Traite arabe

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La traite arabe, sous-ensemble principal de la traite orientale, désigne le commerce des êtres humains du VIIIe siècle jusqu'à nos jours, sur un territoire qui comprend et déborde largement l'aire arabe.

Certains royaumes africains ont activement participé à ces entreprises, à des degrés divers ; certains émirats du Sahel, comme le Kanem-Bornou, l'Ouaddaï ou le Mahdiyah vivaient principalement de la traite orientale[1].

L'un des plus grands centres de concentration et de vente d'esclaves[2], Tombouctou, accessible aux seuls musulmans, se situait hors de l'aire politique arabe proprement dite, mais non de sa zone d'influence culturelle. D'un point de vue occidental, le sujet a été nommé « traite arabe », parfois « traite musulmane »[3], voire « barbaresque ».

Descriptif[modifier | modifier le code]

Dans le domaine de l'histoire, le terme « traite » désigne souvent « le trafic effectué du XVIe au XIXe siècles par certains navires de commerce, principalement sur les côtes d'Afrique, qui consistait à échanger des denrées contre des marchandises et des spécialités locales »[4]. Plus particulièrement, le terme désigne « le trafic consistant à échanger des marchandises contre des noirs africains ou à les acheter pour les employer ou les revendre en qualité d'esclaves »[4]. La traite concerne toutes les périodes de l'Histoire ainsi que toutes sortes de populations, mais sa source la plus importante se trouve en Afrique. En général, il s'agit de la traite des Noirs, mais, en fonction de l'époque et de l'aire géographique considérée, on distingue plusieurs types de traites.

Datée de l'an 860 de notre ère, une inscription trouvée dans l'est de Java mentionne, dans une liste de domestiques, la présence de Jenggi, c'est-à-dire du Zenj : l'Afrique. Une inscription javanaise ultérieure parle d'esclaves noirs offerts par un roi javanais à la cour impériale de Chine.

La « traite arabe » a suivi trois types d'itinéraires au Moyen Âge :

Elle n'a pas eu les mêmes destinations que la traite transatlantique : elle a alimenté en esclaves noirs le monde musulman, lequel, à son apogée, s'étendit sur trois continents, de l'océan Atlantique (Maroc, Espagne) à l'Inde et l'Est de la Chine. Elle fut plus étalée dans le temps : elle commença dès le Moyen Âge et s'arrêta au début du XXe siècle : le dernier marché aux esclaves fut fermé au Maroc en 1920[5] ; en Éthiopie, la fin effective de l'esclavage aurait été largement postérieure au dernier d'une série de décrets d'abolition qui s'étendit de 1855 à 1941[6].

Sources et historiographie de la traite arabe[modifier | modifier le code]

Un sujet récent et soumis à controverse[modifier | modifier le code]

Le Marché aux esclaves, peinture orientaliste de Jean-Léon Gérôme, vers 1866, Clark Art Institute, Williamstown (Massachusetts).

L'histoire de la traite soulève de nombreux débats parmi les historiens. Les spécialistes s'interrogent en premier lieu sur le nombre d'Africains déportés. La question est difficile à résoudre à cause du manque de statistiques fiables : il n'existe aucun recensement systématique en Afrique au Moyen Âge, alors que les archives sont beaucoup plus fournies en ce qui concerne la traite atlantique (XVIe – XVIIIe siècles), bien que les livres de compte aient été souvent falsifiés. L'historien doit utiliser des documents narratifs et imprécis et faire des estimations soumises à caution : Luiz Felipe de Alencastro[7] annonce 8 millions d'esclaves africains déportés entre le VIIIe et le XIXe siècle par la traite arabe et transsaharienne. Christian Delacampagne propose le chiffre de 11 millions en se fondant sur l'étude de Ralph Austen[8]. Olivier Pétré-Grenouilleau a avancé le chiffre de 17 millions de Noirs réduits à l'esclavage (pour la même période et la même aire) lui aussi sur la base des travaux de Ralph Austen[9],[10] — ce dernier évaluant la marge d'erreur de ses estimations à 25 %. L'ethnologue Tidiane N'Diaye arrive à ce même chiffre de 17 millions de déportés[11]. Le journaliste Jean Sévillia s'arrête à un chiffre de 12 millions d'Africains déportés par la traite arabe[12]. D'autres sources[5] évoquent un total de plus de 4,5 millions d'esclaves noirs déportés hors d'Afrique par la traite arabe rien qu'au XIXe siècle. Tidiane N'Diaye soulève en outre la question du nombre total de victimes : d'une part, les tués dans les combats lors des rapts et les captifs blessés ou considérés comme trop faibles exécutés sur place, où il arrive à la conclusion que pour une personne "exportée", trois au quatre autres ont péri[13], d'autre part le faible taux de survie et de reproduction des populations noires déportées dans le monde arabe, du fait notamment de la pratique très fréquente de la castration des captifs et de leurs conditions de vie très dégradées, ce qui l'amène à développer la notion de génocide (non encore reconnu)[14].

Pour certains[réf. nécessaire], évoquer le passé négrier de certains États musulmans reviendrait à essayer de minimiser la traite transatlantique[réf. nécessaire]. Pourtant, « la traite vers l'océan Indien et la Méditerranée est bien antérieure à l'irruption des Européens sur le continent »[15]. Paul Bairoch avance le chiffre de 14-15 millions de Noirs ayant subi la traite arabe contre 11 millions ayant subi celle des Occidentaux[16].

Le deuxième obstacle à l'histoire de la traite orientale est celui des sources. Des documents étrangers aux cultures africaines sont à notre disposition : ils sont écrits par des lettrés qui s'expriment en arabe et nous proposent un regard partial et souvent condescendant sur le phénomène étudié. Il est vrai que, depuis quelques années, la recherche historique sur l'Afrique connaît un formidable essor grâce à l'utilisation de nouvelles méthodes et à de nouveaux questionnements. L'historien croise les apports de l'archéologie, de la numismatique, de l'anthropologie, de la linguistique et de la démographie pour pallier les carences de la documentation écrite.

Sources médiévales musulmanes[modifier | modifier le code]

Elles sont classées dans l'ordre chronologique ; les premiers lettrés du monde arabe ne se sont jamais rendus en Afrique noire avant le XIVe siècle. Ils reprennent donc souvent les légendes et les préjugés sur les Africains, et perpétuent les opinions des géographes de l'Antiquité (Hérodote, Pline l'Ancien ou encore Ptolémée).

Témoignages européens (XVIe – XXe siècles)[modifier | modifier le code]

Capitaine Croker visitant l'hôpital d'Alger. Une mère l'informe des treize années d'esclavage d'elle-même et de ses huit enfants, elle en désigne six d'entre eux.
La scène représentée se passe dans la régence d'Alger en juillet 1815 et décrit le capitaine britannique Walter Croker (HMS Wizard).
Un musulman conduit des esclaves chrétiens à l'aide d'un grand fouet. Le capitaine Walter Croker (HMS Wizard) assiste à la scène en juillet 1815.
Manière dont les prisonniers chrétiens sont vendus comme esclaves au marché d'Alger, gravure hollandaise de 1684.
  • Joao de Castro, Roteiro de Lisboa a Goa, 1538.
  • Moreau de Charbonneau, administrateur et explorateur français du Sénégal au XVIIe siècle : De l'origine des Nègres d'Afrique.
  • James Bruce (1730-1794), Travels to Discover the Source of the Nile, 1790.
  • René Caillié (1799-1838), Journal d'un voyage à Tombouctou
  • Capitaine Walter Croker (HMS Wizard), marin britannique : The cruelties of the Algerine pirates, shewing the present dreadful state of the English slaves, and other Europeans, at Algiers and Tunis, 1816[18].
  • Henry Morton Stanley (1841-1904), À travers le continent mystérieux, 1878.
  • Miguel de Cervantes (1547-1616), El trato de Argel, Los baños de Argel.
  • À la fin du XIXe siècle, des voyageurs anglais photographient des esclaves noirs près de Zanzibar.
  • Joseph Briand (1876-1961), médecin colonial en Oubangui, rencontre en 1899 une caravane de marchands arabes venus faire le plein d’esclaves auprès du sultan Bangassou, qui organise régulièrement des razzias chez ses voisins pour faire des prisonniers[19],[20]
  • Joseph Kessel (1898-1979), grand reporter et romancier français, il navigua avec les négriers de la mer Rouge.
  • Albert Londres mentionne dans son livre-reportage Pêcheurs de perles, 1931, le commerce clandestin d'esclaves en 1925 en Arabie.
  • Théodore Monod écrivait dans les années 1930 : « la plus lucrative marchandise que transportaient les caravanes arabes et touarègues du Soudan vers l'Afrique du Nord fut l'esclave noir [...] Aujourd'hui, la traite a virtuellement disparu, mais des cas de vente sur place peuvent se produire encore [...][21] ».
  • Un rapport de l'ambassadeur de France en Arabie saoudite signale qu'en 1955, des trafiquants d'esclaves de ce pays envoyaient des émissaires-rabatteurs en Afrique noire. Ils se faisaient passer auprès des populations locales pour des missionnaires au service de l'Islam, mandés par de riches croyants pour offrir le voyage à la Mecque à des Africains nécessiteux. Il s'agissait d'un traquenard puisque les pèlerins étaient fait prisonniers et remis aux marchands d'esclaves[22]. L'album de Tintin Coke en stock s'en inspire.

Autres sources[modifier | modifier le code]

  • Tradition orale africaine
  • Chronique de Kilwa (Afrique orientale), XVIe siècle
  • Numismatique : analyse des trésors et de la diffusion des monnaies.
  • Archéologie : architecture des comptoirs et des villes de la traite
  • Iconographie : miniatures arabes et persanes des grandes bibliothèques
  • Gravures des ouvrages européens de l'époque moderne et contemporaine
  • Photographies, à partir du XIXe siècle

Le contexte historique et géographique de la traite arabe[modifier | modifier le code]

Il convient de rappeler brièvement dans quel espace et quelle époque se manifeste la traite arabe et transsaharienne. Il n'est pas question de détailler l'histoire du monde arabo-musulman, ni celle de l'Afrique noire, mais de poser quelques repères qui facilitent la compréhension de la traite dans cette partie du monde.

Le monde arabo-musulman[modifier | modifier le code]

La religion musulmane apparaît au VIIe siècle de l'ère chrétienne. En une centaine d'années, elle se diffuse rapidement dans l'ensemble du bassin méditerranéen portée par les Arabes qui conquièrent l'Afrique du Nord occupée de longue date par les Berbères. Rapidement convertis, ces derniers étendent la domination musulmane à la péninsule ibérique où ils prennent la place du royaume wisigoth. Les Arabes intègrent l'Asie occidentale et défont les Byzantins et les Perses sassanides.

Ces régions sont donc diverses par leur peuplement et connaissaient déjà l'esclavage et la traite des Africains depuis l'Antiquité. Elles sont en partie unifiées par la culture arabo-musulmane, dont les fondements sont religieux et urbains ; elles utilisent l'arabe et le dinar dans les transactions commerciales. La Mecque en Arabie est la ville sainte vers laquelle tous les musulmans, quelle que soit leur origine, partent en pèlerinage.

Si, dans la continuité du christianisme, la libération des esclaves est encouragé par Mahomet[23], l'esclavage n'est jamais condamné formellement[24]. L'un des premiers affranchis (zinj), prénommé Bilal fut libéré par Mahomet, qui l'acheta à son maître. Il fut ensuite nommé à la tâche de l'appel à la prière muezzin. Une part du budget de l'État est réservée pour l'émancipation systématique des esclaves : (Cor. IX, Le repentir : 60) : « Les Sadaqats (dons non obligatoires, par opposition à l'impôt-aumône obligatoire=Zakat) ne sont destinés que pour les pauvres, les indigents, ceux qui y travaillent, ceux dont les cœurs sont à gagner à l'islam, l'affranchissement des jougs, ceux qui sont lourdement endettés, dans le sentier de Dieu, et pour le voyageur en détresse. C'est un décret de Dieu ! Et Dieu est Omniscient et Sage. »[25]. Les citoyens musulmans sont invités par le Coran à affranchir eux-mêmes les esclaves, un acte considéré comme très méritoire[26] (Cor. II, 177) :

« L'homme bon est celui qui… pour l'amour de Dieu, donne son bien à ses proches, aux orphelins, aux pauvres, au voyageur, aux mendiants, et pour le rachat des captifs. »

Le texte coranique atteste de possession d'esclaves par Mahomet et de possibilité de relations sexuelles avec elles :

« Ô Prophète ! Nous t’avons rendue licites tes épouses à qui tu as donné leur mahr (dot), ce que tu as possédé légalement parmi les captives [ou esclaves] qu’Allah t’a destinées […][27]. »

Pour l'anthropologue Malek Chebel, « l'abolition relève de la seule initiative personnelle du maître. L'Islam légalise en fait la pratique, en vigueur à l'époque en Arabie comme ailleurs »[28].

Après la chute de la dynastie des Omeyyades (750), le monde musulman se morcelle en plusieurs entités politiques (califats, émirats, sultanats) souvent rivales. Au XIe siècle, l'irruption des Turcs venus d'Asie centrale bouleverse la géographie du Proche-Orient et de l'Afrique du Nord, avec l'instauration de l'Empire Ottoman (1299-1923).

La civilisation arabo-musulmane repose sur un réseau de villes et d'oasis aux fonctions de négoce développées dont le cœur est le marché (souk, bazar). Ces cités sont reliées entre elles par un système de routes qui traversent des régions semi-arides ou désertiques. Ces pistes sont parcourues par des convois et les esclaves noirs constituent une partie du trafic caravanier.

L'Afrique (VIIIeXIXe siècles)[modifier | modifier le code]

Article détaillé : commerce transsaharien.
L'Afrique au XIIIe siècle : carte montrant les flux et les principaux protagonistes de la traite arabe

À partir du VIIIe siècle, l'Afrique est dominée par les Arabes dans sa partie nord : l'islam progresse vers le Sud du continent par le Nil et par les pistes du désert.

La densité de la population du Sahara est faible. Cependant, il existe depuis l'Antiquité des cités qui vivent du commerce (sel, or, esclaves[réf. nécessaire], tissus) et de l'agriculture irriguée : Tahert, Oualata, Sijilmassa, Zaouila, etc. Elles sont dirigées par des chefs berbères (Touaregs)[réf. nécessaire] ou arabes. Leur indépendance est relative et dépend de la puissance des États du Maghreb et de l'Égypte.

Maures pillant un village nègre, in Le Sénégal, René Geoffroy de Villeneuve, 1814, BNF

Au Moyen Âge, l'Afrique subsaharienne est appelée Soudan par les Arabes, ce qui découle de l'arabe soudanen désignant « les noirs ». C'est en effet le pluriel de l'expression « il est noir ». Elle constitue un réservoir de main-d'œuvre servile pour l'Afrique du Nord et l'Afrique saharienne. Cette région est marquée par la domination de plusieurs États : empire du Ghana, empire du Mali, royaume du Kanem-Bornou. Ces États comptent des villes prestigieuses qui prospèrent grâce à leur situation de carrefour : Tombouctou, Koumbi, Djenné, Gao, etc.

En Afrique orientale, le littoral de la mer Rouge et de l'océan Indien est sous le contrôle des musulmans, et les marchands arabes sont nombreux sur le littoral. La Nubie est déjà dans l'Antiquité une zone d'approvisionnement en esclaves. La côte éthiopienne, surtout la porte de Massaoua et l'archipel des Dahlak, a longtemps été un centre pour l'exportation des esclaves de l'intérieur, même sous l'ère d'Aksoum[29].

Esclaves dans l'est de l'Afrique, 1890.

La dynastie salomonide d'Éthiopie exporte souvent des esclaves nilotiques de ses provinces frontières occidentales et aussi des provinces musulmanes récemment conquises[30]. Des sultanats musulmans somalis, comme le sultanat d'Adal, exportent aussi des esclaves[31]. Sur la côte de l'océan Indien apparaissent également des postes de traite fondés par les Arabes et les Persans. L'archipel de Zanzibar, au large de la Tanzanie actuelle, est sans doute l'exemple le plus notoire de ces comptoirs.

L'Afrique de l'Est et l'océan Indien restent jusqu'au XIXe siècle une aire importante de la traite arabe. David Livingstone et Henry Morton Stanley sont alors les premiers Européens à pénétrer à l'intérieur du bassin du Congo et à découvrir l'ampleur de l'esclavage. Tippo Tip étend sa domination et fait de nombreux esclaves. Après l'implantation des Européens dans le golfe de Guinée, la traite transsaharienne devient moins importante. À Zanzibar, l'esclavage est aboli tardivement, en 1897, sous le sultan Hamoud ibn Mohammed.

Le reste de l'Afrique n'a pas de contact direct avec les négriers musulmans.

L'Europe (VIIe – XIXe siècles)[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Traite des esclaves de Barbarie.
La Favorite circassienne au harem, Giulio Rosati, avant 1917.
Une nouvelle arrivée, Giulio Rosati, avant 1917.

Dans les premiers temps de l'islam, les tribus guerrières du Caucase ainsi que les marchands vénitiens vendent aux Arabes des prisonniers en provenance des pays slaves, encore païens. Les païens slaves, plutôt que d'être convertis de force ou exécutés en cas de refus, étaient vendus comme esclaves pour couvrir les frais des expéditions.

Jusqu'au XIe siècle la Méditerranée était un « lac musulman ». Les îles comme la Corse ou les Baléares sont des repaires de pirates arabes qui sillonnent la mer attaquant les bateaux de marchandises et d’hommes. Des corsaires envoyés par leurs califats pillent les côtes d’Italie, d’Espagne ou de France et essayent de rapporter à chaque occasion des prisonniers qui sont libérés en échange de rançon, ou vendus comme esclaves. Des marchands européens nouent des liens commerciaux avec les pays musulmans et ont ainsi des facilités de passage en mer. L'Occident achète à l'Orient épices, soie et sucre, entre autres, et vend du fer ou du bois rapportant peu. Les incursions germaniques en territoires slaves permettent d'apporter une nouvelle marchandise, les esclaves, vendus nombreux à Cordoue où ils forment le très puissant groupe des Esclavons[32] (la seule ville de Cordoue en compte près de 15 000[33]) mais aussi à travers toute la Méditerranée. Verdun en France devient rapidement[Quand ?] une place importante de ce commerce en se spécialisant dans la castration des esclaves, un eunuque valant quatre fois plus qu'un esclave non mutilé[34].

Toutefois, ce commerce ne plaît pas à l’Église qui interdit rapidement ces échanges et conseille plutôt de vendre ces esclaves en terre chrétienne. En 776, le pape Adrien Ier demande à Charlemagne d'interdire ces ventes car elles renforcent les Sarrasins, mais cette demande comme toutes les autres n'a aucun effet sur ce marché très profitable des deux côtés[35]. Les échanges de marchandises sont tellement importants que les pièces d'or arabes deviennent la référence des marchands européens et parallèlement les pièces en argent européennes sont très demandées en Orient. Très rapidement des faussaires imitent les pièces arabes avec des inscriptions coraniques ce qui choque énormément le pape Clément IV mais aussi le roi Louis IX de France[36].

Toutefois avec la chute du califat de Cordoue et le début des croisades, la situation change radicalement. Les travaux de Charles Verlinden ont permis de mettre en évidence l'apparition d'un nouveau commerce, l'esclavage des peuples islamisés, qui comprend aussi bien des Sarrasins en provenance des nouvelles régions conquises par les rois espagnols mais aussi de Tartarie ou capturés par les équipages de bateaux italiens qui attaquent les côtes d'Afrique du Nord, des Baléares ou d'Espagne.

La prise de Tartous et de Valence permet des prises de guerre en hommes importantes. Une grande partie de ces esclaves sont vendus sur les ports méditerranéens tels que celui de Marseille. Ces esclaves, majoritairement des femmes, deviennent essentiellement des servantes ou femmes de ménage ; les hommes sont employés comme ouvriers agricoles. La conversion au christianisme ne leur est pas imposée, et l’adoption de la foi chrétienne n’implique pas obligatoirement un affranchissement, cette décision n'appartenant qu'à leur maître. Par la suite, les esclaves proviennent non plus seulement d'Afrique mais de Tartarie, de Russie, vendus sur les ports de la mer Noire et composés essentiellement de femmes du Caucase ou turques.

À partir du XIIIe siècle, après l'installation de comptoirs génois et vénitiens en mer Noire, les peuples du Caucase deviennent eux-mêmes une source d'esclaves appréciés surtout en Europe, en même temps que les Russes et les Circassiens. Les esclaves originaires des alentours de la mer Noire sont ceux auxquels les musulmans d'Égypte attribuent les plus grands qualités : loyauté, courage, qualités guerrières. Ils sont donc très prisés en Égypte, importés en grand nombre, parfois avec l'aide de marchands européens, et arrivent même parfois à des positions de pouvoir tellement importantes qu'il leur devient possible d'y établir toute une dynastie d'anciens esclaves, connue sous le nom d'ère mamelouke. Ainsi, si la proportion d'hommes et de femmes esclaves déportés de cette région est difficile à estimer, les sources prouvent une majorité d'esclaves mâles arrivant en pays arabes, mais une forte majorité de femmes esclaves vendues en Occident méditerranéen[37].

La Reconquista avançant, le marché devient prolifique. L'achat d'un esclave maure est à la portée même du simple paysan comme le prouvent les archives notariales de l'époque. Par exemple, à Perpignan, le prix d'un esclave est identique à celui d'une mule. La seule issue pour un esclave à l'époque est soit de rejoindre son pays ce qui est impossible, soit de rejoindre une ville offrant asile et affranchissement aux esclaves (chose extraordinaire pour l'époque) comme Toulouse ou Pamiers entre autres[38]. Rome n'interdit l'esclavage qu'en 1537.

Au début du XVIe siècle, comme le vivier slave s'épuise du fait de la christianisation de l'Europe orientale, les Barbaresques multiplient les razzias de blancs en Méditerranée[39],[40]. Ceux-ci effectuent des razzias sur les villages côtiers des rivages européens. Le souvenir des combats livrés par les habitants à ces pirates perdure dans la tête de prisonnier maure qui sert d'emblème à la Corse.[réf. nécessaire]

Salé, Tunis, Alger et Tripoli sont les principaux foyers de piraterie, c'est à Tripoli que se trouve le plus grand marché d'esclaves car elle sert également de grand débouché aux caravanes d'esclaves du commerce transsaharien[40],[41].

Rachat de captifs chrétiens à Alger par des Mercédaires (vers 1670). « Les Religieux de la Mercy de France, qui font, un Vœu de Rachepter les Captifs, et en cas de besoin de demeurer en leur place, ayant l'an 1662, rachepté en Alger environ 700 Esclaves, ont l'an 1666 fait une rédemption à Tunis et en l'année 1667 une autre en Alger [?] »

Les historiens Jacques Heers, Marcel Dorigny, Bernard Gainot et Ralph Austen évaluent à plus d'un million le nombre de chrétiens capturés en Méditerranée et sur ces côtés entre 1500 et 1800, période marquant l'apogée d'une pratique commencée dès l'arrivée de l'islam en Afrique du Nord et en Espagne au VIIIe siècle et qui ne prit fin que vers le milieu du XIXe siècle[42],[40]. Environ 90 % de ces esclaves étaient des hommes[40]. Au XVIIIe siècle, le volume de ce commerce est tombé à 300 000 captifs, en 1831, lors de la prise d'Alger, les troupes françaises libérèrent 220 esclaves chrétiens et en 1846, la régence de Tunis abolit la traite[40].

En Europe orientale et dans les Balkans, pendant la même période, les Ottomans prélevèrent environ trois millions d'esclaves[réf. nécessaire]. Mais l'expansion européenne, à partir de la fin du XVIIIe siècle, diminua progressivement le nombre et l'importance de ces razzias[43].

Depuis le XXe siècle[modifier | modifier le code]

En 1924, la commission temporaire sur l'esclavage de la Société des Nations écrit : « la traite des esclaves est ouvertement pratiquée dans plusieurs États musulmans, dans la péninsule arabique en particulier, et surtout dans le Hedjaz ».

La dernière caravane d'esclaves noirs signalée passe à travers le Sahara en 1929.

Il y avait entre 100 000 et 250 000 esclaves en Arabie saoudite avant l'abolition officielle de l'esclavage en 1962.

La fin réelle de la traite des esclaves à Zanzibar n'eut lieu qu'en 1964.

Selon la Commission des droits de l'homme des Nations unies, en 2000, entre 5 et 14 000 personnes sont esclaves au Soudan[44] ; selon l'organisation Christian Solidarity International, environ 100 000.

Selon le Global Slavery Index[45], les pays qui ont, en 2014, les taux les plus importants de personnes encore en esclavage sont la Mauritanie, l'Ouzbékistan, Haïti et le Qatar.

Résurgence de pratiques esclavagistes au XXIe siècle[modifier | modifier le code]

Une résurgence de pratiques esclavagistes s'est fait jour dans les territoires contrôlés par l’État islamique en Syrie et Irak[46] comme en Libye[47],[48]. Le groupe islamiste rebelle du Nord-Nigéria Boko Haram s'est quant à lui distingué par l'organisation des rapts massifs visant surtout des jeunes filles, notamment à Bama en 2013[49], à Kawuri (2014)[50],[51], Konduga, Chibok (237 lycéennes enlevées, 2014) et Dapchi (2018)[52].

Les acteurs de la traite arabe[modifier | modifier le code]

Mansa Moussa, empereur du Mali, détail d'une carte, 1375, BNF.

Les esclaves noirs étaient capturés, transportés et achetés par des personnages très différents. La traite passait par une série d'intermédiaires et enrichissait une certaine partie de l'aristocratie musulmane.

L'esclavage se nourrissait des guerres entre peuples et États africains, ce qui donnait lieu à une traite interne. Les vaincus devaient un tribut constitué d'hommes et de femmes réduits en captivité. Sonni Ali Ber (1464-1492), empereur du Songhaï, mena de nombreuses guerres pour étendre son territoire. Bien qu'il fût musulman, il réduisit en esclavage d'autres musulmans vaincus[53]. La dynastie des Askia (Mali) eut la même politique[54].

Aux VIIIe et IXe siècles, les califes avaient tenté d'organiser la colonisation des rivages africains de l'océan Indien à des fins commerciales. Mais ces établissements furent éphémères, souvent fondés par des exilés ou des aventuriers. Le sultan du Caire envoyait des trafiquants d'esclaves pour opérer des raids sur les villages du Darfour. Des bandes armées aux ordres de marchands allaient incendier les villages et rapportaient des captifs, souvent des femmes et des enfants. Face à ces attaques, les populations formaient des milices, érigeaient des tours et des enceintes afin de protéger leurs villages.

Les marchands arabes et berbères d'Afrique du Nord échangeaient des esclaves contre de l'or, du sel, des épices ou des métaux dans les empires d'Afrique occidentale. Ainsi, dans la capitale de l'empire du Ghana (IXeXIe siècles) Koumbi-Saleh, la population était répartie par quartiers en fonction des ethnies, des clans et des activités : le quartier des blancs étaient réservés aux marchands arabes qui disposaient de mosquées alors que l'Empire était majoritairement animiste[55]. L'Empire du Mali (XIIIeXVe siècles) poursuivit les échanges avec les États d'Afrique du Nord et l'on a rencontré des marchands arabes et juifs[réf. nécessaire] dans les villes[56].

Buts de la traite et de l'esclavage[modifier | modifier le code]

Les motifs économiques étaient les plus évidents. Dès les débuts de la conquête arabo-musulmane, le manque de main-d'œuvre entraîna le besoin d'utiliser des esclaves sur les chantiers ou dans les mines de sel. La traite occasionnait de grands profits pour ceux qui la maîtrisaient. Plusieurs cités se sont enrichies et ont prospéré grâce au trafic des esclaves, aussi bien au Soudan qu'en Afrique orientale. Dans le désert du Sahara, les chefs lançaient des expéditions contre les pillards de convois. Les souverains du Maroc médiéval avaient fait construire des forteresses dans les régions désertiques qu'ils dominaient afin d'offrir des haltes protégées aux caravanes. Le sultan d'Oman a transféré sa capitale à Zanzibar (signifiant « côte des Noirs »[57]), car il avait bien saisi l'intérêt économique de la traite arabe. Plusieurs milliers d'esclaves transitaient par Zanzibar chaque année au XIXe siècle avant d'être déportés en Arabie, voire au Brésil. Le palais du sultan témoigne encore de sa fortune. Plusieurs milliers d'autres hommes travaillaient de force dans les plantations.

C'était aussi souvent à des fins sexuelles[58]. En effet, dans l'aire arabo-musulmane, les harems nécessitaient un « approvisionnement » en femmes.

Il existait en outre des raisons sociales et culturelles à la traite : en Afrique subsaharienne, la possession d'esclaves était le signe d'appartenance à un haut rang social.

Pour finir, il est impossible d'ignorer la dimension religieuse et raciste de la traite. Punir les mauvais musulmans ou les païens tenait lieu de justification idéologique à l'esclavagisme : les dirigeants musulmans d'Afrique du Nord, du Sahara et du Sahel lançaient des razzias pour persécuter les infidèles : au Moyen Âge, l'islamisation était en effet superficielle dans les régions rurales de l'Afrique. Les lettrés musulmans invoquaient la suprématie raciale des Blancs, qui se fondait sur le récit de la malédiction proférée par Noé dans l'Ancien Testament (Genèse 9:20-27). Selon eux, elle s'appliquait aux Noirs, descendants de Cham, le père de Canaan, qui avait vu Noé nu (une autre interprétation les rattache à Koush, voir l'article). Les Noirs étaient donc considérés comme « inférieurs » et « prédestinés » à être esclaves. Plusieurs auteurs arabes les comparaient à des animauxInterprétation abusive ?[réf. à confirmer][55]. Le poète Al-Mutanabbi méprisait le gouverneur égyptien Abu al-Misk Kafur au xe siècle à cause de la couleur de sa peauInterprétation abusive ?[55][réf. à confirmer]. Le mot arabe abid qui signifiait esclave est devenu à partir du VIIIe siècle plus ou moins synonyme de « Noir »[59]. Quant au mot arabe zanj, il désignait de façon péjorative les Noirs[60]. Ces jugements racistes étaient récurrents dans les œuvres des historiens et des géographes arabes : ainsi, Ibn Khaldoun a pu écrire au XIVe siècle : « Les seuls peuples à accepter vraiment l'esclavage sans espoir de retour sont les nègres, en raison d'un degré inférieur d'humanité, leur place étant plus proche du stade de l'animal »[61]. À la même période, le lettré égyptien Al-Abshibi écrivait « Quand il [le Noir] a faim, il vole et lorsqu'il est rassasié, il fornique. » [62]. Les Arabes présents sur la côte orientale de l'Afrique utilisaient le mot « cafre » pour désigner les Noirs de l'intérieur et du Sud. Ce mot vient de « kāfir » qui signifie « infidèle » ou « mécréant »[63].

Géographie de la traite arabe[modifier | modifier le code]

Zones d'« approvisionnement »[modifier | modifier le code]

Différentes sortes de cauris ; le cauri était un coquillage servant de monnaie pour la traite arabe en Afrique.

Les marchands d'esclaves orientaux se fournissaient en Europe (traite des Blancs). Les Varègues venus de Suède s'implantaient dans la région de la Volga (notamment Volgograd) et négociaient des Slaves capturés avec des marchands arabes et/ou musulmans, voire juifs (voir l'article Radhanites). Les esclaves circassiennes étaient remarquées dans les harems et nombreuses sont les odalisques provenant de cette région sur les peintures orientalistes. Pour la composition des harems, des esclaves de confessions différentes que celle de l'islam étaient appréciés, et ce pour tous les rôles (gardien, serviteur, odalisque, houri, musicien, danseur, nain de cour). Le califat abbasside de Bagdad (750-1258) importa des dizaines de milliers d’esclaves originaires d’Asie centrale et d’Afrique orientale[64]. Au IXe siècle, le calife Al-Amin possédaient environ 7 000 eunuques noirs (qui étaient complètement émasculés) et 4 000 eunuques blancs (qui étaient castrés)[65],[66]. Les gardes blancs du calife de Bagdad (Grecs, Slaves, Berbères, Turcs du Kiptchak) sont à l'origine des Mamelouks[67]. Dans l'Empire ottoman (où les premiers eunuques noirs furent employés à partir de 1485[68]), le dernier eunuque noir, l'Éthiopien Hayrettin Effendi, a été affranchi en 1918.

Les esclavons d'origine slave en al-Andalus provenaient des Varègues qui les avaient capturés. Ils étaient placés dans la garde du Calife et prenaient graduellement des positions importantes dans l'armée (ils devenaient les Saqāliba), et allaient même remporter des taïfas après la guerre civile ayant mené à l'implosion du califat occidental. Des colonnes d'esclaves alimentant les grands harems cordouan, sévillan et grenadin étaient constituées par des marchands radhanites à partir des terres germaniques et du reste de l'Europe du Nord encore non contrôlé par l'Empire carolingien. Ces colonnes traversaient le sillon rhodanien pour gagner les terres au sud des Pyrénées. Les eunuques castrés à Verdun étaient envoyés vers les mondes byzantin et musulman via les ports méditerranéens[69].

Sur les mers, les Barbaresques opéraient ce trafic dès qu'ils pouvaient capturer des personnes en abordant les navires ou faisant des incursions sur les côtes.

La Nubie, l'Éthiopie et l'Abyssinie étaient aussi des régions « exportatrices » : au XVe siècle, des esclaves abyssins étaient présents en Inde où ils travaillent sur les navires ou comme soldats[70]. Ils ont fini même par se révolter et par prendre le pouvoir (dynastie des rois Habshi dans le Bengale 1487-1493)[71].

Le Soudan et l'Afrique saharienne constituaient une autre aire de « prélèvement », mais il est impossible d'en dire l'ampleur précise, faute de sources chiffrées. Les premiers esclaves noirs originaires d'Afrique de l’Ouest sont emmenés dans le nord du continent par les marchands arabes dès le VIIe siècle[72]. On les retrouve aussi dans les plantations de canne à sucre en Espagne musulmane et dans l'Émirat de Sicile au Moyen Âge[72] ; au XIVe siècle, certains sont revendus en Europe pour travailler comme domestiques en ville.

Enfin, le trafic d'esclaves touchait l'Afrique de l'Est, mais l'éloignement et l'hostilité des populations locales a ralenti l'essor de cette traite arabe. Au XVIIe siècle, la VOC néerlandaise achetait aux marchands musulmans de Madagascar des esclaves, qui étaient déportés vers la Colonie du Cap ou vers l'Indonésie[73]. Les Arabes et les Persans étaient présents jusqu'à Sofala, sur la côte du Mozambique actuel[74].

Les routes[modifier | modifier le code]

Les pistes caravanières, aménagées à partir du IXe siècle, passaient par les oasis du Sahara : les déplacements étaient dangereux et pénibles à cause des contraintes climatiques et des distances. Les grands convois transportaient des esclaves depuis l'époque romaine mais aussi toutes sortes de produits qui servaient au troc. Contre les attaques des nomades du désert, des esclaves étaient employés à former une bonne escorte. Les esclaves qui ralentissaient la progression de la caravane étaient tués. D'après l'historien Ralph Austen[75], le taux de mortalité entre le moment de la capture et la vente était compris entre 6 et 20 % selon les parcours (le trajet vers le Maroc étant relativement peu meurtrier, alors que la traversée du Sahara en direction de la Libye pouvait se solder par une hécatombe[12]). En Asie, les convois d'esclaves sont attestés pour le XIIIe siècle sur la route de la soie[76].

Les routes maritimes sont moins bien connues des historiens. Grâce aux documents iconographiques et aux récits de voyage, on imagine que le trajet se faisait sur des boutres et des jalbas, navires arabes qui servaient de moyens de transport en mer Rouge. La traversée de l'océan Indien se faisait dans des conditions tout aussi épouvantables que celle de l'océan Atlantique. Elle devait nécessiter plus de moyens et une organisation plus poussée que le transport terrestre. Les navires venant de Zanzibar faisaient escale sur les îles de l'archipel de Socotra ou d'Aden avant de se diriger vers le golfe Persique ou l'Inde. Les esclaves étaient vendus jusqu'en Inde et même en Chine : une colonie de marchands arabes était installée à Canton[77],[76]. Des négriers chinois achetaient des esclaves noirs (Hei-hsiao-ssu) à des intermédiaires arabes ou bien s'approvisionnaient directement chez les Somalis qui pratiquaient aussi les échanges d'esclaves négroïdes capturés dans les régions du Nord-Est du Kenya actuel[78]. Serge Bilé cite un texte du XIIe siècle qui nous apprend que « la plupart des familles aisées de Canton possédaient des esclaves noirs [...] qu'elles tenaient néanmoins pour des sauvages et des démons à cause de leur aspect physique »[79]. Les souverains chinois ont lancé au XVe siècle des expéditions maritimes vers l'Afrique orientale, menées par l'amiral Zheng He. Leur but était d'accroître leur influence commerciale. Les Barbaresques razziaient les côtes méditerranéennes et faisaient des chrétiens des esclaves, dont l'effectif fut toujours de 25 000 à 30 000 au sud de la Méditerranée[12].

Le troc[modifier | modifier le code]

Scène de marché aux esclaves, Harîrî Schefer, XIIIe siècle, BNF.

Les esclaves étaient souvent troqués contre des objets de natures diverses : au Soudan, on les échangeait contre des cotonnades, des objets de pacotille, des toiles, etc. Au Maghreb, ils étaient obtenus contre des chevaux. Dans les cités du désert, pièces de toile, vaisselle, perles de verre vénitiennes, produits tinctoriaux et bijoux servaient de moyen de paiement. La traite des Noirs s'insérait donc dans un réseau d'échanges diversifiés. À côté des pièces d'or, le cauri, un coquillage venant de l'océan Indien ou de l'océan Atlantique (îles Canaries, Luanda) servait également de monnaie dans toute l'Afrique noire (on achetait la marchandise en sacs de cauris).

Les marchés et les foires aux esclaves[modifier | modifier le code]

Les esclaves noirs étaient vendus dans les villes du monde musulman. En 1416, al-Maqrizi raconte que des pèlerins venus du Tekrour (près du fleuve Sénégal) avaient emporté avec eux 1 700 esclaves à La Mecque[80]. En Afrique du Nord, le Maroc, Alger, Tripoli et Le Caire étaient les principaux marchés d'esclaves. Ces derniers pouvaient être castrés, y compris les enfants, dont beaucoup mouraient des suites de cette opération. Les ventes avaient lieu sur les places publiques et dans les souks. Les acheteurs potentiels procédaient à un examen attentif de la « marchandise » : ils vérifiaient l'état de santé de la personne, présentée souvent nue et les mains liées[81]. Au Caire, la transaction des eunuques et des concubines se faisait dans des maisons privées et il existait un syndicat de négriers au Moyen Âge. Le prix variait selon la qualité de l'esclave. Une femme blanche ou un jeune garçon avaient plus de valeur que d'autres[82]. L'empereur du Mali Kouta Moussa partit en pèlerinage à La Mecque en 1324 ; selon l'auteur égyptien Al-Omary, le souverain acheta des esclaves pendant son séjour au Caire, notamment des mamelouks et des femmes blanches, musulmanes et chrétiennes[83].

Villes et ports impliqués dans la traite arabe[modifier | modifier le code]

Zanzibar (Tanzanie) : le vieux fort à Stone Town, dont la construction débuta en 1698.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Jean Sellier, Atlas des peuples d'Afrique, La Découverte, (ISBN 2-7071-4129-1).
  2. Avec Zanzibar et Gao.
  3. Voir sur rfi.fr.
  4. a et b « Traite », sur cnrtl.fr
  5. a et b Catherine Golliau, La Vérité sur l'esclavage dans Le Point web du 4 mai 2006, no 1755
  6. Laury Belrose, « Quand l'histoire rencontre la mémoire : une appréhension de la traite et de l'esclavage en Éthiopie à travers des témoignages d'esclaves, XXe-XXIe siècles », in Henri Médard, Marie-Laure Derat, Thomas Vernet, Marie-Pierre Ballarin, Traites et esclavages en Afrique orientale et dans l'océan Indien, Karthala, 2013, 522 p., p. 167.
  7. Luiz Felipe de Alencastro, Traite, dans Encyclopædia Universalis, 2002, corpus 22, page 902.
  8. Christian Delacampagne, Histoire de l'esclavage. De l'Antiquité à nos jours, Paris, Le livre de poche, (ISBN 2253905933), p. 123
  9. Ralph Austen, African Economic History, 1987.
  10. Olivier Pétré-Grenouilleau, « Esclaves, les chaînes se brisent », dans L'Histoire, no 331, mai 2008, p. 75
  11. Tidiane N'Diaye, Le génocide voilé, Gallimard, 2008, p. 270.
  12. a, b et c Jean Sévillia, Historiquement correct. Pour en finir avec le passé unique, Paris, Perrin, (ISBN 2262017727), p. 259
  13. Il s'appuie par exemple sur le témoignage de Stanley, qui observe une série de razzias dans le Haut-Congo, où "la capture de 10 000 esclaves a coûté la vie à 33 000 personnes, voir Tidiane N'Diaye, Le génocide voilé, Gallimard, 2008, pp. 268-270.
  14. Voir aussi son interview sur France Ô, donnée à l'occasion de la parution du livre "Le génocide voilé" (2008).
  15. Catherine Coquery-Vidrovitch, Les Collections de l'Histoire, avril 2001.
  16. Paul Bairoch, Mythes et paradoxes de l'histoire économique, La Découverte, 1994.
  17. Voir sur classiques.uqac.ca.
  18. Archive.org
  19. (en + fr) Marie-Christine Briand-Lachèse, Oubangui 1898-1900 : Apogée et abandon s'une colonie à travers le témoignage de Joseph Briand, médecin colonial., Aix-en-Provence, Université de Provence, thèse de doctorat., , 492 p.
  20. (en + fr) Marie-Christine Lachèse, Bernard Lachèse, DE L'OUBANGUI À LA CENTRAFRIQUE, la construction d'un espace national, Paris, L’Harmattan, coll. HISTOIRE AFRIQUE SUBSAHARIENNE République centrafricaine, , 345 p. (ISBN 978-2-343-05854-2)
  21. Théodore Monod, Méharées, Actes Sud, coll. « Babel », 1989, pp. 72-73.
  22. Tidiane N'Diaye, Le génocide voilé, Gallimard, p. 61.
  23. Brunschvig, R., “ʿAbd”, in: Encyclopédie de l’Islam.
  24. Christian Delacampagne, Histoire de l'esclavage. De l'Antiquité à nos jours, Paris, Le livre de poche, , 3e éd. (ISBN 978-2-253-90593-6), p. 117
  25. (ar) Jâmi'ul Ahkâm'il Qur'ân, Qurtubî ;(Cor. IX, Le repentir : 60)
  26. Malek Chebel, Dictionnaire des symboles musulmans, éditions Albin Michel, p. 155-156.
  27. « Le Coran -Sourate 33, verset 50 »(ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?), sur wikilivres.ca (consulté le 12 août 2016)
  28. Malek Chebel, L'Esclavage en terre d'islam, édition Fayard, 2007.
  29. Richard Pankhurst, The Ethiopian Borderlands: Essays in Regional History from Ancient Times to the End of the 18th Century. Asmara, Eritrea: The Red Sea, Inc., 1997, p. 416.
  30. Richard Pankhurst, ibid., p. 432.
  31. Richard Pankhurst, ibid., p. 59.
  32. Dozy Reinhart Pieter Anne op. cit. p. 135
  33. Philippe Sénac op. cit., p. 28
  34. Henry Laurens, John Tolan, Gilles Veinstein, L'Europe et l'islam, quinze siècles d'histoire, p. 91
  35. Henry Laurens, John Tolan, Gilles Veinstein, L'Europe et l'islam, quinze siècles d'histoire, p. 90
  36. Henry Laurens, John Tolan, Gilles Veinstein, L'Europe et l'islam, quinze siècles d'histoire, p. 93
  37. Cf. Charles Verlinden, L'Esclavage dans l'Europe médiévale, 1955-1977 ; Michel Balard, La Romanie génoise, 1978 ; David Ayalon, Le Phénomène mamelouk dans l'Orient islamique, 1996.
  38. Mohammed Arkoun (dir.) et François Clément, Histoire de l'islam et des musulmans en France, « Les esclaves musulmans en France méridionale aux XIIe-XVe siècles »,p. 50
  39. Malek Chebel, L'Esclavage en terre d'Islam, Fayard, 2007, pp. 227-232.
  40. a, b, c, d et e Marcel Dorigny et Bernard Gainot, Atlas des esclavages, Autrement, , pp. 10-11.
  41. Bernard Lugan, Atlas historique de l'Afrique, Le Rocher, , p. 108.
  42. Jacques Heers, ibid., 2003, pp.11-15
  43. Jacques Heers, ibid., 2003, pp. 21-25.
  44. (fr) Groupe de travail sur les formes contemporaines d'esclavage,« Le travail forcé et l'esclavage des femmes et des enfants au Soudan, mai 2002 »(ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?)
  45. Voir sur globalslaveryindex.org.
  46. « La sinistre liste de prix des esclaves de Daesh », Le Point,‎ (lire en ligne).
  47. « Des africains détenus en Libye dans des conditions inhumaines », sur le site de la BBC, (consulté le 26 mai 2018)
  48. « Libye : des migrants vendus aux enchères comme esclaves », (consulté le 26 mai 2018)
  49. AFP : Nigeria: une offensive contre Boko Haram tue des civils, détruit des villages
  50. VOA : Bilan des attaques au Nigeria: plus de 85 morts, plus de 50 personnes hospitalisées
  51. Jeune Afrique : Nigeria : massacres de villageois dans deux États du nord-est
  52. « Le président nigérian reconnaît que les 110 élèves de Dapchi ont bien été «enlevées» », sur le site du Figaro, (consulté le 26 mai 2018)
  53. Jacques Heers, Les Négriers en terre d'islam, 2003, p. 58.
  54. Jacques Heers, ibid., 2003, p. 59.
  55. a, b et c Serge Bilé, op. cit., p. 43.
  56. Serge Bilé, Quand les noirs avaient des esclaves blancs, Pascal Galodé éditeurs, Saint-Malo, 2008 (ISBN 9782355930058), p. 61.
  57. Zanj-i-Bar est un nom persan (زنگبار)
  58. Danielle Bohler et Gérard Peylet, Le temps de la mémoire: Soi et les autres, Presses Univ de Bordeaux, , 420 p. (ISBN 2903440794, lire en ligne), p. 103
  59. Catherine Coquery Vidrovitch, « Le postulat de la supériorité blanche » dans Le Livre noir du colonialisme, Marc Ferro, p.867
  60. Serge Bilé, op. cit., p. 30.
  61. Jacques Heers, ibid., page 177.
  62. Bernard Lewis, Race et couleur en pays d'islam, Payot, page 40.
  63. François-Xavier Fauvelle-Aymar, Histoire de l'Afrique du Sud, Paris, Seuil, 2006, (ISBN 2020480034), p.59
  64. (en) « Slavery », Encyclopædia Britannica's Guide to Black History (consulté le 1er novembre 2008)
  65. Bernard Lewis, ibid., p. 15.
  66. Christian Delacampagne, Histoire de l'esclavage. De l'Antiquité à nos jours, Paris, Le livre de poche, (ISBN 2253905933), p. 118.
  67. Christian Delacampagne, Histoire de l'esclavage. De l'Antiquité à nos jours, Paris, Le livre de poche, (ISBN 2253905933), p.119
  68. Dieudonné Gnammankou, « Hayrettin Effendi, le dernier de eunuque noir de Turquie », gnammankou.com, 2000.
  69. Christian Delacampagne, Histoire de l'esclavage. De l'Antiquité à nos jours, Paris, Le livre de poche, (ISBN 2253905933), p. 114
  70. Jacques Heers, ibid., 2003, p. 136
  71. Jacques Heers, ibid., 2003, p. 137
  72. a et b Christian Delacampagne, Histoire de l'esclavage. De l'Antiquité à nos jours, Paris, Le livre de poche, (ISBN 2253905933), p. 122
  73. François-Xavier Fauvelle-Aymar, Histoire de l'Afrique du Sud, Paris, Seuil, 2006, (ISBN 2020480034), p. 146
  74. François-Xavier Fauvelle-Aymar, Histoire de l'Afrique du Sud, Paris, Seuil, 2006 (ISBN 2020480034), p. 104
  75. African Economic History, Internal Development and External Dependency, Londres, Currey, 1987
  76. a et b Christian Delacampagne, Histoire de l'esclavage. De l'Antiquité à nos jours, Paris, Le livre de poche, (ISBN 2253905933), p. 117.
  77. Jacques Heers, ibid., 2003, p. 138
  78. François Renault, Serge Daget, Les Traites négrières en Afrique, Karthala, p. 56
  79. Serge Bilé, La Légende du sexe surdimensionné des Noirs, éditions du Rocher, 2005, p. 80.
  80. Jacques Heers, ibid., 2003, p. 143
  81. Jacques Heers, ibid., 2003, p. 146.
  82. Serge Bilé, op. cit., p. 81.
  83. Serge Bilé, op. cit. p. 81 et p. 88.
  84. (en) W. G. Clarence-Smith, Islam and the Abolition of Slavery, Oxford, Oxford University Press, , 293 p. (ISBN 9780195221510, lire en ligne), p. 70

Annexes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Boutre indien.
Les boutres servaient notamment au transport des esclaves africains vers l'Inde.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Ouvrages en français[modifier | modifier le code]

  • David Ayalon, Le Phénomène mamelouk dans l'Orient islamique, PUF, Paris, 1996 (ISBN 2-1304-7806-9)
  • Michel Balard, La Romanie génoise, École française de Rome, Paris / Rome, 1978
  • Roger Botte, Esclavages et abolitions en terre d'Islam. Tunisie, Arabie saoudite, Maroc, Mauritanie, Soudan, Waterloo, André Versaille éditeur, 2010
  • Malek Chebel, L'Esclavage en terre d'islam : un tabou bien gardé, Fayard, 2007, 496 pages, Revue sur herodote.net
  • Serge Daget, De la traite à l'esclavage, du Ve au XVIIIe siècle, actes du Colloque international sur la traite des noirs, Nantes, Société française d'histoire d'Outre-Mer, 1985
  • Robert C. Davis, Esclaves chrétiens, maîtres musulmans : l'esclavage blanc en Méditerranée (1500-1800), Éditions Jacqueline Chambon, 2006 (ISBN 978-2-87711302-1)
  • Mohammed Ennaji, Le Sujet et le mamelouk : esclavage, pouvoir et religion dans le monde arabe, Mille et une nuits, 2007 (ISBN 2755500395)
  • Mohammed Ennaji, Soldats, domestiques et concubines, Balland, 2006 (ISBN 2715810431)
  • Jacques Heers, Les Négriers en terre d'islam, Perrin, coll. « Pour l'histoire », Paris, 2003 (ISBN 2-2620-1850-2).
  • Murray Gordon, L'Esclavage dans le monde arabe, du VIIe au XXe siècle, Robert Laffont, Paris, 1987
  • Guillaume Hervieux, La Bible, le Coran et l'esclavage, éditions de l'Armançon, 2008 (ISBN 978-2844791085)
  • Bernard Lewis, Race et esclavage au Proche-Orient, Gallimard, coll. « Bibliothèque des histoires », Paris, 1993 (ISBN 2070727408)
  • Bernard Lewis, Islam, Éd Quarto Gallimard, 2005, 1342 p. (ISBN 978-2070-77426-5), Race et esclavage au Proche-Orient, p. 255–442
  • Giles Milton, Captifs en Barbarie - L'histoire extraordinaire des esclaves européens en terre d'Islam, éditeur Noir sur Blanc, coll. « Littérature voyageuse », 2006
  • Tidiane N'Diaye, Le Génocide voilé, Gallimard, Paris, 2008, 272 p. (ISBN 978-2-07-011958-5) (voir sur le site de Gallimard)
  • Olivier Pétré-Grenouilleau, Les Traites oubliées des négrières, la Documentation française, Paris, 2003
  • François Renault, La Traite des Noirs au Proche-Orient médiéval, VIIe – XIVe siècle, Paris, Geuthner, 1989
  • Salah Trabelsi, « L’esclavage dans l’Orient musulman au Ier/VIIe et IVe/Xe siècles : quelques brèves mises au point », in Myriam Cottias, Elisabeth Cunin, Antόnio de Almeida Mendes, Les traites et les esclavages. Perspectives historiques et contemporaines, Karthala, 2010.
  • Charles Verlinden, L'Esclavage dans l'Europe médiévale, t. 2: Italie - Colonies italiennes du Levant - Levant latin - Empire byzantin, Rijksuniversiteit te Gent, Gand, 1977

Revues en français[modifier | modifier le code]

  • Jean-Claude Deveau, « Esclaves noirs en Méditerranée », Cahiers de la Méditerranée, vol. 65, Sophia-Antipolis
  • Olivier Pétré-Grenouilleau, « La traite oubliée des négriers musulmans », L'Histoire, numéro spécial 280 S, octobre 2003, pp. 48-55
  • Catherine Golliau, « La vérité sur l'esclavage », Le Point, no 1755, mai 2006
  • Tidiane N'Diaye, « Étude de la traite négrière arabo-musulmane », Cultures Sud, no 169, avril-juin 2008

Ouvrages en anglais[modifier | modifier le code]

  • Edward A. Alpers, The East African Slave Trade, Berkeley, 1967
  • Allan G. B. Fisher, Slavery and Muslim Society in Africa, éd. C. Hurst, Londres, 1970
  • Ronald Segal, Islam's Black Slaves, Atlantic Books, Londres, 2002
  • Robert C. Davis, Christian Slaves, Muslim Masters: White Slavery in the Mediterranean, the Barbary Coast, and Italy, 1500-1800, Palgrave Macmillan, 2003
  • John Wright, The Trans-Saharan Slave Trade, Londres-New York, Routledge, 2007

Liens externes[modifier | modifier le code]

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