Un autre Maurras

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Un autre Maurras
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Auteur Gérard Leclerc
Pays Drapeau de la France France
Genre Essai
Éditeur Institut de politique nationale
Lieu de parution Paris
Date de parution 1974

Un autre Maurras est un essai de Gérard Leclerc, cofondateur de la Nouvelle Action française, publié en . Il s'agit d'une réinterprétation de la pensée de Charles Maurras au regard des événements de Mai 1968 et de l'engagement militant de son auteur.

Contexte[modifier | modifier le code]

Dans la postérité des événements de Mai 1968, une partie des militants de l'Action française n'est pas insensible aux discours marxistes et certains jeunes rompent avec l'orthodoxie maurrassienne en proposant une relecture à la fois de Mai 1968 et de Charles Maurras[1]. En 1971, les néo-maurrassiens de la Nouvelle action française rompent avec l'extrême-droite, se proclament même antifascistes et tentent de créer des ponts avec les mouvements gauchistes[2]. La nouvelle génération militante souhaite rompre avec la vieille garde de l'Action française marquée par l’antisémitisme, la germanophobie, la guerre, le procès Maurras et le conflit Pétain-De Gaulle. Ces jeunes scissionnistes tendent à replonger dans les origines du maurrassisme en se reportant au fédéralisme, à la défense des identités régionales, la lutte de la petite unité contre l’État central, du pays réel contre le pays légal. Certains éléments de la Nouvelle action française vont d'ailleurs se rapprocher de la deuxième gauche grâce à Maurice Clavel[3]. Gérard Leclerc est à ce moment « absolument convaincu de la récupération maurrassienne de la révolte de mai 68 »[4]. Le livre est tributaire des conversations houleuses entre Gérard Leclerc, Pierre Pujo et Pierre Juhel de la Restauration nationale et de l'influence de Maurice Clavel[5].

Pierre Debray et Pierre Boutang avaient sensibilisé Gérard Leclerc au livre L'Avenir de l'intelligence de Charles Maurras[6]. Alors que les maurrassiens se concentraient sur les « questions institutionnelles », Gérard Leclerc souhaite élargir la réflexion aux « grands problèmes sociaux et spirituels » de son époque[7].

Présentation[modifier | modifier le code]

Relecture de Mai 68[modifier | modifier le code]

Gérard Leclerc, devenu membre du comité directeur de la Nouvelle action française et directeur politique de la NAF hebdo, entend récupérer mai 1968[8] :

« Je récupère mai 1968 dans les deux sens. Premièrement, j'affirme que mai 1968 m'appartient à moi militant royaliste, élève de Maurras. C'est ma propriété, je recouvre mon bien. Deuxièmement, je récupère la vérité de mai 1968, je dévoile sons sens. Mai 1968 est recouvré. Ou plus exactement, mai 1968 est recouvré à la lumière de Maurras. »[9]

— Gérard Leclerc

Cette relecture sert aussi au développement d'un « maurrassisme radical aux antipodes du conservatisme »[4] et à la redécouverte d'un Maurras exagérément socialiste grâce à une lecture partielle de son œuvre.

« On verra que les événements de mai 1968 ont servi le point de départ à une nouvelle lecture de Maurras, à une révélation de son œuvre dans la mesure où cette œuvre illuminait, restituait son sens à une crise dont Maurice Clavel écrivait qu'elle constituait une véritable rupture sismique dans le cours profond de l'histoire. »[9]

— Gérard Leclerc

Le journaliste du Monde Florent Georgesco salue une « ouverture de la pensée maurrassienne aux enjeux contemporains, dans un rapprochement étonnant avec l'esprit de Mai 68 »[10].

Réinterprétation de Charles Maurras[modifier | modifier le code]

Tout comme Patrice de Plunkett et son livre Mao ou Maurras ? sorti quatre ans plus tôt, Gérard Leclerc s'essaye à un dialogue avec les marxistes quitte à contorsionner la doctrine maurrassienne[5]. L'auteur a conscience que son livre provoque autant les maurrassiens orthodoxes que les militants soixante-huitards. Patrice de Plunkett et Gérard Leclerc reconnaissent volontiers « que tout cela fut du bavardage »[11] car « ni le positivisme ni la « physique sociale » n'étaient les bons outils pour interpréter Mai 68  »[11].

Gérard Leclerc entend démonter « l'idée d'un Maurras autoritaire, d'un penseur qui serait figé dans la seule défense de l'autorité et de la souveraineté de l'État »[12]. Gérard Leclerc prend acte de « nouvelles convergences et pistes de réflexion » découlant directement de son expérience de Mai 68 en prenant la parole « dans les comités de grève lycéens ou étudiants »[6]. Il est toutefois limité par le raisonnement de Maurras qui refusait « le premier principe du matérialisme historique, la lutte des classes non parce qu'il lui déplaît, mais parce qu'il ne le considère pas comme scientifique »[13]. Gérard Leclerc s'aide donc des exemples de Georges Bernanos, Henri Lagrange, du cercle Proudhon, de Georges Sorel et des écrits de Charles Maurras jusqu'à la Première Guerre mondiale sur la question sociale et la défense des ouvriers[4]. Leclerc assume que son livre s'inscrit « dans la tradition non conformiste dont l'auteur d'Au-delà du nationalisme avait été l'un des plus brillants représentants avec Jean de Fabrègues »[7]. Cette réinterprétation de Maurras visait à construire un « néomaurrassisme »[14].

Dans cet essai, Gérard Leclerc dépeint Charles Maurras comme l'ancêtre de « Dany le Rouge » (surnom donné à Daniel Cohn-Bendit)[11].

« Si nous nous amusons à transporter le jeune Maurras des années quatre-vingt du siècle passé à 1968, il n'est pas difficile de l'imaginer derrière Cohn-Bendit, le poing levé, renversant les voitures et les brûlant, construisant des barricades sur le boulevard Saint-Germain. [...] Avec les mêmes sentiments, le même anarchisme, l'attitude du jeune Maurras en Mai 68 n'eût pas été douteuse. Au lieu de Lamennais, il se fut référé à Mao, Castro ou bien Rimbaud. »[9]

— Gérard Leclerc

Selon l'historien Jacques Prévotat, Maurras se transforme en « soixante-huitard, moins positiviste et rationaliste que nature, moins classique que romantique, mais « révolutionnaire positif », « prophète d'un nouvel art politique » bref, un humaniste, un nationaliste convaincu que l'homme ne peut s'épanouir qu'au sein de nations proches et protectrices »[5].

Pour l'historien Jean-Christian Petitfils, cette quête d'un autre Maurras est à mettre en parallèle avec « le retour à Marx »[2] des militants gauchistes de la même période.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Dard 2012.
  2. a et b Jean-Christian Petitfils, L'Extrême-droite en France, Presses universitaires de France (réédition numérique FeniXX), (ISBN 978-2-13-067881-6, lire en ligne)
  3. William Blanc, « Spectres de Charles Maurras. Comment le néomaurrassisme fabrique le « roman national » contemporain », Revue du Crieur, no 6,‎ , p. 144-159 (lire en ligne)
  4. a b et c Cucchetti 2015.
  5. a b et c Jacques Prévotat, L'Action française, Paris, Presses universitaires de France, (lire en ligne), « La postérité de l'Action française », p. 104-119
  6. a et b François et Soulié 2017, p. 89.
  7. a et b François et Soulié 2017, p. 90.
  8. Olivier Dard, Charles Maurras: Le maître et l'action, Armand Colin, (ISBN 978-2-200-29030-6, lire en ligne)
  9. a b et c Gérard Leclerc, Un autre Maurras, Institut de Politique Nationale, (lire en ligne)
  10. « Un spectre nommé Maurras », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne, consulté le )
  11. a b et c Lapaque 2018.
  12. François et Soulié 2017, p. 87.
  13. Bernard Brigouleix, « " Un autre Maurras " », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne, consulté le )
  14. Philippe Douroux, « Maurras, indéfendable mais toujours présent », sur Libération (consulté le )

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • Humberto Cucchetti, « De la nouvelle action française à la nouvelle action royaliste. Analyse du processus de mutation militante à partir d’une trajectoire organisationnelle nationaliste », Pôle Sud, no 42,‎ , p. 87-104 (lire en ligne)Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Olivier Dard, Les territoires du politique : Hommages à Sylvie Guillaume, historienne du politique, Rennes, Presses universitaires de Rennes, (lire en ligne), « Des maorassiens aux maosoccidents : réflexions sur un label et sa pertinence en lisant un essai récent »Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Olivier François et Rémi Soulié, « Entretien avec Gérard Leclerc », Nouvelle École, no 66,‎ , p. 87-92Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Sébastien Lapaque, « Aujourd’hui et toujours : Charles Maurras en Mai 68 », Revue des Deux Mondes,‎ , p. 108–115 (ISSN 0750-9278, lire en ligne, consulté le )Document utilisé pour la rédaction de l’article