Trente immortelles de Genève

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

Les trente immortelles de Genève étaient trente jeunes filles ainsi surnommées car un grand emprunt public du roi de France Louis XVI, effectué sous forme de rentes viagères, dépendait de leur espérance de vie. Plus ces jeunes filles décéderaient tard, plus la rente allait durer, facilitant les plus-values pour les prêteurs.

Présentation[modifier | modifier le code]

Le commanditaire de cet emprunt, Jacques Necker, successeur de l'Abbé Terray comme ministre des finances de Louis XVI sera critiqué à la Révolution française en raison de son coût. L'une des « trente immortelles » est la fille[1] du médecin Louis Odier, qui conseille les banquiers de Genève. Depuis 1774, il enquête sur la portée réelle de la vaccination contre la variole à Londres, ville dont il extrapole les tables de mortalité grâce à des données remontant à 1661. Louis Odier publie ses tables de mortalité[2], un recueil de statistiques mortuaires à Genève en 1777 et 1778[3], enrichissant encore l'apport des précédentes, dont celles du mathématicien Daniel Bernoulli, selon qui vacciner contre la variole augmente de 3 ans l'espérance de vie globale.

Jacques Necker émet sept rentes viagères en trois ans. En 1777, à 10 % sur une tête puis 8,5 % sur deux. En 1779 sur trois et quatre personnes, avec des taux similaires. Et surtout en 1780, sur trente têtes, au taux d'intérêt élevé de 10 % en raison d'un gouffre financier : Louis XVI vient de s'engager dans la Guerre d'indépendance américaine. Pour éviter à tout prix d'augmenter les impôts[4] Necker emprunte au total 530 millions de livres en trois ans, dont 386 millions par des rentes viagères[5]. Il lance ce grand emprunt sur les « Trente immortelles de Genève » l'année d'après la faillite en 1779 de la caisse des veuves du duché de Calenberg, et ses 723 veuves pour seulement 3700 souscripteurs[6].

La Révolution française découvre que l'espérance de vie classique d'une rente viagère, vingt ans, sera probablement triplée pour les « trente immortelles de Genève », malgré le décès de la première d'entre elles, Pernette Elisabeth Martin, le 16 juillet 1788, qui ampute la créance d'un tiers[7]. « Les emprunts qu’a faits M. Necker doivent être considérés au nombre des plus chers, des plus mal organisés et des plus ruineux que la France ait été contrainte de payer », dénonce Mirabeau.

Le 8 thermidor an II (26 juillet 1794), une violente polémique oppose Cambon à Robespierre sur le coût pour les finances publiques de ces rentes viagères[8], que Cambon veut liquider, ce qui risque de jeter des « bons citoyens » dans le champ de l'anti-Révolution selon Robespierre.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Famille, parenté et réseaux en Occident: XVIIe-XXe siècles : mélanges offerts à Alfred Perrenoud, page VII, par Anne-Lise Head-König, Luigi Lorenzetti, Béatrice Veyrassat, Alfred Perrenoud Librairie Droz, 2001 [1]
  2. dans les Mémoires de la Société genevoise pour l'encouragement des Arts et de l'agriculture
  3. Mémoire de la Société établie à Genève pour l'encouragement des arts et de l'agriculture [http://books.google.fr/books?id=cBUGAAAAQAAJ&dq=%22Louis+odier%22+esp%C3%A9rance
  4. « L'économie genevoise, de la Réforme à la fin de l'Ancien Régime : XVIe-XVIIIe siècles », par Anne-Marie Piuz, Liliane Mottu-Weber, Alfred Perrenoud, Librairie Droz, 1990, page 605 [2]
  5. La Banque protestante en France, de la révocation de l'édit de Nantes à la Révolution, par Herbert Luthy, critique de Jean Bouvier, dans Économies, Sociétés, Civilisations en 1963
  6. L'Ordre divin, volume 1, par Johann Peter Süssmilch et Jaqueline Hecht, page 147 [3]
  7. "La Banque protestante en France, de la révocation de l'édit de Nantes à la Révolution", par Herbert Luthy, critique de Jean Bouvier, dans Économies, Sociétés, Civilisations en 1963
  8. "Robespierre. De la Nation artésienne à la République et aux Nations." Actes du colloque d'Arras (avril 1993) Annales historiques de la Révolution française 1995 Numéro 299 pages 94 à 98 [4]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]