Titus Flavius Clemens

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Titus Flavius Clemens est un homme politique romain ayant vécu au Ie siècle (né vers 50, mort en 95 à Rome), consul éponyme avec Domitien en 95.

Petit-neveu de l'empereur romain Vespasien, fils de Titus Flavius Sabinus, consul en 69, frère de Titus Flavius Sabinus, consul en 82 et petit-cousin des empereurs Titus et Domitien, il est principalement connu pour sa conversion au judaïsme ou son appartenance au christianisme primitif, qui entraîne un conflit avec le pouvoir établi en 95.

C'est un saint chrétien qui figure au Martyrologe romain à la date du 22 juin.

Éléments biographiques[modifier | modifier le code]

En 69, malgré la révolte des légions d'Orient et du Danube en faveur de Vespasien, Vitellius laisse en place son frère aîné Titus Flavius Sabinus II, qui est alors préfet de Rome depuis douze ans. Lorsque les partisans de Vitellius sont vaincus par Antonius Primus, Sabinus II négocie en décembre 69 l'abdication de Vitellius contre une retraite dorée en Campanie. Mais Vitellius, poussé par les prétoriens et la populace, renonce à cette abdication. Des échauffourées au forum entre prétoriens et vigiles poussent Flavius Sabinus à se réfugier dans la forteresse sur la colline du Capitole. Il est probable que Clemens et son frère Titus Flavius Sabinus ainsi que leur père Titus Flavius Sabinus III sont les liberi que le frère de Vespasien a réussi à amener dans le Capitole fin décembre 69, accompagné de Domitien, âgé alors de 18 ans[1],[2]. Mais les vitelliens donnent l'assaut et dans la confusion qui s'ensuit, le Capitole et le temple de Jupiter sont incendiés. Flavius Sabinus II fini « percé de coups et mis en pièces » et son cadavre est décapité, mutilé et traîné aux Gémonies[3],[4], mais les deux jeunes hommes parviennent à s'enfuir avec Flavius Sabinus III.

Il est possible que sa mère soit Arrecina Clementina, une sœur de Marcus Arrecinus Clemens et de Arrecina Tertulla[2]. Toutefois, ce nom n'est épigraphiquement attesté nulle part. Pour sa part, Clemens était marié à Flavia Domitilla[5], fille de la sœur de Titus et de Domitien[2],[6], appelée Domitilla la Jeune pour la distinguer des autres Flavia Domitilla, dont il est possible que le père ait été Quintus Petillius Cerialis Caesius Rufus[7].

Clemens et Flavia Domitilla ont eu sept enfants[8]. Selon Suétone, dans la Vie des douze Césars, deux de ses fils, quoique très jeunes, ont été ouvertement reconnus comme ses successeurs par Domitien[9], changeant leur nom, l'un en (T.Flavius) Vespasianus[10] et l'autre en (T.Flavius) Domitianus[11],[12]. Ils ont été élevées par Quintilien[13], probablement vers 90, on suppose que c'est pour cette raison que les ornamenta consularia lui ont été décernés[14],[12].

En 95, Clemens a été désigné consul éponyme avec l'empereur, probablement pour préparer ses fils à la succession[12]. Il exerce sa fonction du 1er janvier au 1er mai[12]. Cependant, Domitien « attend à peine que cet homme, d'une nullité abjecte (contemptissimae inertiae), soit sorti du consulat pour se défaire brusquement de lui sur le soupçon le plus frivole[15] ». L'historien romain Dion Cassius est plus explicite : si Flavius Clemens est exécuté et sa femme exilée dans l'île de Pandateria, c'est parce qu'ils sont « athées, une accusation pour laquelle beaucoup de ceux qui tendent vers le judaïsme sont condamnés[16] ». Une accusation qui a aussi souvent été utilisée à l'encontre des chrétiens qui refusaient de sacrifier aux Dieux païens.

Selon la tradition juive[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Kelomenos (père d'Onqelos).

Selon le Talmud repris en partie par Heinrich Graetz[17] et la Jewish Encyclopedia[18],[19],[20], Clemens (Kelomenos dans le Talmud) est considérablement influencé par les sages juifs de son temps, en particulier Rabbi Akiba. Son premier contact avec lui a lieu sur un bateau lors d'un voyage sur la Méditerranée vers la côte italienne. Rabbi Akiba participe à une ambassade juive, partie livrer un cadeau au nouvel empereur Domitien. Un fort orage menace le bateau et le capitaine perd tout espoir. Clemens amène son épouse sous le pont, et quand il revient, il voit Rabbi Akiba, ses mains levées vers le ciel, dire une prière à Dieu. Après qu'il fait sa prière, la mer redevient calme. Clemens se présente au Rabbi et lui offre ses services à Rome, mentionnant qu'il est un proche parent de l'empereur. À la cour de Domitien, Clemens défend Rabbi Akiba et ses compagnons car il s'avère que leur cadeau à l'empereur (un coffre de terre) est une insulte et ils sont condamnés à mort. Clemens explique que ce pourrait être de la terre bénite, semblable à celle que le patriarche juif Abraham a utilisée contre les quatre rois[21]. Or, il y a eu des attaques récentes contre la forteresse romaine de Mogontiacum (Mayence) capitale de Germanie supérieure. Domitien décide de laisser les rabbins séjourner chez Clemens jusqu'à ce qu'il puisse prouver la valeur de la terre bénite.

Chez Clemens, Rabbi Akiba lui apprend ainsi qu'à son épouse, Flavie Domitille, le Dieu unique et les enseignements du judaïsme. La terre bénite permet le succès de l'empereur contre les Germains et celui-ci accorde des cadeaux précieux à la députation juive. Rabbi Akiba quitte Clemens dans de bonnes conditions, ayant planté la graine de l'amour pour le Tout-Puissant dans son cœur et celui de sa femme.

Environ quinze ans plus tard, des citoyens romains juifs rappellent les rabbins, car l'empereur Domitien est devenu un despote et se proclame un dieu. Il prépare un édit ordonnant le massacre, dans l'Empire romain, des Juifs (et donc des chrétiens, que les Romains considèrent alors comme une secte juive). Clemens et son épouse s'étant convertis au judaïsme, ils demandent spécialement la présence de Rabbi Akiba.

Quand les rabbins arrivent, Clemens les accueille et leur demande de passer la nuit chez Marcus Cocceius Nerva, un sénateur, qui succédera à Domitien après avoir planifié son assassinat avec Stephanus, un domestique de Clemens.

Cinq jours avant le vote de l'édit par le Sénat, l'épouse de Clemens, Flavie Domitille, le convainc de se suicider afin de faire reporter le vote du Sénat, dans l'espoir que Dieu apporte un miracle avec ce nouveau délai. En effet, puisque Clemens est consul, s'il doit mourir, un autre consul doit être élu avant que le Sénat ne puisse prendre de nouvelles décisions. Cela prend longtemps pour élire un nouveau consul, et donc ce délai peut aider à sauver les Juifs. Le lendemain, Clemens va voir l'empereur Domitien et lui indique qu'il s'est converti au judaïsme. Le même jour, Domitien paraît devant le Sénat pour accuser le consul Flavius Clemens d'apostasie et de conversion au judaïsme. Clemens ne nie pas la charge et il est unanimement condamné à mort.

Avant de mourir, Flavius Clemens se circoncit lui-même et prend le nom de Ketiah bar Chalom[22],[23] (קטיעה בר שלום). Son « martyre » est célébré dans la littérature hébraïque[24].

Le texte de Dion Cassius peut laisser supposer que le consul Flavius Clemens est favorable aux Juifs et est leur avocat à la cour impériale. Cela et l'exécution brutale de Flavius Clemens, liée ou non à son judaïsme supposé, sont peut-être le point de départ de la tradition orale juive.

Dans le christianisme[modifier | modifier le code]

Selon les Églises chrétiennes, c'est le christianisme qu'avait choisi Flavius Clemens et il est donc un saint et « martyr », fêté aussi par l'église orthodoxe grecque le 22 juin. Sa nièce Flavia Domitilla est aussi une sainte, vierge consacrée et martyre, arrêtée à la même époque que son oncle et exécutée au début du règne de Trajan, elle n'est pas la femme du consul appelée elle aussi Flavia Domitilla, mais qui n'est pas sa nièce et qui a seulement été exilée sur l'île de Pandateria, sans qu'elle soit exécutée par la suite, comme l'indique l'écrit de Dion Cassius[25].

Selon la tradition chrétienne antique[modifier | modifier le code]

Titus Flavius Clemens est un saint qui figure au Vetus Martyrologium Romanum à la date du 22 juin. Cette date n'est pas celle de sa mort, mais correspond au transfert des restes de son corps dans la Basilique du Latran[26] après sa construction au IVe siècle. Il y est rappelé que c'est un consul et on lui donne le titre de martyr[26]. Il est indiqué qu'il était « le frère de la Sainte Plautilla » et « l'oncle de la martyr et Vierge Flavia Domitilla » tous deux mis à mort par Domitien[26].

Le même type d'informations est donné dans de nombreuses autres sources chrétiennes. Ainsi, dans les « Actes des martyres de la vierge sainte Flavia Domitilla et des saints Nérée et Achillée », ces derniers, deux chambellans de la sainte Flavia Domitilla, fille de Plautilla, vont voir l'évêque Clément de Rome et pour se présenter à lui, ils disent: « nous savons que le consul Clément (Titus Flavius Clemens) était le frère de votre père. Or, sa sœur Plautilla nous avait pris à son service », ce qui indique que Titus Flavius Clemens, Plautilla et le père de l'évêque Clément étaient des demi-frères et demi-sœur[27]. Ces informations sont totalement compatibles avec ce qui figure dans le Martyrologe romain. Titus Flavius Clemens était donc un oncle de l'évêque Clément de Rome[note 1].

D'autre-part, dans les écrits pseudo-clémentins, Clément est le fils d'un personnage qui a atteint le rang sénatorial à l'époque de l'empereur Tibère (mort en mars 37), dont nous ne connaissons qu'un des trois noms du tria nomina : Faustinianus, abrévié en Faustinus dans les Homélies pseudo-clémentines[28]. On retrouve le même nom Faustinianus dans les Actes du martyr de saint Clément[29]ainsi que dans les traditions de l'église de Metz, dont le premier évêque aurait été un des oncles de l'évêque Clément de Rome, appelé Flavius Clemens (le tria nomina complet n'est pas connu)[30].

Dans la tradition chrétienne, la sainte et vierge et martyr Flavia Domitilla n'est pas la femme de T.Flavius Clemens, mais une de ses nièces. La femme du consul Clemens, elle aussi appelée Flavia Domitilla ayant été simplement exilée dans l'île de Pandateria, sans qu'elle soit exécuté par la suite, comme l'indique l'écrit de Dion Cassius[25].

Problèmes d'identification[modifier | modifier le code]

Identification avec l'évêque Clément de Rome[modifier | modifier le code]

S'appuyant sur des traditions chrétiennes dont les plus anciens témoins littéraires ne remontent pas avant le deuxième millénaire, certains critiques ont tenté de l'identifier avec l'évêque Clément de Rome et notamment, selon Brian Jones, certains apologistes chrétiens[31]. Ils sont aidés dans cette voie par les critiques qui estiment que dans la littérature clémentine, le futur évêque Clément est en fait identifié avec Titus Flavius Clemens.

Toutefois les deux saints chrétiens figurent au Vetus Martyrologium Romanum à des dates différentes. T. Flavius Clemens à la date du 22 juin[32], Clément de Rome le 23 novembre. T. Flavius Clemens est donné comme ayant été exécuté à Rome par ordre de Domitien dans des conditions compatibles avec ce qui est rapporté par Suétone et Dion Cassius (en 95), alors que Clément de Rome est exécuté par ordre de Trajan au début de son règne qui commence en 98, après qu'il a été « relégué au delà du Pont-Euxin dans la solitude de Cherson[29] ». Selon la tradition, il serait mort noyé, après avoir été jeté dans la mer Noire avec une ancre accrochée au cou[29].

Cette identification s'appuie aussi sur une autre identification, celle de la sainte Flavia Domitilla avec la femme du consul T.Flavius Clemens qui s'appelle aussi Flavia Domitilla.

Une ou deux Flavia Domitilla exilées[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Identification de Flavia Domitilla.

Les critiques se divisent pour savoir qui est la sainte Flavia Domitilla. Pour Eusèbe de Césarée qui cite un auteur païen appelé Bruttius[33],[34], ainsi que pour l'ensemble des sources chrétiennes antiques, la sainte Flavia Domitilla est une nièce du consul Titus Flavius Clemens, qui n'est pas la femme de ce consul et qui a été exécutée pour avoir voulu rester vierge consacrée à Dieu en refusant de se marier avec le fils du sénateur qui lui a été choisi comme mari. Toutefois pour une part non négligeable de la critique, Eusèbe se trompe. Il s'agirait en fait de la femme du consul qui selon Dion Cassius a été exilée alors que son mari a été exécuté. Les autres sources chrétiennes, notamment les Actes des martyrs qui datent du Ve siècle auraient d'après eux, simplement construit une légende à partir de cette confusion d'Eusèbe.

C'est ainsi ce que soutient Brian Jones pour montrer que, contrairement à ce que disait la tradition chrétienne, il n'y a pas eu de persécution de Domitien[31]. Pour lui, la femme de Titus Flavius Clemens, mère de ses sept enfants, a été transformée en une nièce vierge, que les chrétiens ont ensuite revendiquée comme l'une des premières vierges martyrs[35]. Toutefois, le fait de savoir si deux Flavia Domitilla, proches des flaviens, l'une chrétienne à coup sûr, l'autre accusée « de ne pas honorer les Dieux » et de pratiquer des mœurs juives est différent de savoir si cette répression limitée et qui ne frappe que des proches de l'empereur peut être appelée « persécution ». Il y a d'ailleurs un quasi-consensus chez les historiens pour dire que — quelle que soit l'ampleur de cette répression — celle-ci n'était pas une mesure générale contre les chrétiens et ne peut donc être qualifiée de persécution.

Les critiques qui soutiennent cette identification estiment qu'Eusèbe de Césarée et Dion Cassius parlent de la même Flavia Domitilla[36]. Eusèbe se serait simplement trompé en indiquant qu'elle a été exilée dans l'île de Pontia, alors que Dion Cassius parle de l'île de Pandateria. Eusèbe aurait aussi omis de dire que cette Flavia Domitilla était la femme de Flavius Clemens dont il parle dans la même phrase[37].

Toutefois, la sainte Flavia Domitilla n'a pas du tout le même profil que la femme du consul Flavius Clemens. La première est une jeune fille vierge qui décide de rester vierge et de refuser de se marier pour être consacrée à Dieu, la seconde est une femme mûre qui a eu sept enfants[8], dont deux des fils ont été ouvertement reconnus comme ses successeurs par Domitien[2]. La première sera finalement exécutée à Terracina après son exil, au contraire, la femme de Titus Flavius Clemens est seulement exilée sur l'île de Pandateria et Dion Cassius précise bien que contrairement à son mari, elle n'a pas été tuée. La mère de la première s'appelle Plautilla, or on connaît le nom de la mère de la femme du Titus Flavius Clemens, c'est une sœur de Titus et Domitien, elle aussi appelée Flavia Domitilla[38] et que les historiens ont pris l'habitude d'appeler Domitilla la Jeune. Enfin, la mère de la femme de Titus Flavius Clemens, ne peut pas être une demi-sœur du consul.

Par ailleurs, plusieurs chrétiens au service de la sainte Flavia Domitilla sont exécutés avant elle, dont Nérée et Achillée. Si les « Actes des martyres de la vierge sainte Flavia Domitilla et des saints Nérée et Achillée » datent bien du Ve siècle, la basilique semi enterrée dédiée aux deux hommes mise au jour au XIXe siècle, date du IVe siècle. Deux autres niveaux architecturaux avaient précédé cette dernière construction. Ce qui montre que le culte de Nérée et Achillée et de Flavia Domitilla est bien antérieur à la rédaction des Actes, mais aussi antérieurs à l'écrit d'Eusèbe de Césarée.

Roman pseudo-clémentin[modifier | modifier le code]

Une part importante des exégètes estiment que dans la littérature pseudo-clémentine le personnage de l'évêque Clément de Rome est identifié avec Titus Flavius Clemens. Pourtant, plusieurs obstacles semblent se dresser contre cette identification. Le premier d'entre-eux vient de la chronologie. Le futur évêque Clément de Rome y est dépeint comme un jeune garçon doué de raison à l'époque de l'empereur Tibère (mort en mars 37), alors que Titus Flavius Clemens ne naît pas avant 55-60[28].

Dans ces écrits, Clément est le fils d'un personnage de rang sénatorial dont nous ne connaissons qu'un des trois noms du tria nomina : Faustinianus[29],[39]. Un nom abrégé en Faustus dans les Homélies[39]. Le nom du père de Titus Flavius Clemens est Titus Flavius Sabinus. De nombreuses inscriptions ont été retrouvées concernant la famille flavienne et rien n'indique qu'il aurait pu s'appeler aussi Faustinianus ou Faustus. Dans ces écrits, l'évêque Clément a deux frères jumeaux Faustinus Nicétas et Faustinianus Aquila. Là aussi, il n'y a aucun indice selon lequel Titus Flavius Clemens aurait pu avoir des frères jumeaux. Les trois enfants sont actifs « à l'époque de l'empereur Tibère. »

En revanche, le rang sénatorial du père de l'évêque Clément dans la littérature pseudo-clémentine, est tout à fait cohérent avec les indications d'autres sources chrétiennes qui disent que l'évêque de Rome étaient un neveu du consul Titus Flavius Clemens et appartenait à une branche familiale liée aux flaviens pas mariage.

Ces écrits ont été rejetés pour « ébionisme » par la « Grande Église » en raison de leur caractère Judéo-chrétien[40], toutefois ce rejet est intervenu pour des raisons théologiques et pas parce que les indications historiques qui y étaient contenus étaient fausses. L' évêque Clément semble avoir été un judéo-chrétien tout comme les apôtres[41], les soixante-dix disciples de Jésus, constituant l'essentiel de l'Église jusqu'à environ 140[42]. Selon Simon Claude Mimouni, Clément est un judéo-chrétien, probablement de stricte observance juive « tout autant fortement messianiste que stoïcien[43] ». Un positionnement qui semble être le même que celui de Titus Flavius Clemens qui a été exécuté pour « moeurs juives » et que semblait partager tous les flaviens chrétiens à l'époque.

Le premier évêque de Metz[modifier | modifier le code]

En Lorraine, la tradition indique que le premier évêque de la ville de Metz s'appelle Flavius Clemens et que c'est un oncle de l'évêque Clément de Rome. Ce Flavius Clemens, aurait été le frère de Faustinus, c'est-à-dire le père de Clément de Rome, tous deux citoyens de Rome. Ce sont les mêmes indications que l'on trouve dans d'autres sources chrétiennes, comme la littérature clémentine et les « Actes des martyres de la vierge sainte Flavia Domitilla et des saints Nérée et Achillée ».

L'apôtre Simon-Pierre, après l'avoir nommé évêque, l'aurait envoyé en Gaule belge. Il s'arrêta d'abord à Gorze où il fit bâtir un oratoire. Puis aurait évangélisé Metz (probablement Divodurum Mediomatricorum, aujourd'hui une des collines de Metz) où il aurait fait bâtir plusieurs Oratoires dans la ville et aux alentours et un autel en l'honneur de Saint Pierre. Il aurait préalablement vaincu un dragon[44], peut-être l'indication d'un affrontement militaire. Le fait qu'il ait fait construire un autel en l'honneur de saint-Pierre, montre qu'il avait appris sa mort pendant qu'il était dans la région. Il est possible que Vespasien ait profité de sa présence pour lui confier la mission de s'assurer de la fidélité des légions de Germanie supérieure dès sa prise de pouvoir (69).

À la suite des Jésuites et des Bollandistes, certains historiens modernes estiment depuis le XVIIIe siècle qu'il pourrait y avoir confusion avec l'évêque Clément de Metz (IIIe ou IVe siècle)[45],[44].

Culte[modifier | modifier le code]

En 1725, au cours de travaux effectués dans la basilique, des reliques que l'on pense être celles de Titus Flavius Clemens ont été redécouvertes dans la Basilique Saint-Clément-du-Latran.

Le Vetus Martyrologium Romanum indique à la date du 22 juin:

« À Rome, transfert [des restes du corps] de Saint Flavius Clémens, homme de niveau consulaire et martyr, le frère de la Sainte Plautilla et oncle de la martyr et Vierge Flavia Domitilla, avec qui elle a été mise à mort par l'empereur Domitien, à cause de la foi du Christ. Son corps a été retrouvé dans la Basilique du pape Saint Clément, après une cérémonie solennelle, il a été replacé au même endroit[32]. »

Lien avec le Latran[modifier | modifier le code]

Sur le site de la Basilique Saint-Clément-du-Latran, située à Rome, a été mis au jour un complexe de bâtiments sur trois niveaux, dont le niveau archéologique le plus bas est une insula du Ier siècle, appartenant à Titus Flavius Clemens[46],[47], alors que juste à côté on trouve un lieu de culte destiné à Mithra[47].

Comme les restes de Titus Flavius Clemens ont été enterrés dans cette basilique et qu'elle est dédiée à l'évêque Clément de Rome, abusivement paré du titre de Pape, cela renforce la conviction de ceux qui prétendent qu'ils s'agit du même personnage. Toutefois, une partie des reliques de Clément de Rome sont aussi dans cette basilique. Elles ont été ramenées de Crimée par les saints Cyrille et Méthode au IXe siècle.

La tradition indique que la Basilique a été érigée à l'emplacement de la maison d'un des deux saints Clément, dont on ne sait plus trop duquel il s'agit. Juste après sa victoire contre Maxence au pont Milvius (312), Constantin Ier offre au pape Miltiade le Palais du Latran sur le site duquel se trouve les actuelles Basilique et Palais[48], qui lui aurait été annoncée dans un rêve « pendant la nuit qui précédait la bataille et où le Dieu des chrétiens lui promit [cette] victoire s'il affichait publiquement sa nouvelle religion[49]. » L'attribution du bâtiment à l'évêque Clément de Rome a été réfutée, notamment par E. Junyent[50].

Arbre généalogique[modifier | modifier le code]

 
 
 
Titus Flavius Petro
(fl Ier siècle av. J.-C.)
 
 
 
Tertulla, fille de Tertullus
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Vespasia Polla (en)
 
Titus Flavius Sabinus
(env. 20 av. J.-C. - fl Ier siècle av. J.-C.)
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Titus Flavius Sabinus
 
empereur Vespasien
( – † )
 
 
 
Domitilla l'Aînée
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Titus Flavius Sabinus
 
 
empereur Titus
(30 déc. 3913 sept. 81)
 
 
 
Domitilla la Jeune
 
 
empereur Domitien
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Julia Flavia
 
Titus Flavius Sabinus marié à Julia Flavia, fille de Titus
 
Titus Flavius Clemens
 
Flavia Domitilla
 
Onkelos selon la tradition rabbinique (aussi appelé Aquila dans le Talmud de Babylone)
 
 
 
 

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Heinrich Graetz, Die Jüdischen Proselyten im Römerreiche, pp. 28 et suivantes.
  • idem, Histoire des Juifs.
  • Lebrecht, in Geiger's Jüd. Zeit. xi. 273.
  • Berliner, Gesch. der Juden in Rom, p. 39.
  • Kraus, Roma Sotterranea, Freiburg-in-Breisgau, 1873, p. 41.
  • Prosopographia Imperii Romani, ii. 81.G. S. Kr.
  • (de) Wolfgang Kuhoff, « Biographische Bibliographisches Kirchenlexikon ».

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Titus Flavius Clemens était probablement un oncle plus jeune que son filleul l'évêque Clément

Références[modifier | modifier le code]

  1. Tacite, Histoires, livre III, 9.
  2. a, b, c et d Brian Jones, The Emperor Domitian, 1993, Routledge, Londres, p. 47.
  3. Tacite, Histoires, livre III, 74.
  4. Suétone, Vie de Vitellius, 15.
  5. PIR² F 418.
  6. PIR² F 417.
  7. Brian Jones, The Emperor Domitian, 1993, Routledge, Londres, p. 47-48.
  8. a et b ILS, 1839.
  9. Suetone, Vie de Domitien, 15, 1.
  10. PIR² F 397.
  11. PIR² F 257.
  12. a, b, c et d Brian Jones, The Emperor Domitian, 1993, Routledge, Londres, p. 48.
  13. (en) Quintilian, Institutio Oratoria , iv. 1, § 2.
  14. Ausonius, Grat. Act, 10.7.204.
  15. Suétone, « [[Vie des douze Césars]], Domitien, 15 », sur Biblioteca Classica Selecta : « Enfin, quoiqu'il eût reconnu publiquement, pour ses successeurs au trône, les fils encore enfants de Flavius Clemens, son cousin germain, après leur avoir ôté leurs premiers noms, pour appeler l'un Vespasien, l'autre Domitien, il attendit à peine que cet homme, d'une nullité abjecte, fut sorti du consulat pour se défaire brusquement de lui sur le soupçon le plus frivole. Cet acte contribua surtout à hâter sa fin. ».
  16. Dion Cassius traduit par Théodore Reinach, « Dans Fontes rerum judaicarum : Histoire romaine ([[wikt:épitomé|épitomé]] de [[Xiphilin]]), livre 67, page 195 », Ernest Leroux,‎ 1895 : « Cette même année, Domitien fit mourir, outre plusieurs autres, son oncle Flavius Clément, bien qu'ils fussent cousins et qu'il eut épousé Flavia Domitilla sa parente, les accusant tous deux de ne pas adorer les Dieux. Plusieurs encore qui avaient embrassé la religion des juifs, furent punis pour le même sujet, les uns de mort, les autres de la confiscation de leurs biens. Pour Domitilla, il se contenta de la reléguer dans l'île de Pandateria. Glabrion qui avait été consul avec Trajan, fut aussi condamné à mort, tant pour ce même crime que parce qu'il avait combattu contre les bêtes quoiqu'au fond c'était seulement à cause que Domitien lui portait envie, car comme à la fête Juvénale qu'il avait invité chez lui au Mont Alban, il lui eut commandé de combattre contre un puissant lion, non seulement il n'en fut point offensé, mais encore il le tua sur place. ».
  17. Heinrich Graetz, « Histoire des Juifs, III, 1, 2 ».
  18. (en) Richard Gottheil et Hermann Vogelstein, « Domitian », Jewish Encyclopedia.
  19. (en) Richard Gottheil et Samuel Krauss, « Flavia Domitilla », Jewish Encyclopedia.
  20. (en) Louis Ginzberg, « His Favorite Maxim », Jewish Encyclopedia.
  21. Genèse, 14, 9.
  22. Talmud de Babylone, Abodah Zarah, 10b et Neadarim 50a-b ; Midrash Rabbah II, Vaetchanan 24.
  23. Bernard Pouderon, in Le Judéo-christianisme dans tous ses états, Simon Claude Mimouni (Dir.), Paris, Cerf, 2001, p. 232, note no 3.
  24. Bernard Pouderon, in Le Judéo-christianisme dans tous ses états, Simon Claude Mimouni (Dir.), Paris, Cerf, 2001, p. 232.
  25. a et b Dion Cassius traduit par Théodore Reinach, « Dans Fontes rerum judaicarum : Histoire romaine ([[wikt:épitomé|épitomé]] de [[Xiphilin]]), livre 67, page 195 », Ernest Leroux,‎ 1895
  26. a, b et c Le Vetus Martyrologium Romanum indique à la date du 22 juin:
    « À Rome, transfert [des restes du corps] de Saint Flavius Clémens, homme de niveau consulaire et martyr, le frère de la Sainte Plautilla et oncle de la martyr et Vierge Flavia Domitilla, avec qui elle a été mise à mort par l'empereur Domitien, à cause de la foi du Christ. Son corps a été retrouvé dans la Basilique du pape Saint Clément, après une cérémonie solennelle, il a été replacé au même endroit » En latin:
    « Item Romae Translatio sancti Flavii Clementis, viri Consularis et Martyris; qui, sanctae Plautillae frater ac beatae Virginis et Martyris Flaviae Domitillae avunculus, a Domitiano Imperatore, quocum Consulatum gesserat, ob Christi fidem interemptus est. Ipsius porro corpus, in Basilica sancti Clementis Papae inventum, ibidem solemni pompa reconditum est. », (la) Vetus Martyrologium Romanum (22 juin).
  27. Actes des martyres, Actes des martyres de la vierge sainte Flavia Domitilla et des saints Nérée et Achillée.
  28. a et b Bernard Pouderon, in Le Judéo-christianisme dans tous ses états, Simon Claude Mimouni (Dir.), Paris, Cerf, 2001, p. 238-239.
  29. a, b, c et d Actes des martyrs, Actes de saint Clément, pape et martyr.
  30. Ce Flavius Clemens pourrait bien être Titus Flavius Clemens, c'est un oncle de l'évêque Clément de Rome, c'est-à-dire le rapport de parenté que l'on retrouve dans les autres sources chrétiennes entre les deux hommes. Il pourrait avoir été envoyé conjointement par l'évêque Clément aux fins d'évangélisation et par Vespasien dans la région de Gorze et de Divodurum Mediomatricorum (aujourd'hui une des collines de Metz) dès la prise de pouvoir par Vespasien, afin de s'assurer de la fidélité des légions de Germanie supérieure.
  31. a et b Brian Jones, The Emperor Domitian, 1993, Routledge, Londres, p. 115.
  32. a et b « Item Romae Translatio sancti Flavii Clementis, viri Consularis et Martyris; qui, sanctae Plautillae frater ac beatae Virginis et Martyris Flaviae Domitillae avunculus, a Domitiano Imperatore, quocum Consulatum gesserat, ob Christi fidem interemptus est. Ipsius porro corpus, in Basilica sancti Clementis Papae inventum, ibidem solemni pompa reconditum est. », (la) Vetus Martyrologium Romanum, à la date du 22 juin.
  33. Eusèbe de Césarée reprend, dans son Chronicorum canonum, les mêmes informations qu'il donne dans l'Histoire ecclésiastique, mais en donnant cette fois le nom de Bruttius, comme l'un des « historiens étrangers à notre croyance » qui mentionne cette arrestation de la nièce de Titus Flavius Clemens, cf. Brian Jones, The Emperor Domitian, 1993, Routledge, Londres, p. 116.
  34. Brian Jones, The Emperor Domitian, 1993, Routledge, Londres, p. 116.
  35. Brian Jones, The Emperor Domitian, 1993, Routledge, Londres, p. 117.
  36. Les deux Flavia Domitilla — celle mentionnée par Dion Cassius et celle mentionnée par Eusèbe de Césarée — sont une seule et même personne pour Paul Mattéi. Pour lui, il y a seulement une imprécision sur le lien de parenté qui l'unit à Flavius Clemens: épouse pour Dion Cassius, nièce pour Eusèbe de Césarée. cf. Paul Mattéi, Le christianisme antique de Jésus à Constantin.
  37. Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, tome III ; « les écrivains étrangers à notre croyance n'hésitent pas à rapporter dans leurs histoires la persécution et les martyres qu'elle provoqua. Ils en fixent la date avec exactitude ; ils racontent que dans la quinzième année de Domitien (96), avec beaucoup d'autres, Flavia Domitilla elle-même, fille d'une sœur de Flavius Clémens, alors un des consuls de Rome, fut reléguée dans l'île Pontia en punition de ce qu'elle avait rendu témoignage au Christ. »
  38. CIL 6, 31287, CIL 5, 2829, AE 1962, 272.
  39. a et b Forme de son nom que l'on trouve dans les Reconnaissances, alors qu'il est appelé Faustus dans les Homélies ; cf. Frédéric Amsler, Les citations évangéliques dans le roman pseudo-clémentin. Une tradition indépendante du Nouveau Testament ? in Frédéric Amsler, Gabriella Aragione, Eric Junod, Enrico Norelli, Le canon du Nouveau Testament: regards nouveaux sur l'histoire de sa formation, 2005, Éd. Labor & Fides, Genève, p. 149.
  40. Simon Claude Mimouni, Le judaïsme ancien du VIe siècle avant notre ère au IIIe siècle de notre ère, Paris, 2012, éd. PUF, p. 706.
  41. François Blanchetière, Enquête sur les racines juives du mouvement chrétien, p. 260.
  42. François Blanchetière, Enquête sur les racines juives du mouvement chrétien, p. 260-263.
  43. Simon Claude Mimouni, Le judaïsme ancien du VIe siècle avant notre ère au IIIe siècle de notre ère, Paris, 2012, éd. PUF, p. 754.
  44. a et b Le grand dictionnaire historique, ou le mélange curieux de l'histoire sacrée et profane, Louis Moréri 1740
  45. Études sur l'histoire de Metz: les légendes p. 233, Auguste Prost 1865.
  46. Léonard Boyle, Petit guide de Saint-Clément, Rome, Collegio San Clemente, 1976, p. 12.
  47. a et b Churchs of Rome, San Clemente.
  48. Michel Onfray, Traité d'athéologie, Grasset, Paris, 2005, p. 188
  49. Paul Veyne, Quand notre monde est devenu chrétien, Albin Michel, Paris, 2007, p. 13.
  50. (it) E. Junyent, Il titolo di San Clemente in Roma, 1932, Rome.

Sources[modifier | modifier le code]