Troupes de la Marine

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 Ne doit pas être confondu avec Troupe de marine.
Reconstitution d'un détachement de troupes de la Marine.

Les troupes de la Marine désigne les troupes françaises dépendant du ministère de la Marine. Fondées au XVIIe siècle, ces unités servaient à bord des navires de guerre comme infanterie de marine, ainsi qu'aux colonies, dans les ports et lors des débarquements.

Elle sont dissoutes au XIXe siècle pour renaître sous la forme des troupes de marine, dépendant désormais du ministère de la Guerre, c'est-à-dire appartenant à l'Armée de terre.

Fondation[modifier | modifier le code]

Le développement des marines de guerre européennes au XVIIe siècle entraine la levée de soldats affectées aux navires. La création d'unités régulières est relativement tardive (par rapport à celles de l'armée de terre) : auparavant les soldats étaient détachés d'unités de l'armée[1]. Le premier corps de troupes régulier spécifique pour le service de la marine apparaît en Espagne dès 1537 (les compañías viejas del mar de Nápoles affectées aux galères), puis au Portugal en 1610 et en France en 1622 ; les Royal Marines britanniques sont fondés en 1664 (sous le nom de Maritime Regiment of Foot).

Premiers régiments[modifier | modifier le code]

En France, le premier corps de troupe spécifique est créé en 1622 par le cardinal de Richelieu, sous le nom de « compagnies ordinaires de la marine ». Ces compagnies étaient théoriquement au nombre de cent, chacune avec pour capitaine un lieutenant de vaisseau et pour lieutenant un enseigne[2]. En 1626, Richelieu, nommé « grand-maître chef et surintendant de la navigation et du commerce », ordonne la fusion de ce qui reste des cent compagnies pour former le régiment de la Marine[3], dont le cardinal est maître de camp. Le régiment participe au siège de La Rochelle[4], mais est en partie détruit lors d'un naufrage ultérieur.

L'entrée en guerre contre l'Espagne en 1635 entraine la mise sur pied d'escadres nécessitant des soldats. En juillet 1636 sont formés trois nouveaux régiments, « du Havre », « des Îles » à Brouage et « des Galères » à Marseille, pour servir à la garde des trois ports et monter respectivement à bord de l'escadre de Normandie, de l'escadre de Guyenne et de l'armée des galères ; en 1640, ces trois régiments sont affectés à l'armée et seront dissous à la fin de la guerre[5]. En septembre 1636, le « régiment de la Marine » est reconstitué[6] : il sert dans un premier temps à bord de la flotte du comte d'Harcourt et du cardinal de Sourdis (débarquement à Oristano, reprise des îles de Lérins, bataille de Guetaria, siège de Fontarabie et prise de Larédo), puis il est envoyé à l'armée qui fait le siège d'Arras (alors espagnole) et n'embarque plus jamais, restant à la charge du ministre de la Guerre (il deviendra le 11e RI). En février 1638, le « régiment de la Couronne » est formé, portant le nom du vaisseau la Couronne qui vient d'être construit ; lui aussi passe à l'armée en 1640[7] (45e RI). En mars 1638, Sourdis prend la maistrance de camp du régiment de Foix-Candale, lui donnant le nom de « régiment des Vaisseaux » et l'embarque à bord de sa flotte[8] ; ce régiment rejoint lui-aussi l'armée déployé en Artois en 1641 (43e RI).

À l'arrivée du cardinal Mazarin comme principal ministre, la marine française n'a donc plus de troupe spécifique et va rester dans cette situation faute de moyens financiers. La paix revenue grâce au traité des Pyrénées en 1659 entraine une phase de désarmement. En 1663, un « régiment des Navires » est formé avec les restes des régiments des Galères et des Îles ; en 1665 des détachements embarquent sur la flotte du duc de Beaufort pour l'expédition de Djidjelli, avant de passer à la fin de l'année au service de la Compagnie des Indes.

En mars 1669, Colbert reçoit la charge de la marine. En décembre, les troupes de la Marine réapparaissent, sous forme de deux régiments, le « Royal-Marine » à Rochefort et Brest et l'« Amiral » à Toulon, Dunkerque et Coutances[9]. L'opposition du marquis de Louvois, qui y voyait une concurrence à ses attributions, entraîna le transfert de ces unités au ministère de la Guerre dès 1671[10], avec leur mise en route pour rejoindre l'armée destinée à l'invasion des Pays-Bas (ils deviendront les 60e et 61e RI).

Compagnies franches de la marine[modifier | modifier le code]

Après l'échec des premiers régiments, le recrutement de soldats pour la marine se poursuivit pour chaque armement, mais sans organisation. À partir de 1671, de petits détachements de gardiens sont organisés pour assurer la garde des arsenaux ; ils furent organisés en trois compagnies en 1674, à Toulon, Rochefort et Brest[11]. En 1685, une ordonnance créa en plus trois « compagnies à demi-solde » (une par port) pour maintenir une réserve disponible, les soldats passant à la demi-solde quand leurs navires sont désarmés[12]. En 1689, les compagnies de gardiens et à demi-solde prennent le nom de « compagnies de soldats-gardiens », déployées au Havre, à Brest, à Lorient, à Rochefort et à Toulon[13].

Article détaillé : Compagnies franches de la marine.

Troupes en Nouvelle-France[modifier | modifier le code]

Les troupes de la Marine furent envoyées par Louis XIV en 1682 pour remplacer les troupes régulière en Nouvelle-France, et furent utilisées pour mettre en garnison dans les colonies françaises. Entre 1683 à 1688, le roi fait passer trente-cinq compagnies au Canada. Mais comme la mortalité et le licenciement des soldats qui se marient et se font habitants diminuent considérablement les effectifs, Seignelay décide de réduire le nombre de compagnies à vingt-huit le 24 mai 1689. Il restera pratiquement inchangé jusqu’au début de la guerre de Sept Ans. Versailles renvoie alors des renforts en fixant le nombre de compagnies à quarante. À la fin du régime français, 2 600 soldats des troupes de la Marine sont présents au Canada. Ces effectifs sont relativement importants par rapport au nombre total d’habitants puisqu’en 1688 par exemple, le Canada abrite 1 418 soldats pour une population d'environ 10 300 personnes[14]. Dans un premier temps, les officiers présents au Canada viennent tous de France. Mais dès 1685, des « gentilshommes » canadiens obtiennent des places dans les troupes de marine. Les deux premiers, les fils La Durantaye et Bécancourt, s’embarquent pour Rochefort où ils reçoivent une formation de gardes de la marine. Rapidement, le corps des officiers des troupes de la marine se « canadianise ». Au début du XVIIIee siècle, environ le tiers des officiers est né au Canada, puis plus de la moitié en 1722. Vers 1740, les officiers sont pratiquement tous recrutés localement[15].

Drapeau des troupes de la Marine.

Les troupes de la Marine étaient les seules troupes régulières en Nouvelle-France de 1682 à 1755, alors que plusieurs bataillons furent envoyés en Amérique du Nord. La majorité des officiers et soldats furent recrutés en France, bien que les officiers fussent de plus en plus canadiens. Le service dans les troupes de la Marine était une importante source d'opportunité économique, et un prestige pour l'élite de la Nouvelle-France. Il y avait souvent une liste d'attente pour être nommé officier dans les compagnies de la Marine. Malgré le fait que la force des troupes variait de beaucoup d'une période à l'autre durant la guerre de Sept Ans, il y avait quarante compagnies dans la vallée du Saint-Laurent et aux Pays d'en Haut ; vingt à Louisbourg[16], et plus en Louisiane et en Acadie. De grandes garnisons furent maintenues à Québec, Montréal, et La Nouvelle-Orléans, avec des plus petites forces pour garder les forts et les postes à travers le vaste territoire de l'Amérique du Nord durant le XVIIIe siècle.

Les compagnies étaient reconnues comme les troupes coloniales régulières, et elles étaient très bien entraînées dans l'art de la guerre conventionnelle et très adaptées dans la guerre amérindienne[16] (ce qu'on appelle aujourd'hui, guerre de guérilla). En concert avec la milice canadienne et ses alliés amérindiens, les Troupes de la Marine étaient essentiels à la défense de la Nouvelle-France aux XVIIe et XVIIIe siècles. Avec l'arrivée d'importantes forces britanniques après 1755, la nature du conflit en Amérique changea vers des troupes irrégulières à des troupes conventionnelles, avec une importance particulière aux sièges et aux fortifications. Des bataillons furent envoyés pour protéger la Nouvelle-France après 1755.

Pendant la guerre de Sept Ans, la garnison à Louisbourg fut faite prisonnière avec la chute de la forteresse[16]. Après la conquête de 1763, beaucoup d’anciens soldats s'établirent définitivement dans le nouveau territoire[16], alors que d'autres furent rapatriés avec réticence en France[16].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Coste 1893, p. 1.
  2. Coste 1893, p. 2.
  3. Coste 1893, p. 3.
  4. Coste 1893, p. 13.
  5. Coste 1893, p. 20-23.
  6. Coste 1893, p. 6.
  7. Coste 1893, p. 24-26.
  8. Coste 1893, p. 26-28.
  9. Coste 1893, p. 44-47.
  10. Coste 1893, p. 48.
  11. Coste 1893, p. 68-69.
  12. Coste 1893, p. 67-70.
  13. Coste 1893, p. 71.
  14. SÉVIGNY (André), « Le soldat des troupes de la Marine » in Les Cahiers des Dix, n° 44 (1989), p. 39-74 ; « S’habituer dans le pays. Facteurs d’établissement du soldat en Nouvelle-France à la fin du Grand Siècle » in Les Cahiers des Dix, n° 46 (1991), p. 61-86 ; « Ces Militaires qui ont peuplé la Nouvelle-France » in Cap-aux-Diamants, n° 43, (automne 1995), p. 10-13.
  15. GALLUP (Andrew) & SHAFFER (Donald F.), La Marine : The French Colonial Soldier In Canada, 1745-1761, Bowie, Md., Heritage Press, 1992, p. 13.
  16. a, b, c, d et e Sutherland 1988, p. 2196.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Gabriel Coste, Les anciennes troupes de la marine (1622-1792), Paris, Librairie militaire de L. Baudoin, , 323 p. (lire en ligne).
  • Arnaud Balvay, « Les hommes des troupes de la marine en Nouvelle-France (1683-1763) », Mémoires vives, no 22,‎ (lire en ligne).
  • Stuart R. J. Sutherland, « Troupes de la Marine », Encyclopédie canadienne, Edmonton, Hurtig Publishers, vol. 4,‎ , p. 2196.

Articles connexes[modifier | modifier le code]