Tourbière minérotrophe

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

Une tourbière minérotrophe ou fen est un type de milieux humides ou de zones humides, plus spécifiquement un type de tourbières caractérisé par l'accumulation de tourbe et qui est connecté à des eaux de ruissellement souterraines et/ou de surface.

Tourbière minérotrophe dominée par les herbacées

Les tourbières minérotrophes correspondent à l'un des deux types de tourbières (fen = minérotrophe et bog = ombrotrophe) lorsqu'on les catégorise selon leur alimentation en eau et éléments minéraux. Les tourbières minérotrophes se différencient des tourbières ombrotrophes de par le fait que leur alimentation en eau ne dépend pas que de l'eau de pluie et qu'elles sont connectées à la nappe phréatique régionale[1].

Caractéristiques physicochimiques[modifier | modifier le code]

Tourbière minérotrophe boisée

Comme les tourbières minérotrophes sont alimentées en eau par le ruissellement ou par la nappe phréatique régionale, celles-ci sont plus riches en termes d'éléments minéraux que les tourbières ombrotrophes. Leur pH peut varier de 4,5 à 8,5 et leur conductivité électrique est généralement supérieure à 80 µS cm-1. Il existe un gradient de tourbière minérotrophes allant de pauvre à extrêmement riche[2].

Végétation[modifier | modifier le code]

Comme les tourbières minérotrophes sont plus riches en termes d'éléments minéraux, celles-ci peuvent supporter un cortège plus large d'espèces exigeantes que les tourbières ombrotrophes, notamment plusieurs espèces d'orchidées. Elles sont généralement dominées par des cypéracées (ex., Carex, Scirpus, Juncus) et des bryophytes (sphaignes et autres mousses)[1]. Certaines peuvent également présenter un couvert d'arbres et arbustes dont les espèces varient selon les régions. La distribution des espèces dépend du gradient de minérotrophie et leur habitat préférentiel par rapport à l'ombrage et l'humidité.

Orchidées de fen - Cypripedium parviflorum
Orchidées de fen - Corallorhiza trifida

Perturbations[modifier | modifier le code]

Les tourbières minérotrophes ont toujours été modifiées par l'être humain particulièrement en Europe, mais dans le passé ces modifications n'étaient que très peu intensives, les tourbières minérotrophes étaient considérées comme alors considéré comme semi-naturelles. Les tourbières minérotrophes étaient utilisées comme pâturage et on y extrayait la tourbe pour l'utiliser comme combustible.

Les perturbations se sont intensifiées il y a environ 200 ans et suite aux deux Guerres mondiales, lorsque des incitations gouvernementales ont encouragé le drainage de ces milieux considérées comme des «wasteland» de façon à améliorer la production agricole et forestière. La pollution par les dépositions atmosphériques durant la Révolution Industrielle a aggravé leur dégradation. Le but principal du drainage intensif des tourbières minérotrophes est d'entraîner une baisse du niveau de la nappe. Toutefois celle-ci, en plus d'oxyder la matière organique stockée et de libérer des gaz à effet de serre (GES), cause une perte de la biodiversité typique de ces milieux. Ce n'est que vers 1980 que l'importance globale des tourbières comme refuge de biodiversité et puits de carbone a été comprise et que des méthodes de gestion environnementales positives ont été mises en place[3]

Toutefois, plusieurs activités perturbant les tourbières minérotrophes persistent (ex.: drainage, extraction de la tourbe...). Il serait estimé que      44 % des tourbières en Europe n’accumulent plus de carbone[4]. De plus, avec le développement d'énergie alternative aux combustibles fossiles, les tourbières minérotrophes font face à une nouvelle pression, elles sont utilisées pour la production de biocarburants, notamment la production de maïs en Allemagne. En plus de détruire l'habitat, cette pratique est un non-sens complet, puisque la production de biocarburants sur les sols tourbeux produit 10 fois plus d’émissions de CO2 que celles émises par la combustion des combustibles fossiles[5]

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Payette, Serge, 1943- et Rochefort, Line, 1961-, Écologie des tourbières du Québec-Labrador, Les Presses de l'Université Laval, (ISBN 2763777732, OCLC 48670783, lire en ligne)
  2. Dale H. Vitt, Suzanne E. Bayley et Tai-Long Jin, « Seasonal variation in water chemistry over a bog-rich fen gradient in Continental Western Canada », Canadian Journal of Fisheries and Aquatic Sciences, vol. 52, no 3,‎ , p. 587–606 (ISSN 0706-652X, DOI 10.1139/f95-059, lire en ligne)
  3. Bonn, Aletta, et British Ecological Society., Peatland restoration and ecosystem services : science, policy, and practice (ISBN 9781139177788, OCLC 951645875, lire en ligne)
  4. Global Peatland Database / Greifswald Mire Centre 2017
  5. (en) John Couwenberg, « Biomass energy crops on peatlands: on emissions and perversions », IMCG Newsletter,‎ (lire en ligne)