Tigritude

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La tigritude est un concept inventé par l'écrivain nigérian Wole Soyinka, en réponse à la pensée développée autour de la négritude, notamment par Léopold Sédar Senghor et Aimé Césaire[1].

Critique de la négritude[modifier | modifier le code]

« Un tigre ne proclame pas sa tigritude ». La phrase est prononcée par Wole Soyinka en réponse ironique au mouvement affirmant la négritude comme concept émancipateur pour les personnes noires[2],[3]. Il s'agit de réagir au racisme implicite et au complexe de supériorité spécifique au colonialisme français, qui induirait que la libération de l'homme noir passe par une reconnaissance intellectuelle du concept de négritude[4]. D'autres urgences économiques et politiques paraissaient prioritaires à ce que Wole Soyinka désigne comme de vaines rhétoriques[1].

Histoire d'une polémique[modifier | modifier le code]

Le courant de pensée de la négritude se développe dès les années 1930, comme un mouvement de libération politique et culturelle de l'homme noir[5]. C'est en 1962, que le dramaturge et auteur nigérian Wole Soyinka évoque le concept de tigritude à l'occasion d'une conférence d'écrivains africains, à Kampala[2] : « Un tigre ne proclame pas sa tigritude. Il bondit sur sa proie et la dévore[6] ». Cette position est vécue comme une dispute entre anglophones et francophones, liée aux différences dans les rapports à la colonisation[7]. La critique ouverte du concept de négritude par Wole Soyinka a pu être interprétée comme une division entre noirs par les suprématistes blancs. Pourtant, dès 1970, Wole Soyinka propose le nom de Léopold Sédar Senghor pour le prix Nobel de littérature[2]. Pour lui, il n'y a pas de match, mais des prises de positions, qui, si elles sont différentes, ne sont pas très éloignées, et sont tout à fait compatibles[8],[9]. Léopold Sédar Senghor affirme quant à lui la complémentarité des deux concepts, et leur pertinence dans les contextes respectifs où ils ont émergé. Pour Aimé Césaire, la tigritude est un jeu de mot efficace, mais aussi un positionnement liée à la génération de Wole Soyinka, qui a moins besoin d'affirmer sa négritude[9].

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b « Tigritude contre négritude », sur Jeune Afrique, (consulté le )
  2. a b et c « "Un tigre ne proclame pas sa tigritude. Il bondit" », Le monde,‎ (lire en ligne, consulté le )
  3. Frédérique Roussel, « Wole Soyinka, tigre comme l’air », Libération,‎ (lire en ligne)
  4. (en-US) « A tiger's tigritude », sur The Nation Newspaper, (consulté le )
  5. « Aimé Césaire et le mouvement de la négritude - RFI », sur Radio France internationale (consulté le )
  6. halleyjc, « Le tigre ne proclame pas sa tigritude… il bondit sur sa proie et la dévore ! », sur Guadeloupe attitude (consulté le )
  7. « Wole Soyinka - Grands Entretiens Patrimoniaux », sur Ina (consulté le )
  8. « Négritude et Tigritude: le point de Wole Soyinka à l’hôtel Montana », sur Le Nouvelliste (consulté le )
  9. a et b « Wole Soyinka: L'incarnation de la "tigritude" | Up Close | www.africalog.com », sur www.africalog.com (consulté le )