Tour de sauvetage

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Schéma de la tour de sauvetage de la capsule Apollo.
Test de la tour de sauvetage d'Apollo
La tour de sauvetage est bien visible à l'extrémité de cette fusée Soyouz-U à Baïkonour (2000)

Une tour de sauvetage, sur une fusée spatiale, est un dispositif utilisé sur les vols spatiaux habités qui permet, lorsque le lancement d'une fusée échoue au décollage ou dans les premières phases de vol, d'éloigner le vaisseau contenant l'équipage de la fusée en le mettant hors de portée de l'explosion du lanceur.

Historique[modifier | modifier le code]

Initialement, pour les premiers vols spatiaux habités (Gemini, Vostok), le sauvetage de l'équipage en cas d'explosion de la fusée était confié à un siège éjectable. Ce dispositif était lourd (la masse supplémentaire est conservée tout au long du vol) et ne permettait pas d'écarter suffisamment les cosmonautes de la zone dangereuse lorsque la fusée utilisait des carburants hypergoliques.

Sur les vols spatiaux suivants, la tour de sauvetage, dont la conception est due à l'ingénieur de la NASA Maxime Faget, a remplacé le siège éjectable. Elle a été ou est installée pour de nombreux lancements de missions spatiales habitées tant russes qu'américaines : Mercury, Soyouz et ses variantes, Apollo, N1.

Conception[modifier | modifier le code]

La tour de sauvetage est constituée d'un long cylindre attaché au sommet de la capsule. Il comprend généralement deux ensembles de fusées à carburant solide répartis en couronnes : le premier ensemble est chargé d'arracher le vaisseau contenant l'équipage de la fusée porteuse et de le propulser en altitude loin du corps de cette dernière, le second ensemble permet de séparer la tour de sauvetage (et la coiffe qui lui est solidaire), une fois sa mission remplie, de la capsule qui peut alors déployer ses propres parachutes, éventuellement après une phase de vol balistique si l'incident s'est produit en vol, avant de retomber vers le sol. Sur le vaisseau Soyouz, quatre panneaux attachés à la coiffe complètent le dispositif en stabilisant la trajectoire du vaisseau durant l'éjection. Si le lancement se passe sans incident, le deuxième ensemble de fusées de la tour de sauvetage est déclenché pour la détacher de la capsule au bout d'un certain laps de temps, en emportant la coiffe. Ainsi sur Apollo, cette opération est réalisée après l'allumage du second étage.

Le déclenchement de la tour de sauvetage peut être manuel ou automatique.

Un seul cas d'utilisation : la mission Soyouz T-10-1[modifier | modifier le code]

Éjection de la coiffe du Soyouz T-10-1.

Le lancement avorté de Soyouz T-10-1, le , est le seul cas de mise en œuvre de la tour de sauvetage. Juste avant le lancement de cette mission, à la suite d'une défaillance d'une valve, le carburant s'est répandu autour de la fusée et s'est enflammé. Le centre de contrôle a alors déclenché la mise à feu de la tour de sauvetage tandis que les boosters de la fusée étaient en flammes et que celle-ci penchait de 20°. La tour de sauvetage a imprimé au vaisseau spatial une accélération de 14 à 17 G durant 5 secondes. La capsule a atteint l'altitude de 2 000 mètres et atterri à 4 kilomètres du site de lancement avec un équipage sain et sauf. Le site de lancement s'est trouvé complètement détruit par l'explosion de la fusée Soyouz.

Tour de sauvetage du vaisseau spatial Apollo[modifier | modifier le code]

Pour les missions Apollo, le système a été développé par la Lockheed Propulsion Company à la suite d'un contrat passé par la NASA le [1],[2].

La tour de sauvetage utilisée sur les Saturn V avait les caractéristiques suivantes[3] :

  • Longueur : 10,2 m
  • Diamètre: 0,66 m
  • Poids : 4,2 tonnes
  • Poussée des fusées : 689 kN (environ 69 tonnes)

Sa poussée était plus forte que celle de la fusée Redstone qui avait propulsé Alan Shepard lors de la première mission spatiale américaine[4].

Tour de sauvetage du vaisseau spatial Orion[modifier | modifier le code]

La tour de sauvetage de la capsule Orion (Launch Abort System abrégé en LAS), qui devait être lancée par la fusée Ares I, a été développée conjointement par Aerojet, Lockheed Martin et la NASA. Elle reprend dans ses grandes lignes le fonctionnement du dispositif utilisé sur le vaisseau spatial Apollo[5]. Le LAS a la forme d'une fusée d'environ 14 mètres de haut[6] attachée au sommet de la capsule Orion par un adaptateur en forme de cône prolongé par une protection.

La tour de sauvetage comporte 3 moteurs-fusées à poudre superposés. Le premier en partant du bas, le plus puissant (environ 230 tonnes de poussée) doit arracher la capsule de la fusée Ares et la hisser assez haut (1 200 mètres minimum, en cas de déclenchement au sol) pour que la capsule ait le temps de déployer ses parachutes avant de retomber. Cette phase dure 2 secondes. Le corps de cette fusée est monté tête bêche et les 4 tuyères dévient le jet de 270° vers le bas. Cette solution, qui rompt avec le design retenu pour Apollo, permet d'éviter que les flammes viennent lécher le sommet de la capsule et allège le poids de la tour (environ 6 tonnes). Au sommet du LAS, une couronne de 8 tuyères fournissant chacune un peu plus d'une tonne de poussée est chargée de contrôler l'orientation. Après la phase ascensionnelle, l'action de ces tuyères doit permettre d'écarter la capsule de l'axe de lancement au minimum d'un kilomètre et de la stabiliser. Lorsque la capsule commence à retomber, 4 tuyères, situées à mi hauteur de la tour et fournissant chacune une poussée de 4,4 tonnes, séparent la tour de sauvetage de la capsule, de manière que celle-ci puisse ouvrir ses parachutes. Trois séquences différentes sont prévues selon que la tour de sauvetage est sollicitée à une altitude inférieure à 8 km, comprise entre 8 km et 46 km, ou entre 46 km et 91 km[7]. Au-dessus de cette dernière altitude, la tour de sauvetage est larguée.

Galerie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Contract for Apollo launch escape system rocket, Astronautix.
  2. (en) Mark Wade, « More Details for 1962-02-13 : Contract for Apollo launch escape system rocket », sur www.astronautix.com (consulté le 25 septembre 2018)
  3. (en) Launch Escape, the Apollo Saturn Reference Page
  4. (en) Steven Siceloff, KSC, « Launch Aborts Challenge Rocket Engineers », NASA,
  5. (en) Erik Seedhouse, Lunar oupost : the challenges of establishing a human settlement on the Moon, Springer, (ISBN 978-0-387-09746-6), p. 115-118
  6. [PDF] Site Orbital Science : Orion Launch Abort System Fact Sheet
  7. Site NASA Spaceflight : ATK win $62.5m contract for Orion LAS, 10/7/2007

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]

(en) Page sur la tour de sauvetage du lanceur Saturn

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