les années 1860 apparaissent les premiers cercles agricoles réunissant tous les agriculteurs en fonction de leur appartenance paroissiale. Abel Marion est un des premiers artisans de l’organisation de l’Union catholique des Cultivateurs dont il fut d’abord pendant plusieurs années le vice-président et dont il est depuis 1936 le président général

En 1875, ces cercles agricoles sont suffisamment nombreux pour que soit tenté un regroupement à l’échelle provinciale: l'Union agricole nationale est alors constituée. Cependant, l’Église catholique romaine, qui renforce son prestige au Québec à partir du milieu du XIXe siècle (voir Histoire du Québec et Religion au Canada), récupère le mouvement sous le nom de «cercles Saint-Isidore». L'État, par la suite, en prend progressivement le contrôle à force de subventions en échange desquelles il exige des engagements toujours plus stricts.

À la fin de ce siècle, la migration vers les villes amène les cultivateurs à vendre une part de plus en plus importante de leur production sur les marchés. Ils doivent se regrouper de façon plus indépendante pour trouver des moyens pour augmenter, sécuriser et stabiliser leurs revenus. Des coopératives agricoles commencent à voir le jour pour la commercialisation de leurs produits en 1908 après l'adoption d'une loi qui encadre leur création. À la suite de la Première Guerre mondiale, la surproduction amène la chute des prix, l’endettement des cultivateurs et l’exode vers les villes ce qui mène, en 1922, au regroupement de plusieurs des 350 coops sous la Coopérative fédérée de Québec.

En 2 octobre 1924, l’Union catholique des cultivateurs (UCC) est créé comme association professionnelle pour: améliorer la situation générale de l'agriculture, voir à l'enseignement agricole, rendre le crédit agricole disponible, rendre la production et le commerce des produits de la ferme plus rentable, faire des représentations à propos des taxes et de la colonisation du territoire. Le mensuel La Terre de chez nous est lancé en 1929 pour informer les membres et servir d'organe de diffusion des idées du mouvement dont les premiers chevaux de bataille sont alors l'électrification des campagnes et l'obtention de crédit pour les agriculteurs car le monde rural est très défavorisé dans ces domaines.

Coopératives et syndicalisme agricole[modifier | modifier le code]

Le mouvement coopératif et le syndicalisme agricole sont les expressions la plus distinctive du développement de la société rurale du Québec à partir de ce moment. Les agriculteurs mettent en place des caisses populaires, des coopératives d'électricité sous la supervision et le financement de Office de l'électrification rurale, des chantiers coopératifs, des assurances mutuelles, de même que des coopératives d'achat et de vente de produits liés à l'économie de la ferme. Cette mise en commun des ressources amène l'idée des contrats collectifs et en 1956, le gouvernement de Maurice Duplessis accorde enfin la Loi sur la mise en marché des produits agricoles.

Le 18 juin 1956, la première entente collective de mise en marché est signée entre la Conserverie Ernest Carrière et le Syndicat des producteurs de fruits et légumes du district Nord de Montréal. Le tout aboutira en 1965 à des ententes sectorielles où tous les agriculteurs d'un domaine, par exemple la production de poulets, auront une entente collective avec tous les transformateurs de ce secteur. Éventuellement, ces ententes s'assortiront de quotas afin de stabiliser la production et des revenus des agriculteurs en échange d'un prix contrôlé des produits pour le consommateur.

Laïcisation de l'Union[modifier | modifier le code]

À la suite de la Révolution tranquille des années 1960, l'UCC devient neutre et se transforme en 1972 en Union des producteurs agricoles (UPA). L'organisation connaît une mutation profonde de ses structures internes, mais surtout, gain historique et capital pour le syndicalisme agricole, elle acquiert enfin la représentativité exclusive dans la profession par une loi de reconnaissance syndicale: la Loi sur les producteurs agricoles. La loi définit le statut de producteur, elle reconnaît une seule association accréditée pour représenter les producteurs agricoles du Québec et elle lui confère, suivant le respect de certaines exigences, le droit de percevoir des cotisations et des contributions obligatoires[1]. Ce titre de représentant unique est assez peu commun ailleurs dans le monde, par exemple il y a trois associations reconnues en Ontario[2].

Les priorités de l'UPA des années 1970 et 1980 sont le zonage agricole des terres pour lutter contre l'érosion de celle-ci par les banlieues, le système de taxation, le développement régional, la consolidation des plans conjoints de mise en marché, la rémunération en fonction des coûts réels de production, l'assurance-stabilisation des revenus, la reconnaissance du rôle de la femme en agriculture et négociation de la zone de libre-échange canado-américaine (et plus tard de l'ALÉNA).

Les années 1990 voient naître à sa pleine mesure la mondialisation de l'économie: l'Organisation mondiale du commerce, la nouvelle Union européenne, la ZLEA, etc. L'UPA se met donc à intervenir auprès du gouvernement canadien pour sauvegarder les intérêts de ses membres et en particulier le système de stabilisation de l'offre et de la demande. L'UPA se dote également en 1994 d'une stratégie agro-environnementale qui consiste non seulement à protéger les ressources, mais aussi à assurer le développement durable des activités agricoles.

Le fonds d'archives de la Fédération de l'Union des producteurs agricoles est conservé au centre d'archives de Rouyn[3] et le fonds d'archives de l’Union des Producteurs Agricoles est conservé à Québec à la Bibliothèque et Archives nationales du Québec[4].

Principes et organisation[modifier | modifier le code]

Selon le site de l'UPA:

  1. L’Union regroupe et représente toutes les productrices et tous les producteurs agricoles et forestiers du Québec, sans tenir compte de la dimension et de la structure de leur entreprise, de la production dans laquelle ils sont engagés, ni de l’endroit où ils résident.
  2. Pour garantir son autonomie, les activités syndicales de l’UPA sont exclusivement financées à partir d’une cotisation égale pour tous les producteurs et productrices agricoles ainsi que d’une contribution qui tient compte des volumes de productions agricoles et forestières.
  3. Les membres contrôlent la structure syndicale, particulièrement à travers le fonctionnement démocratique de ses instances, le dynamisme de sa vie syndicale et son financement.
  4. Les intérêts collectifs doivent toujours primer sur les intérêts individuels ou sectoriels, lorsqu’il faut décider des actions à prioriser ou des services à développer.
  5. L’action collective, la revendication, la présence soutenue dans l’opinion publique et l’établissement de partenariat sont les moyens privilégiés de l’Union pour appuyer ses orientations stratégiques.
  6. L’UPA favorise, par ses prises de position et ses actions, le maintien et le développement d’entreprises à dimension humaine, propriétés de familles qui en assument essentiellement la gestion et la prise de décision.
  7. Les revenus des productrices et producteurs agricoles et forestiers doivent leur assurer une juste rémunération basée sur leurs coûts de production, d’abord à travers leurs actions collectives de mise en marché; ensuite, par différents mécanismes complémentaires nécessaires, compte tenu des caractéristiques conjoncturelles et structurelles propres à ces secteurs.
  8. La protection de la zone agricole et la priorité des activités agricoles dans cette zone sont essentielles à l’exercice de la profession et au développement de l’agriculture.
  9. La protection de l’environnement et le développement d’une agriculture et d’une foresterie durables constituent des éléments fondamentaux pour assurer la pérennité de l’agriculture, de la forêt et des entreprises agricoles et forestières.
  10. L’accès de la relève à la profession et au syndicalisme agricole et forestier doit être soutenu par des stratégies adéquates.
  11. L’accès à la formation en agriculture et en foresterie et à des services-conseils est un élément essentiel au développement des entreprises agricoles et forestières et doit être garanti à toutes les productrices et à tous les producteurs du Québec.
  12. La qualité de vie des productrices et des producteurs demeure une préoccupation constante, notamment par la prévention des accidents et des maladies professionnelles.

Contestation[modifier | modifier le code]

Un regroupement de producteurs agricoles et de citoyens ont fondé une association rivale, l'Union paysanne du Québec, le 13 novembre 2001[5],[6]. Dans la foulée des revendications contre les organismes génétiquement modifiés (OGM), contre la mondialisation et pour l'agriculture biologique, cette nouvelle association conteste les orientions traditionnelles de l'UPA[7] et veut promouvoir une vision plus altermondialiste[8]. Elle demande également que les petites exploitations agricoles diversifiées aient aussi droit à l'aide financière de l'état[7]. Cette nouvelle organisation, qui comptait en 2007 465 membres dont 165 agriculteurs[9], n'a cependant pas réussi à faire adhérer un nombre important de producteurs agricoles dans ses rangs[7]. Elle reste donc très fortement minoritaire par rapport à l’UPA (similitude avec la Confédération paysanne en France).

Il faut cependant noter que les producteurs sont contraints par la loi d'adhérer à un syndicat accrédité de leur secteur de production, y compris les membres de l’Union paysanne, et que c'est le syndicat qui obtient la majorité des membres qui représente les producteurs (formule Rand)[10]. Le gouvernement ne force donc pas les producteurs à joindre l’UPA mais à joindre un syndicat unique. Il en résulte qu'en 2013, c'est l’UPA qui est le syndicat des producteurs agricoles. Depuis 2010, un second groupe de producteurs agricole, le Conseil des entrepreneurs agricoles du Québec, a été créé en vue de contester le monopole de l’UPA[11].

Édition[modifier | modifier le code]

L'UPA est propriétaire de l'hebdomaire La Terre de chez nous, un magazine québécois francophone dont la thématique principale est l'information agricole au Québec[12].

Références[modifier | modifier le code]

  1. (fr) « Un peu d'histoire », Union des producteurs agricoles du Québec, (consulté le 19 décembre 2010)
  2. (fr) Annie Morin (Le Soleil), « Offensive contre le monopole de l'UPA », Cyberpresse, (consulté le 19 décembre 2010)
  3. « Fonds Fédération de l'Union des producteurs agricoles (P79) », sur Bibliothèque et Archives nationales du Québec (consulté le 22 août 2013)
  4. « Fonds Union des Producteurs Agricoles (P427) », sur Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) (consulté le 22 août 2013)
  5. (fr) « Qui peut faire partie ? », sur http://unionpaysanne.com, Union paysanne (consulté le 18 novembre 2007)
  6. (fr) « Répertoire de sites sur le Québec agroalimentaire E », Encyclopédie de l'AGORA (consulté le 18 novembre 2007)
  7. a b et c (fr)Robert Dutrisac, « L'agriculture dans tous ses états », Le Devoir,‎ (lire en ligne)
  8. (fr) « Déclaration de principe de l'Union Paysanne... », sur http://unionpaysanne.com, Union paysanne (consulté le 18 novembre 2007)
  9. Jean-Charles Gagné, « L'Union paysanne est en chute libre », La Terre de chez nous, Union des producteurs agricoles du Québec,‎ (lire en ligne)
  10. Gouvernement du Québec, « Loi sur les producteurs agricoles », sur Publications du Québec, (consulté le 10 juillet 2013)
  11. Conseil des entrepreneurs agricoles du Québec, « Fin du monopole de l'UPA - Le Conseil des entrepreneurs agricoles demande au gouvernement la mise sur pied d'une commission parlementaire spéciale », sur Association des médecins vétérinaires du Québec, (consulté le 10 juillet 2013)
  12. Magazine La Terre de Chez nous, « La Terre de chez nous - Qui sommes-nous ? », sur La Terre de Chez nous (consulté le 29 juillet 2011)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]