Tour aux figures

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Tour aux figures
Image dans Infobox.
Vue de la Tour aux figures
Artiste
Date
Commanditaire
Type
Technique
Localisation
Protection
Coordonnées
Localisation sur la carte des Hauts-de-Seine
voir sur la carte des Hauts-de-Seine
Red pog.svg

La Tour aux figures est une sculpture monumentale de Jean Dubuffet, située en France dans le parc de l'île Saint-Germain à Issy-les-Moulineaux, en aval de Paris.

Localisation[modifier | modifier le code]

L'œuvre est située dans la partie orientale du parc départemental de l'île Saint-Germain, lui-même occupant la partie est de l'île Saint-Germain, île de la Seine située entre Boulogne-Billancourt et Issy-les-Moulineaux. La tour est bâtie sur une petite butte, de sorte qu'elle domine les arbres des alentours.

Description[modifier | modifier le code]

La Tour aux figures est une sculpture de vingt quatre mètres de hauteur sur douze de largeur. Elle consiste en une ossature principale en béton armé, d'une ossature secondaire métallique recouverte d'une peau extérieure, composée de quatre-vingt-dix panneaux en résine époxy, réalisée et peinte au polyuréthane par l'équipe de Richard Dhoedt qui fut l'assistant de Jean Dubuffet.

La tour est peinte aux couleurs habituelles du cycle de L'Hourloupe[1] de Jean Dubuffet : blanc, bleu, rouge, noir. Les formes dessinées sont délimitées par des traits noirs.

L'intérieur de la structure, réalisée en plâtre projeté peint en noir et blanc, est accessible : il s'agit d'un labyrinthe ascensionnel qui conduit à une salle au sommet. La montée longue de 117 mètres s'épanouit par endroits en petites esplanades, plus ou moins planes et compte plusieurs paliers[2]. C'est une œuvre dans l'œuvre, baptisée le Gastrovolve par Dubuffet qui l'a conçue avec l'aide de l'architecte Antoine Butor. A son propos, il dit : "L'usager de cette demeure devrait donc, s'il n'est célibataire et s'il n'est résolu à la vie érémitique, l'utiliser seulement comme un lieu occasionnel de retirement et de rêverie. A défaut d'autre luxe, il y jouira d'une exceptionnelle profusion d'espace où se déplacer librement sans portes à passer. Avec le plaisir d'un habitat grimpant comme celui d'un mouflon[3]."

Jean Dubuffet a créé une tour dans laquelle on peut rentrer pour que les visiteurs ne soient plus devant l'œuvre comme c'est habituellement le cas, mais dans l'œuvre. Ainsi, ils rentrent dans les images et sont immergés dans le monde de L'Hourloupe. Comme pour les autres œuvres de L'Hourloupe il s'agit pour Jean Dubuffet de remettre en cause notre interprétation de la réalité et du monde qui nous entoure. Les formes sinueuses des motifs de L'Hourloupe peints sur la Tour aux figures se font et défont au gré du regard afin d'engager une réflexion sur le réel et l'imaginaire.

Historique[modifier | modifier le code]

À partir de 1967, Jean Dubuffet réalise des sculptures en polystyrène expansé, transférés ensuite en résine, dans le cadre du « cycle de L'Hourloupe », monde imaginaire inventé par l'artiste. Il quitte alors le plan de la page de dessin pour entrer dans une troisième dimension. Parmi ces sculptures, qui deviennent rapidement des projets de monuments, une série de « bornes » auxquelles la Tour aux figures fait suite[4].

La maquette de la Tour aux figures de un mètre de haut, est créée en juillet 1967. Dès cette date, l'aménagement et l'usage de la Tour aux figures font l'objet d'analyses très fouillées : ce n'est déjà plus une sculpture mais une construction qui relève de l'architecture. Toutefois à ce moment-là, l'artiste n'envisage pas d'agrandissement.

L'année suivant, il affine le projet de la Tour aux figures en se faisant aider de l'architecte Antoine Butor, qui réalise les plans et maquettes. Avec lui, il conçoit, pour l'intérieur de la Tour aux figures, trois projets. Le 1er projet est rapidement abandonné car assimilable à un immeuble d'habitation divisé en appartements. Le 2e projet, intitulé L'Aérogire, conçu comme un habitat unique, préfigure le Gastrovolve qui constitue le 3e projet, le plus abouti et celui qui sera réalisé.

La Tour aux figures est présentée pour la première fois en 1968 dans l'ouvrage Edifices, consacré aux projets d'œuvres monumentales de Jean Dubuffet publié lors de l'exposition Edifices, projets et maquettes d'architecture au musée des Arts décoratifs à Paris.

Jean Dubuffet connait plusieurs échecs dans la réalisation de sculptures monumentales en France : son projet pour La Défense Site Scriptuaire (1973/1974) n'a jamais été réalisé, puis en 1975 le nouveau président de Renault, Bernard Vernier-Palliez, arrête la construction du Salon d'été[5], ce qui donne lieu à un procès retentissant que Dubuffet gagnera en 1981. A l'étranger, en revanche, Jean Dubuffet réalise plusieurs grandes sculptures hourloupéennes, et construit, pour son propre usage, la Closerie Falbala[6], achevée en 1973, près de ses ateliers de sculpture dans le Val-de-Marne, à Périgny-sur-Yerres.

En 1983, le nouveau ministre de la culture, Jack Lang (sur l'impulsion de Claude Mollard, délégué aux Arts plastiques) propose à Jean Dubuffet de faire bâtir un édifice[7] à Paris. La commande sera passée par le Centre National des Arts Plastiques. Pour y répondre, Jean Dubuffet choisit la Tour aux figures. Plusieurs lieux d'implantation sont envisagés puis refusés par Dubuffet ou les riverains : place d'Italie, le parc de la Villette, le parc de Saint-Cloud.

Finalement, Jean Dubuffet accepte en [8] le site de l'île Saint-Germain et recommande que l'œuvre soit édifiée sur la petite bute où elle se trouve aujourd'hui.

Jean Dubuffet meurt en mai 1985, au tout début des études de la construction de la tour[9], c'est donc la Fondation Jean Dubuffet, créée par l'artiste en 1974, qui assure la continuité[10] et appuie le Centre National des Arts Plastiques pendant la réalisation qui commence en 1986 par la structure intérieure en béton. La structure extérieure, la peau en résine époxy peinte, est confiée à Richard Dhoedt, l'un des anciens de son atelier, que Dubuffet avait accrédité pour ce projet avant son décès. Les pièces sont fabriquées en atelier, selon le procédé toujours utilisé pour les sculptures monumentales de l'artiste, à savoir le "pantographe", à partir de la maquette originale. La réalisation et le montage des quatre-vingt-dix panneaux géants dure un an et mobilise une quinzaine de personnes[11]. L'inauguration a lieu le 24 octobre 1988 en présence de François Mitterrand, président de la République, de Jack Lang, ministre de la Culture, d'André Santini, maire d'Issy-les-Moulineaux, d'Armande de Trentinian, collaboratrice de Jean Dubuffet et première directrice de la Fondation Dubuffet, et d'Isalmina Dubuffet, fille de l'artiste.

L'œuvre est inscrite aux monuments historiques le , puis classée le [9],[12]. En 2015, l’état cède la Tour au Département  des Hauts-de-Seine  pour  un euro symbolique à charge d’assurer sa sauvegarde. Une restauration de l’œuvre est engagée en 2019 sous la direction de l’agence Pierre-Antoine Gatier, architecte en chef des Monuments historiques pour une réouverture au public en 20207. La Tour aux figures a ouvert  le 12 septembre 2020. L’intérieur de la tour se découvre en visite guidée uniquement. Un espace d’accueil a également ouvert dans la halle du parc afin de permettre à tous de découvrir l’œuvre ou de prolonger sa visite.

Annexes[modifier | modifier le code]

Liens internes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. « Focus sur le site de la Fondation Dubuffet »
  2. « La Tour aux figures »
  3. Jean Dubuffet, Edifices, J. Bucher, , P.9
  4. Daniel Abadie, Dubuffet architecte, Hazan,
  5. Jean-Robert Bouyeure, Le sac du Salon d'été - L'affaire Renault - Régie Renault, L'Harmattan, coll. "La Justice au quotidien",
  6. Jean Dubuffet, Catalogue des travaux de Jean Dubuffet, fasc.XXXI, "Habitats, Closerie Falbala, Salon d'été", Paris, Editions de Minuit,
  7. Daniel Abadie, « Les secrets de la Tour aux figures », Vallée de la culture n°14,‎ , P. 86
  8. « Tour aux figures », Fondation Jean-Dubuffet.
  9. a et b « La Tour aux Figures, de Jean Dubuffet », notice no PA00088178, base Mérimée, ministère français de la Culture
  10. Le Beller et Dhoedt 2019, p. 43.
  11. Mélanie Le Beller et Richard Dhoedt (interviewé), « "La Tour aux figures est la tentative d'un autre monde" », HDS.mag, Nanterre, Conseil départemental des Hauts-de-Seine, no 66,‎ , p. 42 (ISSN 1966-6667, lire en ligne).
  12. « Arrêté no 31 du 10 septembre 2008 portant classement au titre des monuments historiques, en totalité, de la tour aux Figures de Jean Dubuffet, sur l'Île Saint-Germain à Issy-les-Moulineaux (Hauts-de-Seine) », Bulletin officiel du ministère de la Culture, no 169,‎ , p. 57 (lire en ligne).

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Max Loreau, Catalogue des travaux de Jean Dubuffet, vol. XXIV : Tour aux figures, amoncellements, cabinet logologique (1967-1969), Weber, 1973, 157 p.
  • À propos de la “Tour aux figures” de Jean Dubuffet (catalogue d'exposition, -), Fondation Jean-Dubuffet, Musée municipal d'Issy-les-Moulineaux, 1988, 40 p. (ISBN 2-905060-06-9)