Tiktaalik roseae

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Tiktaalik roseae (tiktaalik signifiant « grand poisson des basses eaux » en inuktitut dialecte inuit du territoire Nunavut où a été découvert le fossile) est une espèce éteinte d'ostéichthyen de la classe des sarcoptérygiens, ayant vécu au Dévonien supérieur dans une niche écologique constituée d'eaux peu profondes et pauvres en oxygène, conditions environnementales qui semblent avoir conditionné l'évolution des tétrapodes. Tiktaalik est l'un des non tétrapodes les plus proches phylogénétiquement des tétrapodes.

Outre des attributs déjà présents avant lui (plésiomorphes selon le vocabulaire de la cladistique) chez les poissons osseux (écailles, nageoires pectorale et pelvienne munis de rayons), les robustes nageoires pectorales de Tiktaalik étaient déjà proches des membres des tétrapodes car elles étaient rigidifiées en un squelette osseux articulé, ce qui lui permettait de déplacer hors des eaux son corps long d'environ deux mètres dans les lagunes et les estrans alors très étendus, avec des formations végétales de type « mangrove » (mais constituées d'espèces à spores), favorisent les espèces animales possédant des nageoires solides et des vessies natatoires richement vascularisées et plissées, à même d'extraire l'oxygène de l'air en période de marée basse[1]. Ces caractéristiques anatomiques en font un des plus anciens parents connus des tétrapodes (comme Acanthostega). Il forme d'ailleurs, avec le fossile Elpistostege watsoni, le genre Elpistostege, plus proche des tétrapodes que Panderichthys[2].

Tiktaalik a vécu il y a environ 375 millions d'années. Les paléontologues ont montré que, comme Panderichthys qui a vécu il y a environ 380 millions d'années, Tiktaalik montre une mosaïque de caractères hérités des « poissons » et dérivés des tétrapodes, tout comme Acanthostega et Ichthyostega qui ont vécu il y a environ 365 millions d'années. Le paléontologue américain Neil Shubin[3] l'a même qualifié de fishapod, contraction de fish (poisson) et tétrapode traduisible par « ichtyopode », dû à cette mosaïque de caractères[4].

Description[modifier | modifier le code]

Représentation schématique d'un « Tiktaalik ».

Tiktaalik nous renseigne sur l'évolution des premiers tétrapodes qui étaient encore aquatiques. Contrairement aux nombreux fossiles qui le précèdent, les nageoires de Tiktaalik avaient des poignets et des doigts. Cette adaptation a pu apparaître dans un milieu lagunaire soumis à de forts courants de marée nécessitant de s'accrocher aux végétaux et à des périodes d'exondation nécessitant de se déplacer sur le sol pour aller d'une mare résiduelle à l'autre. Une étude plus précise des jointures démontre que Tiktaalik rampait en ondulant plutôt qu'il ne marchait, mais qu'il pouvait se soulever pour dépasser des obstacles, à la manière des périophtalmes actuels. En effet les os des nageoires pectorales montrent de larges surfaces d'insertion musculaire, suggérant que les nageoires étaient à la fois musclées et pouvant fléchir comme l'articulation du poignet.


Si les orifices d'aération sur le sommet de la tête sont bien des narines, il est possible que la vessie natatoire de l'animal avait déjà commencé à évoluer en poumons, bien qu'il ait aussi des branchies. Ces poumons pouvaient être utiles tant dans les eaux peu profondes où la température élevée diminuait le niveau d'oxygène, qu'hors de l'eau. Ce développement peut avoir conduit à l'évolution d'une cage thoracique plus robuste, une caractéristique clé de l'évolution chez les tétrapodes, permettant de mieux supporter le poids du corps hors de l'eau. Par ailleurs Tiktaalik a perdu une caractéristique de la plupart des poissons : les plaques osseuses recouvrant les ouïes et restreignant le mouvement latéral de la tête. C'est donc, pour l'instant, le tout premier sarcoptérygien ayant un cou, qui lui facilitait la chasse sur terre ou dans l'eau.

Tiktaalik avec sa mosaïque de traits hérités et dérivés, nous fournit des informations anatomiques sur l'évolution des tétrapodes à un moment-clé de leur évolution, tout comme Archeopteryx nous en apporte sur la période d'apparition des oiseaux.

Les traits hérités et dérivés de Tiktaalik sont :

  • « Ichtyopode » :
    • les membres des nageoires "moitié-poisson" - "moitié-tétrapode", comprenant une articulation du poignet sans orteils mais avec des rayons de nagoire ;
    • la région de l'oreille "moitié-poisson" - "moitié-tétrapode".
  • Tétrapode :
    • une cage thoracique solide avec des côtes ;
    • un cou mobile sans ouïes ;
    • peut-être des poumons.

Tiktaalik était un sarcopterygien (« poisson à nageoire charnue ») comme les tétrapodes ou le cœlacanthe, mais les nageoires avant étaient plus semblables à celles des tétrapodes, avec des épaules, un coude et un poignet. Les nageoires arrières ainsi que la queue n'ont pas été encore retrouvées.

Découverte[modifier | modifier le code]

île d'Ellesmere où a été découvert le « Tiktaalik »

Les trois squelettes fossilisés de Tiktaalik ont été découverts dans la roche formée à partir des sédiments à l'époque du Dévonien supérieur (entre -385 et -365 millions d'années) sur l'île d'Ellesmere au nord de l'Archipel arctique canadien, dans le territoire du Nunavut, par une équipe menée par Neil Shubin, de l’Université de Chicago, et Edward Daeschler, de l'Académie des sciences naturelles de Philadelphie. Les restes ont été datés de 380 à 375 millions d'années[5]. À l'époque où vivaient cette espèce, l'île d'Ellesmere faisait partie du paléocontinent Laurentia, qui se situait sur l'équateur et possédait un climat chaud.

Galerie[modifier | modifier le code]

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Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Patrick De Wever, Bruno David, Didier Néraudeau, Jean Broutin, Philippe Janvier et al., Paléobiosphère : regards croisés des sciences de la vie et de la terre, Vuibert, MNHN, SGF, (ISBN 9782711725038), p. 269-275
  2. (en) Jennifer A. Clack, Gaining Ground : The Origin and Evolution of Tetrapods, Indiana University Press, (lire en ligne), p. 80-81
  3. Découverte dont il parle dans son ouvrage Au commencement était le poisson, Robert Laffont, 2009
  4. John Noble Wilford, New York Times, Scientists Call Fish Fossil the Missing Link, 5 avril 2006.
  5. http://archquo.nouvelobs.com/cgi/articles?ad=sciences/20060405.OBS3077.html&host=http://permanent.nouvelobs.com/ « Un poisson en marche vers la terre ferme », La Recherche, Cécile Dumas, avril 2006.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Edward B. Daeschler, Neil H. Shubin, Farish A. Jenkins, Jr « A Devonian tetrapod-like fish and the evolution of the tetrapod body plan » , Nature 440, 757-763 (2006) [(en) lire en ligne]
  • Anne Calife, Tiktaalik est sa première pièce de théâtre (2006), une réflexion sur le réchauffement de la planète dans laquelle Chris, l’exploratrice, doit retrouver le fossile du « Tiktaalik ».

Liens externes[modifier | modifier le code]

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