Tourelle de 75 mm modèle 1933

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Tourelle de 75 mm en batterie (ouvrage de Métrich, bloc 8).

La tourelle pour deux pièces de 75 mm modèle 1933 est l'un des types de tourelle qui équipent les blocs d'artillerie de la ligne Maginot. Il s'agit d'un modèle de tourelle à éclipse, installé en saillie sur la dalle de béton de son bloc et armé avec deux canons de 75 mm raccourcis. Son rôle était d'assurer la continuité des tirs d'artillerie le long de la ligne, en soutien des tirs de mitrailleuse des casemates et blocs d'infanterie.

Caractéristiques[modifier | modifier le code]

La tourelle de 75 mm modèle 1933 fait 4 mètres de diamètre à l'extérieur (il s'agit de la tourelle la plus volumineuse de la Ligne) et 265 tonnes au total. Sa partie mobile est mise en batterie à l'aide d'un contrepoids à l'extrémité d'un balancier, le tout étant en équilibre, actionné par un moteur électrique (de marque Bréguet) ou manuellement. Une fois en batterie, elle émerge de 1,26 mètre au-dessus de son avant-cuirasse[1].

Son blindage est de 350 mm d'épaisseur d'acier pour la toiture et 300 mm pour la muraille (partie entre la toiture et l'avant-cuirasse). Une fois la tourelle éclipsée, la toiture repose sur les voussoirs d'acier de l'avant-cuirasse scellées dans la dalle de béton du bloc.

Le prix d'une tourelle de 75 mm modèle 1933, en octobre 1934, était de 4 033 170 francs[N 1] (ce qui en fait le modèle de tourelle le plus cher de la ligne Maginot), mise en place du matériel compris, mais sans compter l'armement, les munitions, ni surtout le béton du bloc[2].

Armes[modifier | modifier le code]

Elle est armée avec deux canons de 75 mm modèle 1933 de tourelle montés en jumelage, une modification au recul court et à la culasse semi-automatique du canon de 75 mm modèle 1929, qui est lui-même une version raccourcie de 30 centimètres (soit une longueur du tube de 2,421 mètres, ce qui a nécessité une vaste tourelle) dérivée du canon de 75 mm modèle 1897 de campagne. La portée maximale est de 11 900 mètres et la cadence de tir de 13 coups par minute et par pièce. Le pointage en hauteur peut se faire de -9° jusqu'à 40°.

Servants[modifier | modifier le code]

Une tourelle de 75 mm nécessite une équipe de vingt-cinq hommes pour son service complet en situation de combat : six sous-officiers et dix-neuf servants (l'équipe de combat est composée de l'équipe de veille et de l'équipe de piquet). En situation de veille, l'équipe réduite compte deux sous-officiers et dix servants (l'équipe de veille ne peut fournir qu'un tir à cadence lente, uniquement avec des obus percutants)[N 2].

L'équipe de combat se répartit à raison d'un sous-officier (brigadier tireur) et trois servants (un tireur et deux chargeurs[N 3]) dans la chambre de tir, quatre sous-officiers (un adjudant chef de tourelle, un maréchal des logis chef de pièces, un brigadier pointeur et un brigadier artificier) et quatorze servants (un aide-pointeur, deux déboucheurs pour les tirs fusants, cinq pourvoyeurs transportant les munitions vers les norias, deux approvisionneurs chargeant les norias et quatre auxiliaires manœuvrant les châssis de munitions depuis le M 3) à l'étage intermédiaire, un sous-officier (brigadier) et deux servants (le premier s'occupe de la marche à bras du mouvement d'éclipse, le second des appareils électriques) à l'étage inférieur. En cas de tir direct, l'aide-pointeur monte au poste de pointage de la chambre de tir[3].

Équipements[modifier | modifier le code]

On peut utiliser deux postes de pointage indifféremment, l'un dans la chambre de tir pour le tir direct grâce à la lunette se trouvant entre les tubes, l'autre à l'étage intermédiaire pour le tir indirect, guidé par le poste central de tir du PC artillerie de l'ouvrage puis par les observatoires. La communication entre le PC de l'ouvrage et celui du bloc se fait par téléphone, celle entre le PC du bloc et le poste de pointage (sur le fût-pivot de la tourelle) se fait par transmetteur d'ordres (système visuel copié sur celui de la marine), tandis que celle entre l'étage intermédiaire et la chambre de tir se fait par tuyau acoustique ou par transmetteur[N 4],[4].

L'approvisionnement en munitions se fait par une noria entre la chambre de tir et l'étage intermédiaire, où se trouve le magasin de munitions M 3 dont la dotation pour la tourelle était de 1 200 coups de 75 mm[N 5],[5].

Le refroidissement des tubes peut se faire par aspersion d'eau (500 litres d'eau sont prévus par jour, stockés dans des citernes situées à l'étage supérieur du bloc[N 6])[6]. L'évacuation des douilles se fait par un entonnoir les évacuant à l'étage intermédiaire où elles passent dans un toboggan qui les descend au pied du bloc (généralement à 30 m sous terre). L'évacuation des gaz dégagés par les armes se fait par refoulement à l'extérieur, les blocs étant en légère surpression[7].

Liste des tourelles[modifier | modifier le code]

Un total de 21 tourelles sont commandées, à raison de 16 pour le front du Nord-Est et de 5 pour celui du Sud-Est (Alpes)[8].

Secteur fortifié de Montmédy

Ouvrages Numéro du bloc Numéro de tourelle
Vélosnes 5 221[N 7]
Secteur fortifié de la Crusnes
Ouvrages Numéros du bloc Numéros de tourelle
Fermont 1 215
Bréhain 4 216
Bréhain 6 210

Secteur fortifié de Thionville

Ouvrages Numéros du bloc Numéros de tourelle
Rochonvillers 2 203
Molvange 8 205
Molvange 10 207
Métrich 8 208
Métrich 10 207

Secteur fortifié de Boulay

Ouvrages Numéros du bloc Numéros de tourelle
Hackenberg 2 204
Michelsberg 5 213
Anzeling 4 214
Anzeling 7 209

Secteur fortifié de Rohrbach

Ouvrages Numéro du bloc Numéro de tourelle
Simserhof 8 206

Secteur fortifié des Vosges

Ouvrages Numéro du bloc Numéro de tourelle
Grand-Hohékirkel 4 220

Secteur fortifié de Haguenau

Ouvrages Numéro du bloc Numéro de tourelle
Hochwald 7 bis 217

Secteur fortifié du Dauphiné

Ouvrages Numéro du bloc Numéro de tourelle
Roche-la-Croix 5 219

Secteur fortifié des Alpes-Maritimes

Ouvrages Numéros du bloc Numéros de tourelle
Monte-Grosso 5 218
Agaisen 3 211
Mont-Agel 5 201
Mont-Agel 6 202

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. À titre de comparaison, le salaire horaire d'un ouvrier varie de 2,50 (pour un manœuvre de moins de 18 ans) à 6,90 francs (pour un vitrier).
  2. L'équipage d'un bloc d'artillerie est divisé en trois équipes : l'équipe de veille, l'équipe de piquet et l'équipe de repos. Le bloc est occupé par deux équipes tandis que la troisième est au repos dans la caserne de l'ouvrage pour 24 heures. L'équipe de veille est en permanence aux postes de combat, l'équipe de piquet s'occupe des corvées ou se repose en dehors des alertes.
  3. L'instruction du 2 octobre 1935 sur le service d'une tourelle de 75 mm précise que les chargeurs doivent être « de petite taille ».
  4. Transmetteur d'ordres modèle 1937 C (Carpentier) entre le PC du bloc et la tourelle, transmetteur téleflex (plus compact) entre l'étage intermédiaire et la chambre de tir.
  5. La dotation totale en munitions de chaque pièce était de 6 400 coups par pièce, soit 3 000 dans le M 1, 2 800 dans le M 2 et 600 dans le M 3. La dotation était composée de 70 % d'obus explosifs (modèle 1900 de 5,25 kg ; modèle 1915 de 5,16 kg ; modèle 1917 de 6,20 km à fusée percutante ; modèle FA 1929 de 6,96 kg à fusée percutante), de 25 % d'obus à balles (modèle 1926 de 7,24 kg), de 3 % d'obus de rupture (modèle M de 6,40 kg à fusée de culot) et de 2 % de boîtes à mitraille (modèle 1913 de 7,25 kg, pour tir à moins de 300 m).
  6. Ces citernes sont alimentées par les eaux de ruissellement canalisées par des drains. En cas d'insuffisance, des wagonnets-citerne munis d'une pompe peuvent ravitailler les blocs en manque.
  7. La tourelle de Velosnes a été détruite.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Jean-Yves Mary et Alain Hohnadel, Hommes et ouvrages de la ligne Maginot, t. 2, Paris, éditions Histoire & collections, coll. « L'Encyclopédie de l'Armée française », , 222 p. (ISBN 2-908182-97-1), p. 72.
  2. Jean-Yves Mary et Alain Hohnadel, Hommes et ouvrages de la ligne Maginot, t. 1, Paris, éditions Histoire & collections, coll. « L'Encyclopédie de l'Armée française », , 182 p. (ISBN 2-908182-88-2), p. 52.
  3. Jean-Yves Mary et Alain Hohnadel, Hommes et ouvrages de la ligne Maginot, t. 3, Paris, éditions Histoire & collections, coll. « L'Encyclopédie de l'Armée française », , 246 p. (ISBN 2-913903-88-6), p. 10-14.
  4. Jean-Yves Mary et Alain Hohnadel, op. cit., t. 2, p. 125-126.
  5. Jean-Yves Mary et Alain Hohnadel, op. cit., t. 2, p. 34 et 101.
  6. Jean-Yves Mary et Alain Hohnadel, op. cit., t. 2, p. 40.
  7. Jean-Yves Mary et Alain Hohnadel, op. cit., t. 2, p. 86 et 117.
  8. Jean-Yves Mary et Alain Hohnadel, op. cit., t. 2, p. 99.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Philippe Truttmann (ill. Frédéric Lisch), La Muraille de France ou la ligne Maginot : la fortification française de 1940, sa place dans l'évolution des systèmes fortifiés d'Europe occidentale de 1880 à 1945, Thionville, Éditions G. Klopp, (réimpr. 2009), 447 p. (ISBN 2-911992-61-X).
  • Jean-Yves Mary, Alain Hohnadel, Jacques Sicard et François Vauviller (ill. Pierre-Albert Leroux), Hommes et ouvrages de la ligne Maginot, t. 1, Paris, éditions Histoire & collections, coll. « L'Encyclopédie de l'Armée française » (no 2), (réimpr. 2001 et 2005), 182 p. (ISBN 2-908182-88-2).
    • Hommes et ouvrages de la ligne Maginot, t. 2 : Les formes techniques de la fortification Nord-Est, , 222 p. (ISBN 2-908182-97-1).
    • Hommes et ouvrages de la ligne Maginot, t. 3 : Le destin tragique de la ligne Maginot, , 246 p. (ISBN 2-913903-88-6).
    • Hommes et ouvrages de la ligne Maginot, t. 4 : la fortification alpine, , 182 p. (ISBN 978-2-915239-46-1).
    • Hommes et ouvrages de la ligne Maginot, t. 5 : Tous les ouvrages du Sud-Est, victoire dans les Alpes, la Corse, la ligne Mareth, la reconquête, le destin, , 182 p. (ISBN 978-2-35250-127-5).

Liens externes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]