Traité d'amitié et d'alliance entre le Gouvernement de Mongolie et le Tibet

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Traité entre la Mongolie et le Tibet
Présentation
Titre Traité d'amitié et d'alliance entre le Gouvernement de Mongolie et le Tibet
Pays
Mongolie
Mongolie
Tibet
Tibet
Territoire d'application
Mongolie
Mongolie
Tibet
Tibet
Type Traité
Adoption et entrée en vigueur
Signature
(le 29 décembre 1912 selon le calendrier julien)

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Un Traité d'amitié et d'alliance entre le Gouvernement de Mongolie et le Tibet a été signé à Ourga, l'actuelle Oulan-Bator, en Mongolie, le [1] correspondant au 29 décembre 1912 selon le calendrier julien[2]. Son texte en langue mongole a été publié par l'Académie des sciences de Mongolie en 1982[3], et en 2007 un exemplaire original en langue tibétaine et en écriture tibétaine est apparu dans les archives mongoles[4].

L'autorité des signataires tibétains à conclure un tel traité ayant été mise en doute, la validité de ce dernier est contestée par certains auteurs.[réf. nécessaire]

Signature[modifier | modifier le code]

Le Traité d'amitié et d'alliance entre le Gouvernement de Mongolie et le Tibet

Après la chute de la dynastie mandchoue lors de la révolution de 1911, le Tibet et la Mongolie ont tous deux déclaré leur indépendance formelle[5], qui n’a cependant pas été reconnue officiellement par la République de Chine.

Dans le traité d'amitié et d'alliance, la Mongolie et le Tibet déclaraient leur reconnaissance et fidélité mutuelles. Les représentants mongols ayant signé le traité étaient le ministre des affaires étrangères Da Lama Ravdan et le Général Manlaibaatar Damdinsüren (en). La délégation tibétaine qui a signé ce document était composée d'un Tibétain, Gendun-Galsan, et d'un Bouriate, Agvan Dorjiev, ressortissant de l'empire russe. Le traité porte les sceaux des représentants du Tibet et de la Mongolie[6].

Selon Charles Alfred Bell, rien n'indique que ce traité ait été ratifié par le 13e dalaï-lama ou son gouvernement. La lettre du dalaï-lama à Agvan Dorjiev ne mandatait en rien celui-ci pour signer un quelconque traité, elle l'exhortait simplement à œuvrer pour le bien de la religion bouddhiste[7],[8]. Selon Warren W. Smith Jr, en désavouant partiellement le traité, le dalaï-lama souhaitait apaiser les craintes des Britanniques concernant une ingérence russe au Tibet[9].

Selon la Commission internationale de juristes, des informations provenant d'archives russes révèlent que Dorjiev était bien le représentant autorisé du 13e dalaï-lama et le traité Tibet-Mongolie de reconnaissance mutuelle un traité légitime[10].

Selon le 14e dalaï-lama, ce traité a été conclu sous l'autorité du 13e dalaï-lama[11]. Pour John Snelling, le 13e dalaï-lama conféra à Dorjiev les pouvoirs plénipotentiaires pour négocier et formaliser un rapprochement entre la Mongolie et le Tibet en tant qu’États souverains[12].

Selon Warren W. Smith Jr, la validité du traité est souvent mise en doute principalement quant à l'autorité de Dorjiev pour négocier au nom du Tibet et l'approbation quelque peu ambiguë du traité par le Tibet. Le fait que Dorjiev était un citoyen russe portait atteinte quelque peu à son rôle ; le traité présentait certains avantages pour la Russie dans la mesure où il pouvait s'interpréter comme étendant au Tibet le protectorat exercé par cette dernière sur la Mongolie[13].

Groupe des fonctionnaires russes et mongols, photo prise après la signature de l'accord russo-mongol à Ourga en novembre 1912. La Russie reconnaît prudemment l’autonomie de la Mongolie et obtient des concessions commerciales.

Selon Barry Sautman, la Mongolie et le Tibet n'étaient pas reconnus en tant qu'État en 1913 au moment de la signature du traité. La Mongolie avait proclamé son indépendance fin 1911 alors que de nombreux territoires et provinces de Chine faisaient sécession à la suite de la chute de la dynastie des Qing. La Mongolie ne fut reconnue que des décennies plus tard par la Russie et la Chine : l'Union soviétique et la République de Chine ne reconnurent la Mongolie qu'en 1946 (pour revenir, en ce qui concerne la République de Chine (i.e. Taïwan), sur cette reconnaissance en 1953 avant de se raviser en 2002). Les États-Unis ne reconnurent la Mongolie qu'en 1987. Le Tibet et la Mongolie en 1913 n'étant pas reconnus comme États par les autres États, le fait pour l'un et l'autre de se reconnaître mutuellement n'a pas plus d'importance que la reconnaissance mutuelle de l'Ossétie du Sud et de l'Abkhazie aujourd'hui[14].

Elliot Sperling remarque que Sautman ne va pas au-delà des points de vue de la Chine. Pour Sperling, que les Tibétains et les Mongols aient affirmé dans leur traité de 1913 s'être affranchis de la domination de l'État mandchou et de n'être ainsi plus reliés avec la Chine est important sur le plan de la terminologie[15]. Il faut aussi préciser que les États-Unis se sont abstenus, mais n'ont pas voté contre l'admission de la Mongolie à l'ONU en 1961[16].

Conséquences[modifier | modifier le code]

Lors de la Convention de Simla, les informations au sujet du traité ont suscité des soupçons considérables parmi les négociateurs britanniques qui craignaient que la Russie n'utilise le traité pour influer sur les questions tibétaines[7]. Un traité similaire, le Traité tripartite de Kiakhta, a été signé par la Mongolie, la République de Chine et la Russie le [17]. L'accord a affirmé l'autonomie complète de la Mongolie dans les questions internes et les privilèges russes en Mongolie, formellement reconnaissant en même temps la suzeraineté de la Chine sur le pays[18].

Extrait[modifier | modifier le code]

Dans les premières lignes du traité, le Tibet et la Mongolie attestent s'être libérés de la domination Mandchoue et d'avoir chacun constitué un État indépendant. De courts articles portent notamment sur :

  • l'engagement mutuel de secours et d'assistance du Tibet et de la Mongolie ;
  • les dispositions commerciales et financières[6].
« La Mongolie et le Tibet s'étant libérés de la dynastie mandchoue et séparés de la Chine, sont devenus des États indépendants. Les deux États ont toujours professé une seule et même religion, et, afin de consolider leur ancienne amitié mutuelle, ils sont convenus de signer [cet accord] » [19] .

Références[modifier | modifier le code]

  1. (de) Udo B. Barkmann, Geschichte der Mongolei, Bonn 1999, pp. 119-122, 380f.
  2. (en) Treaty of Friendship and Alliance Between the Government of Mongolia and Tibet (1913).
  3. (de) Udo B. Barkmann, Geschichte der Mongolei, Bonn 1999, p. 380f.
  4. (en) Tibet - Mongolia Treaty of 1913, a proof of Tibet’s independence: Interview with Prof. Elliot Sperling.
  5. (en) Tenzin Pema, Experts highlight significance of 1913 Tibet - Mongolia Treaty at seminar, sur le site phayul.com, 1er janvier 2011.
  6. a et b (en) Phurbu Thinley, Tibet - Mongolia Treaty of 1913, a proof of Tibet’s independence: Interview, sur le site phayul.com, 12 novembre 2008.
  7. a et b (en) Charles Bell, Tibet Past and Present, Oxford, Clarendon Press, 1924, pp. 150f, 228f, 304f : « This 'treaty' was concluded on behalf of Tibet by the Russian Buriat, Dorjieff, tireless as ever in the work of drawing Russia and Tibet together. His authority was based on a letter given him by the Dalai Lama, when the latter was fleeing from the British expedition to Lhasa. But the Dalai Lama denied that this letter – which enjoined Dorjieff to work for the Buddist religion, a not uncommon request – justified anything in the nature of a treaty. Nor does it appear that the Lama or his government ever ratified the document » (p. 151).
  8. (en) Tom Grunfeld, The Making of Modern Tibet, M. E. Sharpe, 1996, p. 65.
  9. Anne-Marie Blondeau et Tsering Shakya, in Le Tibet est-il chinois ?, Albin Michel, 2002, (ISBN 2-226-13426-3), p. 77, citant Warren W. Smith Jr, Tibetan Nation: A History of Tibetan Nationalism and Sino-Tibetan Relations, Westview Press, 1997, (ISBN 978-0813332802), pp. 185-186.
  10. (en) Tibet: Human Rights and the Rule of Law, International Commission of Jurists, 1997, p. 39 : « However recent information from Russian archives reveals that Dorjiev was an authorized representative of the Dalai Lama and that the Tibet-Mongolia treaty of mutual recognition was a legitimate treaty »
  11. (en) Dalai Lama, My Land and My People, New York, 1962 : « In 1913 the Tibetan Government entered into a treaty with the Government of Mongolia. This entreaty was entered into under the authority of the Dalai Lama. By this treaty Tibet and Mongolia declare that they recognized each other as independent countries ».
  12. (en) John Snelling, Buddhism in Russia: The Story of Agvan Dorzhiev, Lhasa's Emissary to the Tsar, Éditeur Élément, 1993 (ISBN 9781852303327), p. 148 : « The Dalai Lama therefore invested Dorzhiev with plenipotentiary powers to negotiate and finalize a rapprochement between Mongolia and Tibet as sovereign states. »
  13. (en) Warren W. Smith Jr, Tibetan Nation: A History of Tibetan Nationalism and Sino-Tibetan Relations, Westview Press, 1996, p. 186 : « The validity of this treaty is often questioned, mainly on grounds of the authority of Dorjiev to negotiate on behalf of Tibet and the later somewhat equivocating endorsement of the treaty by Tibet. The fact that Dorjiev was a Russian citizen somewhat compromises his role; the treaty had some advantages to Russia in that it could be interpreted as extending Russia's protectorate over Mongolia to encompass Tibet. »
  14. (en) Barry Sautman, “All that Glitters is Not Gold”: Tibet as a Pseudo-State 2009 : « Norbu claims Tibet had a mutual recognition treaty with Mongolia in 1913 and the Simla treaty of 1914 with Britain, but Tibet was not recognized by any established state in the modern era, the era that matters to the modern concept of statehood. Mongolia was not a recognized state in 1913. It proclaimed independence in late 1911, when many Chinese provinces and territories were declaring they were separate, because the Qing Dynasty had just collapsed. Mongolia was not recognized until decades later by Russia and China, the two states whose territories surround Mongolia, or by Japan, the power most interested in prying Mongolia loose from Russian and Chinese influence. The Soviet Union and ROC recognized Mongolia only in 1946 and the latter withdrew its recognition in 1953. It did not recognize Mongolia again until 2002. Japan recognized Mongolia in 1972; the US did so only in 1987. (...) The treaty [with Mongolia] was apparently inspired and executed with Russian interests at the fore; yet, whether that is so is not the main point, because Tibet and Mongolia were not recognized as states. Thus, for them to recognize each other had no more significance than the present-day mutual recognition by South Ossetia and Abhazia (...) ».
  15. (en) Elliot Sperling, The History Boy, Rangzen Alliance, 24 juin 2010 : « Sautman is oblivious to all of this because he does not (and seems to feel no need to) go beyond the views from China. That the Tibetans and Mongols asserted in their 1913 treaty that they had emerged from under rule by the Manchu State and were thus no longer linked with China (Rgya-nag) is significant in terms of terminology. »
  16. 166 (1961). Résolution du 25 octobre 1961.
  17. Mongolia - Modern Mongolia, 1911-84, Country Studies US
  18. Treaty text quoted from B.L. Putnam Weale, The Fight For The Republic In China
  19. La nouvelle histoire du Tibet de Gilles Van Grasdorff Édition Perrin 2006 Pages 269

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Autres lectures[modifier | modifier le code]

  • Parshotam Mehra, « The Mongol–Tibetan Treaty of January 11, 1913 », Journal of Asian History, vol. 3, no 1,‎ , p. 1–22
  • Matteo Miele, « A geopolitical reading of the 1913 Treaty between Tibet and Mongolia », Tibetan Review, vol. XLVIII, no 01-02,‎ , p. 14–16 (lire en ligne)

Liens externes[modifier | modifier le code]

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