Traité Arana-Southern

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À la fin des années 1840, l'Argentine tenta de réglementer la circulation sur les fleuves Paraná et Uruguay, ce qui eut un impact sur le commerce français et anglais avec le Paraguay enclavé. En conséquence, la Grande-Bretagne et la France entreprirent une action militaire et organisèrent le blocus franco-anglais du Río de la Plata. Bien que ce fut un succès militaire, les victoires contre les forces argentines se révélèrent des victoires à la Pyrrhus et les deux pays retirèrent leurs forces et conclurent des traités avec l'Argentine. Le traité de paix avec les Britanniques est appelée la convention de colonisation ou le traité Arana-Southern.

Contexte[modifier | modifier le code]

Le général Juan Manuel de Rosas – 1841, portrait par Cayetano Descalzi

La France et la Grande-Bretagne imposèrent un blocus naval de cinq ans à la Confédération argentine dirigée par Juan Manuel de Rosas. Il fut imposé en 1845 pour soutenir le parti Colorado dans la guerre civile uruguayenne et pour fermer Buenos Aires au commerce maritime. La marine anglo-française empiéta dans les eaux intérieures de l'Argentine, afin de vendre ses produits, alors que Rosas maintenait une politique protectionniste.

Un engagement clé dans le blocus fut la bataille de la Vuelta de Obligado, où une flotte combinée franco-britannique fit irruption dans le fleuve Paraná malgré la résistance farouche des forces argentines. Bien que les forces britanniques et françaises écrasèrent les forces argentines, lui infligeant des pertes effroyables, les dommages à la flotte était si importants qu'elles resta 40 jours à Obligado pour réparer. L'expédition fut également un échec commercial car le Paraguay s'avéra être moins riche que prévu et les navires marchands furent contraints de revenir avec beaucoup de leurs produits invendus. À leur retour, le convoi dû faire face à une résistance farouche et plusieurs navires marchands furent coulés par l’artillerie.

Alors que le commandant britannique Ouseley demandait des forces supplémentaires pour soutenir une campagne continue, un certain nombre de facteurs contraignit les Britanniques à rompre avec leurs alliés français. Le résultat de l'expédition, le coût élevé de la victoire et les opportunités commerciales limitées, modifièrent l'attitude britannique. L’Argentine avait une dette importante à la banque Barings et les paiements avaient été suspendus en raison des préoccupations financières que le blocus avait causées. Le Times avait également publié une allégation selon laquelle Ouseley avait un intérêt financier personnel dans le blocus, provoquant un scandale politique. Tomás Samuel Hood fut envoyé à Buenos Aires avec l'instruction de négocier à tout prix un règlement avec Rosas.

Négociations[modifier | modifier le code]

Felipe Arana

Bien que la force franco-anglaise eut défait les forces argentines, le coût de la victoire s'avéra excessif à cause de la résistance féroce des Argentins. En conséquence, les britanniques cherchèrent à sortir du conflit. Les négociations visant à mettre fin au conflit prirent près de deux ans de 1848 à 1849. Le résultat final fut un traité de paix, la convention Arana-Southern appelée « Convention pour la restauration parfaite de relations amicales entre la Confédération argentine et Sa Majesté britannique » (Convención du para Restablecer las Relaciones perfectas de amistad Entre la Confédération Argentine y Su Majestad Britannica). Il est également connu comme la "Convention de colonisation" ou le "traité Arana-Southern".

Le traité est considéré comme un triomphe considérable pour le dictateur argentin le général Rosas, car c'était la première fois qu’une nation émergente d'Amérique du Sud réussissait à imposer sa volonté à deux empires européens (Grande-Bretagne et France). Cependant, Rosas, du fait de la dette à la banque Barings, était prêt à renoncer à la revendication de l'Argentine sur les îles Malouines dans la Convention[1],[2],[3],[4],[5],[6]. Le traité régla «les différences existants » entre les deux nations.

Ratification[modifier | modifier le code]

La convention fut signée le 24 novembre 1849 et ratifié le 15 mai 1850. Le traité entra en vigueur après sa ratification. Les détails du traité Arana-Southern furent publiés par le ministère des Affaires étrangères et du Commonwealth, dans le volume 37[7].

L'accord de navigation d’Urquiza[modifier | modifier le code]

Le blocus anglo-français du Río de la Plata fut suivie par une rébellion de Justo José de Urquiza contre Rosas. En février 1852, Urquiza défait Rosas à la bataille de Caseros et le remplaça. Peu de temps après la victoire d’Urquiza, Sir Charles Hotham, qui a pris part au début du conflit, écrivit au comte de Malmesbury (qui avait remplacé lord Palmerston), lui suggérant qu'il était temps d'envisager de rompre le traité Arana-Southern et de permettre la libre navigation des rivières argentines.

Urquiza eut deux entretiens avec le représentant britannique Robert Gore, et dans le second il exprima ses «plans visant à développer les ressources de ce grand et riche pays, l'ouverture des rivières à toutes les nations, avec des navires libres de naviguer sur les rivières, de charger ou de décharger leur fret sans avoir à s’arrêter auparavant à Buenos Aires »[8]. Les Britanniques concentrèrent leurs efforts diplomatiques sur l'obtention d'un accord d’ouverture de la navigation sur les rivières. Le bureau des Affaires étrangères contacta la France à cette fin, et les deux pays envoyèrent une mission diplomatique en Argentine en mai 1852, dirigé par Sir Charles Hotham et Michel de Saint-Georges, en vue de mettre un terme aux restrictions des traités Arana-Southern et Arana-Lepredour. Ils eurent un entretien avec Urquiza en août, qui fut d'accord avec leurs propositions[8],[9].

Lors d'une accalmie du siège et du blocus de Buenos Aires, entre 10 et 13 juillet 1853, Urquiza signa des accords de navigation avec des officiels britanniques, français et américains qui garantissaient la libre navigation sur les rivières intérieures argentines pour le commerce extérieur. De l'avis de James Scobie, son intention était d'obtenir un instrument juridique pour obliger ces gouvernements à protéger la liberté de navigation dans le cas où la province de Buenos Aires a essayé de couper les communications confédérés avec l'extérieur[10]. La liberté de navigation sur les rivières fut incluse dans la constitution argentine de 1853.

Liens avec la dispute de souveraineté sur les îles Malouines[modifier | modifier le code]

Entre le rétablissement de la domination britannique sur les îles Malouines en 1833 et la ratification du traité, l'Argentine envoya des protestations annuelles au gouvernement britannique par l'intermédiaire de messages au Congrès, ce qui maintenait les revendications de l'Argentine sur les îles. Après le traité, ces manifestations cessèrent, et l'Argentine ne protesta plus diplomatiquement à partir de 1888. Le sujet ne fut mis sur le tapis à nouveau devant le Congrès argentin qu'en 1941. Le gouvernement britannique évoque ce changement d’attitude comme une preuve qu’ « il n'y a pas de problème de souveraineté des îles Malouines »[11].

Commentaires de lord Palmerston[modifier | modifier le code]

Alors que les négociations sur la Convention de règlement progressaient, il est devenu évident que l'Argentine était prête à accepter la revendication de la Grande-Bretagne sur les Malouines. Le 27 juillet 1849, lord Palmerston, le ministre britannique des Affaires étrangères, déclara à la Chambre des communes :

« ... Une revendication avait été émise il y a de nombreuses années, de la part de Buenos-Ayres, sur les îles Malouines, et avait été combattue par le gouvernement britannique. La Grande-Bretagne avait toujours contesté et rejeté la revendication de l'Espagne sur les îles Malouines, et elle n'était donc pas prête à céder à Buenos-Ayres, ce qui avait été refusé à l'Espagne. Il y a 10 ou 12 ans, la Grande-Bretagne avait pris possession des îles Malouines, qui étaient restées inoccupées pendant un certain temps, et depuis, une colonie y a depuis été maintenue ; et elle pensait que ce serait plus déconseillé de faire revivre un différend qui avait cessé par l'assentiment d'une partie et le maintien de la position de l'autre[12]. »

Manuel Moreno, l'ambassadeur argentin écrivit à lord Palmerston pour protester contre cette déclaration. La lettre de Moreno visait la description faite par Palmerston de « l'assentiment d'une partie et le maintien de la position de l'autre » et plusieurs protestations récentes, dont les messages au Congrès. Palmerston répondit, indiquant que « j'ai toujours compris la chose en question comme devant se tenir exactement de la manière décrite par vous dans votre lettre ».

La lettre de lord Palmerston est interprétée comme la reconnaissance que l'Argentine a continué à protester ou comme une croyance que la question des Malouines fut réglée avec l'acquiescement de l'Argentine.

Les opinions des historiens[modifier | modifier le code]

Un certain nombre d'historiens commentèrent le rapport de la Convention de colonisation avec le litige sur les Malouines. Le diplomate et historien mexicain Carlos Pereyra estimait que le général Rosas renonça à la revendication sur les îles Malouines pour mettre fin à la participation de la Grande-Bretagne dans le Rio de la Plata[13].

L'impact du traité fut également soulevé dans un débat de 1950 sur la revendication de l'Argentine sur les Malouines par un membre de la Chambre des députés argentine, Absalón Rojas[14].

D'autres historiens argentins commentèrent l'impact que la Convention de colonisation eut sur la revendication de souveraineté de l'Argentine moderne, comme l’historien Alfredo R. Burnet-Merlin[15]. Ernesto J. Fitte considère que la Confédération argentine aurait dû inclure la restitution dans le traité[16].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Roger Lorton LLB(Hons), M.Phil, « The Falkland Islands History » [archive du ], (consulté le 16 mai 2012), p. 67
  2. Roger Lorton LLB(Hons), M.Phil, « The Falkland Islands History & Timeline » [archive du ] (consulté le 16 mai 2012)
  3. « http://new.falklands.info/index.php?option=com_content&task=view&id=12&Itemid=35&limit=1&limitstart=3 »(ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?) Falklands.info Jason Lewis November 28, 2006
  4. The Falklands / Malvinas Case: Breaking the Deadlock in the Anglo-Argentine by Roberto C. Laver, page 123
  5. Humbert F. Burzio: “Rozas, el empréstito inglés de 1824 y las Islas Malvinas”, in Boletín del Centro Naval, Buenos Aires, January/February 1944, p. 647ff.
  6. AGN Sala X, 1-11-2. Argentine Chargé d’Affaires in London Manuel Moreno to Minister for Foreign Affairs Felipe Arana, dated 5 April 1843.
  7. (en) Great Britain. Foreign and Commonwealth Office, British and foreign state papers, H. M. S. O., , 11– p. (lire en ligne)
  8. a et b (es) « La misión Hotham-Saint Georges (agosto de 1852) », Historia General de las Relaciones exteriores de la República Argentina, UCEMA, (consulté le 10 mai 2012)
  9. (es) José María Rosa, Historia Argentina, vol. 6, Buenos Aires, Editorial del Oriente, , 11–12 p. :

    « "A principios de mayo la última misión anglofrancesa se ponía en ruta a Buenos Aires para borrar los tratados Southern y Lepredour" »

  10. (es) « La resistencia de Buenos Aires a la autoridad de Urquiza La ofensiva de Urquiza: el empréstito Buschenthal y el sitio y bloqueo de Buenos Aires », Historia General de las Relaciones exteriores de la República Argentina, UCEMA, (consulté le 16 mai 2012)
  11. UK Ambassador responds to "manifestly absurd" Argentine claims, United Kingdom Mission to the United Nations, 11 February 2012, accessed 16 May 2012.
  12. The Times, London, Saturday 28 July 1849, p. 2, col.6.
  13. Carlos Pereyra, Rosas y Thiers. La Diplomacia Europea en el Río de la Plata 1838–1856, new edition Buenos Aires 1944, pp. 217, 222.
  14. Verbatim record in Diario de Sesiones de la Cámara de Diputados, Año del Libertador General San Martín, 1950, Tomo II, Período Ordinario, 6 de julio-10 y 11 de agosto, Buenos Aires 1951 pp. 1095-1096.
  15. Alfredo R. Burnet-Merlín, Cuando Rosas quiso ser inglés [“When Rosas wanted to be British”], Buenos Aires, printed April 1974, June 1974 and October 1976, pp. 20-22.
  16. (en) FITTE, Ernesto J., Crónicas del Atlántico Sur, Buenos Aires, Emecé Editores, , 256 p. :

    « En lo sucesivo, la Confederación Argentina no intentaría nada positivo por recuperar las Malvinas; fuera de ofrecerlas otra vez en canje, ahora al emisario Falconet de la casa Baring, de olvidarse después de incluir su devolución en la convención Arana-Southern de 1849 restableciendo la amistad apenas levantado el bloqueo inglés del Río de la Plata, y de dedicarle un parrafito en los mensajes anuales a la Legislatura, la cuestión de la reivindicación territorial no fue un asunto que llegó a quitarle el sueño a Juan Manuel de Rosas. »

Liens externes[modifier | modifier le code]

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