Thyades

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Les thyades, ou thyiades, sont, dans la Grèce antique, des femmes composant le cortège de Dionysos. En état d'ivresse, elles célèbrent son culte en chantant, dansant et en jouant des instruments de musique, dans la montagne.

La cérémonie de la résurrection annuelle de Dionysos[modifier | modifier le code]

Delphes parait avoir été la métropole du culte dionysiaque comme du culte apollinien. Les Delphiens croyaient posséder dans l'endroit le plus saint du temple pythique la tombe de Dionysos, mais ce dieu, qui était mort et enterré, ressuscitait périodiquement. Plutarque rapporte que « quand commence l'hiver, ils cessent de chanter le péan, pour réveiller le dithyrambe, car c'est alors à Dionysos que s'adresse le culte ». Ils « réveillent le dithyrambe », c'est-à-dire qu'ils rappellent à la vie, par la vertu magique des rites, Dionysos Dithyrambe endormi du sommeil des morts. Plutarque se sert du même mot quand, parlant de ces rites de résurrection, il écrit que les femmes thyiades « éveillaient » Bacchos Liknitès, autrement dit Bacchos nouveau-né.

Les informations se rapportant aux thyades sont tardives. Hérodote rapporte qu'il existait à Delphes un lieu où les thyades célébraient certaines cérémonies : ce lieu un palier sur l'éperon rocheux d'où l'on domine à la fois la plaine sacrée et le site de Delphes et du sanctuaire pythique. Là devaient se réunir les thyades, quand il s'agissait de « réveiller le dieu ». C'est pourquoi le fronton occidental du temple d'Apollon, celui qui était tourné vers ce lieu était consacré, non à Apollon, comme l'autre fronton, mais à Dionysos : on y voyait, au témoignage de Pausanias, Dionysos entouré des thyades. Pausanias prend soin de spécifier que les thyades ne sont pas des personnages mythologiques, comme les Ménades, mais des femmes, entendez des femmes de Delphes, et selon toute vraisemblance des femmes mariées. Les jeunes filles, probablement, ne pouvaient pas être thyades, car pour soigner l'Enfant-Dieu, il fallait, non des vierges, mais des nourrices.

La Nativité du Dionysos delphique se célébrait tous les deux ans : elle était « triétérique » (les Grecs comptant à la fois le point de départ et le point d'arrivée). Le retour triéterique des Bacchanales constitue une véritable aporie car la végétation, à laquelle présidait Dionysos, est un phénomène annuel dont le retour aurait dû exiger des rites annuels. La naissance de Dionysos se célébrait à Delphes au mois de Dadophorios, qui correspond à peu près à notre mois de novembre. Le nom de Dadophorios provient des torches que les thyades portaient dans les cérémonies bachiques ; car les mystères de ce dieu avaient lieu la nuit, d'où le nom de Nyctilios qu'on lui donnait souvent.

Après avoir fait renaître Dionysos à la vie, elles montaient au Parnasse, censément avec lui, sous sa direction ; et là-haut, sur la grande montagne solitaire loin des regards, dans le vent glacé des cimes, parmi les frimas de l'hiver, elles se livraient à l'enthousiasme bachique. On ne sait pas la durée de leur séjour sur le Parnasse, mais elles devaient y demeurer assez longtemps, car Plutarque nous dit que les Delphiens allaient les y ravitailler. On ne sait pas non plus par quelles cérémonies elles célébraient, trois mois plus tard, au mois d’Arnalios, la mort de leur dieu. Par contre, on peut s'imaginer assez bien ce que devait être ce revival des thyades sur le Parnasse. Il est clair en effet que les rites qu'elles y célébraient devaient ressembler exactement à ceux que la poésie et l'art prêtent aux Ménades ou aux Bacchantes de la mythologie. Comme on le racontait de celles-ci, les thyades parvenaient à l'extase par les hurlements et les danses tournoyantes ; comme les Ménades, elles devaient revêtir la nébride et porter le thyrse ; comme les Ménades, elles devaient mâcher les feuilles du lierre, et mettre en pièces et dévorer crue une bête en qui elles pensaient avoir incarné le dieu, pour communier de cette façon avec le corps et le sang de Dionysos. Ces rites enthousiastes et sanglants agissaient violemment sur les nerfs et devaient provoquer des transes. Le nom même des thyades est significatif : comme celui de la mère ou de la nourrice de Bacchos, Thyonè, il vient de la même racine que « bondir », « s'élancer », ou « être saisi d'un transport frénétique », « tempête ». Il s'explique par les courses éperdues auxquelles ces femmes se livraient, lorsqu'elles étaient en proie à la transe bachique. Plutarque raconte que, pendant la Guerre Sacrée, les thyades delphiques, après avoir couru le Parnasse toute la nuit, vinrent s'abattre d'épuisement sur la place publique d'Amphissa, en pleine armée ennemie, sans s'être réveillées de leur hypnose.

Le collège des thyades[modifier | modifier le code]

Il se peut que toutes les femmes de Delphes participassent à la célébration du culte bacchique ; mais il est croyable qu'il existait parmi elles un collège chargé spécialement de ces saints mystères : c'est ce qu'on peut inférer de la définition que Plutarque donne des thyades dans un livre dédié à une darne de Delphes qui était précisément leur présidente. Les analogies permettent de croire que ce collège était formé d'un nombre déterminé de membres : à Sparte, les prêtresses dionysiaques étaient au nombre de onze ; à Élis, les femmes auxquelles était réservé le soin de célébrer les Thyiades étaient au nombre de seize.

Le collège des thyades delphiques avait à sa tête, comme nous venons de le dire, une présidente. Celle qui était en fonctions du temps de Plutarque s'appelait Cléô : l'écrivain lui a dédié deux de ses traités, celui Sur les Vertus des femmes et celui Sur Isis et Osiris. Elle avait été initiée par son père et sa mère aux mystères égyptiens, qui avaient alors beaucoup d'adeptes dans la région du Parnasse, notamment à Tithorée et, semble-t-il, à Delphes même, comme en témoigne une statuette en marbre blanc, d'époque impériale, trouvée dans le sanctuaire pythique et qui représente Isis ou une prêtresse d'Isis. Ce n'est certes pas un hasard que la présidente des thyades delphiques ait été initiée aux mystères égyptiens : Cléô devait adhérer, comme le faisait Plutarque, à la croyance déjà répandue au temps d'Hérodote, qu'Osiris ou Dionysos n'était qu'un seul et même Dieu sous deux noms différents. Cléô et Plutarque amorcent dernier âge du paganisme. Les thyades delphiques ne datent pas de la basse époque.

Le rôle des thyades dans d'autres cérémonies[modifier | modifier le code]

Une autre preuve de l'antiquité de ce collège résulte du rôle qu'il jouait dans certaines fêtes évidemment très anciennes. Tous les huit ans se célébrait à Delphes la fête de l'Héroïs : la raison de cette cérémonie était tenue cachée, seules les thyades la connaissaient. Plutarque, par qui nous savons l'existence de l'Héroïs, ne semble pas avoir eu connaissance de cette raison ; Cléô n'a pas dû le lui révéler. Il n'en a su que les rites, dont apparemment chacun pouvait être témoin. Les thyades devaient jouer une sorte de drame sacré, qui a paru à Plutarque représenter l’anagogé de la mère de Dionysos, Sémélé, qui semble avoir été assez analogue à celle de Coré. Sémélé était ressuscitée tous les huit ans d'entre les morts, d'où le nom d'Héroïs que l'on donnait à la fête. Elle était ressuscitée par la puissance de son fils Dionysos. À Trézène aussi, on croyait que Sémélé avait été ramenée du séjour des morts par Dionysos.

Tous les huit ans aussi, se célébrait à Delphes une fête mystérieuse, dont Plutarque nous a décrit de visu les rites. Le mythe étiologique qu'il raconte à ce propos avait été inspiré aux gens de Delphes par les rites de cette fête, auxquels ils prenaient part sans les comprendre. Ces rites formaient une sorte de drame sacré, qui se passait censément pendant une famine ; le « roi de Delphes » distribuait aux gens, aux étrangers en séjour à Delphes comme aux Delphiens mêmes, de la farine et des légumes ; seule Charila n'avait rien. Charila était une jeune fille, que figurait une poupée. Non seulement le roi ne lui donnait rien, mais il la souffletait de sa sandale. Alors Charila tombait morte : la présidente des thyades emportait sa dépouille et on l'enterrait dans un creux de rochers. Il existe de nombreux autres exemples de rites analogues, où un être symbolique, représenté par un mannequin, est mis à mort et anéanti. Ces rites n'ont peut-être pas tous le même sens. Dans certains cas, l'être mis à mort représente une période de temps déterminée, dont on célèbre l'accomplissement. Dans d'autres cas, la cérémonie semble avoir un sens agraire ; elle doit opérer d'une façon magique, pour conjurer la famine, sur les forces qui président à la fécondité de la terre. Tel semble avoir été le sens de la Charila de Delphes : la présidente des thyades, assistée sans doute de son collège, prenait part à cette cérémonie, comme prêtresse du dieu de qui dépend la vie de la nature.

Les thyades hors de Delphes[modifier | modifier le code]

Pausanias, qui est postérieur à Plutarque de près d'un siècle, semble avoir ignoré l'existence du collège des thyades delphiques. Il ne connaît de thyades qu'à Athènes. Ces thyades athéniennes venaient, nous dit-il, se joindre aux femmes de Delphes pour célébrer avec elles sur le Parnasse les mystères de Dionysos. Les thyades athéniennes venaient donc au Parnasse en théorie, et le chemin qu'elles suivaient n'était autre que la Voie Sacrée, par laquelle la légende voulait qu'Apollon eût été d'Athènes à Delphes, et par laquelle passait périodiquement la pythaïde attique. Le parcours était d'environ 130 kilomètres. Les thyades athéniennes exécutaient leurs danses échevelées aux diverses stations de cette longue route, surtout en entrant en Phocide, à Panopée, à l'endroit d'où le Parnasse commence à paraître dans sa gloire et son immensité.

On est tenté de croire que les thyades delphiques sont les plus anciennes, et que leur nom et leur organisation, sinon leurs rites, ont été empruntés par des villes où s'était introduit, peut-être sous l'influence de Delphes, le culte enthousiaste de Dionysos. Une épigramme de l'Anthologie Palatine parle des thyades d'Amphipolis qui, pour se livrer à l'oribasie, montaient au Pangée. Dans une épitaphe de Thessalonique, d'époque impériale, une prêtresse de Dionysos se qualifie de thyade, et cette prêtresse jouait à Thessalonique le même rôle que Cléô à Delphes, et à peu près à la même époque. À Thèbes, où le culte dionysiaque était si important, il n'y avait pas de thyades : les Thébaines chargées de ce culte portaient le nom de Ménades, nom consacré par la légende fameuse d'Agavé et de Penthée. C'est parmi les Ménades thébaines, et non parmi les thyades delphiques, qu'Apollon de Delphes ordonna aux envoyés de Magnésie du Méandre de choisir les trois femmes qui devaient instituer le culte de Bacchus dans cette ville. Mais, entre les rites des Ménades thébaines et ceux des thyades delphiques, il ne devait y avoir aucune différence essentielle

Source[modifier | modifier le code]

« Thyades », dans Charles Victor Daremberg et Edmond Saglio (dir.), Dictionnaire des Antiquités grecques et romaines, 1877-1919 [détail de l’édition] (lire en ligne) (« quelques transcriptions d'articles », sur mediterranees.net)

Voir aussi[modifier | modifier le code]