Triple assassinat de militantes kurdes à Paris

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Le triple assassinat de militantes kurdes à Paris est l'exécution de Fidan Doğan, Sakine Cansiz et Leyla Söylemez dans la nuit du 9 au 10 janvier 2013 dans le Xe arrondissement de Paris[1].

Les faits[modifier | modifier le code]

Dans la nuit du mercredi 9 janvier au jeudi 10 janvier 2013, les corps de Fidan Doğan, Sakine Cansiz, cofondatrice du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) et Leyla Söylemez, toutes trois militantes kurdes, ont été découverts à Paris, dans les locaux du Centre d'information sur le Kurdistan au 147 rue la Fayette, visiblement exécutées chacune de plusieurs balles dans la tête[2].

L'enquête[modifier | modifier le code]

Selon la justice française, il est probable que les services secrets turcs, le MİT, soient impliqués dans le triple meurtre[3]. L'assassin présumé, Omer Güney est un Turc de 34 ans, qui avait été agent d'entretien à l'aéroport de Paris-Charles-de-Gaulle. Les caméras de vidéosurveillance ont permis d'attester sa présence à l'intérieur de l'immeuble, à l'heure estimée de la mort, entre 12 h 11 et 12 h 56. De la poudre a également été relevée sur sa sacoche. Les experts de la police technique et scientifique ont fait décrypter son téléphone portable Nokia en restaurant d'anciens fichiers effacés. Ces images prouvent que le 8 janvier – la veille de l'assassinat – Omer Güney est rentré entre h 23 et h 33 dans les locaux de l'association Kurde à Villiers-le-Bel pour photographier 329 fiches d'adhérents. Deux jours avant, il avait pris en photo les comptes retraçant l'activité de racket auprès de la communauté[4].

Quelques mois après ces assassinats, un enregistrement audio d’une conversation entre Omer Güney et des agents des services secrets turcs (MIT), ainsi que des notes, sont mis en ligne anonymement. Omer Güney avait également des photos de centaines de militants kurdes dans son téléphone. La juge d'instruction antiterroriste Jeanne Duyé est chargée de l’enquête. En septembre 2013, l'ordinateur de la magistrate est volé à son domicile lors d’un étrange cambriolage, et un projet d'évasion d'Omer Güney est déjoué : l'homme, incarcéré depuis le 21 janvier 2013 près de Paris, comptait s'évader « avec l'aide d'un membre du MIT » [réf. nécessaire].

La magistrate, au-delà d'une possible implication des services secrets turcs[5], n'a pas réussi à établir qui étaient les commanditaires : ont-ils agi « avec l'aval de leur hiérarchie » ou « à l'insu de leur service afin de le discréditer ou de nuire au processus de paix », entamé à l'époque entre Ankara et le PKK ? Le 13 décembre 2016, Omer Güney est transporté d’urgence de la prison de Fresnes à la Salpêtrière. Depuis longtemps atteint d’un cancer du cerveau, il a été contaminé par la légionellose et meurt d’une pneumonie le 17 décembre soit cinq semaines avant le début de son procès[6],[7].

Eyyup Doru, représentant du parti kurde HDP en Europe, émet l'hypothèse que c'est Fidan Doğan qui était visée dans ce triple assassinat et à travers elle la France. Cette jeune femme, « très intelligente, selon l’avocate Sylvie Boitel, et qui possédait fait rarissime, les codes des trois cultures : turque, kurde et française » avait, selon l’une de ses amies, « rencontré le président François Hollande au moins trois fois alors qu'il était premier secrétaire du Parti socialiste » et entretenait de nombreux liens avec les autorités politiques françaises. Fidan Doğan a été exécutée d'une balle dans la bouche, une manière de signifier que désormais, elle ne parlerait plus[8].

Metin, le frère de Sakine Cansiz, tient la France pour responsable : « ma sœur a été tuée sur le sol français et celui qui a tué ma sœur est mort en prison, empêchant le procès d'avoir lieu »[9].

Œuvre[modifier | modifier le code]

La journaliste a mené une enquête pendant près de trois ans sur le triple-meurtre qui pointe les liens et les éléments à charge contre les services secrets turcs. Ce livre qui brosse le portrait des trois femmes tente de mettre en lumière les prodromes de la dérive autoritaire du régime de Recep Tayyip Erdoğan[10].

Références[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]