Troisième bataille de Falloujah

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Bataille de Falloujah
Informations générales
Date
Lieu Falloujah
Issue Victoire de l'État islamique et des rebelles sunnites
Belligérants
Drapeau de l'Irak Irak Drapeau de l'État islamique État islamique en Irak et au Levant
Flag of the Revolutionary Tribal Council.svg Révolutionnaires tribaux d'al-Anbar
Forces en présence
inconnues 1 000 hommes[1]
Pertes
inconnues inconnues
Guerre d'Irak
Coordonnées 33° 22′ N 43° 46′ E / 33.366666666667, 43.76666666666733° 22′ Nord 43° 46′ Est / 33.366666666667, 43.766666666667

Géolocalisation sur la carte : Irak

(Voir situation sur carte : Irak)
 Différences entre dessin et blasonnement : Troisième bataille de Falloujah.

La troisième bataille de Falloujah a lieu pendant la bataille d'al-Anbar, lors de la guerre d'Irak. La ville est prise par les djihadistes de l'État islamique en Irak et au Levant et des rebelles sunnites.

Prélude[modifier | modifier le code]

La ville de Falloujah a été durement bombardée durant la guerre du Golfe (1990) et la guerre d'Irak (2003-2011). Elle a notamment été assiégée deux fois par les forces américaines en 2004 (voir bataille de Falloujah). L'invasion américaine de 2003 et la guerre qui a suivi ont complètement détruit le système politique et la cohésion sociale à l'intérieur de la ville. Les bombardements ont laissé une pollution (uranium, plomb, mercure) qui provoque de graves conséquences sanitaires dans la population. Pour les chercheurs, cela semble donc normal qu'une structure comme l'État islamique s'empare aisément de la ville[2].

De nouveaux troubles éclatent en décembre 2012, après l'arrestation de 120 gardes du corps de Rafa Al-Issaoui, ministre sunnite des finances. Ce dernier trouve refuge à Falloujah. Des milliers de sunnites manifestent alors et se rassemblent sur un axe du carrefour routier reliant Falloujah à Bagdad. Un camp est établi, surnommé « place de la Dignité » par les manifestants qui réclament la libération des plusieurs milliers de prisonniers sunnites, l'égalité des droits et l'emploi. Le mouvement reçoit le soutien de chefs de tribus et de religieux chiites, et notamment de Moqtada al-Sadr. Cependant lorsque le premier ministre Nouri al-Maliki tente d'engager des réformes, celles-ci sont bloquées par d'autres députés chiites[3].

Les protestataires rassemblés dans le camp viennent cependant de différents mouvements politiques, les témoins observent la présence de drapeaux irakiens de l'époque de Saddam Hussein, d'autres d'après l'invasion, le drapeau syrien de l'Armée syrienne libre, mais aussi le drapeau noir des salafistes sont également relevés[3].

Malgré des heurts avec la police, les manifestations restent globalement pacifiques[3]. La violence surgit en décembre. Le quatre policiers sont tués par des insurgés à Falloujah[4]. Le 28, le député sunnite Ahmed al Alouani, est arrêté à Ramadi. Son frère et six de ses gardes du corps sont tués au cours de l'arrestation[3].

Déroulement[modifier | modifier le code]

Les affrontements éclatent le , lors du démantèlement du camp des protestataires que le gouvernement accuse d'être des partisans d'Al Qaida. Les protestataires, sunnites, reprochent de leur côté au premier ministre Nouri al-Maliki, chiite, la mise à l'écart de leur communauté. Les combats débutent à Ramadi et se portent rapidement jusqu'à Falloujah[5],[6],[7].

Le 1er janvier, des djihadistes de l'EIIL profitent de la situation pour attaquer des postes de police. Les islamistes s'emparent de plusieurs dépôts d'armes et libèrent 101 détenus dans le commissariat de Falloujah. Des commissariats et véhicules militaires sont incendiés. Les combats ont alors fait au moins 13 morts[6],[5],[8].

Human Rights Watch rapporte des propos faisant état du manque de confiance des Habitants de Falouhja envers le gouvernement centrale irakien : « Nous ne savons pas qui nous devons craindre le plus, al-Qaïda ou SWAT », a déclaré un habitant de Fallujah, faisant allusion à une unité des forces spéciales qui est chargée d'effectuer des opérations antiterroristes. « Pourquoi devrions-nous les aider à combattre al-Qaïda, sachant qu'ils s'en prendront à nous dès qu'ils en auront fini avec eux ». De même Dans une autre video analysés par l'ONG, un homme se présentant comme un dirigeant d'al-Qaïda demande à une foule de badauds à Ramadi: « Que sommes-nous censés faire quand l'armée viole nos femmes? Que sommes-nous censés faire quand ils emprisonnent nos femmes et nos enfants? ». Des protestataires pacifiques ont posé les mêmes questions aux autorités irakiennes lors de manifestations de masse qui ont commencé il y a plus d'un an, mais la promesse de Maliki de s'occuper de ce problème est restée lettre morte[9].

Le 2 janvier, les insurgés prennent le contrôle de plusieurs secteurs de la ville[5]. Falloujah est bombardée dans la nuit du 3 au 4 et des combats y font au moins 8 morts et une trentaine de blessés[10]. Le matin du 4 janvier, les services de sécurité irakiens annoncent que la ville de Falloujah est passée sous le contrôle total des djihadistes de l'État islamique en Irak et au Levant. L'armée affirme cependant toujours tenir les abords de la ville[5]. Environ 1 000 combattants insurgés y seraient présents[1].

Suites[modifier | modifier le code]

Les forces irakiennes encerclent Falloujah, à la date du 10 janvier, elles sont fortes de 20 000 hommes[11]. Cependant le gouvernement n'ose lancer une offensive qui risque d'être très meurtrière, tant pour les militaires que pour les civils, et d'accroître irrémédiablement les tensions entre Chiites et Sunnites[12]. Aussi le 6 janvier, le premier ministre Nouri al-Maliki demande en vain aux habitants de Falloujah de chasser de la ville les combattants djihadistes de l'EIIL[13].

Le 9 janvier, le gouvernement et les rebelles engagent des pourparlers. L'armée s'engage à ne pas lancer d'assaut sur Falloujah tant que dureront les négociations[14]. Le 16 février, en visite à Ramadi, le premier ministre Nouri al-Maliki déclare que la stratégie des forces de l'ordre est d'isoler Falloujah et d'attendre que les insurgés n'aient plus de munitions[15].

La ville continent cependant d'être régulièrement bombardée. Le 4 mars, selon un médecin, une femme et deux enfants sont tués par un obus de mortier à Falloujah[16]. Le 26 mars, quatre civils sont tués et sept autres sont blessés par des tirs d'artillerie[17]. Le 11 avril, 6 civils sont tués et 24 blessés[18]. Le 16 avril, 16 civils sont tués par des tirs de mortiers[19],[20]. Le 26, selon un médecin de l'hôpital de Falloujah, deux personnes sont tuées et 20 blessées par des tirs d'artillerie dans plusieurs quartiers[21]. Les 3 et 4 mai, des bombardements sur Falloujah font 11 morts et 4 blessés selon un médecin[22]. Sept personnes sont tuées et 45 blessées par des bombardements sur Falloujah la nuit du 6 au 7 mai selon Ahmed Shami, médecin en chef du principal hôpital de la ville[23]. Le 10 mai, huit personnes, dont deux enfants, sont tuées[24]. Le 17 septembre, 12 civils sont tués dans le quartier al-Soudjour[25].

Le 27 mai, Human Rights Watch affirme que les forces gouvernementales irakiennes ont « tiré des obus de mortier et mené d’autres attaques contre l'Hôpital général de Falloujah » et depuis le début du mois de mai, elles ont également « largué des barils d’explosifs sur des quartiers résidentiels de Falloujah et des zones voisines [...] ces attaques aveugles ont fait de nombreuses victimes civiles et forcé des milliers d'habitants à fuir leurs foyers ». HRW indique également que des militaires irakiens ont été exécutés après avoir été capturés par les rebelles, dont ceux de l'EIIL[26].

Bilan humain[modifier | modifier le code]

Le , Ahmed Shami, médecin en chef du principal hôpital de Falloujah, déclare que son établissement a comptabilisé 295 morts et 1 296 blessés entre le 30 décembre 2013 et le 7 mai 2014[23]. Au début du mois de juin, il évoque plus de 350 morts[27].

Liens externes[modifier | modifier le code]

Vidéographies[modifier | modifier le code]

Analyses[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Le Nouvel Observateur : IRAK. La bataille de Falloujah aura-t-elle lieu ?
  2. Cyril Roussel (interviewé), Cristina L'Homme (intervieweuse), « Un chercheur français : les frappes aériennes font le jeu des djihadistes », Rue89, 19 octobre 2014.
  3. a, b, c et d Orient XXI : Al-Qaida contrôle-t-il Fallouja ?
  4. AFP : Irak: 15 militaires tués dans des heurts à l'ouest de Bagdad
  5. a, b, c et d AFP : Irak: la ville de Fallouja est tombée dans les mains d'Al-Qaeda
  6. a et b RFI : Irak: les violences se propagent autour de Fallouja
  7. RFI : Violences meurtrières en Irak après la destruction d’un camp de protestataires
  8. Ouest-France : Irak. Les forces spéciales combattent les insurgés à Fallouja
  9. « Irak : Les forces de sécurité font subir des exactions aux femmes en détention », sur Human Right Watch,‎
  10. Reuters : Offensive de l'armée irakienne dans la province d'Anbar
  11. RFI : En Irak, Fallouja au centre de toutes les attentions
  12. RFI : Irak : l'assaut contre Fallouja retardé
  13. RFI : Irak: les habitants de Fallouja appelés à chasser les combattants liés à al-Qaïda
  14. Reuters : Négociations pour éviter un assaut contre Falloudja en Irak
  15. Direct Matin : IRAK: LE PREMIER MINISTRE MALIKI EN VISITE À RAMADI
  16. AFP : Irak: 52 jihadistes de Daech tués à Ramadi (contre-terrorisme)
  17. Xinhua : Dix tués et vingt blessés dans des attaques violentes en Irak
  18. Xinhua : Irak : 25 morts dans plusieurs attaques violentes
  19. Belga : 18 morts dans des attaques dans l'ouest de l'Irak
  20. AFP et Le Figaro : Irak: attaque contre des bâtiments d'État
  21. Xinhua : 22 tués dans des attaques en Irak
  22. AFP et RTL : Irak : onze morts dans des bombardements sur Fallouja
  23. a et b AFP : Irak: au moins 295 morts dans la région de Fallouja en 4 mois (médecin)
  24. France 24 : Irak : violents combats à Fallouja, occupée par l’EIIL depuis 4 mois
  25. RFI : Irak: l’armée lance l'assaut contre l’EI dans trois villes du centre
  26. Human Rights Watch : Irak : Les forces gouvernementales ont attaqué un hôpital à Falloujah
  27. AFP et Le Figaro : Irak: 22 morts dans des violences à Fallouja