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Un flic (film, 1972)

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Un flic

Réalisation Jean-Pierre Melville
Scénario Jean-Pierre Melville
Musique Michel Colombier
Acteurs principaux Alain Delon
Richard Crenna
Catherine Deneuve
Sociétés de production Oceania Films
Euro International Film
Les Films Corona
Pays de production Drapeau de la France France
Drapeau de l'Italie Italie
Genre policier
Durée 98 minutes
Sortie 1972

Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution.

Un flic est un film franco-italien réalisé par Jean-Pierre Melville et sorti en 1972.

Tourné en 1971-1972 et sorti en salles le [1],[2], il est le dernier long métrage de Jean-Pierre Melville, décédé l'année suivante. Il offre aussi son premier rôle de policier à Alain Delon et sa première rencontre à l’écran avec Catherine Deneuve.

Édouard Coleman (Alain Delon) et Cathy (Catherine Deneuve), la maîtresse de Simon (Richard Crenna).

Une citation d'Eugène-François Vidocq est placée en exergue du film : « Les seuls sentiments que l'homme ait jamais été capable d'inspirer au policier sont l'ambiguïté et la dérision… »

Le commissaire Édouard Coleman (Alain Delon).

Simon (Richard Crenna), Louis (Michael Conrad), Marc (André Pousse) et Paul (Riccardo Cucciolla) forment un gang dont les coups sont minutieusement préparés et minutés. Tandis que Simon possède une boîte de nuit rue d'Armaillé, le Simon's, Paul est un ancien sous-directeur de banque de soixante ans, licencié pour des raisons de compression de personnel, qui fait croire à sa femme qu'il a été nommé directeur du personnel dans une entreprise à Strasbourg. Cette imposture est à la fois le prétexte de ses absences et la justification de leur confortable train de vie.

Le en fin d'après-midi, alors qu’une tempête hivernale fait rage, les quatre hommes attaquent une banque à Saint-Jean-de-Monts, en Vendée. Au cours du braquage, Marc est grièvement blessé. Ses complices le font hospitaliser à la clinique Geoffroy Saint-Hilaire (59, rue Geoffroy-Saint-Hilaire à Paris), sous un faux nom. Mais le lendemain, apprenant par la presse que la police recherche un homme blessé par balles lors du hold-up, les trois autres malfrats décident de l'exfiltrer. Comme leur tentative échoue, ils font achever leur complice par Cathy (Catherine Deneuve), la maîtresse de Simon, déguisée en infirmière.

Chaque soir, le commissaire Édouard Coleman (Alain Delon) commence son « périple » par la descente des Champs-Élysées. Son domaine, ce sont les nuits parisiennes : assassinats de prostituées, jeux clandestins, pickpockets, pédérastie. Il finit régulièrement sa tournée à la fermeture de la boîte de nuit de Simon, dont il semble ignorer les activités criminelles. Une amitié vénéneuse lie les deux hommes, tous deux amants de la même femme, Cathy.

Alain Delon, Richard Crenna et Catherine Deneuve.

Le commissaire Coleman apprend par un indicateur, le travesti Gaby (Valérie Wilson), qu'une importante quantité de drogue va transiter à bord du train de nuit Paris-Lisbonne. Le transfert doit être effectué par un passeur professionnel, un certain Mathieu la Valise (Jean Minisini), avec la complicité d'un douanier. Coleman monte une opération pour prendre sur le fait le passeur et le douanier à Bayonne.

Ce qu'ignore Coleman, c'est que Simon et sa bande ont projeté un nouveau coup particulièrement audacieux. Ils entendent récupérer la drogue convoyée par Mathieu la Valise pendant le trajet, en profitant du passage du train sur la plus longue ligne droite ferroviaire de France (65 km), située entre Lamothe et Morcenx, sur la ligne de Bordeaux-Saint-Jean à Irun. Depuis un hélicoptère qui survole le train, Simon descend sur l'une des voitures et y pénètre pour neutraliser le passeur. Le coup réussit et la marchandise s'envole dans les airs avec Simon. Le lendemain, à Paris, apprenant que Mathieu la Valise a été contrôlé à Bayonne sans son chargement, Coleman est furieux. Persuadé qu'il a été victime d'une machination, il s'en prend à Gaby : il lui « balance une rouste » et le menace de 6 mois de prison s'il continue de s'habiller en femme.

Alain Delon joue du piano dans Un flic.

Entre-temps, l'autopsie révèle l'identité du cadavre de Marc. Coleman parvient à établir le lien entre Marc et Louis, qui est arrêté facilement. Contre toute attente, Louis finit par parler. Le commissaire retourne au Simon's pour faire comprendre à Simon, non sans une certaine ambiguïté, qu'il n'ignore plus rien de ses activités. Simon avertit Paul par téléphone. Celui-ci, sur le point d'être arrêté, se suicide. Simon organise sa fuite avec Cathy. Mais au petit matin Coleman l'attend à la sortie d'un hôtel de l'avenue Carnot. Il l'interpelle mais, Simon semblant sortir son revolver, il l'abat sous les yeux de Cathy, affirmant ensuite « qu'il n'était pas sûr qu'il se suiciderait, lui ».

Fiche technique

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Distribution

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Scène dans Un flic.

Le projet est initialement intitulé Nuit sur la cité en hommage au film de Jules Dassin Les Forbans de la nuit (1950)[a]. Le scénario suit une structure classique du cinéma melvillien, avec des périodes de concentration intense et des sautes d’humeur[a].

Jean-Pierre Melville offre à Alain Delon son premier rôle de policier dans Un flic, marquant ainsi un changement pour l’acteur, jusqu’alors souvent associé à des personnages de marginaux ou de gangsters : « Melville m'a donné à choisir entre le rôle du policier et celui de Simon, le gangster. J'ai préféré le premier. Pour changer d'emploi et pour satisfaire ceux qui me reprochent de me complaire dans les rôles de mauvais garçons. »[a].

Soucieux de conférer une dimension américaine à son œuvre, Melville cherche d’abord à engager Robert Ryan pour incarner le gangster Simon[a]. Devant l’indisponibilité de l’acteur hollywoodien, il retient Richard Crenna, alors peu connu du public français[a].

Pour le rôle secondaire de Cathy, maîtresse à la fois du policier et du gangster, Melville convainc Catherine Deneuve, alors enceinte de cinq mois[b]. L’actrice accepte en partie dans l’espoir de collaborer ultérieurement avec le réalisateur sur un autre projet, qui ne verra jamais le jour en raison du décès de Melville en 1973[b].

Alors que Delon paraît déjà tourné vers son prochain projet en Italie, ce qui peine Melville, survient le premier conflit authentique entre les deux hommes depuis le début de leur collaboration[c]. Lors de la séquence du hold-up ferroviaire, Melville refuse de filmer un véritable train et un hélicoptère, optant pour des maquettes en studio, sur un espace d’environ dix mètres de diamètre[b]. Lorsque Delon découvre ces maquettes, il exprime une vive consternation, estimant qu'elles manqueront de crédibilité à l’écran, d’autant que les effets spéciaux de l’époque restent rudimentaires[b]. La séquence finale, jugée peu convaincante, sera critiquée pour son manque de vraisemblance[c]. Melville s'exprime plus tard sur cette période de tension : « Hélas, il va falloir que cesse notre collaboration. Un flic sera, provisoirement, notre dernier film. Delon a pris chez moi des habitudes et, de mon côté, j'ai épuisé son genre de personnage. »[c].

Lieux de tournage

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Saint-Jean-de-Monts - La Piscine lieu de tournage.

Le hold-up a été tourné à Saint-Jean-de-Monts (Vendée) au café Le Cardinal (désormais La Piscine) maquillé en agence bancaire de la Banque nationale de Paris[3].

Les scènes relatives au poste de police dans le sous-sol du siège social de la société SERETE[4] à Paris, au 74 rue Regnault, dans le 13e arrondissement. C’est aujourd’hui le siège de la direction générale des ressources humaines du ministère de l’Éducation nationale.

Les truands se retrouvent pour traiter la blessure de Marc dans une salle du musée du Louvre qui abritait les impressionnistes avant l'ouverture du musée d'Orsay en 1986[5]. Marc est hospitalisé à la clinique Geoffroy Saint-Hilaire (59, rue Geoffroy-Saint-Hilaire - 5e arrondissement de Paris) où deux scènes sont tournées (façade et entrée).

Musique du film

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Le générique de fin est chanté par Isabelle Aubret avec la chanson C'est ainsi que les choses arrivent composée par Michel Colombier et parole de Charles Aznavour[6],[7].

La bande originale du film de Michel Colombier est sortie chez Barclay avec le 45 tours 61.692. En face A figure C'est ainsi que les choses arrivent, en face B figure Un monsieur distingué[8]. Ces deux morceaux figurent sur le CD Jean-Pierre Melville Le Cercle Noir[9].

Accueil critique

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Tristan Renaud dans la revue Cinéma 72 est déçu par l'évolution de Jean-Pierre Melville et notamment par l'évolution de ses sujets, qui deviennent de simples histoires de voleurs. Il considère le scénario comme insignifiant[10].

Dans la revue Positif, Gérard Legrand est lui aussi très sévère à l'égard du film : « On n'ose parler de « vide », car ce mot a encore quelque chose de « mallarméen », qui force le respect[11]. »

Louis Chauvet, dans Le Figaro, qualifie la scène de hold-up «  le plus lent et le plus languissant du siècle »[d].

Télérama est plus positif, « fasciné, hypnotisé par le déroulement minutieux du casse dans le train, par les regards acérés, par l'élégance des silhouettes, par le respect mutuel et tacite de ceux qui s'affrontent alors qu'ils sont les mêmes », et salue encore le « modèle d'intensité plastique » de la scène d'ouverture[12].

Mais Arte explique que « le génial Un flic dérouta le public et la critique car Melville y succombe sans frein aucun aux sirènes de l’abstraction, à un degré jamais atteint au cinéma y compris dans ses films policiers précédents[13]. »

Accueil public

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Après une première mondiale à Lyon pour l’inauguration des « 4 Pathé » le [14], le film sort le lendemain à Paris dans 15 salles (Gaumont-Colisée, Gaumont-Convention, Gaumont-Gambetta, Gaumont-Rive Gauche, Caravelle, Fauvette, Français, Victor Hugo ; sept salles en périphérie), avec 106 102 entrées en 1re semaine. Après 11 semaines d’exploitation, le film totalise 354 806 entrées à Paris. Au total, le film totalise plus de 1,4 million de spectateurs sur toute la France, loin des 4,3 millions du Cercle rouge, mais proche du 1,9 million du Samouraï[15],[16],[17].

Delon lui-même exprime une certaine déception, estimant que son rôle de policier reste limité : « Le public qui va voir Delon pour la première fois dans un rôle de policier reste sur sa faim […] il n’a droit qu’à un quart de flic ! ».

Un flic recueille une note de 3/5 pour 453 critiques sur Allociné[18]. Rotten Tomatoes affiche un tomatometer de 81 % pour 32 critiques et un score d'audience de 69 % pour plus de 1 000 avis[19].

  • Drapeau de l'Italie Italie : 2 700 000 entrées[20].
  • Drapeau de la France France : 1 464 806 entrées.
  • Drapeau de l'Espagne Espagne : 723 346 entrées[20].
  • Monde Monde (incomplet) : 4 888 152 millions d'entrées.

Autour du film

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  • C'est le dernier film de Jean-Pierre Melville. Il préparait son prochain film Contre-enquête avec Yves Montand. Après sa mort, Philippe Labro entreprit de reprendre le projet avant de renoncer.
  • À la dix-septième minute, on aperçoit des noms familiers sur le mur de la chambre : on remarque notamment ceux de « Jef Costello » (Le Samouraï), de « Roger Sarthet » (Le Clan des Siciliens) et de « Roch Siffredi » (Borsalino), trois personnages précédemment incarnés par Alain Delon, ainsi que celui de « Gustave Minda », protagoniste du Deuxième Souffle de Melville.
  • Le casse dans le train est filmé en temps réel. Pendant la préparation de l'opération, Simon annonce à ses complices qu'ils ne disposent que de 20 minutes pour réussir le coup. Vingt minutes c'est exactement, à quelques secondes près, la durée de la séquence dans le train. Le hold-up de la banque qui ouvre le film est également filmé en temps réel.
  • La scène de l’arrestation de Louis Costa par le commissaire Coleman ressemble à celle de l’arrestation d’Emile Buisson par l’inspecteur Borniche (interprété par Alain Delon) dans Flic Story de Jacques Deray.
  • Le film The Shameless (2015) est une variation d’Un flic de Melville[21]. Le réalisateur Oh Seung-uk, admirateur de Delon, a voulu approfondir la tension entre son personnage et le monde criminel, en imaginant jusqu'où irait sa relation avec Catherine Deneuve[22],[23].
  • Bertrand Bonello, Park Chan-wook et Marjane Satrapi recommandent le film[24].

Le film est diffusé en DVD, blu-ray et sur différentes plate-formes de VOD[réf. nécessaire].

Le DVD édité par Studio Canal Vidéo en comporte un documentaire avec Jean-François Delon (1er assistant réalisateur, frère d'Alain Delon) et Florence Moncorgé-Gabin (script-girl, fille de Jean Gabin) et inclut des extraits du Journal Télévisé de 20h du et de l'émission Pour le Cinéma du , montrant des images du tournage[réf. nécessaire].

Notes et références

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  1. a b c d et e Durant 2024, p. 383.
  2. a b c et d Durant 2024, p. 384.
  3. a b et c Durant 2024, p. 385.
  4. Durant 2024, p. 386.

Références

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  1. Un flic de Jean-Pierre Melville, Arte, 19 mars 2014.
  2. L'hommage de Delon à Melville : « Il était cinématographiquement génial », Le Figaro, 20 octobre 2017.
  3. Quand Melville tournait son dernier film en Vendée, Ouest-France, 13 août 2017.
  4. « Siège social de SERETE »
  5. « Un flic de Jean-Pierre Melville », sur www.cineclubdecaen.com (consulté le ).
  6. Raoul Bellaïche, Aznavour : "Non, je n'ai rien oublié", L'Archipel, , 327 p. (ISBN 978-2809805406, lire en ligne).
  7. (en) « Georges Delerue / Michel Colombier – L'Ainé Des Ferchaux / Un Flic », sur Discogs.
  8. Pochette du 45 tours.
  9. Universal Music Jazz 530.857.4) sorti en juin 2008 ; sur ce CD figure également un medley instrumental: Un casse.
  10. Tristan Renaud, « Un flic », Cinéma, no 171,‎ , p. 140.
  11. Gérard Legrand, « Un flic », Positif, no 147,‎ , p. 80.
  12. « “Un flic” : toute la grâce du dernier film de Jean-Pierre Melville est sur LaCinetek », sur Télérama (consulté le ).
  13. Olivier Père, « Un flic de Jean-Pierre Melville », sur arte.fr, (consulté le ).
  14. Thierry Béné, « Cinéma Pathé-Palace à Lyon », (consulté le ).
  15. « Un Flic », sur jpbox-office.com (consulté le ).
  16. « Le Samouraï », sur jpbox-office.com (consulté le ).
  17. « Le Cercle rouge », sur jpbox-office.com (consulté le ).
  18. AlloCine, « Un Flic » (consulté le ).
  19. (en) « Dirty Money (1972) » (consulté le ).
  20. a et b Renaud SOYER, « ALAIN DELON BOX OFFICE », sur BOX OFFICE STORY (consulté le ).
  21. festivaldecannes, « UN CERTAIN REGARD - Mu-Roe-Han (The Shameless), rendez-vous avec Oh Seung-Uk », sur Festival de Cannes, (consulté le ).
  22. « Rencontre avec Oh Seung-uk », sur France Culture, (consulté le ).
  23. « New York Korea 2015 Interview: THE SHAMELESS, Director Oh Seung-uk Talks 14 Years Of Waiting », sur ScreenAnarchy, (consulté le ).
  24. [vidéo] « Un flic de Jean-Pierre Melville en VoD - LaCinetek », , 1 h 36 min (consulté le ).

Liens externes

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