Toto Riina

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Totò Riina
Cosa nostra - Corleonesi
Image illustrative de l'article Toto Riina
Fiche d'identité de Toto Riina.
Information
Nom de naissance Salvatore Riina
Naissance
Corleone, Italie
Décès (à 87 ans)
Parme, Italie
Surnom Totò u curtu - La Belva
Cause du décès Cancer
Condamnation octobre 1993
Sentence Prison à vie
Multiple assassinats, racket
Victimes 40 victimes directes et 110 assassinats ordonnés
Pays Italie
Régions Sicile
Ville Corleone
Arrestation

Salvatore Riina (né le à Corleone et mort le à Parme), également connu sous le nom de Totò Riina et surnommé Totò u curtu « Toto le petit » en dialecte sicilien, pour sa petite taille (158 cm) ou La belva « Le fauve », pour sa férocité, est un des membres les plus influents de la mafia sicilienne (Cosa nostra).

Au cours de sa carrière criminelle, il a personnellement tué environ quarante personnes et est soupçonné d'avoir commandité les meurtres de 110 autres[1]. Pendant les années 1980 et le début des années 1990, Riina et sa famille mafieuse, les Corleonesi (en), ont mené une impitoyable campagne de violence contre les truands rivaux et l'État italien dont l'assassinat des juges antimafia Giovanni Falcone et Paolo Borsellino à deux mois d'écart en 1992. Cette terreur répandue dans la population par la mafia a entraîné des mesures fermes des autorités, menant à la capture et à l'emprisonnement de Riina et de plusieurs de ses associés.

Capturé en 1993, condamné à perpétuité, il meurt d’un cancer après avoir suscité l’émoi dans l’opinion publique quand sa possible libération fut évoquée pour raison de santé.

Les débuts de l'activité criminelle[modifier | modifier le code]

Toto Riina en 1955.

En 1943, Toto Riina perd son père Giovanni et son frère Francesco (âgé de 7 ans) alors qu'ils essayent d'extraire la poudre à canon d'une bombe américaine tombée dans une des terres dont ils sont propriétaires, pour ensuite la revendre ainsi que le métal. Après la mort du père, Totò devient de fait le chef de famille. En même temps il fait la connaissance de Luciano Liggio, lequel l'initie au vol du blé et à la pratique du pizzo chez les agriculteurs des zones adjacentes.

À l'âge de 19 ans, il a été condamné à 12 ans de prison pour avoir tué une personne lors d'une dispute. Le , il est libéré et retourne à Corleone où il reprend contact avec Luciano Liggio qui lui donne un rôle de premier plan dans ses différentes activités. Ils s'occupent principalement d'abattage clandestin. Avec eux opère aussi un certain Bernardo Provenzano, autre personnage principal ainsi que symbole de la mafia. Liggio et ses hommes travaillent pour le docteur Michele Navarra, le chef de la mafia de Corleone, avant que le groupe décide d'éliminer Navarra, le , pour obtenir une position dominante au sein du village.

Riina est arrêté à Corleone, en décembre 1963, par un groupe de policiers dont le commissaire Angelo Mangano, connu pour être un des plus grands chasseurs de mafieux. En 1974, celui-ci parvient également à arrêter Liggio. Au moment de l'arrestation, il a sur lui un pistolet et une fausse pièce d'identité et se fait appeler Giovanni Grande.

Il passe plusieurs années en prison, où il fait la connaissance d'autres mafieux, avant d'être acquitté lors d'un procès à Catanzaro, le fameux « procès des 114 »[2] et de Bari en 1969[3].

Ascension au sein de Cosa nostra[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Cosa nostra.

Pendant les années 1970, Toto Riina, Luciano Liggio et Bernardo Provenzano commencent à asseoir leur pouvoir sur la ville de Palerme, où ils peuvent compter sur l'aide du maire Vito Ciancimino. À Palerme, Riina se fait plusieurs ennemis dont Stefano Bontate et Salvatore Inzerillo, mais il obtient aussi l'appui de chefs de premier plan comme Michele Greco et Pippo Calò. Pendant cette période Riina prend la place de Liggio, arrêté en 1974. Sous sa direction, le groupe augmente sensiblement son pouvoir financier, grâce au trafic de stupéfiants, aux appels d'offre publics de Palerme, à la contrebande de tabac, tout cela en partenariat avec les frères Nuvoletta, chefs de la mafia napolitaine (Camorra).

Le , il se marie avec Antonietta Bagarella (sœur de son ami d'enfance Calogero). Avec Antonietta il a quatre enfants : Maria Concetta, Giovanni Francesco, Giuseppe Salvatore et Lucia.

Il peut compter sur trois féroces tueurs : Pino Greco dit Scarpuzzedda, Mario Prestifilippo et Leoluca Bagarella, qui est son beau-frère.

Seconde guerre de la Mafia[modifier | modifier le code]

Les principaux rivaux des Corleonesi sont Steano Bontade, Salvatore Inzerillo et Tano Badalamenti, parrains de différentes familles puissantes de Palerme. Entre 1981 et 1983, Bontade et Inzerillo, avec plusieurs associés et membres à la fois de leurs familles de sang et de leurs familles mafieuses, sont assassinés[4]. Environ un millier de personnes est massacré durant cette période, asseyant la prise de pouvoir de Riina, des Corleonesi et de leurs alliés sur leurs rivaux.

En 1983, les Corleonesi ont pris le contrôle de la mafia, et les années suivantes voit encore leurs influences s'accentuer lorsqu'ils éliminent les alliés des Corleonesi, comme Fiippo Marchese, Giuseppe Greco et Rosario Riccobono.

Alors qu'il sont devenu le clan le plus puissant de Sicile, la tactique des Corleonesi se retourne contre eux quand, en 1984, un mafieux condamné pour deux meurtres nommé Tommaso Buscetta devient le premier mafieux sicilien à devenir informateur (pentito : repenti en italien) et coopére avec les autorités. Buscetta provient d'une famille mafieuse perdante lors de la seconde guerre de la mafia. De nombreux membres de sa famille et amis ont été assassiné par les tueurs de Riina. Cela le pousse à vouloir coopérer avec les autorités à la fois pour sauver sa vie et se venger de Riina. Buscetta passe un accord avec le procureur Giovanni Falcone et il témoigne au Maxi-Procès durant la moitié des années 1980 . Cela entraîne l'emprisonnement de centaines de mafiosi. Riina est encore une fois condamné à la prison à vie lors du Maxi-Procès. Mais cela se fait en son absence car il est encore en fuite.

En 1989, Riina arrange les assassinats de nombreux de ses alliés, incluant le parrain de Ciaculli, Vincenzo Puccio et ses deux frères. Apparemment, Vincenzo Puccio avait planifié de prendre la tête de la mafia sicilienne, mais les Corleonesi n'ont jamais plus vérifié ce fait.

Riina fait tuer Stefano Bontate et Salvatore Inzerillo[4], qui l'entravent dans ses activités ; ces meurtres entraînent la deuxième guerre de la mafia de 1981 à 1982 au cours de laquelle plus de mille assassinats sont commis. Dans cette « guerre », Riina ordonne l'assassinat de la famille de Tommaso Buscetta, celui-ci, réussissant à s'enfuir au Brésil. Buscetta est ensuite expulsé du Brésil et, à son retour en Italie, il décide de collaborer avec la police et avec le juge Giovanni Falcone.

Règne en tant que "capo dei capi" de Cosa Nostra[modifier | modifier le code]

Présomption d'avoir une influence politique[modifier | modifier le code]

Le règne de Riina en tant que "capo dei capi" marque un changement de perception de la part du public pour le crime organisé. Traditionnellement, le siciliens ne reconnaissaient l'existence de la mafia comme un groupe cohérent organisé. Les affirmations contraires étaient perçues comme une "attaque venant des gens du nord". Cette vision traditionnelle de la mafia a été maintenu par les anciens parrains. Avant que la faction de Riina ne deviennent la faction dominante, la mafia sicilienne est dominé par les familles de Palerme qui ont le contrôle de nombreux votes. Elles lient ainsi des relations bénéfiques avec des politiques locaux tels que le maire de Palerme, Vito Ciancimino et Salvatore Lima.

Ciancimino, qui est né à Corleone, a corrompu sans aucunes limites un projet immobilier d'une célèbre vallée connue comme " Conca d'Oro"."(le bol d'or), amassant au passage une grande fortune dans l'opération, Lima accorda une précieuse concession monopolistique sur l'attribution des permis de construire à l'homme d'affaires mafieux Ignazio Salvo, et contribua à faire de Giulio Andreotti, basé à Rome, une personnalité politique au niveau nationale. De son côté Salvo devient le financier d'Andreotti[5]. La plus haute cour judiciaire d'Italie, la Cour de Cassation, a statué en octobre 2004 sur le fait qu'Andreotti avait « des relations amicales et même directes » avec Stefano Bontade et Tano Badalamenti, les parrains de la soi-disante aile modérée de Cosa Nostra que Riina avait supplanté à l'issu de la deuxième guerre de la mafia.

Ces liens ont amené certains à soupçonner que Riina avait forgé des liens similaires avec Andreotti. Cependant les tribunaux ont acquitté Andreotti d'associations avec la Mafia après 1980[6]. Baldassare Di Maggio a allégué que Riina avait rencontré le Premier ministre Andreotti à l'époque dans la maison de Salvo et l'a accueilli avec un "baiser d'honneur"[7],[8]. Andreotti a rejeté les accusations portées contre lui comme étant des "mensonges et des calomnies ... le baiser de Riina, des sommets mafieux ... ce sont des scènes d'un film d'horreur comique"[9]. Le vétéran journaliste Indro Montanelli à douter de cette affirmation, disant que Andreotti "n'embrasse même pas ses propres enfants"[10]. De plus, La crédibilité de Di Maggio a été ébranlée dans les dernières semaines du procès Andreotti lorsqu'il a admis avoir tué un homme alors qui était sous la protection de l'Etat[11]. Finalement, Les juges de la cours d'appel ont rejeté le témoignage de Di Maggio[12].

La lutte s'intensifie[modifier | modifier le code]

Giovanni Falcone et son collègue Paolo Borsellino accomplissent de sérieux progrès dans leur guerre contre la mafia, ce qui les place donc dans le cercle des menacés de mort.

Le , Falcone, son épouse et cinq gardes du corps sont assassinés dans l'explosion d'une bombe placée sous la route, dans les environs de Palerme. Quelques semaines plus tard, Borsellino et cinq de ses gardes du corps sont tués dans l'explosion d'une voiture piégée. Les deux attentats sont commandités par Toto Riina et exécutés par quelques-uns de ses tueurs. L'opinion publique est exaspérée envers la mafia mais aussi envers les hommes politiques, accusés de ne pas avoir fourni une protection suffisante aux juges Falcone et Borsellino. Le gouvernement italien décide alors d'enclencher une lutte massive contre la mafia et sa violence.

Salvatore Riina durant un procès à Rome en 1993

Le , à l'aide des informations d'un indicateur, les carabiniers arrêtent Totò Riina dans sa voiture en compagnie de son chauffeur, dans Palerme. L'indicateur n'est autre que son chauffeur, Balduccio di Maggio, dont plusieurs parents, par la suite, seront tués pour sa trahison. Riina prétend n'être qu'un pauvre comptable harcelé, et, dans son costume de piètre qualité, cet homme de 62 ans, beau parleur, a bien l'air de n'être que cela. Questionné sur la société dans laquelle il travaille, il répond qu'il n'en parlerait pas pour ne pas salir la réputation de l'entreprise. Placé en détention, Riina reste poli et respectueux envers les officiers de police, et les remercie plus tard de l'avoir bien traité, bien qu'il soit parvenu à les « prendre pour des imbéciles » en disant non seulement qu'il n'avait jamais entendu parler de la Mafia mais également en insistant sur le fait qu'il n'avait « aucune idée » d'avoir été le fugitif le plus recherché de Sicile des trente dernières années. D'autres témoignages indiquent néanmoins que Riina n'avait cessé de crier « communistes ! » aux policiers qui l'arrêtaient.

La satisfaction du public lors de l'arrestation de Riina (un journal affiche la légende « Le Diable » sous la photographie de Riina) est tempérée lorsqu'il révèle que, pendant ses trente années de fugue, Riina a habité dans sa maison de Palerme tout en bénéficiant de soins médicaux en raison de son diabète et d'avoir enregistré ses quatre enfants sous leur vrai nom dans l'hôpital local. Il s'est même rendu à Venise en lune de miel sans être inquiété. Beaucoup d'observateurs déclarent que les autorités n'ont arrêté Riina qu'en raison de la pression médiatique après les meurtres des juges Falcone et Borsellino, et interprètent la facilité avec laquelle Riina a berné la justice comme un exemple de l'apathie des autorités siciliennes dans la lutte contre mafia.

Alors qu'il a déjà réussi à obtenir par le passé un non-lieu dans deux affaires de meurtre, Riina est cette fois jugé et condamné pour un peu plus de cent meurtres, dont ceux de Falcone et de Borsellino. En 1998, Riina est à nouveau accusé de meurtre, celui d'un politicien qui avait été suspecté de traiter avec la mafia et qui fut assassiné en 1992 pour ne pas avoir empêché l'emprisonnement de mafieux dans les procès du milieu des années 1980.

Il sera détenu jusqu'à sa mort dans une prison de sécurité maximum avec des contacts limités avec le monde extérieur, afin d'éviter qu'il ne dirige son organisation derrière les barreaux, comme certains de ses prédécesseurs l'avaient fait. En 1997, plus de 125 millions de dollars de capitaux appartenant à Riina ont été confisqués - probablement juste une fraction de son immense fortune illicite - ainsi que son vaste manoir. Dans une décision symbolique, ce manoir a été transformé en école pour enfants.

En 2003, Riina a subi deux crises cardiaques en mai et décembre. Un de ses amis proches, du clan des Corleonesi, Bernardo Provenzano, lui a succédé à la tête de l'organisation, avant d'être arrêté le , dans une ferme située à quelques kilomètres de Corleone.

Famille et personnalité[modifier | modifier le code]

Totò Riina s'est marié en 1974 avec la sœur cadette de Leoluca Bagarella, Antoinette, dite « Ninetta », qui a 13 ans de moins que lui. Quatre enfants sont nés de ce mariage. Ses deux fils, Giovanni Francesco, né le , et Giuseppe Salvatore, né le , ont suivi ses traces et ont déjà été derrière les barreaux. En novembre 2001, à 24 ans, Giovanni Riina (it) a été condamné pour quatre meurtres commis en 1995. Le , le plus jeune fils de Riina, Giuseppe, a été condamné à quatorze années de prison pour différents crimes, y compris l'association de malfaiteurs, l'extorsion de fonds et le blanchiment d'argent. Il est sorti de prison une première fois le , à l'issue du délai de détention préventive, puis une seconde fois le , après avoir purgé la totalité de sa peine. Une de ses filles, Maria Concetta (née le ), a été élue représentante de classe dans son lycée. La dernière fille, Lucia est née le .

Totò Riina a toujours exigé des « hommes d'honneur » le respect de leurs épouses ; dans le code d'honneur, il est totalement interdit de tromper sa femme et vice-versa. Certains mafieux n'ayant pas respecté cette règle, comme Buscetta, ont été écartés de Cosa Nostra pour ce comportement.

Par son attitude réservée et évasive, Riina demeure un personnage énigmatique. Un informateur, Antonino Calderone, le décrit comme étant « incroyablement ignorant, mais possédant une intuition et une intelligence difficiles à cerner… très dures à prévoir ». Il déclare que Riina était un beau parleur et un père et un mari dévoué. Une des anecdotes les plus étranges est celle de Riina récitant, en larmes, un éloge à l'enterrement d'un frère assassiné de Calderone, alors que c'était Riina lui-même qui avait commandité le massacre. Calderone a également indiqué que, lorsque Riina voulut épouser Ninetta, la famille de cette dernière s'y était fermement opposée. Calderone cita Riina en disant : « Je ne veux aucune autre femme que ma Ninetta, et si elle [sa famille] ne me laisse pas l'épouser, je serai obligé d'en tuer certains ». La famille de Ninetta ne montra dès lors plus aucune opposition aux plans matrimoniaux de Riina.

Giovanni Brusca, un tueur de Riina, l'homme qui a fait exploser la bombe qui a tué le juge Falcone, devint ensuite un informateur après son arrestation de 1996. Brusca déclara que, en 1991 et début 1992, Totò Riina avait projeté l'exécution d'actes de terrorisme contre l'État pour obtenir l'arrêt de l'intensification de la lutte contre la mafia, y compris des actes tels que l'explosion de la tour de Pise. Brusca a également cité Riina en déclarant que les enfants des informateurs étaient des cibles légitimes. Ces déclarations furent confirmées un peu plus tard, lorsque Brusca, « Lo scannacristiani », séquestra pendant vingt-six mois, tortura puis fit étrangler, en janvier 1996, Giuseppe Di Matteo, le fils de 12 ans du repenti Santino Di Matteo.

Quoique les actions criminelles de Riina aient eu pour but l'acquisition de la richesse et de la puissance, sa cruauté, ses trahisons et l'énorme nombre de meurtres brutaux qu'il a commis furent excessifs même par rapport aux « normes » d'autres « hommes d'honneur ». Cela permet de penser qu'il est psychopathe, ou du moins qu'il a largement mérité ses surnoms, La belva (Le fauve)[13].

Liste sélective d'assassinats de personnalités politiques, de la justice et des médias sur ordre de Toto Riinà[modifier | modifier le code]

Dans sa vague de meurtres contre l'État et tous ceux qui se sont opposés à Cosa nostra furent tués entre autres :

Dans la culture populaire[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Annexes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]