Trifels

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Château fort de Trifels
Image illustrative de l'article Trifels
Vue aérienne du château
Nom local Reichsburg Trifels
Période ou style Médiéval
Type Château fort
Début construction XIe siècle
Fin construction avant 1081
Propriétaire initial Henri IV du Saint-Empire
Destination initiale Palais
Destination actuelle Musée
Protection Monument historique (1862)
Site web http://www.trifelsland.de/de/region/burgen/trifels.html
Coordonnées 49° 11′ 46″ nord, 7° 58′ 44″ est[1]
Pays Drapeau de l'Allemagne Allemagne
Région historique Palatinat
Land Rhénanie-Palatinat
Commune allemande Annweiler am Trifels

Géolocalisation sur la carte : Rhénanie-Palatinat

(Voir situation sur carte : Rhénanie-Palatinat)
Château fort de Trifels

Géolocalisation sur la carte : Allemagne

(Voir situation sur carte : Allemagne)
Château fort de Trifels

Le château fort de Trifels, monastère salésien à l'origine, aujourd'hui en partie restauré, surplombe du haut de son piton rocheux la petite ville d'Annweiler (Rhénanie-Palatinat) au cœur de la forêt du Palatinat. Au Moyen Âge, il bénéficia pendant deux siècles (de 1113 à 1310), du statut de palais impérial.

Localisation[modifier | modifier le code]

Ce château, édifié sur le mont Sonnenberg (494 m), se dresse sur un triple piton gréseux, long de 145 m, large de 40 m et surélevé de 50 m. Cette triple assise rocheuse a donné son nom à la forteresse, qu'on peut rendre par « Trois-Rochers » (dreifacher Fels). Le Sonnenberg, avec son sommet arrondi, est une montagne typique de la Vasgovie, comme on appelle la moitié méridionale de la forêt du Palatinat. Le Trifels et ses deux frères, eux aussi en ruines et à proximité immédiate au sud-est : les châteaux d'Anebos et de Scharfenberg (aussi appelé Münz), sont les symboles de la petite ville d'Annweiler, qui s'épanouit en contrebas dans la vallée de la Queich. Sur un espace réduit, le pays offre aux touristes plusieurs autres châteaux, notamment celui du Madenburg à 4 km de là, et qui était très lié au château de Trifels.

Rayonnement du lieu[modifier | modifier le code]

Copies des régalia impériales exposées au musée de Trifels.

Le château de Trifels actuel (qui n'a pas été reconstruit à l'identique), avec les répliques des régalia du Saint-Empire romain germanique qui y sont exposées, compte parmi les principales attractions touristiques du Palatinat rhénan. Avec plus de 100 000 visiteurs par an, il est, derrière le château de Hambach (200 000 visiteurs) le deuxième château le plus visité de la région. Le Trifels doit cette affluence au rôle qu'il jouait au Moyen Âge, surtout sous le règne des Hohenstaufen, du XIIe siècle au XIIIe siècle. Le château fort, en tant que résidence impériale, fut le théâtre de scènes historiques. Outre les régalia, son attrait vient de ce qu'il fut (mais sans doute seulement pendant trois semaines, du 31 mars au 19 avril 1193) le lieu de détention de Richard Cœur de Lion.

Les débuts[modifier | modifier le code]

La construction du château remonte sans doute au XIe siècle : il est mentionné pour la première fois en 1081. C'était alors le château d'un seigneur du nom de Diemar, opposant à l'empereur lors de la Querelle des Investitures. Par la suite il se retira à l'Abbaye de Hirsau et transmit le Trifels à l'empereur ou à l'anti-roi. Diemar était issu de la lignée des Reginbodonen, celle des comtes de l’Ufgau badoise[2]. C'est sans doute par son mariage avec une sœur de l'évêque de Spire, Johann von Kraichgau, de la dynastie des Zeisolf-Wolfram, que Diemar est entré en possession des châteaux du Trifels et du Madenburg tout proche. Selon les Annales de Spire, la mère de l'archevêque Johann était une sœur de l'empereur Henri IV ; ainsi, l'épouse de Diemar était une cousine de l'empereur.

Forteresse d'Empire[modifier | modifier le code]

Façade du château de Trifels.

En 1112, l'empereur Henri V et son chancelier, le prince-archevêque de Mayence Adalbert Ier de Sarrebruck entrèrent en conflit pour la possession des forteresses de Trifels et de Madenburg. Adalbert défendait là ouvertement l'héritage de sa famille, car son frère Frédéric était marié avec une petite-fille de Diemar von Trifels, également fille du comte Dietmar von Selbold-Gelnhausen[2]. Mais dès 1113, Adalbert dut céder le château fort de Trifels à l'empereur, qui le garda prisonnier jusqu'en 1115, en partie dans ce château.

Richard Cœur de Lion baise les pieds d'Henri VI (extrait du Liber ad honorem Augusti de Pierre d'Éboli (1196).

Mais le plus célèbre détenu de cette forteresse fut sans conteste le roi Richard Cœur de Lion, fait prisonnier lors de son voyage de retour de la Troisième croisade en 1192 puis livré à l’empereur Henri VI en 1193. On l'amena à cet endroit, où il passa de façon certaine au moins trois semaines (mais peut-être même une année), et fut libéré contre rançon au bout de deux ans, le 4 février 1194. Mais selon le Conte de la libération du roi Richard Cœur de Lion, cette version est une mystification. L'énorme rançon que l'empereur reçut lui permit d'engager une campagne contre l'empire normand en Italie du sud. C'est de Trifels que son expédition démarra le 9 mai 1194.

Un autre détenu illustre est le prince-archevêque de Cologne Brunon IV, qui fut en 1206 le prisonnier du roi Philippe de Souabe, d'abord au Trifels[3], puis au château fort d'Alt-Ems dans le Vorarlberg.

Il n'est pas certain que ces prisonniers nobles aient passé leur détention dans les cachots creusés à même la pierre du rocher ; leur détention devait plutôt s'apparenter à une mesure de résidence surveillée ou d'internement, où ils ne manquaient de rien, mis à part qu'il n'avaient pas choisi ce séjour.

De 1125 à 1298, les régalia impériales (ou emblèmes impériaux), c'est-à-dire la couronne, l'orbe et le sceptre, étaient conservés dans ce château[4]. Cela arrivait à chaque vacance du pouvoir, jusqu'à l'élection du nouveau souverain[5].

Décadence[modifier | modifier le code]

Avec la chute des Hohenstaufen, le château de Trifels perdit de son importance vers la fin du XIIIe siècle. En 1410 il fut rattaché au duché de Palatinat-Deux-Ponts. Puis en 1602 il fut incendié par la foudre et détruit en grande partie. Au cours de la Guerre de Trente Ans, ses ruines servaient de refuges, avant d'être définitivement désertées lors de la peste de 1635. Sa chapelle était apparemment toujours en bon état, car on sait qu'encore en 1786 le baron Joseph von Lassberg y fut fait chevalier par son oncle. Finalement les ruines furent exploitées en carrière : les habitants de la région venaient s'y approvisionner en pierre à bâtir.

Reconstruction[modifier | modifier le code]

Reconstruction des appartements du palais, vers 1942
La salle du trône, une reconstitution anachronique du régime nazi.

En 1841, le Royaume de Bavière, auquel le Palatinat était rattaché depuis le Congrès de Vienne (1816), entreprit les premières mesures de conservation. L'association Trifelsverein, qui entendait s'opposer à tout nouveau vol de pierre, vit le jour en 1866.

Personne ne s'est intéressé au site de Trifels jusqu'au potentat du Troisième Reich (1933–1945): à partir de 1938, ils décidèrent la reconstruction du château. Mais comme on ne disposait d'aucune indication sur l'aspect du château fort d'origine, ce palais fut entièrement reconstruit selon les plans proposés par l'architecte Rudolf Esterer, dans le style d'un donjon de la période italienne des Hohenstaufen. Les nazis s'inquiétaient peu de la vraisemblance ; ils visaient principalement à glorifier le passé national et la légitimité de leur nationalisme. À cet égard, on peut toujours visiter la salle du trône, haute à elle seule de deux étages, et qui n'a aucun rapport avec ce qu'étaient ces salles au Moyen Âge[6].

Vers la fin de la Seconde Guerre mondiale, les travaux s'interrompirent pour une bonne dizaine d'années. La reconstitution définitive du château féodal reprit de 1954 jusqu'aux années 1970. Elle était régulièrement en butte à la pénurie de pierre et aux menaces de perdre les subsides.

Le château de Trifels et son rocher.

Les rochers en contrebas du château sont appréciés des amateurs d'escalade.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. WP:de
  2. a et b Wolfgang Hartmann (2004): Vom Main zur Burg Trifels – vom Kloster Hirsau zum Naumburger Dom. Auf hochmittelalterlichen Spuren des fränkischen Adelsgeschlechts der Reginbodonen (Näheres s. Bibliographie)
  3. Magnus Backes: Staatliche Burgen, Schlösser und Altertümer in Rheinland-Pfalz, S. 194. Verlag Schnell und Steiner, Regensburg 2003. (ISBN 3-7954-1566-7)
  4. Helmut Seebach (2000): Der deutsche Reichsschatz auf Burg Trifels (Cf. Bibliographie)
  5. Alexander Thon (2002): Die Reichkleinodien. Einst auf Burg Trifels – Herrschaftszeichen, Reliquien und Krönungsgewänder (Cf. Bibliographie)
  6. Susanne Fleischner (1999): „Schöpferische Denkmalpflege“. Kulturideologie des Nationalsozialismus und Positionen der Denkmalpflege (Cf. Bibliographie)

Annexes[modifier | modifier le code]

Timbre des Postes Fédérales allemandes (1965) de la série « Douze siècles d'édifices allemands » (Deutsche Bauwerke aus zwölf Jahrhunderten).
Timbre des Postes Fédérales allemandes (1967) de la série « Douze siècles d'édifices allemands » (Deutsche Bauwerke aus zwölf Jahrhunderten)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (de) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en allemand intitulé « Reichsburg Trifels » (voir la liste des auteurs).
  • Susanne Fleischner: „Schöpferische Denkmalpflege“. Kulturideologie des Nationalsozialismus und Positionen der Denkmalpflege. Lit, Münster 1999. (ISBN 3-8258-4123-5) (u. a. über den Wiederaufbau der Burg Trifels ab 1938)
  • Wolfgang Hartmann: Vom Main zur Burg Trifels – vom Kloster Hirsau zum Naumburger Dom. Auf hochmittelalterlichen Spuren des fränkischen Adelsgeschlechts der Reginbodonen. In: Veröffentlichungen des Geschichts- und Kunstvereins Aschaffenburg e. V. Pattloch, Aschaffenburg 52/2004. (ISSN 0433-843X) (s. a. Weblinks: Informationen zum Buch)
  • Bernhard Meyer: Burg Trifels. Schnell und Steiner, Regensburg 2002. (ISBN 3-7954-6397-1)
  • Bernhard Meyer: Burg Trifels. Die mittelalterliche Baugeschichte. In: Beiträge zur pfälzischen Geschichte. Hrsg. v. Jürgen Keddigkeit, Roland Paul, Jens Stöcker und Alexander Thon. Pfälzisches Burgenlexikon, Sonderbd. 1. Kaiserslautern 12.2001, S. 1. (ISSN 0936-7640)
  • Helmut Seebach: Der Trifels – eine deutsche Burg. Bachstelz, Annweiler 2001. (ISBN 3-924115-23-0)
  • Helmut Seebach: Der deutsche Reichsschatz auf Burg Trifels. Bachstelz, Annweiler 2000. (ISBN 3-924115-22-2)
  • Günter Stein: Trifels und Hohkönigsburg. Zitate und Gedanken zum Wiederaufbau zweier Burgruinen. In: Alfons Schäfer (Hrsg.): Festschrift für Günther Haselier. Oberrheinische Studien, Bd. 3. Braun, Karlsruhe 1975, S. 373–404. (ISBN 3-7650-0913-X), (ISSN 0930-522X)
  • Alexander Thon (Hrsg.): ... wie eine gebannte, unnahbare Zauberburg. Burgen in der Südpfalz. 2., verbesserte Auflage. Schnell und Steiner, Regensburg 2005, S. 146–151. (ISBN 3-7954-1570-5)
  • Alexander Thon: Die Reichkleinodien. Einst auf Burg Trifels – Herrschaftszeichen, Reliquien und Krönungsgewänder. In: Karl-Heinz Rothenberger (Hrsg.): Pfälzische Geschichte. Bd 1., 2. verbesserte Aufl. Institut für Pfälzische Geschichte und Volkskunde, Kaiserslautern 2002, S. 220–231. (ISBN 3-927754-43-9)
  • Alexander Thon: „... das liecht fällt durch eine runde öffnung im gewölbe herein, über welcher grünes gesträuch vom winde bewegt herab schwankte.“ Joseph von Laßberg (1770–1855) und die angebliche Doppelkapelle auf Burg Trifels. In: Vestigiis Historiae Palatinae. Festschrift für Karl Scherer. In: Jürgen Keddigkeit (Hrsg.): Beiträge zur pfälzischen Geschichte. Nr. 20, 2000, S.123–134. (ISSN 0936-7640)
  • Alexander Thon: Vom Mittelrhein in die Pfalz. Zur Vorgeschichte des Transfers der Reichsinsignien von Burg Hammerstein nach Burg Trifels im Jahre 1125. In: Jahrbuch für westdeutsche Landesgeschichte 32, 2006, S. 35–74

Liens externes[modifier | modifier le code]

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