USS Enterprise (CV-6)

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USS Enterprise (CV-6)
Image illustrative de l'article USS Enterprise (CV-6)
USS Enterprise (CV-6), photographie de 1945

Autres noms Big E, Lucky E, The Grey Ghost
Histoire
A servi dans Pavillon de l'United States Navy United States Navy
Commandé 1933
Quille posée
Lancement
Armé
Statut retiré du service le
Caractéristiques techniques
Type Porte-avions de classe Yorktown
Longueur 247 mètres (hors tout)
Maître-bau 35 m
Tirant d'eau 8,5 m
Déplacement 27 100 tonnes en pleine charge
Propulsion 9 chaudières Babcock & Wilcox, 4 turbines Parsons, 4 hélices
Puissance 120 000 ch (90 MW)
Vitesse 34,6 nœuds
Caractéristiques militaires
Armement 8 canons de 127 mm, 22 mitrailleuses .50
Aéronefs 73 à 82 appareils, max.91
Rayon d'action 19 000 km à 15 nœuds
Autres caractéristiques
Électronique radar CXAM-1 (à partir de 1940)
Équipage 2 919 hommes
Chantier naval Chantier naval Northrop Grumman de Newport News, Virginie
Indicatif CV-6 puis CVN-6

Le USS Enterprise (CV-6), surnommé Big E, était le sixième porte-avions de la marine des États-Unis et le septième navire américain portant ce nom.

Lancé en 1936, c'était un navire de la classe Yorktown, et l'un des trois porte-avions américains mis en service avant la Seconde Guerre mondiale à survivre à la guerre[Note 1]. Il a participé à plus de grandes manœuvres de la guerre contre le Japon que n'importe quel autre navire américain. Ces actions incluent la bataille de Midway, la bataille des Salomon orientales, la bataille des îles Santa Cruz et d'autres engagements air-mer au cours de la bataille de Guadalcanal, la bataille de la mer des Philippines et la bataille du golfe de Leyte, sans oublier le raid de Doolittle sur Tokyo. À trois reprises au cours de la guerre du Pacifique, le Japon a annoncé à tort que le navire avait été coulé.

L’Enterprise a obtenu vingt Battle stars (en), ce qui en fait le navire américain le plus décoré du conflit. Il est également le seul navire en dehors de la Royal Navy à avoir reçu la plus haute décoration du British Admiralty Pennant depuis sa création, il y a plus de 400 ans. Même après sa destruction, il est généralement considéré comme l'un des navires les plus glorieux de l'histoire des États-Unis avec, peut-être la frégate du XVIIIe siècle USS Constitution.

Contexte[modifier | modifier le code]

Le concept du navire porte-avions, dans la marine des États-Unis, prend sa source dans les premiers essais effectués par de téméraires aviateurs à partir de plate-forme en bois installées sur des croiseurs dans les années 1910.

Mais c'est après la Première Guerre mondiale que le premier navire spécifiquement dévolu au lancement et à l'atterrissage d'avions est construit à partir d'un navire charbonnier qui donnera l'USS Langley (CV-1). Sa mise en service en mars 1922, est rapidement suivie de la décision de convertir en porte-avions deux croiseurs en cours de construction, qui deviendront les USS Lexington (CV-2) et USS Saratoga (CV-3), mis en service au cours de l'année 1927[Note 2]. L'USS Ranger (CV-4), premier navire conçu dès le départ comme un porte-avions, suivra en 1934.

Devant la menace que faisait peser les ambitions japonaises en Asie et le réarmement rapide de sa flotte de guerre, la classe Yorktown sera mise en service entre 1937 et 1941 dont l’Entreprise en 1938[1]. Au cours de ces années, la mise au point de systèmes pour lancer des avions de plus en plus lourds (catapulte) et pour freiner leur appontage (brins d'arrêt, crosse d'appontage) sera perfectionnée. L'U.S. Navy prendra aussi conscience du potentiel des porte-avions et de la puissance de feu délivrée par les escadrilles lors d'exercices au canal de Panamá et à Pearl Harbor mais malheureusement sans en tirer toutes les conséquences.

Historique[modifier | modifier le code]

Construction[modifier | modifier le code]

Mise à l'eau de l’Enterprise le 3 octobre 1936.

L’Enterprise était un navire de la classe de porte-avions Yorktown d'un tonnage d'environ 20 000 tonnes.

Commandé en 1933, sa quille fut posée le et sa coque lancée le au Chantier naval Northrop Grumman de Newport News en Virginie. Parrainé par Lulie Swanson, l'épouse du secrétaire à la Marine des États-Unis Claude A. Swanson, le navire fut mis en service le .

L’Enterprise navigua pour son voyage inaugural et de tests vers Rio de Janeiro. Après son retour, il fut utilisé le long de la côte Est des États-Unis et dans la mer des Caraïbes jusqu'en avril 1939, lorsqu'il fut transféré dans la flotte de l'océan Pacifique.

L’Enterprise a été un des quatorze navires à recevoir le nouveau radar CXAM-1 de RCA[2].

Son port d'attache fut d'abord San Diego, puis il fut envoyé à Pearl Harbor sur ordre du président Franklin Delano Roosevelt. Le porte-avions et ses escadrilles d'avions s'entraînèrent intensivement et il servit également de convoyeur d'avions entre différentes bases du Pacifique.

Le navire remplissait une de ces missions — ayant déposé le Marine Corps Fighter Squadron 211 sur Wake le et s'en retournant vers Hawaï - quand les Japonais lancèrent leur attaque de Pearl Harbor. À ce moment, il servait de navire-amiral dans la task force de l'amiral William F. Halsey.

Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Pearl Harbor[modifier | modifier le code]

Article général Pour un article plus général, voir Attaque de Pearl Harbor.
Vue aérienne de l'attaque de Pearl Harbor.

Après sa mission, l’Enterprise a été de retour à l'île d'Oahu où se trouve Pearl Harbor dans la matinée du . Dix-huit avions Douglas SBD Dauntless des escadrons d'éclaireurs (VS-6) et bombardiers (VB-6) du navire sont arrivés sur Pearl Harbor lors de l'attaque et, bien que surpris, se sont immédiatement mis en action pour défendre la base navale. L'escadron d'éclaireurs a perdu six avions au cours des combats, tandis que l'escadron de bombardiers en a perdu un. Plusieurs de ces avions ont été abattus par les Japonais, mais au moins un d'entre eux a été perdu à la suite du feu nourri antiaérien américain. Par ailleurs, de nombreux autres avions participants ont été endommagés.

Un amerrissage d'urgence eut lieu par le pilote Manuel Gonzales (VB-6) selon un message radio. Le lieutenant Dickinson et son coéquipier William C. Miller (VS-6) détruisirent un avion ennemi avant d'être contraint d'abandonner leur avion à la suite d'un départ de feu. Dickinson réussira plus tard à atteindre l'île de Ford pour prendre un autre avion et participer à la recherche de la flotte japonaise. Il a été recommandé de félicitations pour son courage.

L’Enterprise a également lancé six Grumman F4F Wildcat de l'escadron de chasse VF-6 à la suite de l'attaque. Tous sauf deux ont été abattus par des défenses antiaériennes amies lorsqu'ils ont tenté d'atterrir sur l'île de Ford cette nuit-là.

Le porte-avions, quant à lui, réunit ses autres avions dans une vaine recherche de la force de frappe japonaise. Il la mena au sud et à l'ouest de Oahu, tandis que les Japonais s'étaient retiré vers le nord-ouest. L’Enterprise resta à Pearl Harbor la nuit du 8 décembre pour le carburant et le réapprovisionnement puis pris la mer tôt le lendemain matin pour patrouiller contre d'éventuelles nouvelles attaques dans l'archipel d'Hawaï. Le groupe n'a rencontré aucun navire de surface, mais ses avions ont coulé le sous-marin japonais I-70 le [Note 3].

Au cours des deux dernières semaines de décembre 1941, l’Enterprise et son groupe naviguèrent à l'ouest d'Hawaii pour couvrir l'archipel, tandis que deux autres groupes avec porte-avions ont fait une tentative tardive de défense de Wake. Après un bref repos à Pearl Harbor, le groupe de l’Enterprise a appareillé le , pour protéger des convois renforçant les Samoa. Le 1er février, la task force fit des raids sur Kwajalein, Wotje, Maloelap et dans les îles Marshall, coulant trois navires, en endommageant huit, et détruisant de nombreux avions et des installations au sol. L’Enterprise n'eut que des dégâts mineurs dans la contre-offensive japonaise avant que son groupe retourne à Pearl Harbor.

Raid de Doolittle[modifier | modifier le code]

Article général Pour un article plus général, voir Raid de Doolittle.
Des bombardiers en piqué Douglas SBD Dauntless et un chasseur Grumman F4F Wildcat sur le pont de l’Enterprise. Le porte-avions USS Hornet (CV-8) est visible en arrière plan. Les navires s'apprêtent à lancer le raid de Doolittle le 18 avril 1942.

Au cours du mois suivant, le groupe a balayé le centre de l'océan Pacifique, attaquant les installations ennemies sur Wake et l'île Minamitori, recevant ensuite de légères modifications et réparations à Pearl Harbor. Le , le navire a quitté la base pour rejoindre le USS Hornet (CV-8) et l'escorter dans sa mission de lancer seize North American B-25 Mitchell dans le raid de Doolittle » sur Tōkyō. L’Enterprise assura les patrouilles aériennes, tandis que les B-25 ont été lancés le 18 avril et volèrent inaperçus jusqu'à la cible à près de 1 000 km. La task force, après avoir été découverte par l'ennemi, retourna à Pearl Harbor le 25 avril.

Bataille de Midway[modifier | modifier le code]

Article général Pour un article plus général, voir Bataille de Midway.

Cinq jours plus tard, le « Big E » partit vers l'océan Pacifique sud pour renforcer les porte-avions américains opérant dans la mer de Corail. Toutefois, la bataille de la mer de Corail était finie avant l'arrivée du navire. Il retourna à Pearl Harbor le 26 mai et ses hommes commencèrent une préparation intensive pour répondre à la poussée japonaise vers les îles Midway.

Le 28 mai, l’Enterprise fut fait navire amiral du contre-amiral Raymond Spruance avec l'objectif « de tenir Midway et d'infliger un maximum de dommages à l'ennemi par un usage massif de tactiques d'usure ». Dans le même groupe, le CTF 16, se trouvaient également le Hornet, six croiseurs et dix destroyers. Le 30 mai, le groupe TF 17, sous les ordres du contre-amiral Frank J. Fletcher à bord du Yorktown encore en réparation, quitta Pearl Harbor avec deux croiseurs et de six destroyers sous le nom de CTF 17. En tant que plus haut gradé présent, le contre-amiral Fletcher prit le commandement. Le commandant habituel du groupe de l’Enterprise, William F. Halsey, avait été retenu à l'hôpital de Pearl Harbor par une maladie de peau liée au stress.

Chaque camp a lancé des attaques aériennes au cours de la journée, dans l'une des plus décisive des batailles de l'histoire américaine. La bataille de Midway a commencé dans la matinée du , lorsque quatre porte-avions japonais, ignorant la présence de forces navales américaines, ont lancé des attaques sur l'atoll de Midway. Trois heures après la première bombe tombée sur Midway, des avions venus des porte-avions américains ont répliqué. Le Yorktown et le USS Hammann (DD-412) ont été les seuls navires américains coulés, mais les groupes 16 et 17 ont perdu un total de 113 avions, dont 61 d'entre eux dans les combats. Les pertes japonaises ont été beaucoup plus importantes : quatre porte-avions, un croiseur et 272 avions. Les avions de l’Enterprise ont coulé le Kaga et l’Akagi et un escadron mixte de l’Enterprise et du Yorktown détruisirent le Hiryu[Note 4]. L’Enterprise est passé à travers des combats intact et est retourné à Pearl Harbor le .

Bataille des Salomon orientales[modifier | modifier le code]

Article général Pour un article plus général, voir Bataille des Salomon orientales.
Une bombe japonaise explose sur le pont de l’Enterprise le 24 août 1942 durant la bataille des Salomon orientales.

Après un mois de repos et de ravitaillement, l’Entreprise appareilla le pour l'océan Pacifique Sud, où il rejoignit le groupe TF 61 pour appuyer les débarquements amphibies du 8 août dans les îles Salomon. Les deux semaines suivantes, le porte-avions et ses avions patrouillèrent dans les lignes de communication maritime au sud-ouest des îles Salomon. Le 24 août, une force japonaise importante fut découverte à 300 km au nord de Guadalcanal et le TF 61 envoya des avions l'attaquer. C'était la première fois que les « Grim Reapers (en) » (VF-10) se lançaient depuis l’Entreprise sous le commandant de James H. Flatley. Au cours de la bataille des Salomon orientales, le porte-avions léger japonais Ryūjō fut coulé et les troupes japonaises destinées à Guadalcanal forcées de se replier. De tous les navires américains engagés, ce fut l’Enterprise qui encaissa les dégâts les plus importants : trois coups directs et quatre manqués mais très proches tuèrent près de 77 hommes, firent 91 blessés et infligèrent de graves dommages au navire. Néanmoins, l’Entreprise fut capable de rentrer par ses propres moyens à Hawaï pour les réparations.

Bataille des îles Santa Cruz[modifier | modifier le code]

Article général Pour un article plus général, voir Bataille des îles Santa Cruz.
L’Enterprise durant la bataille des îles Santa Cruz.

Réparé à Pearl Harbor du 10 septembre au , l’Entreprise est retourné dans le Pacifique Sud, avec le Hornet pour former le groupe TF 61. Le 26 octobre, les avions éclaireurs du navire localisèrent un groupe avec un porte-avions japonais et la bataille des îles Santa Cruz commença. Les avions américains attaquèrent les navires ennemis, tandis que le « Big E » a subi un feu nourri. Touché deux fois par les bombes, l’Entreprise a perdu 44 hommes et eut 75 blessés.

Malgré de graves dégâts, il a continué à combattre et a pris à son bord un grand nombre d'avions du Hornet lorsque ce porte-avions a été coulé. Bien que les pertes américaines d'un porte-avion et d'un destroyer sont plus sévères que les pertes japonaises (un croiseur léger), le temps gagné à la bataille permit de renforcer Guadalcanal contre la prochaine attaque ennemie. L’Enterprise devint à ce moment le seul porte-avions américain en fonctionnement dans l'océan Pacifique. Comme clin d'œil, l'équipage a affiché un message sur le pont d'envol : « Enterprise vs Japan ».

Bataille navale de Guadalcanal[modifier | modifier le code]

Article général Pour un article plus général, voir Bataille navale de Guadalcanal.

Le 30 octobre, le navire entra au port de Nouméa en Nouvelle-Calédonie pour des réparations, mais une nouvelle poussée japonaise aux îles Salomons a exigé sa présence et il a appareillé le 11 novembre, avec les équipes de réparation du USS Vestal (AR-4) encore de travail à son bord. Le 13 novembre, les pilotes de l'Entreprise ont contribué à couler le navire de guerre endommagé Hiei. Lors de la bataille navale de Guadalcanal a pris fin le , l’Enterprise avait participé à couler seize navires et à en endommager huit autres. Le porte-avions est retourné à Nouméa le 16 novembre pour finir ses réparations.

Bataille de l'île de Rennell[modifier | modifier le code]

Article général Pour un article plus général, voir Bataille de l'île de Rennell.

Appareillant de nouveau le 4 décembre, l’Enterprise s'entraîna à Espiritu Santo dans le Condominium des Nouvelles-Hébrides jusqu'au , quand il partit pour la région des îles Salomons. Le 30 janvier, ses avions ont lutté au cours de la bataille de l'île de Rennell. Malgré la destruction de la plupart des bombardiers japonais attaqués par des avions de l’Enterprise, le USS Chicago (CA-29) a été coulé par des torpilles aériennes.

Isolé après la bataille, le porte-avions est arrivé à Espiritu Santo le 1er février et, pour les trois prochains mois, travailla à partir de cette base, couvrant les forces américaines allant aux îles Salomons. L’Enterprise retourna à Pearl Harbor, où, le , l'amiral Chester Nimitz présenta le navire à la première Presidential Unit Citation attribuée à un porte-avions. Le , avec le porte-avions USS Essex (CV-9) se joignant à la flotte, il est allé au Puget Sound Naval Shipyard and Intermediate Maintenance Facility pour une importante révision.

Les navires de classe Yorktown se sont révélées vulnérables aux torpilles, et tout en subissant des réparations à la fin de l'année 1942, l’Enterprise a également reçu une vaste refonte, qui comprenait un nouveau blindage anti-torpille qui améliora sensiblement sa protection sous-marine.

Retour au combat[modifier | modifier le code]

De retour dans les eaux pacifique à la mi-novembre, l’Enterprise a fourni un appui aérien rapproché à la 27e division d’infanterie pour le débarquement sur Makin du 19 au . Dans la nuit du 26 novembre, trois avions du navire dispersèrent un grand groupe de bombardiers venus de la terre et attaquant de nuit le TG 50.2. Ce fut les premiers appareils à attaquer de nuit à partir d'un porte-avion. Après un long bombardements des avions de la TF 50 contre Kwajalein, le 4 décembre, l’Enterprise fut renvoyé à Pearl Harbor qu'il rejoint cinq jours plus tard.

La prochaine opération du porte-avion fut rapide avec la Task Force 38 dans l'affaiblissement des forces des îles Marshall et en soutenant les débarquements sur Kwajalein, du 29 janvier au 3 février 1944. Ensuite, le navire a navigué, toujours avec la TF 58, pour attaquer le 17 février la base navale japonaise des îles Truk dans les îles Carolines. Le navire a lancé le premier bombardement au radar de nuit à partir d'un porte-avion américain. Les douze bombardiers à torpilles de l'attaque obtenu d'excellents résultats, représentant près d'un tiers des 200 000 tonnes détruites par les autres avions.

Détaché de la TF 58, l’Entreprise a lancé des raids sur Jaluit le 20 février, puis mis le cap sur Majuro et Espiritu Santo. Naviguant le 15 mars avec la TG 36.1, il a fourni une couverture aérienne et un appui pour la bataille d'Emirau du 19 au 25 mars. Le porte-avions a rejoint la TF 58 le 26 mars, et les 12 jours suivants, fit une série de bombardements sur les îles de Yap, Ulithi, Woleai et les Palaos. Après une semaine de repos et de réparations à Majuro, le navire appareilla le 14 avril pour appuyer les débarquements sur Hollandia (désormais connu comme Jayapura) en Nouvelle-Guinée, puis à nouveau frappa Truk le 29 et 30 avril.

Le , le navire et la TG 58.3 quittèrent Majuro pour rejoindre le reste de la TF 58 attaquant les îles Mariannes et bombardant Saipan, Rota et Guam du 11 au 14 juin. Des pilotes du navire ont donné un appui direct aux troupes lors de la bataille de Saipan le 15 juin, et a couvert leurs avancées les deux jours suivants.

Conscient d'une tentative majeure des Japonais pour stopper l'invasion de Saipan, l'amiral Spruance, commandant de la Cinquième flotte américaine, dirigea la TF 58 pour répondre à la menace.

Bataille de la mer des Philippines[modifier | modifier le code]

Article général Pour un article plus général, voir Bataille de la mer des Philippines.
Un Grumman F6F Hellcat ratant son appontage sur l’Enterprise (10 novembre 1943).

Le , la bataille de la mer des Philippines, plus grande bataille de porte-avions de l'histoire se déroule. Pendant plus de huit heures, les avions américains et japonais combattent dans le ciel au-dessus de la TF 58 et des îles Mariannes. À la fin de la journée, la victoire américaine est évidente, et à la fin des attaques contre la flotte japonaise du 20 juin, le triomphe est devenu complet. Six navires américains ont été endommagés, 130 avions sont perdus et 76 pilotes sont morts ou disparus. Avec l'aide des sous-marins américains, le Hiyō, le Shōkaku et le Taiho, trois porte-avions japonais, sont coulés, et 426 avions sont détruits. L'aviation navale japonaise ne s'en remettra jamais.

L’Enterprise a participé à la défense de la flotte et aux bombardements contre les Japonais. Après l'attaque aérienne, un avion de chasse et un bombardier appontent simultanément, mais par miracle, sans dommage. À minuit, le nouveau bombardement prévu de nuit contre la flotte japonaise est annulé en raison des opérations de secours et de réparation liées à une attaque à la tombée de la nuit.

Après la bataille, l'Enterprise et ses compagnons continuent à soutenir la campagne militaire de Saipan jusqu'au 5 juillet. Il est ensuite dirigé vers Pearl Harbor pour un mois de repos et pour révision. De retour en action le 24 août, le porte-avion a navigué avec la TF 38 pour l'attaque aérienne sur les îles Bonin (sous-préfecture d'Ogasawara) du 31 août au 2 septembre, et sur les Yap, Ulithi et les Palaos du 6 au 8 septembre.

Bataille du golfe de Leyte[modifier | modifier le code]

Article général Pour un article plus général, voir Bataille du golfe de Leyte.
Des Hellcat appontant le 17 et 18 février 1944.

Après avoir agi dans l'ouest des îles Palaos, l’Enterprise se joint à d'autres unités de la TF 38 le et fit cap vers le nord. Du 10 au 20 octobre, ses avions survolèrent Okinawa, l'île de Taïwan, et les Philippines, bombardant les terrains d'aviation et les installations en mer ennemis pour finalement préparer l'assaut sur Leyte. Après le soutien au débarquement sur Leyte le 20 octobre, l’Enterprise prit la direction de Ulithi pour se réapprovisionner, mais l'approche de la flotte japonaise le 23 octobre l'obligea à rester.

Lors de la bataille du golfe de Leyte (du 23 au 26 octobre) qui suivit, les avions de l’Enterprise frappèrent les trois groupes ennemis. Le porte-avions resta en patrouille à l'Est de Samar et de Leyte jusqu'à fin octobre, puis reprit sa route initiale vers Ulithi. Au cours du mois de novembre, les avions attaquèrent des objectifs dans la zone de Manille et sur l'île de Yap. Le navire retourna à Pearl Harbor le .

Iwo Jima, Okinawa et les kamikazes[modifier | modifier le code]

Article général Pour des articles plus généraux, voir Bataille d'Iwo Jima et Bataille d'Okinawa.
L’Enterprise touché par une bombe d'un kamikaze le 14 mai 1945. L'un des ascenseurs est soufflé à plus de 120 mètres au-dessus du navire.

Les premières attaques de kamikazes (« vents divins ») en octobre 1944 changèrent la nature et la psychologie de la guerre du Pacifique.
Le kamikaze - un chasseur ou bombardier léger japonais, souvent equipé d'une bombe de forte puissance et de juste assez de carburant pour un vol suicide - fut une arme mortelle et terrifiante. Le kamikaze, quand il réussissait à franchir le barrage de DCA assuré par les navires (croiseurs, destroyers) de la Task Force, était bien plus dangereux qu'un bombardier ou torpilleur ordinaire. Bien que piloté d'habitude par des pilotes peu entraînés, les kamikazes étaient en fait des bombes intelligentes, capables d'attendre le moment opportun pour frapper, suivant les tentatives d'évitement de leur cible. Quand ils touchaient un navire - ce que firent 7 % d'entre eux -, les débris de l'avion, le carburant en flamme et la masse du moteur infligeaient souvent des dommages bien plus importants que la bombe elle-même.
Ces attaques de kamikazes symbolisaient un état d'esprit incompréhensible à la plupart des Américains. Dans l'immense majorité, le commandement américain essayait de minimiser les pertes de leur forces et des attaques suicides étaient quasiment inconnues. Mais ces attaques étaient suicidaires, ordonnées par le commandement et faisait partie de la stratégie militaire japonaise. C'était au-delà de ce que les marins américains considéraient comme un combat loyal même en temps de guerre. Ils furent désorientés, terrifiés, cela touchait à l'espoir que garde tout combattant de retourner chez lui vivant.

Pour contrer cette menace, et avec une aéronautique navale japonaise en lambeaux, les porte-avions US remplissaient trois rôles principaux :

– fournir un soutien aérien aux forces terrestres et lors des débarquements ;
– fournir une défense aérienne pour la flotte [Note 5]
– éradiquer les forces aériennes japonaises basées à terre.

En tant que porte-avions engagé dans des opérations nocturnes avec le Night Air group 90, l’Entreprise était plus particulièrement impliqué dans ces deux dernières missions[3].

Naviguant le 24 décembre pour les Philippines, l’Entreprise disposait d'un groupe d'avions spécialement formés à l'attaque nocturne. Le navire a rejoint la TG 38.5 et balaya les eaux au nord de Luçon et de la mer de Chine au mois de janvier 1945, frappant des objectifs côtiers et patrouillant de l'île de Formose (Taïwan) à l'Indochine. Après une brève visite à Ulithi, la navire rejoint la TG 58.5 le 10 février 1945, fournissant des patrouilles aériennes de jour et de nuit pour la TF 58 lorsqu'elle attaqua Tokyo le 16 et 17 février.

Il a ensuite appuyé les forces américaines aux Marines dans la bataille d'Iwo Jima du 19 février au 9 mars, puis vers Ulithi. Au cours de cette période, le porte-avions assura des vols continus d'avions sur Iwo Jima pendant 174 heures.

Quittant Ulithi le 15 mars, le porte-avions a continué son travail de nuit dans des raids contre la région de Kyūshū, Honshū et patrouillant dans la mer intérieure de Seto. Légèrement endommagé par une bombe ennemie le 18 mars, le porte-avions est arrivé à Ulithi six jours plus tard pour des réparations.

De retour en action le 5 avril, il a appuyé la bataille d'Okinawa jusqu'à son endommagement le 11 avril, cette fois-ci par un kamikaze, et a été forcé de rentrer au Ulithi. À Okinawa, une fois de plus, le 6 mai, le navire a effectué des patrouilles car les attaques kamikaze augmentèrent. Le 14 mai 1945, il a subi sa dernière attaque réussie de la Seconde Guerre mondiale, quand un kamikaze a détruit l'avant de son ascenseur, tuant 14 personnes et en blessant 34. Le porte-avions a navigué pour des réparations au Chantier naval du détroit de Puget, y arrivant le 7 juin et où il était encore amarré le jour de la victoire contre le Japon, 15 août 1945.

Service post-Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Opération Magic Carpet[modifier | modifier le code]

Article général Pour un article plus général, voir Opération Magic Carpet.
L’Enterprise en octobre 1945.

Réparé, l’Entreprise est parti pour Pearl Harbor, retournant aux États-Unis avec plus de 1 100 militaires en permission ou en fin de service, puis navigua pour New York où il est arrivé le . Deux semaines plus tard, le navire est allé à Boston pour l'installation de nouvelles installations d'accostage, puis a commencé une série de voyages en Europe dans le cadre de l'opération Magic Carpet, transportant plus de 10 000 soldats au pays.

Au cours d'un voyage en Europe, il a été visité par le « First Lord of the Admiralty », Sir Albert Alexander, qui a donné au navire le British Admiralty Pennant, la plus prestigieuse décoration de la Royal Navy. L’Enterprise est le seul navire hors de la Royal Navy à avoir reçu ce prix en plus de 400 ans, date de sa création.

La fin du « Big E »[modifier | modifier le code]

La Seconde Guerre mondiale démontrera le rôle déterminant du porte-avions dans les batailles navales, le support lors des débarquements, reléguant les cuirassés, orgueil des marines de guerre, au rang de concept obsolète. En 1945, l'U.S Navy comptera plus d'une centaine de porte-avions de toutes tailles dans sa flotte. Elle mettra alors en service des porte-avions dont la taille sera croissante pour accompagner le rapide développement de l'avion à réaction, plus lourd et nécessitant une piste d'envol et d'appontage plus longue. Le pont d'envol prendra alors une forme caractéristique autorisant le décollage et l'appontage sur deux parties distinctes. La coque imposante de ses mastodontes des mers (plus de 100 000 tonnes de déplacement pour la classe Nimitz) permettra d'y installer une propulsion nucléaire. L’Entreprise conçu à une autre époque ne pouvait suivre ces transformations et fut donc retiré du service juste après la guerre malgré une carrière glorieuse.

L’Enterprise est entré dans le New York Navy Yard le et a été mis hors service le . En 1946, il devait être remis à l'État de New York comme navire musée, mais ce plan a été annulé en 1949[4]. Des tentatives ultérieures ont été faites à préserver le navire comme un musée ou un mémorial, mais il n'y eut pas suffisamment d'argent récolté pour racheter le navire, et le « Big E » a été vendu le à la Lipsett Corporation de la ville de New York pour la démolition à Kearny dans le New Jersey.

Une promesse a été faite de sauvegarder le pied distinctif du mât pour l'exposer dans le nouveau stade de football américain de l'Académie navale d'Annapolis — le Navy-Marine Corps Memorial Stadium —, mais elle ne fut pas tenue et à la place, une plaque a été installée sur un bâtiment qui est encore appelée « Enterprise Tower ».

La mise au rebut fut complète en mai 1960. En 1984, une salle a été consacrée au National Museum of Naval Aviation de la Naval Air Station Pensacola en Floride, pour exposer des objets, des photos et autres éléments d'intérêt historique.

Parmi les objets ayant survécu à la destruction furent la cloche du navire[5], qui se trouve désormais à l'Académie navale, où elle est traditionnellement utilisée après une victoire sportive sur l'Académie militaire de West Point, et une plaque de la poupe qui se trouve à proximité de River Vale dans le New Jersey[6]. Sa plaque de commission et l'une de ses ancres sont exposées au Washington Navy Yard de Washington DC. Divers autres objets et souvenirs, y compris l'un de ses hublots, sont conservés à bord de son successeur et homonyme, le USS Enterprise (CVN-65).

Récompenses[modifier | modifier le code]

L’Enterprise le 10 octobre 1945.

Il a reçu 20 battle stars. Il est le seul navire en dehors de la Royal Navy à avoir reçu la plus haute décoration du British Admiralty Pennant depuis sa création, il y a plus de 400 ans.

En plus de son Navy Unit Commendation et de ses 20 battle stars, il a reçu la décoration dite Presidential Unit Citation[Note 6].

Récompense Libellé
Presidential Unit Citation Presidential Unit Citation (États-Unis)
Navy Unit Commendation Navy Unit Commendation
American Defense Service Medal American Defense Service Medal
American Campaign Medal American Campaign Medal
Asiatic-Pacific Campaign Medal Asiatic-Pacific Campaign Medal
World War II Victory Medal World War II Victory Medal
Presidential Unit Citation (Philippines)
Philippine Liberation Medal

Spécifications techniques[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Les deux autres étant le USS Saratoga (CV-3) et le USS Ranger (CV-4)
  2. Après le traité de Washington en 1922 limitant le tonnage et le nombre de navires de ligne (croiseurs et cuirassés), la décision fut prise de les convertir en porte-avions disposant de leurs propres limitations plutôt que de démolir ces deux coques de croiseurs.
  3. À environ 23° 45′ N 155° 35′ O / 23.75, -155.583 (USS Enterprise sinks I-70)
  4. De leur côté, des avions du Yorktown ont également coulé le Soryu.
  5. Comme souvent au cours de cette guerre, les Américains répliquèrent en organisant défense coûteuse mais rigoureuse. Voir Big blue blanket.
  6. For consistently outstanding performance and distinguished achievement during repeated action against enemy Japanese forces in the Pacific war area, December 7, 1941, to November 15, 1942. Participating in nearly every major carrier engagement in the first year of the war, the Enterprise and her air group, exclusive of far-flung destruction of hostile shore installations throughout the battle area, did sink or damage on her own a total of 35 Japanese vessels and shoot down a total of 185 Japanese aircraft. Her aggressive spirit and superb combat efficiency are fitting tribute to the officers and men who so gallantly established her as an ahead bulwark in the defense of the American nation. Voir http://www.cv6.org.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Site officiel Navy.mil : Aircraft Carriers early years
  2. Macintyre, Donald, Capt RN, « Shipborne Radar », United States Naval Institute Proceedings,‎ septembre 1967
  3. Lire sur www.cv6.org : Année 1945
  4. Friedman, Norman. U.S. Aircraft Carriers: An Illustrated Design History (1983), p. 100.
  5. http://www.dcmemorials.com/index_indiv0003245.htm
  6. http://www.cv6.org/remember/rivervale.htm Consulté le 19 novembre 2007.

Annexes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]