Tony Anatrella

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Tony Anatrella
Lille - Monseigneur Tony Anatrella - 4.jpg
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Tony Anatrella (né le est un prêtre catholique et un psychothérapeute français (il se présente toujours comme psychanalyste[1]) . Il est surtout connu pour ses positions relatives à l'homosexualité et pour les accusations d'abus sexuels à son encontre. En lien avec ces accusations, l'Église catholique en France a retiré son ministère sacerdotal à Anatrella en 2018.

Biographie[modifier | modifier le code]

Tony Anatrella est un prêtre du diocèse de Paris. Il a réalisé un DEA de psychologie et obtenu un diplôme de l'École des hautes études en sciences sociales[2]. Il a notamment été consultant au Conseil pontifical pour la famille[3], et chargé de mission sur les drogues et la toxicomanie auprès du Conseil pontifical pour la pastorale des services de la santé, à Rome[4], et, en 2010, membre expert de la Commission d'enquête sur les phénomènes d'apparitions présumées de Međugorje[5]. Il bénéficie de l'usage du titre de « Monseigneur », qui est, comme le rappelle le bibliste Philippe Lefebvre, « un titre honorifique lié à ses diverses fonctions au Vatican[6] ». Il a été membre du conseil scientifique de la Revue d'éthique et de théologie morale « Le Supplément »[4].

Depuis 2018 et sa condamnation par un tribunal de droit canon, il n'a plus aucune fonction dans l'Église.

Accusations et condamnation sacerdotale[modifier | modifier le code]

Accusations[modifier | modifier le code]

En 2006, Tony Anatrella fait l'objet de plaintes déposées par d'anciens patients, pour des faits d'attouchements sexuels dans le cadre de « thérapies » visant à les guérir de leur homosexualité[7]. Ces plaintes font suite aux révélations du magazine Golias en septembre de la même année, révélant « les étranges méthodes du docteur Anatrella »[8]. Il affirme être victime d'une dénonciation calomnieuse[9].

Une enquête judiciaire est menée, et la justice civile classe l'affaire sans suite en 2007 : en ne trouvant « pas d’éléments constitutifs d’une infraction ». La justice française n'interviendra plus sur ce dossier.

Tony Anatrella dépose plainte en 2007 pour dénonciation calomnieuse et diffamation, mais la justice prononce un non-lieu.

De nouvelles accusations sont portées contre lui en 2016[10]. Le 15 mai, la chaîne de télévision TF1 présente des témoignages d'hommes qui disent avoir été entraînés dans des actes à caractère sexuel lors de séances de thérapie[11]. La presse fait un large écho à ces déclarations et les met en relation avec les prises de position officielles du prélat : celui-ci aurait inspiré le décret pontifical de 2005, interdisant l'accès des homosexuels au sacerdoce[12].

Les victimes présumées saisissent la justice de l’Église en 2016. Le diocèse de Paris, sous Mgr André Vingt-Trois, envisage un procès canonique[13],[14] mais n'obtient pas la levée de la prescription des faits (les victimes étant majeures au moment des faits)[15]. Il lance une enquête canonique (instruction). Un ecclésiastique proche de trois plaignants indique son avis que le cardinal André Vingt-Trois protège Anatrella qui serait un de ses proches[16].

Le diocèse, sous Mgr Aupetit relance une enquête préliminaire en octobre 2017, les conclusions de l'enquête ont été remises en mai 2018 à l’archevêque de Paris, Mgr Michel Aupetit[17].

Condamnation sacerdotale[modifier | modifier le code]

Début juillet 2018, la réprimande canonique prise par l'archevêque de Paris est rendue publique : Anatrella se voit interdire de ministère sacerdotal[18]. Il ne peut plus entendre les confessions, il doit renoncer à l'accompagnement spirituel des personnes et il est interdit d'intervention publique sans l'accord de l'archevêque. « Sur la base de l’ensemble des informations recueillies », notamment au cours de l’enquête préliminaire dont les conclusions lui avaient été remises mi mai, Mgr Michel Aupetit a signifié à Mgr Anatrella « qu’aucun ministère sacerdotal ne lui serait plus confié », indique le diocèse à La Croix[19]. Il est stipulé qu'il n'aura plus de ministère et il lui est demandé de ne plus exercer[20].

Ces sanctions ont été annoncées aux plaignants le 3 juillet par Mgr Éric de Moulin-Beaufort, évêque auxiliaire qui avait, à la demande du cardinal Vingt-Trois, entendu les victimes présumées dans le cadre d’une commission d’audition mise en place en 2016.

Réaction des victimes à la condamnation de Tony Anatrella par l'Église[modifier | modifier le code]

« Je suis satisfait, c’est une décision courageuse et, pour nous, c’est l’aboutissement de plusieurs années très compliquées […]. Il y a une forme de soulagement, même s’il y aurait beaucoup à dire sur la manière dont les victimes ont été accueillies et écoutées. » a réagi l’un des plaignants sollicité par La Croix[21].

Prises de position[modifier | modifier le code]

Sida[modifier | modifier le code]

À la suite des déclarations du pape Benoît XVI lors de son voyage en Afrique en 2009, il émet un avis nuancé concernant le recours au préservatif pour la prévention du SIDA[22] tout en soulignant les limites d'une telle utilisation.

Homosexualité[modifier | modifier le code]

Selon Mediapart, il réserve ses « expertises » majeures, « de manière presque obsessionnelle »[10], à l’homosexualité. Il publie une tribune dans Le Monde du 26 juin 1999, intitulée « À propos d'une folie » où il manifeste son opposition au pacs et à ce qui lui apparaît comme une nouvelle définition du couple[23].

Dans son essai Non à la société dépressive, il affirme que « le nazisme, le marxisme et le fascisme sont des idéologies de nature homosexuelle : leur discours, leurs insignes et leurs actions le prouvent au premier degré puisqu’elles privilégient tout ce qui est semblable ».

En 2005, il est l’un des inspirateurs de l’instruction du Vatican interdisant l’ordination des prêtres homosexuels. Le 25 novembre 2005, dans l'Osservatore Romano, le quotidien du Vatican, il souligne que l'homosexualité apparaît « comme un inachèvement et une immaturité foncière de la sexualité humaine […] Elle pourrait même être perçue comme une réalité déstabilisante pour les personnes et pour la société. » Selon lui, « les prêtres gays ont tendance à détourner leur fonction à des fins narcissiques », « ils sont dans la séduction » et « ont de sérieuses difficultés pour se situer institutionnellement dans la coopération avec les autres[24],[25]. »

Ses positions sont notamment critiquées par Philippe Lefebvre, professeur à la faculté de théologie catholique de Fribourg[26].

Études de genre[modifier | modifier le code]

Il se déclare depuis 2003 contre les études de genre (gender studies). Selon lui, ces études sont le signe de la « confusion sexuelle » qui influence nos sociétés actuelles et elles représentent « une véritable manipulation sémantique en appliquant la notion de couple et de parenté à l'homosexualité. » Il affirme que « la théorie du genre est largement diffusée par la Commission Populations de l'ONU et par le Parlement européen afin d'obliger les pays à modifier leur législation et reconnaître, par exemple, l'union homosexuelle ou l'homoparenté par l'adoption d'enfants » [27].

Il analyse les études de genre « à partir des concepts de l’encyclique de Benoît XVI, Caritas in Veritate »[28],[29].

Pédophilie[modifier | modifier le code]

Selon un article publié par le journal britannique, The Guardian, Anatrella serait l'auteur de directives du Vatican, faisant partie d'un programme de formation pour les nouveaux évêques, dans lesquelles il est précisé que les évêques n'ont pas nécessairement l'obligation de dénoncer à la justice les actes de pédophilie commis par des prêtres[30].

Tony Anatrella réagit dans un entretien à l'agence romaine I.media[31] en assurant que l'on a détourné le sens de ses propos, qui n'apportent rien de nouveau aux procédures ecclésiastiques déjà mises en place, indiquant que, selon lui, « L'évêque et son représentant doivent inciter d'abord les victimes à porter plainte et seulement dans le cas où elles ne le font pas, l'évêque se doit de le faire ». Le Code pénal français dispose que le fait de ne pas informer les autorités judiciaires ou administratives de privations ou mauvais traitements infligés à un mineur ou une personne fragile est un délit. Dans l'article 434-3, les agressions et atteintes sexuelles sont explicitement ajoutés aux mauvais traitements depuis 1998[32].

Publications (sélection)[modifier | modifier le code]

Ouvrages collectifs[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Enquête sur le système Anatrella », sur la vie.fr, (consulté le 26 décembre 2018)
  2. Présentation de Tony Anatrella sur le site du collège des Bernardins.
  3. « Famille : Mgr Anatrella confirmé dans ses fonctions de consulteur », 14 juin 2007, zenit.org.
  4. a et b Fiche sur le site des éditions du Cerf.
  5. zenit.org, 13 avril 2010.
  6. Philippe Lefebvre, « Réflexions sur le commentaire de Mgr Tony Anatrella sur l'Instruction récente de la Congrégation pour l'éducation catholique traitant de l'orientation sexuelle des candidats à la prêtrise », blog « La Cour Dieu ».
  7. « Les méthodes troublantes d'un prêtre pour soigner l'homosexualité », sur RTL.fr (consulté le 2 mai 2016)
  8. « Golias n°110 : Les étranges méthodes du docteur Anatrella - GOLIAS Editions », sur golias-editions.fr (consulté le 13 juillet 2018)
  9. « Le père Tony Anatrella se dit victime d'une dénonciation calomnieuse », Le Monde, 20 novembre 2006
  10. a et b Voir sur mediapart.fr.
  11. « Mgr Anatrella, figure du diocèse de Paris, soupçonné d'abus sexuels : deux victimes présumées témoignent - Société - MYTF1News », sur MYTF1NEWS, (consulté le 16 mai 2016)
  12. « Les dérives sexuelles du « psy de l’Église », Monseigneur Anatrella », sur Mediapart (consulté le 16 mai 2016)
  13. Sophie Lebrun, « Mgr Vingt-Trois ouvre un procès canonique à l’encontre de Tony Anatrella, La Vie, 20 février 2017
  14. « «Psy de l’Eglise» : la curie en plein cas de conscience », sur Libération (consulté le 27 octobre 2017)
  15. « Mgr Tony Anatrella évitera-t-il un procès canonique ? », sur La Croix, (consulté le 22 novembre 2017)
  16. AFP, « Le père "psy" Anatrella n'en a pas fini avec la justice de l'Eglise », sur Le Point, (consulté le 20 juin 2018).
  17. Céline Hoyeau, « Les conclusions de l’enquête sur Mgr Anatrella sont entre les mains de l’archevêque de Paris », sur La Croix, (consulté le 20 juin 2018).
  18. (en) AN Wilson, « Review: In the Closet of the Vatican: Power, Homosexuality, Hypocrisy by Frédéric Martel trans Shaun Whiteside — a shocking investigation », The Times,‎ (ISSN 0140-0460, lire en ligne, consulté le 17 mai 2019)
  19. La-Croix.com, « L’Église prend des sanctions contre Mgr Tony Anatrella soupçonné d’abus sexuels », sur La Croix, (consulté le 27 octobre 2018)
  20. « Soupçons d'abus sexuel: le "psy de l’Église" Tony Anatrella sanctionné », sur bfmtv.com, (consulté le 4 juillet 2018)
  21. La-Croix.com, « L’Église prend des sanctions contre Mgr Tony Anatrella soupçonné d’abus sexuels », sur La Croix, (consulté le 27 octobre 2018)
  22. « Polémique sur le préservatif : ils défendent la position de Benoît XVI », Famille chrétienne, 28 mars 2009.
  23. « À propos d'une folie », Le Monde, 26 juin 1999.
  24. Voir la dépêche du correspondant du journal Libération en date du 30 novembre 2005, 4h43. Article en ligne.
  25. L'étrange cas du docteur Anatrella, Vacarme, hiver 2000.
  26. Frère Philippe Lefebvre, « Réflexions sur le commentaire de Mgr Tony Anatrella », La Cour Dieu, janvier 2006.
  27. Rome 10-13 avril 2003 - Père Tony Anatrella, psychanalyste, spécialiste de psychiatrie sociale - « Journée Mondiale de la Jeunesse : de Toronto à Cologne - Le monde des jeunes : qui sont-ils, que cherchent-ils ? » sur le site du Vatican.
  28. « La théorie du genre et l'origine de l'homosexualité », entretien avec Tony Anatrella, agence de presse Zénit, 5 juin 2012.
  29. Anthony Favier, « Les noces récentes de la psychanalyse et du catholicisme contre le genre », 9 mai 2012.
  30. (en-GB) Stephanie Kirchgaessner, « Catholic bishops not obliged to report clerical child abuse, Vatican says », The Guardian,‎ (ISSN 0261-3077, lire en ligne, consulté le 13 février 2016)
  31. Voir article du 12 février 2016 sur le site de La Croix.
  32. Legifrance: "Code pénal".

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Michel Cressole, Une folle à sa fenêtre, Cahiers Gaykitschcamp, 1992, rééd. 2000, p. 35. (ISBN 2908050145)
  • Florence Rochefort et Maria Eleonora Sanna, Normes religieuses et genre : Mutations, résistances et reconfiguration (XIXe-XXIe siècle), Armand Colin, 2013. (ISBN 2200285566)
  • Daphné Gastaldi, Mathieu Martiniere et Mathieu Périsse, Église, la mécanique du silence, Éditions Jean-Claude Lattès, 2017, p. 301-314. (ISBN 2709659387)

Liens externes[modifier | modifier le code]

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