Tribu (ethnologie)

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Tribu.

D'un point de vue historique, une tribu consiste en une formation sociale existant avant la formation de l'État. Certaines personnes utilisent ce terme pour faire référence à des peuples ayant des modes de vie non occidentaux ou des sociétés indigènes. Certains ethnologues utilisent ce mot pour désigner les sociétés organisées sur la base des liens de parentés, spécialement des familles ayant une même descendance. Dans certains pays comme les États-Unis, ou l'Inde, les tribus sont des peuples indigènes qui ont une reconnaissance légale dans le pays concerné. Les gouvernements des tribus peuvent être un chef de tribu ou une sorte de conseil de tribu, qui représente la tribu et est généralement composé de personnes âgées et sages. Au Canada, le terme « premières nations » est préféré à « tribu ».

Étymologie[modifier | modifier le code]

Selon le livre Les tribus[1] « [...] le mot tribu dérive du mot tribus qui appartient au latin, langue que parlaient un certain nombre de groupes qui peuplaient le centre de l'Italie antique bien avant l'apparition de la Cité-État de Rome [...] les deux mots sont à rapprocher du sanskrit : jāti qui signifie naissance . Dans l'Antiquité les principales langues indo-européennes désignent l'appartenance à une même naissance comme le fondement de groupes sociaux qu’aujourd’hui nous appelons clans, lignages, maisons, etc. Ces groupes sont des ensembles d'hommes et de femmes de toutes les générations qui se considèrent comme apparentés et solidaires du fait qu'ils affirment descendre d'un ancêtre commun soit par les hommes, soit par les femmes. [...] ».

Critères[modifier | modifier le code]

Premier critère : une intégration simple, une organisation archaïque. La notion de tribu est considérablement débattue chez les ethnologues : ceux-ci voient des différences entre la conception historique « la tribu avant l'État » et la conception contemporaine ; certains de ces débats reflètent une controverse autour du colonialisme. Les anthropologues évolutionnistes (dès Morgan) établissent une succession en cinq stades de l'organisation socio-politique : famille, bande, tribu, chefferie, État.[2] Dans l'imagination populaire, les tribus reflètent un mode de vie prétendument plus « naturel » que l'État moderne. Certains croient que les tribus sont organisées selon des liens de parenté, et ont une idéologie sociale basée sur la solidarité.

Dans son livre The Notion of the Tribe[3] Morton Fried montre de nombreux exemples de membres de tribus qui parlent différentes langues et pratiquent différents rituels ou partagent des langues et pratiques venant d'autres tribus. Il montre aussi différents exemples de tribus qui suivent différents leaders politiques. Il conclut que les tribus en général sont caractérisées par une hétérogénéité de pensées.

Les archéologues continuent à explorer le développement des tribus pré-étatiques. Les recherches montrent que les structures tribales ont un type d'adaptation selon les situations, « [...] qui explique qu'elles soient aujourd'hui toujours présentes et actives dans de nombreuses régions du monde.[...][1]».

Autre critère : la taille. "Le terme 'ethnie' désigne un ensemble linguistique, culturel et territorial d'une certaine taille, le terme de 'tribu' étant généralement réservé à des groupes de plus faible dimension" (A. C. Taylor)[4]

Autre critère : le territoire. "Tribu : groupe homogène et autonome au point de vue politique et social et occupant un territoire qui lui est propre... Une tribu est composée de groupes plus réduits, tels que des clans, et elle peut [comme les Zuñis] s'associer, temporairement ou en permanence, avec d'autres tribus pour former une confédération à des fins militaires ou religieuses, confédération qui ne possède presque jamais un système centralisé d'autorité politique ou judiciaire" (Michel Panoff et Michel Perrin)[5] "Pour un petit groupe habitant une île du Pacifique, la tribu égale le groupe local ; ou, parmi les tribus amérindiennes, l'unité tribale peut coïncider avec le groupe politique" (Nadel), mais cela ne vaut pas pour des tribus plus larges, sans unité territoriale, politique, linguistique ou culturelle.

Autre critère, extensif : la culture. "Une tribu ou un peuple est un groupe dont les membres proclament leur unité sur la base de la conception qu'ils se font de leur culture commune spécifique."[6]

La notion de "tribu" se distingue donc des notions de famille (fondée sur le mariage), bande (à faible effectif, sans direction politique formelle et sans spécialisation), clan (revendiquant un même ancêtre), ethnie, chefferie (centrée sur un chef, un roi, un prêtre, un prêtre-roi, ou sur une famille ; par ex. les Mélanésiens, les Bamiléké du Cameroun). "Tribu" s'oppose à "État" (caractérisé, selon S. F. Nadel, par gouvernement centralisé, souveraineté territoriale, corps administratif spécialisé, monopole de l'emploi légitime de la force)[7].

Comme exemples de sociétés tribales, on peut citer "les Bantou, les Nilotiques, les Nigritiens et Soudanais, et aussi les Toda de l'Inde, les Sakei de Sumatra."[8]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Lewis Henry Morgan, La société archaïque (Ancient Society, 1877), trad., Anthropos, 1971.
  • M. Sahlins, Tribeslen, Englewood Cliffs, Prentice Hall, 1968.
  • Maurice Godelier, "Le concept de tribu", in Horizon, trajets marxistes en anthropologie, Maspero, 1977.
  • Jared Diamond, Le monde jusqu'à hier. Ce que nous apprennent les sociétés traditionnelles (2012), trad., Gallimard, 2013.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Maurice Godelier, Les tribus dans l'Histoire et face aux États, CNRS Éditions, 2010 - (ISBN 978-2-271-06959-7)
  2. Jared Diamond, Le monde jusqu'à hier. Ce que nous apprennent les sociétés traditionnelles (2012), trad., Gallimard, 2013.
  3. Morton Fried, The Notion of the Tribe, Edition 1st, 1972 - (ISBN 978-0846515487).
  4. A. C. Taylor, in Pierre Bonte et Michel Izard, Dictionnaire de l'ethnologie et de l'anthropologie, PUF, 1992, p. 242.
  5. Michel Panoff et Michel Perrin, Dictionnaire de l'ethnologie, P. B. Payot, 1973, p. 259-260.
  6. Paul Mercier, in Ethnologie générale, Gallimard, coll. "La Pléiade", 1968, p. 962.
  7. Ethnologie générale, Gallimard, coll. "La Pléiade", 1968, p. 958. Nadel, The Foundations of Social Anthropology, Glencoe, 1951.
  8. Armand Cuvillier, Manuel de sociologie, PUF, 1963, t. II, p. 478.