Tribus de la Kabylie

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Cartographie des tribus de la Grande Kabylie. (1940)

Organisation sociale[modifier | modifier le code]

L'organisation sociale kabyle est de nature patriarcale et patrilinéaire, la filiation se faisant par la lignée masculine. Suivant les traditions, les familles élargies se regroupent autour des aïeuls, les femmes, les enfants, les oncles, les tantes et autres cousins. Un ensemble de familles ayant un ancêtre commun se regroupe en faction[citation nécessaire] (taxarubt). Un quartier n'est généralement habité que d'une seule faction[réf. nécessaire], avec ses terres et son propre cimetière. La faction, voire le quartier, porte, en règle générale, le nom ou le surnom de l'ancêtre fondateur.

Le regroupement de plusieurs factions forme un village (taddart, pl. tuddar). Un ensemble de villages aux origines communes forment une tribu (εarc).

Lorsque plusieurs tribus s'entendent entre elles, elles forment une confédération (taqbilt). Ce phénomène, le plus souvent poussé par les guerres, est plutôt éphémère[réf. nécessaire]. Les confédérations se font mais se défont aussi rapidement qu'elles ne se sont formées lorsque le calme est revenu.

La composition de la grande Kabylie en confédérations lui vaut le nom de tamawya taqbaylit (fédération kabyle[réf. nécessaire]). L'expression généralement utilisée reste tamurt n Leqbayel, « le pays des Kabyles ».

Histoire[modifier | modifier le code]

Quinquégentiens[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Quinquégentiens.
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Parmi les nombreuses légendes que compte la Kabylie, une en particulier a souvent fait l'objet de point de départ dans le cadre de recherches sur l'histoire de la grande Kabylie. En effet, on raconte que le premier habitant du Djurdjura était un géant. Celui-ci aurait eu cinq fils qui, une fois devenus grands, seraient à l'origine de cinq familles. Suivant le principe du développement familial énoncé en introduction, ces cinq familles seraient à l'origine des cinq tribus, qui, réunies en confédération, auraient lutté contre la domination romaine. Ainsi le vocable de Quinquégentiens, populaire chez les historiens, serait un emprunt à la légende kabyle.

L'histoire n'a pu transmettre le nom que de deux de ces tribus :

  • Isaflensès ou Iflensès qu'on identifie avec les Iflissen de nos jours, est le seul nom de famille retrouvé.
  • A Aumale, une inscription de 261 ap. J.-C. parle d'un chef du nom de Faraxen. Les mots Faraxen et Fraoussen seraient identiques. On identifierait par là le père de la tribu des Aït Fraoussen[1].

Grâce aux récits de plusieurs historiens sur Firmus et Gildon, les deux frères qui dirigeaient les armées des Quinquégentiens, nous savons qu'il y avait plus de deux tribus, cependant il n'y a aucune preuve historique autre que ces récits.

Extrait d'un article publié par Athenaeum français en 1852 :

«  Parmi les tribus que le comte Théodose eut à combattre de 373 à 375, et que cite Ammien Marcellin, on pourrait rattacher à la confédération des Quinquégentiens :

  • 1° celle des Massissenses, que l'on identifie aux Msisna ou Imsissen, sur la rive droite de la Soumam;
  • 2° celle des Tindenses, qui aurait occupé les territoires des Fenaïa, des Aït-Oughlis et des Aït-Ameur;
  • 3° celle des Isaflenses, que l'on croit être les Flissa de nos jours;
  • 4° les Jubaleni, ou montagnards, qui seraient les Zouaoua;
  • 5° et les Jesalenses, qui auraient occupé le pays situé à l'ouest des Zouaoua.

Si toutes ces peuplades étaient restées à leurs places primitives, le récit des opérations du général romain contre Firmus montrerait qu'elles eurent pour théâtre ce que nous appelons la Grande Kabylie, indépendamment des contrées situées à l'ouest et au sud. »[2]

Faraxen, Iflensès et Azus[modifier | modifier le code]

En ce qui concerne les noms des cinq grandes tribus antiques (les gens en latin), dont seuls deux noms nous sont formellement parvenus aujourd'hui (Faraxen pour Feraoucen et Iflensès pour Iflissen), nous pouvons aussi relever la présence d'Azus, patronyme et toponyme à la fois, alors très répandu en Grande Kabylie et sur tout son pourtour.

En effet, le comptoir phénicien venu s'établir sur un ancien établissement berbère (5000 ans) devenu la grande ville romaine de Rusazus n'est autre aujourd'hui qu'Azeffoun (Port-Gueydon colonial). Autour d'Azeffoun et jusqu'à l'Akfadou nous avons encore aujourd'hui : la forêt des Yazzuzen, le mont des Yazzuzen, des lieux dits Yazzouzen ou Azzouz. Ce qui démontre la relation entre le terme Azus et sa forme en tamazight plurielle (donc tribu) de Yazzuzen.

Les termes de Azus/Azuz/Auzu/Auzua...jusqu'à Auzia (Aumale' coloniale et Sour el Ghozlene actuelle) sont peut être[évasif] à rapprocher. Azouaou (ou Azwaw connu aussi sous Zwawas, Gwawa...) sont peut-être la même forme du nom de cette très ancienne tribu berbère de Kabylie qui est encore connue de nos jours sous son vocable inchangé des Azzouz/Yazzouzen : Azzouza (Larbaa n'At Iraten ou Aït Iraten) et Taguemount Azzouz, gros villages de Kabylie[3].

Les Yazzouzen ont donné naissance à l'actuelle tribu des Aït Iraten qui forme depuis le haut Moyen Âge avec les Aït Fraoussen les deux grands groupes dominant la Kabylie du Djurdjura Antique.

Une troisième gens encore présente et vivante sur le Djurdjura : les Azzuz (Azzouz/Azus), au côté des Aït Fraoussen (Feraoucne/Faraxen) et Iflissen (Flissas/Iflensès).

Jusqu'au XIVe[modifier | modifier le code]

Aussi loin que l'on puisse remonter dans le temps et jusqu'au XIVe siècle ap. J.-C., la grande Kabylie semble relativement dominée par deux tribus organisées en une puissante confédération: les Aït Fraoussen et les Aït Iraten. D'ailleurs, Ibn Khaldoun nous confie que même du temps de la domination arabe où le Djurdjura faisait partie de la province de Béjaïa, la puissance de cette seule confédération et la géographie accidentée du Djurdjura faisaient que les habitants de la Grande Kabylie échappaient à tout contrôle de l'administration et même au pouvoir du fisc. À cette époque l'existence des Iflissen et des Iazouzen ne faisait nul doute puisque le territoire qui est le leur aujourd'hui l'était déjà durant l'antiquité. Les autres tribus ne semblaient en revanche pas suffisamment puissantes pour faire parler d'elles.

Au XIVe siècle, Sidi Ahmed ou el Kadhi, alors gouverneur de la province de Annaba du royaume hafside, reviendra chez lui pour unir les Kabyles contre les Espagnols. Originaire de Achallam, village des Aït Ghobri, son retour sera accueillie de manière triomphale attirant aussi la sympathie des tribus voisines. Sidi Ahmed ou el Kadhi élira domicile sur le piton de Koukou, fortement soutenu par les Aït Khellili, Aït Bou Chaïeb (At Bu Cɛayeb), Itsourar (At Yettsuragh), Aït Yahia, Aït Idjer et bien sur les Aït Ghobri. Cela marque la naissance des Seigneurs de Koukou.

Royaume de Koukou[modifier | modifier le code]

Profitant de l’attaque par la mer des frères Barberousse, Aroudj et Kheireddin, il libérera Béjaïa de l’occupation espagnole. Puis il infligera une lourde défaite au cheikh des Aït Abbas, les princes de Guelâ du Royaume des Aït Abbas, en guise de châtiment pour avoir aidé les Espagnols contre les Kabyles. Enfin, trahi par les turcs, il chassera Kheireddin d’Alger où il régnera de 1520 à 1527. Son règne s’achèvera un soir où il sera lâchement assassiné par un mercenaire kabyle à la solde de Kheireddin. À la mort de leur chef, les Kabyles en déroute quitteront Alger pour ce réfugier chez eux. Sidi el Haoussin ou el Kadhi, le frère de Sidi Ahmed ou el Kadhi, sera reconnu Roi des Seigneurs de Koukou en 1529 et reprendra le commandement de l’armée Kabyle pour organiser la défense contre les Turcs. Au fil des années le règne des Seigneurs de Koukou prendra une tournure despotique où les hommes des six tribus précédemment citées seront obligés de servir dans l’armée des Seigneurs de Koukou soumettant les tribus plus au Nord à différents impôts, racket et autres injustices. Certains historiens rapportent même que le cheptel des Seigneurs de Koukou allaient brouter de l’autre côté du Oued Sebaou, sur le territoire des Aït Fraoussen et des Aït Iraten, sans que cette importante confédération ne proteste de peur de déclencher une guerre.

Les Kabyles ne supportant plus l’exercice tyrannique du pouvoir par les Bel Kadhi, cherchaient depuis plusieurs années l’occasion d’en finir avec cette période de Régime de type féodal du Royaume de Koukou.

Renversement[modifier | modifier le code]

Au XVIIe siècle, Sidi Mansour sera le personnage moteur du soulèvement des Kabyles. Faisant prendre conscience de leur force et de leur nombre aux Aït Djennad, il constituera une formidable unité. Rapidement, les confédérations voisines des Aït Ouaguenoun et des Iflissen lebhar s’uniront avec les Aït Djennad pour former une puissante "confédération élargie" qui combattra sans relâche les Seigneurs de Koukou, alors dirigés par Amar ou el Kadhi. En 1618, Amar ou el Kadhi meurt mais il faudra attendre la fin du XVIIe siècle pour signer l’avènement des Seigneurs de Koukou avec notamment une liberté totale et retrouvée chez les Aït Djennad, Aït Ghobri et Aït Idjer.

Liste des confédérations et tribus[modifier | modifier le code]

En Grande Kabylie[modifier | modifier le code]

On dénombre 14 Confédérations et 98 tribus en Grande Kabylie. 78 de ces tribus intègrent l'une des 14 Confédérations[4].

TAMAWYA TAQBAYLIT
IFLISSEN UMELLIL
  • Aït Mekla (At Meqlaɛ)
  • Ighemrassen
  • Irafan
  • Aït Bourouba (At Buruba)
  • Aït Amran (At Ɛemṛan)
  • Aït Bou Chenacha (At Bu Cnaca)
  • Arch Alemnas (Lɛarc Alemmas)
  • Rouafa[5]
  • Azazna[5]
  • Chilmoun[5]
  • Aït Arif (At Ɛarif)
  • Aït Aicha (At Aɛyca)
  • Aït Yahya Ou Moussa (At Yeḥya Umusa)
  • Ibouazounen (Ibuɛezzunen)
  • Imkiren (Imkiren)
  • Imzalen
  • Inezlioun
MAATKA
  • Maatka (Imaɛtuqen)
  • Aït Khelifa (At Xlifa)
  • Ibethrouen (Ibetrunen)
AÏT AÏSSI
  • Aït Zmenzer (At Zmenzer)
  • Aït Abd El Moumen (At Ɛebdelmumen)
  • Ihassenaouen (Iḥesnawen)
  • Aït Ameur ou Faïd (At Ɛmar Ufayed)
  • Iferdioun (Iferdiwen)
  • Aït Douala (At Dwala)
  • Aït Mahmoud (At Maḥmud)
AÏT IRATEN AÏT MENGUELLAT AIT BETHROUNE AÏT SEDKA
  • Iouadhien (Iwaḍiyen)
  • Aït Bou Chennacha (At Bu Cnaca)
  • Aït Irguen (AT Yergen)
  • Aït Ou illoul (At Yillul)
  • Aoudkal
  • Aït Chebla (At Cbel)
  • Aït Ahmed (At Ḥmed)
IGOUCHDAL (Guechtoula)
  • Frikat
  • Aït Smaïl (At Smaɛil)
  • Mechtras (Amecras)
  • Aït Mendes (At Mendas)
  • Aït Koufi (At Kufi)
  • Aït Bou R'Erdane (At Bu Ɣerdan)
  • Cheurfa Guiril Geken (Ccerfa n Yiɣil)
  • Ighil Imoula (Iɣil Imula)
  • Aït Bou Addou (At Bu Waddu)
IFLISSEN LEBHAR
  • Tifra
  • Aït Zerara
  • Aït Ahmed
  • Aït Zaouaou
  • Cheurfa
AÏT OUAGUENOUN AÏT DJENNAD
  • Aït Adas
  • Aït Khodea
  • Aït Ir'Zer
  • Izer'Faouen
AÏT IDJER AÏT CHAFÂA
  • Iâzzouzen
  • Tiguerim
ZEKRI
  • Isser El Oudian
  • Isser Ouled Smir
  • Isser Droua
  • Isser El Djediane
  • Beni Thour
  • Aït Slegguem
  • Zemoul
  • zagoug Sebaou El Qdim
  • Taourga
  • Bordj Sebaou
  • Abid
  • Amraoua

En Petite Kabylie[modifier | modifier le code]

  • Ath Slimane
  • Ath Amrous
  • Ath Bimoune

Babors[modifier | modifier le code]

Jijel [6],[7][modifier | modifier le code]
  • Aït Achour
  • Aït Aïssa
  • Aït Ali
  • Aït Khzar
  • Aït Mâad
  • Aït Marmi
  • Aït Nabet
  • Aït Qatti
  • Aït Saâd
  • Aït Saâdellah
  • Beni Afer
  • Beni Ahmed
  • Beni Aïcha
  • Beni Amrane
  • Beni Caïd
  • Beni H'bibi
  • Beni Foughal
  • Beni Idder
  • Beni Khettab
  • Beni Mâameur
  • Beni Maâzouz
  • Beni M'djaled
  • Beni Ourzeddin
  • Beni Salah
  • Beni Sekfal
  • Beni Siar
  • Beni Yedjis
  • Beni Zoundaï
  • El Kherracha
  • Ledjenah
  • Ouled Ali
  • Ouled Aouat
  • Ouled Asker
  • Ouled Belâafou
  • Ouled Boubeker
  • Ouled M'hammed
  • Ouled Saâd
  • Ouled Tafer
  • Ouled Tibane
Sétif[modifier | modifier le code]
  • Beni Bezaz
  • Beni Djebroune
  • Beni M'djaled Qbala
  • Gheboula (Ghbouliyen)
  • Ith Achache
  • Ith Brahem
  • Ith Chebana
  • Ith Hafett
  • Ith Ouerthiran
  • Ith Yaâla
  • Lerbaâ
  • Sahel Guebli
  • Guergour

Bibans[modifier | modifier le code]

En Basse Kabylie[modifier | modifier le code]

{Compléter}

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Louis Adrien Berbrugger Les époques militaires de la Grande Kabylie
  2. L'Athenaeum français: journal universel de la littérature, de la science et des beaux arts
  3. Rusazus ou Rus Azus, étymologiquement : Rus=cap en punique et Azus=nom de la tribu avec laquelle le commerce des puniques s'exerçait en ce point, puis ville comptant 8 des 14 voies dallées de toute l'Afrique romaine - c'est dire son importance. Azus a pu être confondu étymologiquement par les archéologues du XIXe siècle avec "vent" de Ouado/Wado en kabyle, cela aurait donné "le cap des vents"; ce qui est logiquement impensable et contraire aux règles d'un mouillage portuaire sécurisé et surtout, protégé des vents! De plus, il existait près du comptoir un gros bourg berbère antérieur au comptoir phénicien. Azus est donc bien le nom du groupement humain habitant le bourg et non une déformation du mot vent en berbère. Yazzuzen, Frawsen et Iflissen sont trois des Quinquégentiens antiques encore présents sur le sol du Djurdjura.
  4. Histoire de la Grande Kabylie, XIXe et XXe siècles. Anthropologie du lien social dans les communautés villageoises, Alain Mahé, ed.Bouchene, 2001, (ISBN 2912946123)
  5. a, b et c La Kabylie et les coutumes kabyles, Adolphe Hanoteau et Aristide Letourneux, ed.Bouchene, 2003, (ISBN 2-912946-43-3)
  6. Lire en ligne, "Cercle de Djidjelli, fractions et nom des Cheikh", -Mémoire de reconnaissance du territoire effectué par l’armée française en 1845-, 1845.
  7. Lire en ligne, ARNOLET L., "Recueil des notices et mémoires de la Société archéologique, historique, et géographique du département de Constantine", Vol. 14, pp. 35-36, 1870.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Capitaine Ernest Carette, Exploration scientifique de l'Algérie pendant les années 1840, 1841, 1842, Paris, Gouvernement de Louis-Philippe, de la Seconde République puis du Second Empire et avec le concours d'une commission académique, Imprimerie royale, nationale, puis impériale, coll. « Sciences historiques et géographiques Tome IV et V »,
  • Ibn Khaldoun (trad. William Mac-Guckin de Slane), Histoire des Berbères et des dynasties musulmanes de l'Afrique septentrionale, Alger, Berti (2003), coll. « William Mac-Guckin de Slane (2003) », 1852-1856, 2e ed.1925, 3e ed.2003
    2e Ed. (ISBN 2705336397) 3e Ed. (ISBN 9782705336394)
  • Adolphe Hanoteau et Aristide Letourneux (trad. Paul Coatalen), La Kabylie et les coutumes kabyles, Paris, Bouchene, Présentation de la 3ème édition en ligne, coll. « Intérieurs du Maghreb », 1872-1873 puis 1893 puis 2003 (ISBN 2-912946-43-3)
  • Si Amar U Said Boulifa, Le Djurdjura à travers l'histoire depuis l'Antiquité jusqu'en 1830 : organisation et indépendance des Zouaoua (Grande Kabylie), Alger, berti editions (1990), (ISBN 978-9961690215)
  • Camille Lacoste-Dujardin, Opération Oiseau bleu - Des Kabyles, des ethnologues et la guerre, Paris, La Découverte, coll. « Textes à l'appui / Anthropologie », (ISBN 2707141747)
  • Alain Mahé, Histoire de la Grande Kabylie XIXe XXe siècle. Anthropologie historique du lien social dans les communautés villageoises, Paris, Bouchene Présentation en ligne, coll. « Bibliothèque histoire du Maghreb », (ISBN 2-912946-12-3)

Voir aussi[modifier | modifier le code]