Trésor artistique de Munich (2012)

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Franz Marc, Pferde in Landschaft, une gouache sur papier retrouvée chez Gurlitt.

Le Trésor artistique de Munich (en allemand : Kunstfund in München[1]), découvert dans cette ville le 28 février 2012[2], est constitué de 1 406 œuvres d'art possédées par Cornelius Gurlitt (1932-2014)[3], fils du collectionneur Hildebrand Gurlitt (1895-1956). 121 œuvres encadrées et 1 285 œuvres non encadrées[4] ont été retrouvées le 28 février 2012 dans l'appartement de Cornelius Gurlitt.

Une partie des œuvres était réputée perdue depuis 1945, d'autres étaient inconnues des spécialistes de l'art. La découverte a été portée à l'attention du public par un article du magazine allemand Focus au mois de novembre 2013[5].

Outre que 300 œuvres de cette collection auraient fait partie de l'exposition nazie Art dégénéré[6], cet ensemble est selon une déclaration du 5 novembre 2013 du procureur du parquet d'Augsbourg, constitué d'œuvres variées remontant au XIXe siècle voire au XVIe siècle : l'expertise en a été confiée à l'historienne allemande Meike Hoffmann (de).

Découverte et saisie[modifier | modifier le code]

Les œuvres sont localisées par les services des douanes allemandes dans un appartement privé de Schwabing, un quartier de Munich, dans le cadre d'une investigation sur une éventuelle fraude fiscale. La perquisition a lieu entre le 28 février et le 2 mars 2012 et les œuvres sont saisies[7]. La découverte n'est pas annoncée au public et les œuvres sont transportées dans un dépôt près de Munich où elles sont soumises à un début d'expertise[2].

Cependant, pour l'historien de l'art autrichien Alfred Weidinger (de), cette découverte n'est pas une surprise, l'existence de cette collection étant connue des spécialistes du marché de l'art du sud de l'Allemagne : « L'existence de cette collection n'était pas un secret »[8].

Œuvres découvertes[modifier | modifier le code]

Le procureur d'Augsbourg déclare en conférence de presse, le 5 novembre 2013, que la collection découverte ne consiste pas qu'en des œuvres associées à l'« Art dégénéré » ou d'œuvres des Modernes (klassische Moderne), mais qu'on y trouve aussi par exemple des œuvres d'Albrecht Dürer ou Padua von Canaletto, et que d'autres œuvres ont été ajoutées à la collection après 1945[7].

Lors de la conférence, l'historienne des arts Meike Hoffmann chargée de l'expertise et de l'évaluation de la collection présente parmi les œuvres découvertes des tableaux de Carl Spitzweg, Ernst Ludwig Kirchner, Franz Marc, Gustave Courbet, ou Marc Chagall ; la liste des objets découverts comprend aussi des œuvres d'artistes majeurs tels que Max Beckmann, Otto Dix, Karl Hofer, Oskar Kokoschka, Max Liebermann, August Macke, Emil Nolde, Pablo Picasso, Henri de Toulouse-Lautrec, Pierre-Auguste Renoir, Christian Rohlfs, Karl Schmidt-Rottluff[7].

Meike Hoffmann souligne que sa mission est d'identifier les œuvres et leur provenance, que beaucoup d'œuvres pourraient ne pas pouvoir être identifiées, et que l'avancement des expertises concerne 500 œuvres[9].

Il est précisé lors de la conférence que, dans l'appartement de Cornelius Gurlitt, les œuvres encadrées étaient rangées sur des étagères, et que les œuvres non encadrées étaient dans des tiroirs : « Une étagère, une armoire, voilà[9]. ». Interrogé sur le montant en milliard d'euros de la collection découverte, le procureur fédéral déclare que son administration n'est pas habilitée à fournir une estimation[9]. En novembre 2013, le procureur d'Augsburg annonce la publication officielle de 590 œuvres pouvant être issues de la spoliation de biens sous le national-socialisme[10].

Premières œuvres présentées au public[modifier | modifier le code]

Lors de la conférence de presse du 5 novembre 2013, le procureur du parquet présente onze œuvres au public[7],[11] :

Deuxième présentation d'œuvres au public en 2014[modifier | modifier le code]

Origine des œuvres[modifier | modifier le code]

Le magazine Der Spiegel rapporte que selon le délégué du gouvernement fédéral pour la Culture et les Médias, le ministre fédéral Bernd Neumann (de), en dehors des œuvres saisies qui ne peuvent clairement pas être associées à ce que le national-socialisme qualifiait d'« Art dégénéré » ou qui ne relèvent pas des œuvres pillées sous le national-socialisme, 970 œuvres sont à expertiser : 380 d'entre elles pourraient être associées au soi-disant Art dégénéré, il reste à déterminer pour 590 d'entre elles si elles ont été acquises ou confisquées illégalement[17],[18]. Le total s'établit finalement à 1406 œuvres, dont une Femme assise de Matisse, volée à Paul Rosenberg, le grand-père d'Anne Sinclair [19].

Les avocats de Cornelius Gurlitt déclarent en février 2014 que les œuvres saisies doivent être restituées à leur client, et que le soupçon d'art confisqué ne concerne qu'une partie des œuvres qu'il détient[20].

En outre, 238 autres tableaux de maître ont été découverts, cette fois en Autriche, dans la petite maison que Gurlitt possède à Salzbourg[21].

Devenir de la collection[modifier | modifier le code]

En avril 2014, le quotidien Frankfurter Allgemeine Zeitung annonce qu'un accord a été conclu entre Gurlitt et le gouvernement allemand : la recherche des œuvres pouvant avoir été pillées se poursuit en vue d'une restitution effective aux ayants droit, les œuvres saisies non mises en cause devant être rendues à Cornelius Gurlitt dans un délai d'un an[22].

Au lendemain de la mort de Gurlitt (6 mai 2014), le musée des beaux-arts de Berne est désigné comme son légataire universel[23], ce qui laisse présager des difficultés d'ordre juridique tant auprès du gouvernement allemand que vis-à-vis des ayants droit[24].

Cependant, depuis la Déclaration de Washington du 3 décembre 1998, les conventions internationales ont clairement statué sur le fait que toute œuvre d'art qui s'avère pillée, spoliée ou volée entre 1933 et 1945 reste inaliénable aux propriétaires et à leurs héritiers, ce principe ne souffrant d'aucune prescription.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Aussi appelé Schwabinger Kunstfund, du nom du quartier de Schwabing, lieu de la découverte.
  2. a et b Frédéric Lemaître Le destin des tableaux pillés par les nazis retrouvés à Munich Le Monde, 5 novembre 2013.
  3. « Mort du détenteur du “trésor nazi” », sur le site lefigaro.fr, 7 mai 2014.
  4. (de) Patrick Guyton Ein paar Geheimnisse sind gelüftet article sur http://www.zeit.de, 5 novembre 2013.
  5. Philippe Dagen, 1 500 trésors pillés par les nazis retrouvés à Munich, Le Monde, 4 novembre 2013.
  6. (de)Meisterwerke zwischen Müll – Fahnder entdecken in München Nazi-Schatz in Milliardenhöhe article sur http://www.focus.de, publié le 4 novembre 2013.
  7. a, b, c et d (de) Daniel Boese Sensationsfund. Conférence de presse, sur http://www.art-magazin.de, 5 novembre 2013.
  8. (de) Kunstfund: Alliierte hatten nach Krieg Werke beschlagnahmt sur kurier.at, 6 novembre 2013.
  9. a, b et c (de) Nazi-Schatz lagerte ungesichert in Gurlitts Wohnung sur http://www.focus.de, Focus, article du 5 novembre 2013.
  10. (de)Staatsanwaltschaft will 590 Bilder veröffentlichen sur http://www.zeit.de, article du 14 novembre 2013.
  11. (de) Unbekannte Meister im Münchener Kunstfund sur http://www.dw.de, Deutsche Welle, 5 novembre 2013.
  12. Matthias Thibaut: Der lange Weg zum Spitzweg, zeit.de, 29 novembre 2013
  13. Münchner Kunstfund von ausserordentlicher Qualität. Wenig Klarheit über Eigentumsverhältnisse, Neue Zürcher Zeitung du 6 novembre 2013
  14. L'ex femme de Strauss-Kahn demande la restitution, welt.de, 8 novembre 2013
  15. Nazi-Raubkunst zurück bei jüdischer Familie. Tages-Anzeiger, 15 mai 2015.
  16. Gurlitt: une liste d'œuvres rendues publiques, Le Figaro
  17. (de) Münchner Kunstschatz: Behörden veröffentlichen verdächtige Werke aus Gurlitt-Fundus, sur le site du Spiegel http://www.spiegel.de, article du 11 novembre 2013.
  18. (de) Kunstfund in München - Erste Werke veröffentlicht Article sur http://www.bundesregierung.de, Gouvernement fédéral, 12 novembre 2013.
  19. Site lejdd.fr, 10 novembre 2013.
  20. (de) vks/dpa, « Internet-Offensive: Gurlitt-Anwälte fordern Bilder zurück », Spiegel Online,‎ (lire en ligne)
  21. Frédéric Lemaître, « Cornelius Gurlitt, l’homme du « trésor nazi », est mort », sur le site lemonde.fr, 6 mai 2014.
  22. (de) Rose-Maria Gropp, « Wende im Fall Gurlitt : Überraschende Lösung für Schwabinger Kunstfund », Frankfurter Allgemeine Zeitung,‎ (lire en ligne)
  23. Site lemonde.fr, 7 mai 2014.
  24. Site lepoint.fr/AFP, 7 mai 2014.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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