Tiago Rodrigues (dramaturge)

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Tiago Rodrigues
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Tiago Rodrigues est un dramaturge, producteur, metteur en scène et acteur portugais né le à Lisbonne[1],[2]. Il est principalement connu en France pour sa pièce By Heart. En juillet 2021, il est nommé directeur du Festival d'Avignon, devenant le premier artiste étranger à prendre la tête de la prestigieuse manifestation[3]. Il prendra ses fonctions le pour un mandat de 4 ans, renouvelable une fois[4].

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse et formation[modifier | modifier le code]

Les grand-parents paternels de Tiago Rodrigues tenaient un bistrot et ont envoyé leurs trois enfants à l'université. Les parents de Tiago Rodrigues sont des intellectuels de la révolution des Œillets, son père est journaliste engagé à gauche contre la dictature salazariste et sa mère est médecin[5],[6]. Tiago Rodrigues est né le à Lisbonne, trois ans après la révolution, dans la très jeune démocratie portugaise[1],[5],[7]. Enfant, il passe beaucoup de temps à l'hôpital avec sa mère et au journal avec son père, il a alors commencé à écrire des articles pour imiter les journalistes qu'il voyait[7]. C'est une amie de la famille qui fait découvrir le fado au jeune Tiago Rodrigues[7]. C'est cette découverte qui lui donne l'envie à de faire du théâtre[7]. Dès l'âge de 7 ans il était un grand lecteur et à 13 ans, il publie son premier récit dans la presse[7]. Il fait parallèlement du théâtre amateur sans qu'aucun rôle important ne lui soit confié, son jeu étant jugé médiocre[7]. Élève moyen au lycée, il intègre finalement le conservatoire de Lisbonne où il est reçu trentième sur trente[8],[7]. Au bout d'un an, à la fin de l'année , ses professeurs lui suggèrent d'abandonner en lui disant : « Tu dois suivre ta nature, peut-être, mais le théâtre n’est pas fait pour toi »[6].

En , alors âgé de 20 ans, il fait la rencontre du Tg Stan, un collectif de comédiens basé à Anvers[9],[10]. Cette rencontre est capitale, il fréquente cet atelier pendant 3 semaines et cette expérience le marque durablement par l'absence de hiérarchie et par la liberté de jeu accordée au comédien[10],[7],[6]. L'année suivante il est engagé par ce même Tg Stan pour la création de Point Blank d'après Platonov, pièce inachevée de Tchekhov[11],[8]. Il reste dans ce collectif pendant quelques années[11],[8]. Parallèlement à son activité au Tg Stan, Tiago Rodrigues travaille pendant 5 ans pour la chaîne culturelle portugaise RTP2, qui produisait beaucoup de programmes mélangeant fiction et documentaire pour coller au plus près de l'actualité, notamment sociale[8]. Ce passage à RTP2 a marqué son activité théâtrale, c'est pour cela qu'il mélange dans son travail documents et fiction[8].

Carrière de dramaturge[modifier | modifier le code]

En 2003, il fonde avec Magda Bizarro la compagnie Mundo Perfeito au sein de laquelle il est l'auteur de ses spectacles[10]. Mais tout dans son travail, de l'écriture à la représentation est décidé collégialement, avec ses comédiens[8]. La compagnie Mundo Perfeito ne s'ancre pas dans un lieu particulier, elle est mobile et est ainsi invitée par des institutions nationales et internationales[10]. Le , avant de présenter By Heart à Paris, Tiago Rodrigues est nommé directeur artistique du théâtre national Dona Maria II de Lisbonne, une des plus anciennes et prestigieuses institutions du Portugal, l’équivalent de la Comédie-Française[5],[2].

En plus de ses nombreuses collaborations avec des artistes de scène portugais et internationaux, il a aussi écrit des scénarios, des articles de journaux, des recueils de poèmes, des préfaces et des tribunes[9],[2],[12]. Il a aussi enseigné dans des institutions telles que l'école de danse belge P.A.R.T.S. ou encore l'université d'Évora au sein de laquelle il enseigne la dramaturgie[9],[2].

Directeur du Festival d'Avignon[modifier | modifier le code]

Le , Tiago Rodrigues est nommé directeur du Festival d'Avignon[13],[14] pour succéder — à partir de 2023 — à Olivier Py à l'issue de la 76e édition du Festival en . Libération salue cette décision, estimant qu'« après huit années de mandature Py qui firent l’effet d’un long robinet d’eau tiède », « un vent de panache et de renouveau est venu » et qu'« il est grand temps de rebalancer du kérosène après une grosse période d’aseptisation »[15].

Œuvre (en France)[modifier | modifier le code]

2014 - By Heart[modifier | modifier le code]

Dès 2001, Tiago Rodrigues noue des liens avec le théâtre de la Bastille, il y joue avec le Tg Stan et fait la rencontre de Jean-Marie Hordé, le directeur du théâtre[7],[8]. Mais c'est véritablement la pièce By Heart qui le fait connaître en France[6]. Cette pièce, d'abord jouée en 2013 au théâtre Maria Matos (en) est présenté en au Théâtre de la Bastille et 10 représentations en sont données[6],[16]. Elle explique le rapport très particulier que Tiago Rodrigues a développé à l'égard de sa grand-mère paternelle Candida (née en 1919) qui, devenant aveugle, lui demande de lui choisir un livre qu'elle pourra apprendre par cœur[17]. Il se prend alors de passion pour une interview de George Steiner par Wim Kayzer (nl) pour VPRO, qu'il revoit chaque jour jusqu'à la connaître par cœur[17],[18]. Durant le spectacle, il fait venir des spectateurs sur scène et leur fait apprendre par cœur le sonnet 30 de Shakespeare[19].

2015 - António e Cleópatra[modifier | modifier le code]

En 2015, il triomphe au festival d'Avignon avec António e Cleópatra (Antoine et Cléopâtre), une adaptation de la pièce de Shakespeare tenue par deux danseurs au lieu des 40 personnages de la pièce d'origine[6],[7].

2016 - Bovary[modifier | modifier le code]

En 2015, il prépare une adaptation de Madame Bovary de Gustave Flaubert, en y mêlant le compte rendu du procès intenté à Flaubert en 1857, pour « outrage à la morale publique et religieuse et aux bonnes mœurs ». La pièce est jouée au Théâtre de la Bastille en 2016. Brigitte Salino salue dans Le Monde un « théâtre d’idées, certes, mais un théâtre sans sécheresse aucune. Au contraire : ailé, vif, malin, il offre aux comédiens une matière à jouer à la fois leurs personnages, et avec leurs personnages »[20].

2016 - « Occupation Bastille »[modifier | modifier le code]

Au printemps 2016, et pendant deux mois et demi Tiago Rodrigues est invité par Jean-Marie Hordé à « occuper » le théâtre de la Bastille[10],[21]. Il invite alors 70 personnes à participer à la création de deux performances : Ce soir ne se répétera jamais et Je t’ai vu pour la première fois au Théâtre de la Bastille[21]. Libération estime qu'il s'agit d'une « entreprise sur l'urgence : l'urgence de s'arrêter de fabriquer des spectacles, de vite les programmer, de vite les consommer, de vite pouvoir en penser et dire quelque chose, de vite les oublier (...) Ne pas se contenter de passer deux jours dans un théâtre d'une ville d'Europe, lorsqu'on a la chance d'avoir un spectacle qui tourne, ne pas considérer le public comme le dernier maillon d'une chronologie qui viendrait quand tout est terminé »[22].

Le journal rapporte néanmoins des critiques émanant de certaines spectatrices impliquées dans le processus d'occupation, qui « remirent en question âprement la place que le metteur en scène et les acteurs leur accordaient et évoquèrent leur déception. N’étaient-elles pas réduites à une participation passive, marionnettes d’un processus qui leur échappait, simple combustible pour des spectacles élaborés et joués par d’autres ? Des figurantes, en somme. »[22]

2019 - The Way She Dies[modifier | modifier le code]

En 2017, il prépare une adaptation du chef-d'œuvre de Léon Tolstoi, Anna Karénine. Il présente cette pièce en France en 2019, notamment au Théâtre de la Bastille. Libération estime que « les mots de Tolstoï et de Rodrigues, répétés en français, en portugais et en néerlandais, ont un pouvoir hallucinant. Si bien que, sortant de la représentation, on n'est pas assurée de ce qu'on a vu » et s'interroge : « Pourquoi est-ce impossible de distinguer ce qu'on projette de ce qui est montré ? Comme si, ici, l'art des acteurs consistait aussi à provoquer des mirages ? »[23].

La Cerisaie[modifier | modifier le code]

En juillet 2021, il présente La Cerisaie de Tchekov dans la cour d'honneur du palais des papes en ouverture du 75ème festival d'Avignon, avec Isabelle Huppert dans le rôle principal[24]. Il présente aussi en parallèle une pièce « secrète », sans annonce ni publicité, intitulée Entre les lignes, un seul en scène pour Tónan Quito, comédien fétiche et ami de Rodrigues[25].

Œuvre[modifier | modifier le code]

Théâtre[modifier | modifier le code]

Son œuvre théâtrale est publiée en France par les éditions Les Solitaires intempestifs.

  •  : Urgências
  •  : Yesterday's Man (L'homme d'hier) avec Rabin Mroué
  •  : O que se leva desta vida? avec Gonçalo Waddington (pt)
  •  : Tristeza e Alegria na Vida das Girafas (Tristesse et joie dans la vie des girafes)
  •  : Três Dedos Abaixo do joelho (Trois doigts sous le genou)[7]
  •  : Peça romântica para um teatro fechado
  •  : By Heart (Apprendre par cœur)[16]
  •  : Coro dos Amantes
  •  : António e Cleópatra (Antoine et Cléopâtre)
  •  : Bovary
  •  : Ifigénia ; Agamemnon ; Electra (Iphigénie ; Agamemnon ; Électre)
  •  : Como ela morre
  •  : Sopro (Souffle)

Filmographie[modifier | modifier le code]

Télévision[modifier | modifier le code]

Assistant réalisateur
  • 2000-2002 : Cuidado com as Aparências

Cinéma[modifier | modifier le code]

Acteur
  •  : Mal Nascida : Jusmino
  •  : Operação Outono (Opération Automne) : Promotor de Justiça
  •  : Capitão Falcão : Agente Rosa
  •  : Parque Mayer : João dos Reis

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b « Tiago Rodrigues », sur IMDb (consulté le )
  2. a b c et d « Tiago Rodrigues », sur Babelio (consulté le )
  3. Anne Diatkine, « Tiago Rodrigues, nouveau directeur d’Avignon : «Le Festival est le lieu de l’inattendu» », sur Libération (consulté le )
  4. Communiqué de presse du ministère de la culture, 5 juillet 2021
  5. a b et c « Tiago Rodrigues, un Lisboète à Paris », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne, consulté le )
  6. a b c d e et f Laure Adler et Tiago Rodrigues, « Entretien », dans Le spectacle, contrat imaginaire, Éditions Universitaires d’Avignon, coll. « Entre-Vues », (ISBN 978-2-35768-072-2, lire en ligne), p. 17–65
  7. a b c d e f g h i j et k Fabienne Pascaud, « L'invité : Tiago Rodrigues », Télérama, no 3457,‎ , pp. 4-8 (lire en ligne)
  8. a b c d e f et g Fabienne Arvers, « Tiago Rodrigues, le génie (portugais) de la Bastille », Les Inrockuptibles,‎ , pp. 58-59 (lire en ligne)
  9. a b et c (en) « Tiago Rodrigues - Wiener Festwochen », sur Englisch (EN) (consulté le )
  10. a b c d et e « Tiago Rodrigues - Festival d'Avignon », sur www.festival-avignon.com (consulté le )
  11. a et b « tg STAN, JDX Un ennemi du peuple / Point Blank », sur Festival d'Automne à Paris (consulté le )
  12. (nl) « Portrait de Tiago Rodrigues (State of the Other) », sur het TheaterFestival, (consulté le )
  13. Joëlle Gayot, « Festival d’Avignon : Tiago Rodrigues remplace Olivier Py à la direction, in Télérama, 5 juillet 2021
  14. Interview - Tiago Rodrigues, nouveau directeur d’Avignon : « Le Festival est le lieu de l’inattendu » , in Libération, 5 juillet 2021
  15. Ève Beauvallet, « Au Festival d’Avignon, l’heure du réveil après la mandature Py », sur Libération (consulté le )
  16. a et b « By Heart », sur Les Archives du Spectacle (consulté le )
  17. a et b « By heart - Tiago Rodrigues », sur Mairie d'Alfortville, (consulté le )
  18. « By heart - Ép. 2/0 - Cycle Tiago Rodrigues », sur France Culture (consulté le )
  19. « Tiago Rodrigues, le cœur et la raison », Le Temps,‎ (ISSN 1423-3967, lire en ligne, consulté le )
  20. « Madame Bovary à la barre », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne, consulté le )
  21. a et b Ève Beauvallet, « «Occupation Bastille», chambre d'écho de la République », Libération,‎ , p. 1 (lire en ligne)
  22. a et b Anne Diatkine, « Tiago Rodrigues : une saine occupation », sur Libération (consulté le )
  23. Anne Diatkine, « Tiago Rodrigues et TG Stan ravivent Anna Karénine », sur Libération (consulté le )
  24. « Tiago Rodrigues met en scène « La Cerisaie » au Festival d’Avignon : « Tchekhov est le meilleur ami des acteurs » », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne, consulté le )
  25. Anne Diatkine, « «Entre les lignes» : à Avignon, deuxième dose pour Tiago Rodrigues », sur Libération (consulté le )

Liens externes[modifier | modifier le code]