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Tigran Hamasyan

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Tigran Hamasyan
Tigran Hamasyan en 2009
Biographie
Naissance
Voir et modifier les données sur Wikidata (38 ans)
GyumriVoir et modifier les données sur Wikidata
Nom dans la langue maternelle
Տիգրան ՀամասյանVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalités
Formation
Université de Californie du Sud
École de musique Tchaïkovski d'Erevan (en)Voir et modifier les données sur Wikidata
Activités
Période d'activité
Depuis Voir et modifier les données sur Wikidata
Autres informations
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Genres artistiques
Influencé par
Site web
Distinctions
Vilcek Prize for Creative Promise (d) ()
Médaille Khorenatsi (en)Voir et modifier les données sur Wikidata

Tigran Hamasyan, né le à Gyumri (Arménie), est un pianiste et compositeur de jazz arménien.

Jeunesse et formation

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Tigran Hamasyan commence à s'intéresser au piano dès l'âge de deux ans. À trois ans, il chante les chansons de Led Zeppelin, Deep Purple, les Beatles, Louis Armstrong ou encore Queen en s'accompagnant au piano[réf. nécessaire]. À sept ans il découvre le monde du jazz, et passe ses journées à écouter différentes mélodies et à improviser au piano[1]. Il poursuit alors son éducation musicale classique à l'école.

En 1997, quand sa famille déménage à Erevan, il étudie Duke Ellington, Thelonious Monk, Charlie Parker, Art Tatum, Miles Davis, Bud Powell. À cette même période, il met au point ses premières compositions[1]. L'année suivante, sa participation au premier festival de jazz d'Erevan lui permet de se faire remarquer et de se faire inviter pour de prochains concerts et sessions. Lors du second festival de jazz d'Erevan en 2000, alors âgé de 13 ans, il attire l'attention de Chick Corea, Avishai Cohen, Jeff Ballard ou encore Ari Roland[1]. Il rencontre le pianiste Stéphane Kochoyan qui va l'aider à se faire connaître en Europe. En 2001, ce dernier l'invite à plusieurs festivals en France. Le jeune musicien fait alors la connaissance de légendes comme Wayne Shorter, Herbie Hancock, John McLaughlin ou Joe Zawinul et de musiciens comme Danilo Perez et John Patitucci[1].

Grâce à son premier prix de piano-jazz emporté en 2006 au Thelonious Monk Institute of Jazz, il entre à l'Université de Californie du Sud à Los Angeles[2] où il commence à étudier en profondeur et en parallèle le jazz contemporain et la musique arménienne.

Il publie son premier album en 2006 chez Nocturne, World Passion.

En 2007 il publie son deuxième album, New Era, accompagné de François Moutin et Louis Moutin, avec l'apparition de Vardan Grigoryan au duduk. Il s'installe à New York en 2008[3].

En 2009, il enregistre Red Hail, un album au carrefour du jazz, du metal et du folklore arménien, avec son nouveau quintet de jeunes musiciens Aratta Rebirth[2] : Areni Agbabian (voc), Ben Wendel (ts), Charles Altura (g), Sam Minaie (b) et Nate Wood (d). Ils se produisent dans plusieurs grands festivals internationaux, de Montréal à Nice en passant par Vienne ou Rotterdam (North Sea Jazz Festival).

En , Tigran Hamasyan signe avec le label Verve. Il enregistre en à Paris l'album solo A Fable (en), pour lequel il est lauréat des Victoires du jazz 2011 dans la catégorie album international de production française.

Il se produit en 2011 dans de grands festivals comme Jazz in Marciac, Montreux, Montréal pour la 3e année consécutive, ainsi qu'au Tokyo Jazz Festival, en Arménie, au Royaume-Uni (Queen Elizabeth Hall) ou encore en Allemagne.

Il publie la même année son premier EP (EP no 1) constitué de 5 morceaux enregistrés à New-York et à Paris, avec des formations inédites[4]. Suivront deux albums enregistrés en France, Shadow Theater (en), et Mockroot (en), faisant la part belle au chant, aux effets audios et aux mélanges des styles.

À l'occasion du centenaire du génocide arménien de 1915, il enregistre Luys i Luso (en) chez ECM avec le Yerevan State Chamber Choir. L'album est une plongée au cœur de la musique religieuse et classique de son pays d'origine. Il reprend les hymnes, des sharakans (chants liturgiques arméniens) ou encore des chants de célèbres compositeurs arméniens – dont Grégoire de Narek, Komitas ou encore Machtots – en les adaptant pour le piano et le chœur.

Chez Nonesuch Records

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un homme en train de jouer du piano et de chanter, les yeux fermés
Tigran Hamasyan en concert à Utrecht en 2017.

En 2017 paraît l'album An Ancient Observer (en), dans lequel il ajoute au piano solo des effets électroniques et voix[5].

En 2020 paraît The Call Within (en), qui naît de l'intérêt de Tigran Hamasyan pour « les cartes géographiques de différentes époques, ainsi que pour la poésie, les contes et légendes arméniens chrétiens et pré-chrétiens, l'astrologie, la géométrie, le design arménien ancien, les gravures rupestres et la cinématographie »[6]. L'album mélange rock progressif, jazz, metal, musique électronique et airs traditionnels arméniens[5]. The Call Within figure sur les listes des meilleurs albums de l'année du BBC Music Magazine et de Jazzwise[6].

Le paraît chez Nonesuch Records StandArt (en), son premier album uniquement composé d'arrangements de standards de jazz. Il est enregistré à Los Angeles avec son trio composé du bassiste Matt Brewer et du batteur Justin Brown, avec quelques musiciens invités : Ambrose Akinmusire, Mark Turner et Joshua Redman[6]. L'album est salué par la critique pour la qualité de jeu et la beauté des réinterprétations des standards[7],[5].

Chez Naïve Records

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En 2024, Tigran Hamasyan présente un double album-concept The Bird of a Thousand Voices (en) sous le label Naïve, sorti le [8]. Cet opus, profondément ancré dans le folklore arménien, se compose de 24 titres et s'inspire de la légende de L'Oiseau aux mille voix. L'album, qui prend la forme d'un opéra moderne d'une durée de 90 minutes, mélange des genres allant du prog metal et l'ambient au jazz, tout en intégrant des mélodies traditionnelles arméniennes[9]. Sur la tournée de cet album, il est accompagné du batteur Matt Garstka, issu du milieu du metal, des frères Yessaï et Marc Karapetian, respectivement claviériste et bassiste, et de la chanteuse Areni Agbabian, collaboratrice de longue date[10]. Pour enrichir l'expérience auditive, Hamasyan a également lancé un jeu d'arcade en ligne, accessible sur bird1000.com, avec une esthétique visuelle signée Khoren Matevosyan[10],[11].

En parait Manifeste, son deuxième album chez Naïve, dans la continuité stylistique de The Bird of a Thousand Voices avec un prolongement de son exploration de l'âme arménienne[12]. Sur cet album, il est entouré de partenaires de longue date comme Marc Karapetian (basse), Arthur Hnatek, Arman Mnatsakanyan, Matt Garstka et Nate Wood (batterie) ; on peut également entendre Artyom Manukyan (violoncelle), Daniel Melkonyan (trompette), Nick Llerandi (guitare) et le Chœur de Chambre d'État d'Erevan dirigé par Kristina Voskanyan[13]. L'album est salué par la critique[12],[14],[15],[16].

Vie privée

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Tigran Hamasyan réside à Los Angeles, dans le quartier de Venice[17].

Récompenses

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Tigran Hamasyan en concert à Philadelphie en 2012.

Tigran Hamasyan est, entre autres, connu pour son travail sur le rythme : mesures impaires à 5 temps, 7 temps ou plus, ostinatos et polyrythmies complexes[18]… On décèle dans ce travail les influences de la musique arménienne et des groupes de metal comme Dream Theater ou Meshuggah[19],[20].

Rythmes impairs

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Principal motif de Vadavar de Tigran Hamasyan dans deux métriques différentes[21].

Une technique fréquemment utilisée par Tigran Hamasyan consiste à prendre une mesure dans un rythme classique et d'en regrouper les notes de façon inhabituelle[21]. Ainsi, le motif principal de Vardavar (EP no 1, 2011) est écrit sur deux mesures de
groupés de façon irrégulière (5+5+3+5+5+4+5, ce qui fait bien 32 doubles-croches)[21]. À la fin du morceau, la batterie joue en
strict, ce qui donne une nouvelle façon d'entendre ce rythme[21].

Il aime aussi jouer sur des subdivisions du temps très proches, comme 5+5+6 : joué à un tempo très rapide, ce rythme donne l'impression de trois temps légèrement déséquilibrés[21].

Superposition de rythmes

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Les rythmes de l'intro de Double-Faced de Tigran Hamasyan, qui combinent 5/16 et 4/4[21].

Le titre de Double-Faced (Mockroot (en), 2015) (Double visage en français) est une indication de la construction du morceau, qui superpose deux rythmes[21]. La couche principale est construite en groupes de cinq doubles croches, présentée d'abord comme motif rythmique puis servant de base à la mélodie. À la fin de chaque cycle on entend un silence à la durée définie : pour le comprendre, il faut se référer à la batterie. Celle-ci joue en
, donc en décalage avec le piano, et le silence final correspond aux derniers temps de ces mesures en
. La confusion vient du fait que l'on entend pas la structure à quatre temps : notre oreille est guidée par les groupes de cinq doubles croches, d'autant plus que la batterie joue aussi en cinq temps à la fin du cycle[21]. Ce moment d'unisson final peut rappeler le Tihai de la musique indienne, quand les musiciens jouent un tripe motif qui vient clore un cycle rythmique[21]. La superposition de plusieurs rythmes qui se recalent à la fin d'un cycle est également une technique très souvent employée par le groupe de metal suédois Meshuggah[21].

Présente sur l'album An Ancient Observer (en) (2017), l'Etude no 1 repose sur ce principe de superposition et dissonance des rythmes : Tigran Hamasyan y superpose des motifs en
(2+3),
(3+4) et
[22],[23],[24].

Deuxième titre de l'album Mockroot (en) (2015), Song for Melan and Rafik est basé sur un cycle de huit mesures, décomposées en sept mesures à
plus une mesure à
[25]. À partir de 3:44, une deuxième couche ajoute un rythme à
 : un cycle complet se compose alors de deux répétition du premier rythme plus sept répétitions du deuxième rythme, ce qui crée une forte dissonance rythmique[25]. La deuxième couche se modifie ensuite (4:05), avec cinq mesures à
plus cinq mesures à
plus une mesure à
 ; les changements de rythme s'alignent avec la première couche tout en créant un nouveau polyrythme[25].

Out Of The Grid est construit sur une structure similaire[26].

Réalignement forcé

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Au sein de ce travail de superposition, Tigran Hamasyan se livre souvent à un « réalignement forcé », une technique popularisée par le groupe suédois de metal Meshuggah : un instrument joue un motif d'une certaine durée, pendant qu'un autre instrument joue un autre motif d'une autre durée. Au bout d'un certain nombre de mesures, un des deux motif est coupé, afin de permettre aux deux instruments de repartir ensemble sur un premier temps[27],[28].

Ce principe est notamment utilisé sur Entertain Me (Mockroot (en), 2015). La partie de piano est basée sur une structure rythmique complexe, avec quatre groupes de cinq doubles croches suivi de quatre groupes de trois doubles croches ; pendant que la batterie joue un
classique[28]. La huitième répétition du cycle du piano est coupée d'une façon étonnante : deux groupes de cinq doubles croches plus une double croche, ce qui permet aux instruments de repartir sur un premier temps à la mesure suivante[28],[29],[30].

Modification et développement des rythmes

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Transformation rythmique dans Vardavar de Tigran Hamasyan[31].

Une technique souvent utilisée par Tigran Hamasyan consiste à modifier les subdivisions du rythme, tout en gardant les mêmes proportions général, afin que le rythme global reste similaire à l'oreille.

Par exemple, dans Vardavar, le motif principal est décomposé en 5+5+3+5+4+5, soit 32 subdivisions. Quand la batterie se met à jouer en
, la subdivision change : 3+3+2+3+3+2,5+3,5, soit 20 subdivisions. Bien que la façon de compter soit totalement différente, les proportions restent similaires[31],[21].

Transformations rythmiques dans The Grid et Out Of The Grid de Tigran Hamasyan[31].

The Grid/Out Of The Grid sont les deux derniers titres de l'album Mockroot. Le motif de base de The Grid est écrit en 5+5+7+5+5+5, soit 32 subdivisions[32],[33]. Plus tard dans le morceau (1:43) la rythmique est construite en 4+4+5+4+4+4, soit 19 subdivisions avec des proportions similaires[32],[31]. Une autre déformation est présente dans Out Of The Grid, avec un rythme en 4+4+5+4+4+4, soit 25 subdivisions, avant de revenir à la subdivision de base en 5+5+7+5+5+5[31].

Discographie

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En tant que leader

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Autres participations

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peinture murale représentant Tigran Hamasyan en train de jouer du piano
Fresque représentant Tigran Hamasyan à Gyumri, ville de naissance du musicien.

Bibliographie

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  • (en) Scott C. Schumann, « Asymmetrical Meter, Ostinati, and Cycles in the Music of Tigran Hamasyan », Music Theory Online, vol. 27, no 2,‎ (DOI 10.30535/mto.27.2.5, lire en ligne, consulté le ). Document utilisé pour la rédaction de l’article

Références

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  1. a b c et d (en) Biographie de Tigran Hamasyan sur son site officiel
  2. a et b Biographie de Tigran Hamasyan sur le site de citizenjazz.com
  3. Michel Brunet, « Tigran Hamasyan: un jeune prodige inclassable », La Presse, (consulté le ).
  4. (en) « EP no 1 » (liste des versions de l'œuvre musicale), sur Discogs.
  5. a b et c Stéphane Ollivier, « StandArt de Tigran Hamasyan », sur Qobuz (consulté le ).
  6. a b et c Alex Dutilh, « Tigran Hamasyan à l'heure des standards » [audio], Open jazz, France Musique, (consulté le ).
  7. (en) Jay Honeycomb, « Tigran Hamasyan Playfully Reinterprets American Jazz Standards on ‘StandArt’ », sur PopMatters, (consulté le ).
  8. « Tigran Hamasyan », sur naïve (consulté le ).
  9. « Tigran Hamasyan, la permanente recherche de l'innovation dans les traditions ancestrales », sur France Musique, (consulté le ).
  10. a et b « Tigran Hamasyan, The Bird of a Thousand Voices | Philharmonie de Paris », sur philharmoniedeparis.fr (consulté le ).
  11. (en) « Game: The Bird Of A Thousand Voices », sur bird1000.com, (consulté le ).
  12. a et b Stéphane Ollivier, « Album de la semaine : Tigran Hamasyan - “Manifeste” », sur Qobuz, (consulté le ).
  13. Nicolas Pommaret, « Tigran Hamasyan, transformation transcendantale », Au cœur du jazz, France Musique, (consulté le ).
  14. (en) Jim Hynes, « Review: Tigran Hamasyan’s ‘Manifeste’ », sur postgenre.org, (consulté le ).
  15. (en) Adriane Pontecorvo, « Tigran Hamasyan Seeks Meaning on Rapturous ‘Manifeste’ », sur PopMatters, (consulté le ).
  16. (en) Morgan Enos, « Mondays with Morgan: Tigran Hamasyan – new album ‘Manifeste’ », sur ukjazznews.com, (consulté le ).
  17. (en-US) « CREDITS - The Bird of a Thousand Voices », sur Tigran Hamasyan (consulté le )
  18. Schumann 2021, 6.1.
  19. Schumann 2021, 2.2.
  20. Schumann 2021, 2.3.
  21. a b c d e f g h i j et k (en) [vidéo] David Bruce Composer, « The Rhythms of Tigran Hamasyan », sur YouTube, .
  22. Schumann 2021, 4.3.
  23. Schumann 2021, 4.4.
  24. (en) [vidéo] Vincent S, « The Brain-Melting Rhythms of Tigran Hamasyan (transcription complète de l'Etude no 1 », sur YouTube, .
  25. a b et c Schumann 2021, 3.1.
  26. [vidéo] Mathémusique, « Double cycle rythmique chez Tigran Hamasyan », sur YouTube, .
  27. Schumann 2021, 1.2.
  28. a b et c [vidéo] Mathémusique, « Meshuggah et la musique algorythmique ??? », sur YouTube, .
  29. (en) [vidéo] Mathémusique - BONUS, « a JazzShuggah song: Tigran Hamasyan - Entertain Me », sur YouTube, .
  30. Schumann 2021, 4.1.
  31. a b c d et e [vidéo] Mathémusique, « Comment ces artistes déforment le rythme ??? », sur YouTube, .
  32. a et b Schumann 2021, 5.3.
  33. (en) [vidéo] Mathémusique - BONUS, « Is it really 4/4??? », sur YouTube, .
  34. (en) « Tigran Hamasyan », sur Discogs.

Liens externes

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