Tommy Recco

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Tommy Recco
Criminel
Image illustrative de l’article Tommy Recco
Information
Nom de naissance Joseph-Thomas Recco
Naissance (87 ans)
à Propriano en Corse
Surnom Geronimo
Sentence Réclusion criminelle à perpétuité
Actions criminelles Meurtres, braquage
Victimes au moins 7
Période -
Pays Drapeau de la France France
Régions Corse, Languedoc-Roussillon, Provence-Alpes-Côte d'Azur
Ville Propriano, Béziers, Carqueiranne
Arrestation ,

Joseph-Thomas Recco dit Tommy Recco, né le [1] à Propriano (Corse), surnommé « Geronimo », est un criminel français.

Il est condamné à la réclusion criminelle à perpétuité en 1962 pour avoir assassiné son parrain deux ans plus tôt. Libéré en novembre 1977, il tue trois caissières à Béziers (Hérault) pour voler la recette en décembre 1979. Trois semaines plus tard, en janvier 1980, il assassine trois personnes à Carqueiranne (Var) à la suite d’un différend, dont une fillette de 11 ans. Interpellé, il avoue les meurtres, puis se rétracte. Il a été condamné en 1983 à la réclusion criminelle à perpétuité assortie d'une peine de sûreté de dix-huit ans pour ces deux triples meurtres. Depuis, il purge sa peine à la prison de Borgo.

Détenu depuis 1980, Tommy Recco est le plus ancien détenu de France[2].

Biographie[modifier | modifier le code]

Joseph-Thomas Recco est né dans une famille de pêcheurs qui tient une poissonnerie à Propriano[3]. Il fait partie d'une famille de onze enfants « dont sept ont connu un destin tragique : l'un est mort en bas âge, deux dans des accidents, deux ont été tués par balles, et deux autres ont été condamnés à de lourdes peines pour des meurtres »[4],[5]. La légende locale veut que la malédiction familiale trouve ses origines dans les années 1920, lorsqu'une tortue géante se serait échouée sur la plage de Propriano. Les villageoises ont voulu la sauver, mais le père Recco lui aurait coupé la tête et aurait confectionné avec sa carapace le berceau de ses enfants[6]. À 13 ans, Tommy « cale les filets, avec son père, pour approvisionner la poissonnerie familiale. Après le service militaire, dans la Marine nationale, il redevient pêcheur en Corse »[4].

Parcours criminel[modifier | modifier le code]

Implication supposée dans la disparition de trois touristes allemandes[modifier | modifier le code]

Joseph-Thomas, qui se fait plutôt appeler Tomi ou encore Tommy, prénom anglicisé pour mieux séduire les touristes étrangers qui acceptent d'aller avec lui pêcher la langouste[7], est mis en cause, peu avant 1960, dans la disparition en mer de trois jeunes touristes allemandes qu'il aurait promenées près des côtes ajacciennes. Le procès débouche sur un non-lieu[8].

Premier meurtre[modifier | modifier le code]

Le à Propriano en Corse, Tommy Recco et son jeune frère Pierre pêchent à la dynamite. Soudain, ils se font repérer par un garde maritime, Joseph Casabianca, qui se trouve être le parrain de Tommy Recco. Par peur d'être pris en flagrant délit de braconnage et d'avoir une amende, Tommy Recco, pris de panique, se rue sur la plage et tire avec son fusil sur son parrain ; pour s'assurer qu'il est bien mort, il le frappe plusieurs fois avec la crosse de son fusil, puis lui fracasse le crâne à l'aide d'un rocher d'une trentaine de kilos[8]. Une fois revenu au bateau, Tommy Recco refuse de s'expliquer face à son jeune frère qui voit du sang sur les mains de Tommy et sur le fusil. Les policiers de Propriano se rendent sur la plage à la suite de la découverte du corps du parrain de Tommy Recco. Ils découvrent près du cadavre des débris de bois couverts de peinture verte, supposés provenir de la crosse d'un fusil. Puis, une rumeur raconte que Tommy Recco pourrait ne pas être étranger à cet assassinat. Les policiers décident de l'interroger et s'aperçoivent qu'il est le filleul de la victime. Tommy Recco nie toute implication dans le meurtre de son parrain. Menée par la mère (déjà endeuillée par la mort d'un de ses fils dans un accident de voiture et par le décès d'un nourrisson) la famille se soude au maximum et croit dur comme fer en l'innocence de Tommy.

Fin , Pierre, le frère de Tommy, dénonce ce dernier à la police en racontant les cris qu'il a entendus le jour du meurtre du parrain. De nouveau interrogé, Tommy nie d'abord, puis avoue au bout de plusieurs heures être l'auteur du meurtre. Il raconte qu'il ne voulait pas payer d'amende à cause de la pratique de la pêche à la dynamite et qu'il a totalement dérapé, qu'il s'est rué sur la plage pour tuer le garde maritime. Il est emprisonné pour cet assassinat.

Cependant, après ces aveux, Tommy Recco se rétracte. Son procès a cependant lieu le et s'achève par une condamnation à la réclusion criminelle à perpétuité[6] (une rumeur erronée mais tenace, encore reprise de nos jours, évoque une condamnation capitale suivie d'une grâce présidentielle). Sa bonne conduite en prison lui permet d’obtenir une libération conditionnelle le [9].

Triple meurtre des caissières de Mammouth[modifier | modifier le code]

Au cours de son incarcération, Tommy Recco apprend les multiples drames qui touchent sa famille. Un de ses frères, Ernest Toussaint, est tué le à l'âge de 42 ans par son beau-frère qui avait un différend avec lui. Trois ans plus tard, Pierre Recco, son jeune frère qui l'avait dénoncé, est tué par deux hommes encagoulés le , à dix jours de ses 33 ans, alors qu'il ancrait son bateau.

En , une nouvelle mort a lieu dans la famille Recco. Une de ses sœurs, Francine, l'épouse de l'assassin de Toussaint, tombe accidentellement dans l'escalier quelques mois plus tard et meurt[10].

Libéré le , Tommy Recco se rend à Marseille pour commencer une nouvelle vie et travaille comme livreur dans un magasin qui vend des combinaisons de plongée.

Le , une tuerie se produit au magasin Mammouth de Béziers dans l'Hérault ; le braqueur exécute avec un Smith & Wesson calibre 38 trois caissières (Sylvette Maurel, vingt-sept ans, Renée Chamayou, vingt-huit ans et Josette Alcaraz, vingt-sept ans)[11] dans la salle de comptage de la recette du magasin[8]. Par ailleurs 700 000 francs345 000  de 2019[12]) sont volés. En l'absence de témoins, l'enquête s'avère difficile pour les policiers qui constatent que les victimes, allongées, ont toutes été tuées d'une balle dans la nuque et supposent que le tueur a fait preuve de sang froid. La brigade de police de Béziers a des difficultés à retrouver l'auteur de ce triple meurtre et l'enquête reste longtemps au point mort[8].

Triple meurtre de Carqueiranne[modifier | modifier le code]

Le à Carqueiranne, dans le Var, Sandrine Le Goff, une fillette d'onze ans entend son père se disputer avec un autre homme. Elle décide d'appeler sa mère à son travail (un foyer pour enfants) mais la mère a déjà quitté son lieu de travail. La petite fille parle alors à la directrice du foyer, qui prévient tout de suite les voisins les plus proches de la fillette. Monsieur Coutrix, le voisin de la fillette, se rend chez elle pour voir ce qui se passe. Inquiète de ne pas voir revenir son mari, Mme Coutrix se rend chez ses voisins et découvre dans la maison le corps de son mari ainsi que celui de la fillette. Elle prévient la gendarmerie et une fois sur place celle-ci découvre, dans le sous-sol de la maison, le cadavre du père[8]. Les gendarmes recueillent un indice prépondérant : la fillette a signalé à la directrice de sa mère que son père était en train de se disputer avec « le cousin de René ».

Les gendarmes procèdent à des recherches pour déterminer qui est « le cousin de René ». Ils découvrent qu'un certain Tommy Recco a un cousin qui se nomme René et qu'il connaît le père de la fillette.

Enquête[modifier | modifier le code]

Immédiatement interpellé, Tommy Recco nie tout en bloc ; le gendarme qui l'interrogeait doit s'absenter, un autre gendarme prend la relève. Tommy Recco voit sa cousine quitter la gendarmerie. Surpris, il demande au gendarme pourquoi sa cousine était ici ; le gendarme répond qu'elle est venue à cause de « ce que tu as fait ». Tommy Recco accepte de raconter pourquoi il a tué les trois personnes à la villa, avec un Smith & Wesson calibre 38. Il déclare qu'il voulait acheter une arme au père de la fillette, qu'il connaissait bien. Ce dernier aurait refusé, une dispute aurait éclaté, Recco a vu rouge et a décidé de le tuer. Ensuite il sort du sous-sol, traverse le jardin, rencontre Monsieur Coutrix, le suit dans la maison et le tue d'une balle dans la nuque. S'étant retrouvé seul face à la fillette, il raconte qu'il a paniqué et l'a tuée aussi pour ne pas laisser de témoins.

Emprisonné à la suite de ses déclarations, Recco se rétracte le lendemain[8].

Par ailleurs, le procureur de la République chargé de l'affaire de la tuerie de Béziers, a connaissance du triple meurtre de Carqueiranne et constate que ces trois victimes ont toutes été tuées d'une balle, comme les trois caissières de Mammouth. Il fait équipe avec le procureur chargé du triple meurtre de la villa et, à la suite d'expertises, découvre que c'est certainement la même arme ou le même type d'arme qui a servi à tuer les trois caissières et les trois victimes de Carqueiranne. Interrogé sur son éventuelle implication dans le triple meurtre de Béziers, Tommy Recco réfute tout. Néanmoins, en mai 1980, un retraité se présente au commissariat de Toulon et déclare que la personne responsable du triple meurtre de Carqueiranne, dont la photo est publiée dans le journal, était présente au magasin Mammouth le jour de la tuerie. Le retraité raconte que cet homme, à savoir Tommy Recco, avait un comportement suspect et qu'il scrutait le magasin comme s'il cherchait quelqu'un ou quelque chose. Le retraité se souvient de cette personne en raison de ses yeux bleus étincelants.

De nouveau interrogé et confondu par un témoin, Tommy Recco nie avoir été au magasin Mammouth en décembre 1979. Le retraité reconnaît par la suite Tommy Recco lors d'une séance de tapissage.

Deux reconstitutions sont organisées : une au magasin Mammouth et l'autre dans la villa de Carqueiranne, mais ces reconstitutions n'apportent rien de concret, Tommy Recco n'apportant aucun élément qui puisse expliquer pourquoi il a commis les deux triples meurtres.

Toutefois les policiers apprennent que Tommy Recco, dans le cadre de son travail, avait livré une combinaison de plongée au magasin Mammouth ; il a pu en profiter pour repérer les lieux et revenir un autre jour pour dérober de l'argent. Le butin n'a jamais été retrouvé.

Alors que Tommy Recco attend son procès, les policiers apprennent que son frère Antoine est impliqué dans la disparition de deux jeunes filles de 21 ans. En effet, début 1982, une rumeur raconte qu'Antoine pourrait être impliqué dans la disparition de deux touristes françaises en septembre 1981. Les policiers l'interpellent pour l'interroger sur les deux jeunes filles disparues. Antoine Recco nie, mais d'autres policiers trouvent sur son bateau les maillots de bain des jeunes filles ; Antoine Recco raconte alors qu'il a bien rencontré ces filles et qu'il les a emmenées sur son bateau pour une balade. Mais lorsqu'il a voulu les séduire, les filles ont résisté à ses avances ; il les a étranglées, puis a jeté leurs corps lestés à la mer.

Antoine Recco a été condamné en août 1986 à la réclusion criminelle à perpétuité pour ces deux meurtres[8]. Antoine Recco a été libéré pour raison médicale en mai 2010[13]. Il continue à vivre en Corse.

Procès et emprisonnement[modifier | modifier le code]

Le procès de Tommy Recco s'ouvre le . Mama Recco, comme est surnommée sa mère, et son épouse Chantal sont les deux seules personnes à croire en l'innocence de Recco. Pendant tout le procès, Recco se dit innocent. Il est interrogé notamment sur le mobile du meurtre du père de la fillette à Carqueiranne. Tommy Recco reconnaît tout de même que c'est son impulsivité qui l'a poussé à tuer son parrain vingt-trois ans plus tôt.

Interrogés sur l'état mental de Tommy Recco, les experts psychiatres le déclarent responsable de ses actes. Son caractère bouillant et impulsif a entraîné une bouffée de violence incontrôlée qui l'a poussé au meurtre. L'avocat Paul Lombard est un défenseur de Tommy Recco. Le , celui-ci est condamné à la réclusion criminelle à perpétuité assortie d'une peine de sûreté de 18 ans[8].

Libérable depuis , Tommy Recco multiplie les demandes de libération conditionnelle depuis , mais ces dernières ont toutes été rejetées.

En prison depuis plus de quarante ans, Tommy Recco purge sa peine dans le centre de détention de Borgo (Haute-Corse) et est un des plus anciens détenus de France[11]. Après de nombreuses demandes de libération conditionnelle et suspension de peine pour raisons de santé, requêtes qui ont été toutes rejetées, il forme en une nouvelle demande de libération sous surveillance électronique[14] mais ne l'obtient pas[6]. Recco fait une nouvelle demande de liberté conditionnelle le , qui lui est refusée le 23 décembre 2019. Il fait appel de ce rejet, mais la chambre d'application des peines a de nouveau rejeté sa demande le [1]. En octobre 2021, il effectue sa 21e demande de remise en liberté afin de « mourir libre et dans son lit »[15].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b « Suspension de peine refusée pour Tommy Recco, 86 ans, en prison depuis 1983 », sur Le Monde, (consulté le )
  2. « Qui est Tommy Recco, 86 ans, l’homme qui est en prison depuis le plus longtemps en France ? », sur Le Monde, (consulté le )
  3. Jacques Pradel, « Le serment de Guy Maurel », sur rtl.fr, .
  4. a et b « Thomy Recco, portrait d'un tueur mécanique », sur midilibre.fr, .
  5. « Qui est Tommy Recco, 86 ans, l’homme qui est en prison depuis le plus longtemps en France ? », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne, consulté le ).
  6. a b et c Peggy Poletto, « Retour sur le parcours du tueur en série Tommy Recco, auteur d'un triple meurtre à Carqueiranne », sur varmatin.com, .
  7. « Recco le maudit », Paris Match, no 2045,‎ , p. 27.
  8. a b c d e f g et h Voir sur corsematin.blogspot.com.
  9. Voir sur lepoint.fr/AFP.
  10. « Tommy Recco » dans Hondelatte raconte, présenté par Christophe Hondelatte, sur Europe 1, , min 40 s s.
  11. a et b L. Mousset, « Corse : Tommy Recco, auteur de 7 meurtres, demande une nouvelle fois sa libération à l'âge de 83 ans », sur lci.fr, .
  12. Cf. « Convertisseur franc-euro - Pouvoir d'achat de l'euro et du franc », sur insee.fr (consulté le ).
  13. « Ajaccio - Antoine Recco libéré pour raison médicale », article de Paul Ortoli publié le 7 mai 2010 dans Corse-Matin.
  14. « Béziers : la libération conditionnelle de Thomy Recco examinée ce vendredi », sur midilibre.fr, .
  15. « À 87 ans, le plus ancien détenu de France veut sortir de prison »

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Médiagraphie[modifier | modifier le code]

Documentaire télévisé[modifier | modifier le code]