Typhon Cobra

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Typhon Cobra
Image radar du typhon Cobra le 18 décembre 1944
Image radar du typhon Cobra
le 18 décembre 1944

Apparition 17 décembre 1944
Dissipation 18 décembre 1944

Catégorie maximale Typhon catégorie 4
Pression minimale 907 hPa
Vent maximal
(soutenu sur 1 min.)
222 km/h

Dommages confirmés 3 destroyers coulés, gros dégâts sur d'autres navires
Morts confirmés 790 militaires américains, inconnu pour le reste
Blessés confirmés 80 militaires américains  inconnu pour le reste

Zones touchées Mer des Philippines

Trajectoire approchant des Philippines
Trajectoire approchant des Philippines
Échelle de Saffir-Simpson
D T 1 2 3 4 5

Le Typhon Cobra, aussi connu sous le nom de Typhon de 1944 ou Typhon de Halsey (en référence à l'Amiral américain William F. Halsey), est un typhon qui a frappé la Mer des Philippines en décembre 1944. Son nom lui a été donné par la Marine américaine qui a été sévèrement touchée durant ses opérations dans la région durant la Seconde Guerre mondiale.

Le 17 décembre 1944, la Task Force 38 a en effet été balayée par les vents du typhon à environ 500 km à l'est de Luçon dans la Mer des Philippines. Trois destroyers firent naufrage et 790 militaires américains périrent, 80 autres furent blessés[1]. Neuf autres navires de guerre furent endommagés et 146 avions et hydravions furent détruits, endommagés de façon irrémédiable ou projetés par-dessus bord de plusieurs porte-avions et autres navires[2].

L'Amiral Chester Nimitz, en parlant des dégâts causés par le typhon, eut les mots : « ont apporté un handicap plus important à la Troisième flotte américaine par rapport à ce qu'elle aurait pu s'attendre à subir dans n'importe quelle autre action militaire » et écrit que « C'était la plus grande perte que nous avons eux dans le Pacifique sans retour compensatoire depuis la première bataille de Savo »[3].

Le typhon joue par ailleurs un rôle important dans le roman Ouragan sur le Caine écrit par Herman Wouk (Prix Pulitzer en 1952).

Histoire météorologique[modifier | modifier le code]

En 1944, les météorologues ne disposaient pas de moyens techniques très évolués pour suivre la progression des cyclones tropicaux. Il n'y avait pas de navire météorologique dans cette zone de conflit et la seule technologie existante mais très limitée était la technologie radar. Cobra ne fut ainsi découvert par les navires de guerre américains que lorsqu'il arriva sur eux. Le typhon fut observé pour la première fois le et il prit la flotte américaine par surprise dans la partie occidentale de l'océan Pacifique. La pression minimum relevée au baromètre fut de 907 mBar avec des vents atteignant jusque 222 km/h. La tempête fut repérée pour la dernière fois le 18 décembre 1944 et disparut aussi vite qu'elle était apparue.

Task Force 38[modifier | modifier le code]

Le USS Santa Fe (CL-60) avec une gîte de 35 degrés durant le typhon.

La Task Force 38 était composée de sept porte-avions lourds, de six porte-avions légers, de huit cuirassés, de quinze croiseurs et d'environ cinquante destroyers. Les navires venaient d'effectuer des attaques contre les bases aériennes japonaises présentes dans les Philippines et les navires étaient occupés à être ravitaillés en fioul. De nombreux destroyers étaient déjà dans leurs réserves. La procédure de ravitaillement dut être annulée lorsque le typhon frappa.

Certains navires furent tellement balayés par les vents qu'ils avaient un roulis à plus de 70 degrés[réf. nécessaire] par rapport à leur position normale. Les trois destroyers USS Spence, USS Hickox et USS Maddox de la classe Fletcher avaient leurs réservoirs de fuel remplis à seulement un peu plus de 10 % de leurs capacité [3]ce qui les rendait moins stables par rapport à la force de poussée du typhon. D'autres destroyers, comme le USS Hull et le USS Monaghan, étaient d'anciens modèles de la classe Farragut qui avaient été réaménagés et à qui on avait ajouté près de 500 tonnes supplémentaires en équipements et en armements. Ce poids non prévu à la conception des navires les rendait très lourds pour affronter les vents forts.

Le Spence, le Hull et le Monaghan furent coulés par les vents violents emportant respectivement eux 317, 202 et 256 marins[1]. Le Hickox et le Maddox furent sauvés grâce à l'idée ingénieuse de pomper de l'eau de mer dans certains de leurs réservoirs de carburant vides dans le but de les stabiliser grâce au poids supplémentaire.

De nombreux autres navires connurent des avaries à des degrés divers notamment dans les équipements radar et radio ce qui rendit difficile la communication entre les bateaux de la flotte. Trois porte-avions furent confrontés à des incendies à cause du mouvement de leurs avions stockés dans les hangars.

Au total, 146 avions furent détruits par les chocs ou projetés par-dessus bord de 19 navires. Le porte-avions d'escorte USS Cape Esperance (CVE-88) de la classe Casablanca en perdant 43, le USS Altamaha (CVE-18) de la classe Bogue 40, le porte-avions léger USS Monterey (CVL-26) de la Independence 18, le USS Nehenta Bay (CVE–74) de la classe Casablanca 8, USS Cowpens (CVL-25) de la classe Independence 7, plus d'une dizaine de cuirassés et de croiseurs perdent leurs hydravions[2].

Neuf navires furent sérieusement endommagés et furent contraints de rentrer au port pour se faire réparer.

Le porte-avions USS Monterey (CVL-26) fut un des trois navires victimes d'un grave incendie causé par le mouvement d'avions. L'équipage combattit ainsi l'incendie durant toute la nuit. Parmi eux se trouvait le lieutenant Gerald Ford, qui deviendra plus tard le trente-huitième Président des États-Unis. Ce dernier raconta par la suite qu'il manqua de passer par-dessus bord lors de la tempête mais que son équipe de lutte incendie permit au bâtiment d'être sauvé du naufrage[4]. Outre les 18 avions détruits, trois membres d'équipage périrent et 34 blessés[1].

Le USS Cowpens (CVL-25) de la classe Independence durant le passage du typhon Cobra : 18 décembre 1944. Ce porte-avions perdit un membre d'équipage et sept avions durant cette événement.

Sauvetage[modifier | modifier le code]

Après que le passage du typhon, la flotte était dispersée. Le destroyer USS Tabberer repêcha un survivant du Hull alors qu'il se battait toujours désespérément contre les vents. Il s'agissait du premier marin à avoir été sauvé. Par la suite, les survivants furent récupérés un à un ou par petits groupes. Le Tabberer continua ses recherches sur zone bien qu'il fût lui-même en difficulté. Le navire réussit au total à sauver 55 marins (41 du Hull et 14 du Spence) en 51 heures de recherches malgré les ordres venus de l'amiral Halsey de rentrer au port d'Ulithi. Le navire rentra finalement au port une fois relevé par deux autres destroyers.

D'autres navires lancèrent des recherches une fois la flotte regroupée. Au total 93 marins américains furent récupérés lors de la tempête alors que 790 périrent dans les flots. 775 des disparus provenaient des trois navires coulés, les 15 autres de dix autres bâtiments[1] Un marin était passé par-dessus bord de l'USS Anzio mais eut la chance d'être récupéré en même temps que quelques rescapés des autres navires.

Même s'il a désobéi en ne retournant pas tout de suite au port, le lieutenant Page qui commandait l'USS Tabberer fut récompensé de la Legion of Merit par l'Amiral Halsey et tous les membres du navire reçurent la Navy Unit Commendation. Il s'agissait de la première fois que cette décoration était décernée (elle avait été créée le 18 décembre 1944)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Calhoun, C. Raymond. Typhoon, The Other Enemy: The Third Fleet and the Pacific Storm of December, 1944. 1981.
  • (en) Adamson, Hans Christian., and George Francis Kosco. Halsey's Typhoons: A Firsthand Account of How Two Typhoons, More Powerful than the Japanese, Dealt Death and Destruction to Admiral Halsey's Third Fleet. New York: Crown Publishers, 1967.
  • (en) Melton, Buckner F., Jr. Sea Cobra: Admiral Halsey's Task Force and the Great Pacific Typhoon. Guilford, Conn.: Lyons Press, 2007.
  • (en) Drury, Bob and Tom Clavin. Halsey's Typhoon: The True Story of a Fighting Admiral, an Epic Storm, and an Untold Rescue. Grove/Atlantic, Inc., 2007. (ISBN 0-87113-948-0); (ISBN 978-0-87113-948-1).

Liens externes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

  • (en) Bruce Henderson, Down to the Sea: An Epic Story of Naval Disaster and Heroism in World War II, New York, Collins, , 1e éd. (ISBN 978-0-06-117316-5, LCCN 2007031314)

Références et notes[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c et d (en) Herbert K. Gates, « Personnel Casualties Suffered by Third Fleet, 17-18 December 1944, Compiled from Official Sources », sur Naval History & Heritage Command, (consulté le 27 septembre 2017).
  2. a et b (en) Herbert K. Gates, « Aircraft Losses Suffered by Third Fleet, 17-18 December 1944, Compiled From Official Sources », sur Naval History & Heritage Command, (consulté le 27 septembre 2017).
  3. a et b (en) « Admiral Nimitz's Pacific Fleet Confidential Letter on Lessons of Damage in Typhoon », sur Naval History & Heritage Command, (consulté le 27 septembre 2017).
  4. (en) Drury Robert et Tom Clavin, « How Lieutenant Ford Saved His Ship », The New York Times, (consulté le 27 septembre 2017)