Tuniques rouges

Les tuniques rouges (anglais : red coat) est le surnom donné aux troupes de l'armée britannique entre la création de la Grande-Bretagne (1707) et la première Guerre mondiale en 1914. Il se rapporte à l'uniforme britannique de l'époque, qui était à l'origine un long manteau rouge écarlate.
Le surnom de tuniques rouges (en anglais : red coat) est maintenant une référence à l'époque où les guerres britanniques étaient impérialistes et coloniales.
Origine
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Au Moyen Âge, l'oriflamme de l'abbaye de Saint-Denis était l'étendard du roi de France en temps de guerre. Cette oriflamme était constituée d'un taffetas rouge à deux queues, semé de flammes d'or, frangé de vert et attaché à une hampe[1]. D'après Suger, Louis VI prend l'étendard (vexillium), « appartenant au comté de Vexin, au titre duquel il se trouve feudataire de l'église car c'est en tant que comte de Vexin que le roi lève l'étendard de Saint-Denis. ; il le prend conformément à son vœu comme de la main de son seigneur », puis part vers le point de ralliement de l'armée[2]. Le nouvel étendard remplace celui que Louis VI avait perdu, en même temps que son cheval, le , lors de sa défaite de Brémule contre les Normands[3]. En juillet 1214, Philippe Auguste emporte l'oriflamme à la bataille de Bouvines[4]. L'oriflamme est arborée au combat jusqu'à la défaite français d'Azincourt face à l'armée anglaise le [5]. Dès lors, l'oriflamme étant passée aux anglais, le rouge devient la couleur de l'Angleterre. Les rois de France, conservant exclusivement le « bleu de France », ne lèvent plus la bannière perdue de Saint Denis mais s'inventent un nouvel étendard guerrier, la bannière de Saint Michel[6]. Ne figurant plus dans aucune bataille, elle est rangée dans le trésor de Saint-Denis.
Selon l'écrivain et journaliste français Dick de Lonlay, spécialiste d'histoire militaire (1845-1893), lors de la prise d'Orléans par les troupes françaises emmenées par Jeanne d'Arc, la nouvelle couleur de la France est le blanc, et c'est une bannière blanche que porte son écuyer, la couleur rouge étant devenue celle des Anglais[7].
Selon le dictionnaire de la conversation et de la lecture paru en 1835 et qui évoque la perte de l'oriflamme rouge de Saint-Dens : « [...] les Anglais qui, au règne de Charles VI quittèrent le blanc et prirent le rouge (qui étaient la couleur des Français) à cause des prétentions qu'ils avaient sur la France »[8].
Il faudra attendre plusieurs siècles pour que l'uniforme soit généralisé et mis en avant dans l'armée anglaise. Certains vassaux ne possédaient que peu de vêtements et les vêtir pour la guerre n'était pas toujours rentable pour les seigneurs. L'armement des fantassins n'est pas non plus toujours comparable, certains étant munis d'une armure et d'épées en fer, d'autres se contentant d'une fourche et combattant pieds nus. À cette époque vient l'idée de faire porter un étendard par les unités de fantassins. Par la suite viennent un étendard par fantassin, puis un uniforme pour certains militaires de carrière. L'uniforme régulier fut instauré vers le milieu du XVIe siècle lors de la formation de la New Model Army, lorsque l'armée parlementaire fut habillée de rouge écarlate. Il s'agissait alors de la couleur la moins chère, ce qui tombait sous le sens pour une armée démocratique. L'armée employa toutefois des milices volontaires ne portant pas d'uniforme jusqu'au milieu du XIXe siècle.
Couleur
[modifier | modifier le code]L'uniforme fut d'abord un manteau long de couleur rouge écarlate. Cette couleur fait office de symbole politique opposant l'Angleterre à l'Écosse, aux îles Britanniques et à son empire colonial. Mis à part le prix de la tunique de la New Model Army, le rouge écarlate apparaît dans l'emblème floral (rose scarlet ou rose tudors) de la maison de Lancastre, puis de la maison Tudor, avant de devenir un symbole de la monarchie britannique. Les royaumes sous l'égide britannique avaient au contraire comme symboles le chardon pour l'Écosse et le trèfle pour l'Irlande. La rose et sa couleur étaient donc symboliquement fortes et oppressantes[réf. souhaitée]. La croix de saint Georges arborée sur le drapeau de l'Angleterre est également rouge écarlate.
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Uniforme de parade britanniques, inspiré des dragons de cavalerie du XIXe siècle.
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Parade du Royal 22e régiment canadien à Québec.
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Relève de la garde quotidienne au palais de Buckingham par les Queens Guard.
Hypothèse
[modifier | modifier le code]Hypothèse souvent avancée par certains spécialistes, la couleur rouge permettait de dissimuler à l'ennemi le nombre de soldats blessés, le rouge écarlate étant de la même couleur que le sang. Ce fut un atout largement utilisé lors des batailles rangées, alors que la plupart des autres puissances européennes de l'époque arboraient des uniformes blancs, noirs, bleus, gris. La tunique rouge symbolise les victoires de l’Angleterre prête à verser son sang face à tous ses ennemis. L'existence de colorants rouges faciles à trouver, à utiliser et à entretenir est une autre explication[9],[10].
Évolution
[modifier | modifier le code]Dans les débuts de l'utilisation de la tunique rouge, celle-ci se portait en tant que manteau long, accompagnée d'une chemise à longues franges, d'un tricorne et de bottes d'équitation noires. Ces dernières restèrent, le chapeau s'adapta au climat (en Australie le telly hat fut adopté, au Canada on finit par utiliser un stetson et en Afrique australe un casque protecteur fut éventuellement utilisé). La tunique en soi évolua également, passant d'un trench coat à un manteau à la taille, ou à un simple veston dans certains cas. Il est clair que l'évolution de la tunique, en plus de s'adapter au climat, reflétait également l'évolution de l'armement et du style de combat étudié par les officiers britanniques. Ainsi en 1758 à la bataille de Fort Carillon les tuniques rouges étaient utilisées dans des batailles rangées armées de mousquets. Lors de la Première guerre des Boers, mis à part les nombreuses escarmouches caractérisant cette guerre, les carabines n'avaient pas à être rechargées à chaque salve tirée, seulement réarmées, et les stratégies reposaient plus sur les charges de cavaleries et le cantonnement des troupes, la tunique se portait alors telle une veste à la taille.
Les tuniques rouges furent fatales aux britanniques lors de la bataille décisive de Majuba Hill, qui vit la fin de la Première guerre des Boers ainsi que lors de la bataille d'Isandlwana lors de la guerre anglo-zouloue : le roi Cetshwayo avait donné ordre à ses troupes de "percer toutes les tuniques rouges" et, de fait, les rares soldats anglais survivants portaient tous des tuniques de campagne bleues ou noires (officiers) ou beiges (auxiliaires) . Son utilisation cessa en opérations au début de la Seconde guerre des Boers en 1899 à l'occasion de la bataille de Talana Hill pour les troupes régulières d'infanterie pour être remplacée par un uniforme kaki afin de mieux se fondre au paysage (en particulier pour la guerre des Boers). L'utilisation des tuniques rouges se conserva néanmoins pour l'usage des uniformes de cérémonies et ceux des officiers et de la cavalerie jusqu'en 1914. Depuis cette date, la tunique rouge est conservée par certaines unités comme tenue de cérémonie (Gards par exemple).
Les tuniques rouges furent aussi les vestes d'uniforme de service de la police montée canadienne (RNWMP : Royal North-West Mounted Police, actuellement GRC : Gendarmerie Royale du Canada) jusqu'au début du XXe siècle (Tunique rouge (GRC)).
Héritage
[modifier | modifier le code]Certains corps policiers ou militaires du Commonwealth ont aujourd'hui un uniforme de cérémonie s'inspirant des tuniques rouges ; particulièrement la Gendarmerie royale du Canada (GRC), les Queen's guard d'Angleterre, le Royal 22e Régiment et le Collège militaire royal du Canada.
Références
[modifier | modifier le code]- ↑ N. Viton de Saint-Allais, Dictionnaire encyclopédique de la noblesse de France, vol. I, p. 161, Chez l'auteur, 1816.
- ↑ Suger, Vie de Louis VI, éd. trad. Henri Waquet, Paris, 1964, p. 220 et 221.
- ↑ Hervé Pinoteau, La symbolique royale française, Ve – XVIIIe siècles, P.S.R. éditions, 2004, p. 614.
- ↑ Guillaume le Breton, Gesta Philippi Augusti, t. 1, p. 271.
- ↑ Site herodote.net, page "Oriflamme", consulté le 30 avril 2021.
- ↑ C. Beaune, Naissance de la nation France, vol. II Saint Clovis, p. 264-265, coll. Folio histoire, Gallimard, Paris, 1993 (ISBN 978-2-07-032808-6).
- ↑ Google livre "Nos gloires militaires" de Dick de Lonlay, éd. Alfred Mame et Fils, Tours, 1889.
- ↑ Google Livre "Dictionnaire de la conversation et de la lecture" Tome 17, éd. Blin-Mandar, Paris, 1835.
- ↑ Barnes, Major RM (1951) Histoire des régiments et uniformes de l'armée britannique
- ↑ Barthorp, Michael (1982) Uniformes d'infanterie britannique depuis 1660.