Tombeau de Toutânkhamon

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
KV 62
Tombeau de Toutânkhamon
Tombeaux de l'Égypte antique
Image illustrative de l'article Tombeau de Toutânkhamon
Masque funéraire de Toutânkhamon
Emplacement Vallée des rois
Coordonnées 25° 26′ N 32° 22′ E / 25.44, 32.3625° 26′ Nord 32° 22′ Est / 25.44, 32.36
Découverte
Fouillé par Howard Carter
Dimensions
Hauteur maximale 3,68 m
Largeur minimale 0,66 m
Largeur maximale 7,86 m
Longueur totale 30,79 m
Superficie totale 109,83 m2
Volume total 277,01 m3
Classement
Vallée des rois - KV62 +
Situation sur carte Égypte
KV 62

Le tombeau de Toutânkhamon (KV62[1]) est un hypogée découvert le dans la vallée des rois sur la rive ouest du Nil face à Louxor par Howard Carter, égyptologue anglais qui avait été chargé d'effectuer ces fouilles par Lord Carnarvon. Il est célèbre pour son trésor et la malédiction qui aurait poursuivi tous les étrangers ayant violé sa tombe.

Hypothèses sur la sépulture[modifier | modifier le code]

Bien que la porte du tombeau ait été forcée dans l'Antiquité, le contenu est resté quasi intact. Plusieurs indices ont convaincu Carter que le tombeau reçut par deux fois la visite de voleurs de sépultures, la première aussitôt les cérémonies funéraires achevées, comme en attestent des passages qui ont été rebouchés avec du plâtre ou des objets déplacés de l'antichambre[2]. La tombe renfermait de nombreux objets de la vie quotidienne et sa découverte a ainsi aidé à mieux comprendre la vie des Égyptiens de l'Antiquité. Le trésor funéraire était composé d'objets d'or, d'albâtre et d'ivoire.

C'est probablement grâce à la volonté des successeurs de Toutânkhamon, Aÿ et Horemheb puis les ramessides, de faire tomber son règne dans l'oubli, que son tombeau a pu échapper aux pilleurs de tombes. Toutânkhamon est, semble-t-il, le dernier pharaon de la lignée issue du pharaon hérétique (Amenhotep IV) et, avec lui, disparaissent les dernières traces de la période amarnienne. Les noms de Toutânkhamon et de ses prédécesseurs jusqu'à Amenhotep IV sont retirés des listes royales officielles par martelage des cartouches selon le processus de damnatio memoriae[3].

L'entrée du caveau a été accidentellement préservée par les gravats provenant de KV9, qui regroupe les tombes de Ramsès V et de Ramsès VI, la protégeant ainsi des pillards jusqu’à sa découverte par Carter et Carnarvon. Il a fallu dix ans à Howard Carter pour venir à bout des fouilles du tombeau et répertorier les milliers d'objets qui s'y trouvaient. Il fut aidé dans sa tâche par de nombreux scientifiques, dont le photographe Harry Burton[4].

Au-delà de l'intérêt strictement archéologique du tombeau et de son contenu, Toutânkhamon est devenu également célèbre en raison de la malédiction du pharaon, légende qui naquit peu après la découverte du tombeau, lors du décès mystérieux de lord Carnarvon en avril 1923. Récemment, une étude d'ADNs a été menée sur sa momie et 11 autres par Zahi Hawass.

Plan de la tombe[modifier | modifier le code]

Plan du tombeau : (1) Chambre du trésor, (2) Chambre funéraire, (3) troisième porte, (4) Antichambre, (5) Annexe, (6) quatrième porte, (7) deuxième porte, (8) Corridor, (9) première porte, (10) Escaliers, (A) Mur de plâtre scellé, (B) Mur de briques, (C) Niche destinée à une figurine protectrice.

L'entrée de la tombe[modifier | modifier le code]

Seize marches descendent vers la porte d'entrée de la tombe.

Le couloir[modifier | modifier le code]

De là, un corridor conduit à une porte fermant l'entrée de la première pièce, appelée « antichambre » par Carter.

L'antichambre[modifier | modifier le code]

Char d'apparat et boucliers.

L'antichambre, dont les murs blanchis à la chaux sont nus et sans décorations, contenait plus de 700 pièces entassées pêle-mêle, la plupart des meubles et des objets précieux du roi en rapport avec ce qui avait pu être la vie terrestre : attributs du pharaon, trois lits funéraires en bois doré (à têtes de lion, de vache et d"hippopotame) et deux lits ordinaires, quatre chars démontés, des sièges pliants, de la vannerie, le trousseau du roi (tuniques, pagnes, ceintures, sous-vêtements, étoles, vêtements de prêtre, 27 gants, 93 chaussures, sandales et mules en matériaux divers), armes diverses (épées, javelots, arcs, boucliers), objets de toilette (cuillère à fard, tubes à khôl, vases à onguents et parfums, miroirs et nécessaire de rasage), jeux de plateau, instruments de musique (claquoirs, sistres, trompettes), boîtes ovoïdes contenant de la nourriture[5].

Sur le mur de droite, des traces de creusement abandonné indiquent que cette pièce aurait dû être plus grande d'environ deux mètres vers le nord. Sur le mur du fond à gauche, une petite porte surmontée de traits noirs délimitant l'ouverture qu'elle aurait dû avoir, permet d'accéder à une autre chambre.

L'annexe[modifier | modifier le code]

Appelée « annexe » par Carter, qui constate qu'il y a des traits rouges sur les murs et qu'elle est en contrebas de 90 cm de l'antichambre. Elle contenait, en désordre, des paniers, des jarres de vin, de la vaisselle en calcite, des maquettes de bateaux et des ouchebtis.

La chambre funéraire[modifier | modifier le code]

Décoration murale de la chambre funéraire

Au fond du mur droit de l'antichambre, une porte dont des traits délimitent également l'ouverture projetée donne accès à la chambre funéraire (6,3 x 4 m). Son sol est en contrebas d'environ un mètre et ses murs sont enduits de plâtre peint en jaune. Cette chambre contenait 300 objets en plus du tombeau situé au centre de la pièce. Seule cette chambre est décorée ; les scènes ne sont pas dans le style traditionnel du décor des tombes. Hâtivement peintes, elles représentent le livre des morts décrivant le voyage de la mort à la résurrection divine [6] :

  • le mur oriental du caveau illustre un cortège funèbre de douze hauts dignitaires du régime, têtes ceintes du bandeau blanc du deuil (les deux hommes au crâne rasé sont les deux vizirs, dont Aÿ). Ces courtisans tirent par la main le catafalque, sorte de traîneau supportant la momie du pharaon dans sa chapelle en baldaquin.
  • sur le mur nord, la scène de droite présente Aÿ, coiffé du khépresh et habillé de la peau du léopard du prêtre, qui pratique le rituel de l'ouverture de la bouche du défunt, lequel a l'aspect d'Osiris, maître du royaume des morts. Dans la scène centrale, Toutânkhamon vêtu en souverain (perruque, diadème, collier ousekh, canne droite à bout doré) est accueilli par Nout dans le Douât, la déesse du ciel lui présentant dans chaque main le hiéroglyphe de l'eau. La scène de gauche montre l'enfant-roi, suivi par son personnage-ka qui tient dans sa main l'ânkh. Le défunt embrasse Osiris coiffé de l'Atef, le pharaon et le dieu ne faisant plus qu'un.
  • sur le mur ouest, la décoration est disposée en quatre registres principaux illustrant des scènes tirées de la première heure Livre de l'Amdouat. Le registre supérieur montre un cortège de cinq divinités (Maât, la Maîtresse de la barque, Horus, le Ka de Shou et Nehes) qui précède la barque Mésektet transportant l'astre en devenir sous forme du scarabée Khépri, cette barque solaire étant encadrée par deux hommes représentant Toutankhamon osirifié. Les trois registres inférieurs montrent douze babouins sacrés accroupis, symbolisent les douze heures de la nuit au cours desquels la barque doit accomplir son cheminement.
  • le mur sud montre le pharaon coiffé du khat et chaussé de ses sandales blanches, qui est revivifié par le signe ânkh de la déesse Hathor et protégé par Anubis.

La chambre du trésor[modifier | modifier le code]

Chapelle aux canopes et statue d'Anubis.

Une autre petite chambre, appelée « chambre du trésor » par Carter, contenait environ 500 objets, dont vingt maquettes de bateaux, 176 ouchebtis, de nombreuses statues, une statue d'Anubis, le dieu au corps de chacal, deux momies de fœtus (les filles de Toutânkhamon mortes avant terme) et un coffre-chapelle aux canopes[7].

Au total dans toute la sépulture on dénombre 2 099 pièces[8].

La découverte[modifier | modifier le code]

En 1902, l'Américain Theodore Monroe Davis obtient la concession de fouilles dans la vallée des rois. Pendant une douzaine d’années, il découvre une trentaine de sépultures d’importances diverses. Mais quand il cède sa concession à Lord Carnarvon au tout début de 1915, il est persuadé que « la vallée des Tombes est désormais épuisée »[9],[10].

À plusieurs reprises, il est pourtant passé tout près de la tombe de Toutânkhamon. En particulier en 1905-1906, en 1907 (découverte de KV54, cache utilisée après les funérailles du jeune roi contenant les vestiges de l'embaumement de Toutânkhamon)[11] et surtout en janvier 1909. À partir de l'automne 1917, Howard Carter reprend le travail de fouille avec l’unique objectif de trouver enfin la tombe de Toutânkhamon[12]. Les résultats sont cependant peu encourageants et après la décevante campagne de 1921-1922, Lord Carnarvon est sur le point d’abandonner à son tour. C’est l’opiniâtreté de Carter qui seule parvient à le convaincre d’entreprendre une ultime campagne de fouilles en automne 1922[13]. Il s'attaque aux huttes d'ouvriers construites sur 2 m d'épaisseur de déblais.

Le sceau de la deuxième porte encore intact, juste avant d'être brisé, en 1922. Il n'avait pas été touché pendant 3245 ans.

Le mercredi , le travail de fouille commence. Le 4 novembre, un porteur d'eau[14] découvre la première marche d'un escalier qui s'enfonce dans le sol. Le lendemain, douze marches sont dégagées, laissant apparaître le haut d'une porte dont les sceaux sont estompés et peu lisibles. Le 6 novembre, Carter envoie un télégramme crypté à Lord Carnarvon alors en Angleterre : « Avons enfin fait une découverte extraordinaire dans la vallée : une tombe somptueuse dont les sceaux sont intacts ; l'avons refermée jusqu'à votre arrivée ; félicitations[13] ». Carnarvon arrive à Louxor le , accompagné de sa fille Evelyn Herbert[15].

Le 24 novembre, les fouilles reprennent : la totalité de la rampe d'escaliers est rapidement dégagée et les sceaux apparaissent très lisiblement sur le bas de la porte scellée et muée à la chaux : il s'agit bien de la tombe de Toutânkhamon. Malheureusement, des traces de maçonnerie sur la partie supérieure gauche de la porte laissent penser que la tombe a été « visitée » dès l'Antiquité[15].

Ouverture des portes du sanctuaire funéraire par Carter en janvier 1924 (reconstitution de la scène de 1923).

Le 25, la première porte murée est ouverte et le couloir sur lequel elle donne porte bien les traces d'un tunnel creusé par les pillards. Le dimanche 26 novembre, le couloir est dégagé. Une deuxième porte scellée (avec le sceau de la nécropole « le chacal couché et les neuf prisonniers ») est percée à la barre de fer. Carter est le premier à jeter un œil dans « l'antichambre »[16] :

« Lentement la scène devenait plus nette et nous parvînmes à distinguer quelques objets. Tout d'abord, juste en face de nous - nous le savions mais refusions d'y croire - se trouvaient trois imposants lits funéraires, dorés aux côtés sculptés en forme d'animaux monstrueux dont le corps était curieusement stylisé dans un but utilitaire, mais dont les têtes faisaient preuve d'un réalisme stupéfiant. En toute circonstance, ces figures auraient paru étranges, mais vues comme nous les vîmes, tandis que nos lampes électriques tels les feux de la rampe arrachaient aux ténèbres leur surface dorée et que leurs têtes projetaient sur le mur derrière elles des ombres fantastiques, distordues, ces créatures devenaient presque terrifiantes. Puis à droite, deux statues attirèrent notre attention ; deux statues de roi, noires, grandeur nature, en vis-à-vis telles deux sentinelles, pagnes et sandales d'or, armées d'une massue et d'une canne, le front orné du cobra sacré protecteur... »

— Howard Carter[17].

Le 28, un passage est creusé dans la porte qui ferme la « chambre funéraire » puis celui-ci est rebouché : l'ouverture officielle de la porte n'a lieu que le . Carter décide de révéler officiellement la découverte le 29 novembre, mais le moment est assez mal choisi : depuis la proclamation unilatérale d'indépendance de mars 1922 par le roi Fouad Ier, la situation politique est tendue et les autorités britanniques[18] en Égypte sont confrontées à une vague de meurtres de leurs ressortissants. La cérémonie se déroule donc en petit comité[19], mais Carter a eu la présence d'esprit de joindre à l'invitation d'Arthur Merton, le représentant de The Times, un petit résumé sur Toutânkhamon et la XVIIIe dynastie : le 30 novembre, le journal londonien consacre deux pleines pages à l'événement[20]. Même le célèbre égyptologue Flinders Petrie, sollicité par The Times, se fend d'un commentaire élogieux[21].

Dans les jours qui suivent, l'agence Reuters et les journalistes égyptiens transmettent leur propre version de la découverte. La nouvelle se répand dans le monde. Aussitôt, des visiteurs de plus en plus nombreux affluent à Louxor et veulent visiter le déjà fameux tombeau : dès le 6 décembre, Carter profite d'un déplacement au Caire pour acquérir du matériel technique et photographique et pour commander une porte en fer pour fermer la tombe. Cette popularité va pourtant servir l'égyptologue : de nombreuses institutions scientifiques se proposent spontanément pour l'aider à exploiter la découverte, à commencer par le Metropolitan Museum of Art de New York[22].

Rapidement, Carnarvon et Carter comprennent qu'ils ne parviendront pas seuls à exploiter la découverte et qu'ils ont besoin du support d'une équipe renforcée, laquelle se constitue progressivement de plusieurs chercheurs et spécialistes, qui souvent proposent spontanément leur assistance : le chimiste Alfred Lucas, l'égyptologue Arthur Cruttenden Mace[23], James Henry Breasted, les architectes Walter Hauser et Lindsay Hall, le philologue britannique Alan Gardiner, le photographe Harry Burton, Arthur Callender, l'égyptologue Percy Newberry[24]

Le dégagement total de la tombe demande dix ans, délai qui exaspérait la presse ; celui de l'antichambre commence le . Carter procède avec beaucoup de minutie et manière systématique : numérotation[25] de tous les objets découverts, photographies nombreuses, croquis, relevés, descriptions, etc. Les tombes avoisinantes servent d'abri, de studio photographique ou d'atelier de restauration. Les pièces dégagées sont envoyées au Caire par bateau ou par train.

Le trésor de Toutânkhamon[modifier | modifier le code]

Section transversale de la tombe.
Le coffre-chapelle extérieur remplissait presque entièrement l'espace de la chambre funéraire.

Avant que le royaume d'Égypte n'accède à l'indépendance le , il était d'usage que le mécène ou la mission archéologique responsable du chantier remportent avec eux la moitié de leur découvertes. Face à l'essor du nationalisme arabe, Pierre Lacau, directeur général du Service des Antiquités de l'Égypte, édicte alors une nouvelle réglementation stipulant que si une tombe est trouvée intacte, tous les biens restent sur le sol égyptien. Vu les sommes qu'il a dépensées, Lord Carnavon se sent floué mais, après sa mort, des négociations entre ses héritiers et le gouvernement égyptien aboutissent en 1930 à ce que la famille Carnavon soit dédommagée de 36 000 livres sterling pour les dépenses engagées, cette dernière reversant 8 500 livres sterling à Carter[26].

Cet accord n'a pas empêché Carter et Carnavon d'emporter avec eux de nombreux objets qu'ils cèdent à de grands musées européens et américains ou à des collections particulières[27]. La majorité des objets découverts dans la tombe de Toutânkhamon est cependant exposée dans une grande partie du second étage du musée égyptien du Caire. Le masque funéraire et les sarcophages y occupent une place de choix. Un coffre dont les quatre côtés décorés des déesses Isis, Nephthys, Serket et Neit contenait les vases canopes.

La chambre mortuaire contenait un immense catafalque lui aussi exposé en grande partie dans le musée égyptien : quatre coffres-chapelles gigognes dépourvues de plancher, en bois stuqué et doré, se succèdent à partir du haut, offrant une protection maximale au pharaon qui reposait, selon la mentalité religieuse égyptienne, dans sa « maison d'éternité »[28]. Les chapelles (appelées ainsi car elles représentent l'architecture typique de sanctuaires, en modèle réduit, et contiennent des objets de la vie quotidienne qui aidaient le défunt à reconstituer son univers) sont constituées de grands panneaux de bois de cèdre assemblés par des tenons en chêne. Elles sont fermées à l'est par une porte à double battants, leurs verrous sont composés de tiges en ébène coulissant à l'intérieur d'anneaux cuivre revêtus d'argent. Deux autres anneaux étaient entourés de cordelette marquées de sceaux imprimés en argile, à l'exception de celui de la porte de la chapelle extérieure qui était brisé, trace du passage des pilleurs.
La première chapelle a une hauteur de 275 cm, une longueur de 508 cm et une largeur de 328 cm. Son bois de 32 mm d'épaisseur et couvert d'une feuille d'or, est décoré sur de la faïence bleue des piliers djed (symboles de stabilité) alternant avec deux nœuds d'Isis (symboles de vie). La forme du toit à double pente évoque le pavillon dans lequel le pharaon célèbre la fête-Sed[29].
La deuxième chapelle est surmontée d'une armature en bois destinée à recevoir le suaire royal orné de marguerites en bronze doré.
La dernière chapelle recouvre un sarcophage en quartzite (qui a été laissé dans la tombe KV62) fermé par un couvercle[30] en granit rose[31] peint en jaune, supporté par quatre blocs en albâtre calcaire. Cette cuve a la forme d'une chapelle dotée d'une corniche à gorge, elle est ornée dans ses angles de quatre déesses tutélaires ailées (Nephthys, Isis, Neith et Selkis) et couverte de hiéroglyphes[32].
Le sarcophage contenait, posés sur une bière de bois doré, trois cercueils momiformes (ces cercueils anthropomorphes prenant le forme de la momie), de bois de cèdre plaqués de feuilles d'or pour les deux premiers et en or massif pour le troisième (d'une épaisseur de 2,5 à 3,5 millimètres, cela représentait 110,4 kg d'or pur)[33]. Ces sarcophages représentent le pharaon en habit de plumes typique du cercueil rishi (en) (pouvant symboliser le , oiseau incarnant le défunt), avec ses attributs, le souverain étant protégé par les ailes de Nephtys et Isis. Ils sont composés d'une cuve et d'un couvercle monolithes qui s'assemblent par tenons et mortaises. Ils sont incrustés selon la technique du cloisonné d'or incrustations de pâte de verre, de pierres semi-précieuses (cornaline rouge, turquoise bleu clair et lapis-lazuli bleu foncé) et de roches (obsidienne noire, calcite blanche)[34].
À l'intérieur du premier cercueil, reposait la momie du jeune pharaon (sur laquelle était répartie plus de cent quarante-trois bijoux d'or en cent et un emplacements : bagues, bracelets, pendentifs, pectoraux, gorgerins), la tête et les épaules recouvertes par le célèbre masque d'or, qui symbolise à lui seul la richesse de la civilisation pharaonique[33].

Cliquez sur une vignette pour l’agrandir

Popularité de Toutânkhamon[modifier | modifier le code]

Entrée actuelle du tombeau original.

Le tombeau KV62[modifier | modifier le code]

Si Toutankhâmon était un pharaon sans importance dont le règne a été court, sa mémoire est restée pratiquement oubliée pendant plus de 3 000 ans. Sa découverte en 1922, la trop fameuse malédiction du pharaon et la richesse archéologique de son trésor lui ont assuré une célébrité universelle. Les visiteurs ont afflué dès la fin novembre 1922. Entre le et le , la tombe KV 62 attira pas moins de 12 000 visiteurs[36]. Depuis le , le nombre de visiteurs du tombeau est limité à quatre cents par jour[37]. En raison de la surfréquentation touristique, l'augmentation du taux d'humidité dans les tombes de la vallée des Rois dégradait aussi bien les peintures que les gravures ciselées dans de fragiles enduits en plâtre. Les variations de température dégradaient aussi les températures en les faisant s'écailler et se fissurer. Dans KV62 sont apparues des moisissures sur les murs peints. La momie, menacée d'être réduite en poudre en raison de cette humidité, est désormais visible[38] mais sont installation dans une vitrine en plastique transparente la protège de cette atmosphère. En mai 2008, le tombeau est fermé et une restauration est engagée en partenariat avec la Getty Conservation Institute (en) jusqu'en 2014[39].

En 2009, sous le supervision du Conseil suprême des Antiquités égyptiennes est lancé le projet d'une réplique exacte du tombeau. Réalisé par la société Factum Arte (en), ce fac-similé[40] est installé à proximité de la maison d’Howard Carter, à l’entrée de la vallée des Rois et est inauguré le 30 avril 2014. Les deux tombeaux sont encore ouverts au public, mais l'original doit être à terme fermé[41].

Expositions[modifier | modifier le code]

Les expositions consacrées à Toutânkhamon connaissent régulièrement un succès populaire considérable.

En 1967, une exposition du mobilier funéraire de Toutânkhamon au Petit Palais supervisée par Christiane Desroches Noblecourt à Paris a attiré plus de 1 240 000 visiteurs. En 2004, l'exposition « Toutânkhamon – L’Or de l’Au-delà » à Bâle a attiré près de 600 000 visiteurs, mettant à mal la capacité d'accueil du musée où se tenait l'exposition[42]. En 2007, pour une exposition similaire à Los Angeles, on a vendu près de 500 000 billets en un mois[43].

En 2008, une reproduction grandeur nature du tombeau de Toutânkhamon a été faite à la Toni Areal de Zurich[44].

Du 27 mai au 5 juin 2011, la Foire Exposition de Limoges présentait « Le fabuleux trésor de la tombe de Toutânkhamon ». Cette exposition reconstituait chaque pièce de la tombe et plus de 1 000 objets retrouvés dans le tombeau étaient présentés au public (répliques réalisées à l'identique par les artisans des Ateliers du Caire dont les deux sarcophages extérieurs revêtus d’or, le sarcophage intérieur en or massif, le masque en or du roi, les deux chars de parade du roi, le trône d’or, les lits funéraires plaqués d’or et la momie du pharaon[45].

Cette même exposition s'est déplacée à Chambéry du 10 au 19 septembre 2011 à SavoiExpo lors de la Foire de Savoie [46], à Bruxelles du 20 avril au 27 novembre 2011 à Brussels Expo au Heysel[47],[48] et du 12 mai 2012 au 1er septembre 2012 au parc des expositions de la porte de Versailles[49].

Notes[modifier | modifier le code]

  1. 62e tombe trouvée dans la Vallée des rois (King Valley KV) selon la désignation égyptienne.
  2. Christiane Desroches-Noblecourt, Toutankhamon : vie et mort d'un pharaon, Hachette,‎ 1966, p. 48
  3. Robert Hari, « La "Damnatio memoriae" amarnienne », in Melanges Adolphe Gutbub d'Adolphe Gutbub, Université Paul Valéry, 1984, p.95-102
  4. La guerre et ses suites, notamment l'agitation des indépendantistes a beaucoup contrarié les opérations.
  5. La tombe de Toutankhamon. L'antichambre I
  6. Toutânkhamon. La chambre sépulcrale, sur osirisnet.net
  7. La tombe de Toutankhamon. La chambre du trésor I
  8. Jean Jacques Fauvel, Marie-Pierre Levallois, Jean Pierre Corteggiani, Le Caire et les pyramides, Livres de France,‎ 1986, p. 28
  9. Nicholas Reeves, p. 36.
  10. Un avis partagé par beaucoup, y compris l'égyptologue français Gaston Maspéro (H.V.F. Winstone, p. 130).
  11. (en) Theodore M. Davis, The Tombs of Harmhabi and Touatankhamanou, Constable,‎ 1912, 133 p.
  12. H.V.F. Winstone, p. 125.
  13. a et b Nicholas Reeves, p. 50.
  14. Selon le témoignage de Carter, ce porteur d'eau, du nom d'Hussein Abdou el-Rasoul, en creusant de sa main un trou dans le sable pour poser la base de sa jarre, met à jour une marche en calcaire. Source : (en) Mary B. Woods, Michael Woods, The Tomb of King Tutankhamen, Twenty-First Century Books,‎ 2008, p. 26.
  15. a et b Nicholas Reeves, p. 53.
  16. H.V.F. Winstone, p. 144.
  17. Cité par Nicholas Reeves, p. 78.
  18. De 1914 à 1922, l'Égypte est sous protectorat britannique.
  19. Une vingtaine de personnes regroupant des officiels locaux, des notables et des égyptologues : Carter, lord Carnarvon, lady Evelyn Herbert, Abd el-Halim Pacha Souleman, ministre des travaux publics, James Henry Breasted, Alan Gardiner, Albert Lythgoe, Conservateur de la section Egyptologie du Metropolitan Muséum. Même Pierre Lacau, le directeur du Service des Antiquités de l'Égypte, n'a pas pu venir. Il sera cependant présent dès le lendemain.
  20. H.V.F. Winstone, p. 155.
  21. En 1892, Petrie avait été le premier patron d'Howard Carter en Égypte avant d'en prendre congé de façon assez discourtoise.
  22. H.V.F. Winstone, p. 160.
  23. Avec qui, Howard Carter publia le compte-rendu de ses découvertes dans The Discovery of the Tomb of Tutankhamen.
  24. Nicholas Reeves, p. 56.
  25. Numérotation principale de 1 à 620 (Nicholas Reeves, p. 60)
  26. (en) Thomas Hoving, Tutankhamun : the Untold Story, Cooper Square Press,‎ 2002, p. 349
  27. (en) Thomas Hoving, Tutankhamun : the Untold Story, Cooper Square Press,‎ 2002, p. 350
  28. André Parrot, Malédictions et violations de tombes, Librairie orientaliste Paul Geuthner,‎ 1939, p. 99
  29. (en) Mey Zaki, Legacy of Tutankhamun. Art and History, American University in Cairo Press,‎ 2008, p. 32
  30. Le couvercle monolithe de 1 250 kg fut brisé en deux probablement au moment de sa pose, sa cassure ayant été replâtrée avec du gypse teinté pour se fondre avec la couleur du couvercle.
  31. L'utilisation de matériaux différents pour la cuve et le couvercle, ainsi que leur non-ajustement, suggèrent que le couvercle n'a pu être achevé à temps pour l'inhumation.
  32. (en) Marianne Eaton-Krauss, « The Sarcophagus in the Tomb of Tutankhamun », The Journal of Egyptian Archaeology, vol. 82,‎ 1996, p. 224-226 (DOI 10.2307/3822137)
  33. a et b Christiane Desroches-Noblecourt, Toutankhamon : vie et mort d'un pharaon, Hachette,‎ 1966, p. 57
  34. Jean-Pierre Mohen, Les Rites de l'au-delà, Odile Jacob,‎ 1995, p. 138
  35. Le sarcophage intérieur, en avant-plan sur la photo, présente sa cuve à gauche dans une vitrine (elle contient le corps de Toutânkhamon et son masque d'or reconstitués) et son couvercle à droite.
  36. Nicholas Reeves, p. 59.
  37. La visite de la tombe KV62 est soumise à une tarification particulière.
  38. Seuls la tête et les pieds sont visibles, le reste du corps étant revêtu d’un drap de lin
  39. (en) Conservation and Management of the Tomb of Tutankhamen 
  40. Les murs de la réplique sont réalisés par l'assemblage de centaines de panneaux en polyuréthane à haute densité sur lesquels sont appliqués une résine reproduisant la texture des parois puis un gesso acrylique, support d'une fine peau élastique reproduisant les scènes murales. La sarcophage est lui aussi réalisé en résine.
  41. (en) « Egypt opens replica of King Tut's tomb », sur dailymail.co.uk,‎
  42. Source archeo-info.ch
  43. Source emarrakech.info
  44. Suisse-Info, mars 2008
  45. Source limoges.maville.com
  46. [1]
  47. Site de l'exposition
  48. [2]
  49. Site de l'exposition

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Zahi Hawass, « Les secrets de famille du roi Toutânkhamon », National Geographic,‎ , p. 2-27 (ISSN 12917-1715)
    Une étude scientifique basée sur les ADN de neuf momies
  • Carl Nicholas Reeves, Toutânkhamon. Vie, mort et découverte d'un pharaon, Paris, Éditions Errance,‎ (ISBN 2-8772-248-1[à vérifier : ISBN invalide])
  • H.V.F. Winstone, Howard Carter and the discovery of the tomb of Tutankhamun, Barzan,‎ (ISBN 1-905521-05-7)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :