Traité d'Outreau

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Traité d'Outreau
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Type de traité Traité de paix
Langue français
Signé
fort d'Outreau
Expiration -
Parties
Parties Drapeau du Royaume d'Angleterre Royaume d'Angleterre Drapeau du Royaume de France Royaume de France Drapeau de l'Écosse Écosse
Ratifieurs Henri VIII Henri II James, régent d'Écosse

Le traité d'Outreau, parfois nommé traité de Boulogne, est signé au fort d'Outreau entre la France et l'Angleterre le , mettant fin à une guerre commencée le . Il règle deux différends : Boulogne et l'Écosse. Le roi de France Henri II reprend Boulogne, et impose sa domination en Écosse. Le traité est ratifié à Édimbourg par le régent d'Écosse le 18 avril.

Les deux contentieux[modifier | modifier le code]

Boulogne[modifier | modifier le code]

Boulogne est aux mains des Anglais depuis 1544. Le traité d'Ardres (1546), qui rendait la ville à la France, n'est respecté ni d'un côté ni de l'autre. Le roi de France doit toujours une grosse somme d'argent aux Anglais. Ceux-ci gardent Boulogne en caution, se livrent à d'importants travaux de fortification non autorisés par le traité, et attaquent les bateaux français[1].

L'Écosse[modifier | modifier le code]

portrait en pied, jambes écartées

Le conflit est également lié aux prétentions de l'Angleterre sur l'Écosse. Le , le traité de Greenwich signé entre ces deux royaumes prévoit leur union, ainsi que le mariage de la reine d'Écosse Marie Stuart, sept mois, et d'Édouard, cinq ans, fils d'Henri VIII d'Angleterre. Le 11 décembre, le Parlement écossais rejette ce texte et, le 15, un traité renouvelant l’Auld Alliance est conclu entre l'Écosse et la France[2]. Henri VIII déclenche alors le Rough Wooing, série de sanglantes incursions en Écosse, qui violent elles aussi le traité d'Ardres[3]. Les Français interviennent en juin 1547. Mais, le 10 septembre, l'armée écossaise est anéantie par les Anglais à Pinkie Cleugh[4].

En juin 1548, une armée française de 6 000 hommes débarque en Écosse, à Dunbar[5]. Le 7 juillet, dans l'abbaye de Haddington, des parlementaires écossais signent avec les Français un traité qui promet la main de Marie Stuart au dauphin de France (le futur François II), et place l'Écosse sous la protection du roi de France[6]. Le 7 août, la reine Marie, âgée de cinq ans et demi, embarque pour la France[7], où elle va rester treize ans.

Le conflit[modifier | modifier le code]

Au début de l'été 1549, Henri II attaque les bases anglaises de Jersey et de Guernesey. Le 8 août, il déclare la guerre à l'Angleterre[8]. Le 26, Ambleteuse, poste avancé anglais, est pris, ainsi que le fort de Blackness, au cap Gris-Nez. Le 29, Hardinghen tombe ; le 1er septembre, le fort du mont Lambert[9] ; et, le 2, Wimille[10]. Les Anglais tentent de négocier, mais Henri II refuse. En prévision de l'attente que va imposer la mauvaise saison, un strict blocus de Boulogne est organisé, sur mer et sur terre[11].

En Écosse, les Français prennent aux Anglais la forteresse de Haddington (19 septembre). Peu après, le lord protecteur Somerset tombe en défaveur (11 octobre). Ces difficultés incitent encore Édouard VI à tenter de négocier, par deux fois. Henri II refuse toujours : il veut régler à la fois le problème de Boulogne et celui de l'Écosse. Ce n'est que le qu'il accepte d'engager les pourparlers[12].

Négociations et traité[modifier | modifier le code]

D'âpres négociations s'engagent au fort d'Outreau le 24 février[13]. Les Anglais acceptent de quitter Boulogne et les places qu'ils ont conquises en Écosse. Henri II leur propose 300 000 écus en dédommagement. Et, pour que la paix soit durable, il offre sa fille Élisabeth en mariage au jeune roi d'Angleterre[14]. Mais les Anglais réclament plus d'argent, et tiennent à emporter l'artillerie qu'ils ont dans Boulogne.

Le 6 mars, on se met d'accord sur 400 000 écus, qu'Henri II versera en deux fois : la première moitié le jour du départ des Anglais, la seconde le 15 août[15].

Le 24 mars, la paix est conclue. Les Anglais doivent évacuer Boulogne dans les six semaines, abandonnant artillerie et munitions aux Français. L'Écosse est comprise dans le traité[16], ce qui est une reconnaissance tacite de la présence française dans ce pays, et de l'abandon des prétentions d'Édouard à la main de Marie Stuart. Le traité est ratifié à Édimbourg le 18 avril par le régent d'Écosse, le comte d'Arran[15].

Le 25 avril, le gouverneur anglais remet les clefs de Boulogne aux Français[15]. Le 8 mai, Henri II ratifie la paix. Le 15, il arrive à Boulogne[17].

Prolongements[modifier | modifier le code]

tous deux en buste, mains jointes et couronnés, dauphin au premier plan dirigé vers gauche, Marie derrière, dirigée vers droite
Le dauphin François et Marie Stuart, vers 1558.

En Écosse, le traité met fin au Rough Wooing.

En 1558, les Français reprennent Calais, dernière possession anglaise sur leur terre. La même année, le dauphin François épouse Marie Stuart. En 1559, il devient roi de France sous le nom de François II.

Le , le traité d'Édimbourg met fin à l’Auld Alliance[18]. François II meurt en décembre. Marie quitte définitivement la France en 1561.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Ivan Cloulas, Henri II, Fayard, 1985, p. 167 et 168.
  2. Ivan Cloulas, op. cit., p. 168.
  3. Ivan Cloulas, op. cit., p. 269.
  4. Ivan Cloulas, op. cit., p. 169.
  5. Ivan Cloulas, op. cit., p. 185.
  6. (en) « 1548, 7 July, Haddington, Parliament », sur rps.ac.uk.
  7. Ivan Cloulas, op. cit., p. 186.
  8. Didier Le Fur, Henri II, Tallandier, 2009, p. 287.
  9. Ivan Cloulas, op. cit., p. 267.
  10. Didier Le Fur, op. cit., p. 288 et 289.
  11. Ivan Cloulas, op. cit., p. 267 et 268.
  12. Didier Le Fur, op. cit., p. 290 et 291.
  13. Didier Le Fur, op. cit., p. 291.
  14. Ce mariage ne se fera pas. Élisabeth épousera Philippe II d'Espagne.
  15. a, b et c Didier Le Fur, op. cit., p. 292.
  16. Ivan Cloulas, op. cit., p. 270.
  17. Didier Le Fur, op. cit., p. 293.
  18. Éric Durot, « Le crépuscule de l'Auld Alliance », sur cairn.info, Histoire, Économie & Société, 2007.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Ivan Cloulas, Henri II, Fayard, 1985, p. 167-170, 185-188 et 263-271.
  • Didier Le Fur, Henri II, Tallandier, 2009, p. 285-295.

Articles connexes[modifier | modifier le code]