Thierry Metz

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Thierry Metz
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Nationalité
Activité

Thierry Metz, né le à Paris (France) et mort le à Cadillac (France), est un poète français.

Biographie[modifier | modifier le code]

Autodidacte ayant appris à lire dans les bouquins des Chiffonniers d'Emmaüs[1], Thierry Metz s'installe en 1977 (il a alors 21 ans) avec sa famille à Saint-Romain-le-Noble, près d'Agen. Il partage son temps entre des travaux de manœuvre de chantier, maçon puis ouvrier agricole, qui lui permettent de gagner sa vie, et des périodes de chômage durant lesquelles il écrit.

Il prend contact avec le poète Jean Cussat-Blanc, dont la revue Résurrection est la première à le publier avec une évidente reconnaissance. Cette reconnaissance se poursuit avec la publication de son premier recueil poétique, Sur la table inventée (Éditions Jacques Brémond), pour lequel il obtient le Prix Ilarie Voronca en 1988, puis avec la publication chez Gallimard du Journal d'un manœuvre (1990), inspiré par son travail dans un chantier du centre d'Agen, préfacé par le poète Jean Grosjean, et salué par Jean Cussat-Blanc comme une manifestation de « l'or du pauvre[2] ». Dans les périodes de chômage, Thierry Metz écrit et lit beaucoup, des poètes, mais aussi des philosophes, sa quête étant, selon les termes d'Isabelle Lévesque, « philosophique, politique, spirituelle, mais aussi poétique.[3] »

La mort accidentelle d'un de ses trois enfants (son fils Vincent, fauché par une voiture à l'âge de huit ans, le , jour même de l'obtention du Prix Voronca[4]) est pour lui un drame familial et personnel dont il ne se remettra jamais et qui le conduit à l'alcoolisme[5]. En 1996, il s'installe à Bordeaux, puis se fait admettre à l'hôpital psychiatrique de Cadillac (Gironde), pour combattre sa dépendance à l'alcool et sa neurasthénie ; durant deux séjours (1996 et 1997), il y écrit le cahier de L'Homme qui penche[6], dans lequel il portraiture les ombres errantes de l'hôpital. Le dernier de ces poèmes est daté du , deux mois et demi avant son suicide, survenu dans cet hôpital le [7].

Dans une langue épurée, sa poésie est l'expression contenue, pleine de sensibilité et détresse, d'un homme fracassé par la vie, mais qui, selon les termes de Jean Grosjean, réussit à faire en sorte que « ce que nous pouvions prendre pour un univers de médiocrité banale se trouve être une merveille. Elle ne nous retient pas par la manche comme font les vendeurs forains. Elle parle à mi-voix et l'entende qui veut. Elle dit : Qui que tu sois, tes instants ne contiennent rien d'autre, mais ils sont des miracles. »[8] Pour lui, « écrire un poème / c'est comme être seul / dans une rue si étroite / qu'on ne pourrait / croiser que son ombre »[9].

L'homme et son œuvre ont reçu l'hommage du monde de la poésie et des éditeurs de poésie[10],[11].

Distinctions[modifier | modifier le code]

  • Prix Voronca 1988
  • Prix Froissart 1989 (explication : Froissart avec un « t » et non un « d » est le nom du chroniqueur médiéval honoré à Valenciennes, dont la revue et les éditions dirigées par Jean Dauby ont pris le nom)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • Sur la table inventée, Éditions Jacques Brémond, 1988 (prix Ilarie Voronca 1988) ; nouvelle édition avec des encres de Gaëlle Fleur Debeaux, Éditions Jacques Brémond, 2015 (traduction italienne par Riccardo Corsi, Sulla tavola inventata, Roma, Edizioni degli animali, 2018)
  • Dolmen suivi de La Demeure phréatique, Cahiers Froissart, 1989 (prix Froissart) ; réédition Jacques Brémond, 2001
  • Le Journal d'un manœuvre, Éditions Gallimard, coll. « L'Arpenteur », 1990 et 2016; (traduction italienne, Diario di un manovale, a cura di Andrea Ponso, Milano, Edizioni degli animali, 2020)
  • Entre l'eau et la feuille, Éditions Arfuyen, 1991[12] ; réédition Jacques Brémond, 2015
  • Lettres à la bien-aimée, Éditions Gallimard, coll. « L'Arpenteur », 1995
  • Dans les branches, Éditions Opales, 1995 et 1999 ; réédition, avec une postface de Jean Maison (« Je t'attendrai en mai »), Le Ballet Royal, 2020
  • Le Drap déplié, Éditions L'Arrière-Pays, 1995 et 2001
  • De l'un à l'autre, avec des toiles filées de Denis Castaing, Éditions Jacques Brémond, 1996
  • L'Homme qui penche, Éditions Opales / Pleine Page, 1997 ; nouvelle édition revue et augmentée, Éditions Pleine Page, 2008[13] (traduction italienne par Michel Rouan et Loriano Gonfiantini, L'Uomo Che Pende, Pistoia, Edizioni Via del Vento, 2001) ; réédition avec une préface de Cédric Le Penven, Éditions Unes, 2017
  • Terre, Éditions Opales / Pleine Page, 1997 et 2000 ; réédition avec sept peintures de Véronique Gentil, Pierre Mainard éditeur, coll. « Grands Poèmes », 2021 (Pierre Mainard)
  • Dialogue avec Suso, Éditions Opales / Pleine Page, 1999
  • Sur un poème de Paul Celan, avec deux encres originales de Jean-Gilles Badaire, Éditions Jacques Brémond, 1999
  • Tout ce pourquoi est de sel (inédit), avec des illustrations de Marc Feld, Éditions Pleine Page, 2008
  • Carnet d'Orphée et autres poèmes, avec quatre encres et lavis de Jean-Claude Pirotte, préface de Isabelle Lévesque, Éditions Les Deux-Siciles, 2011 (traduction italienne par Marco Rota, avec trois linogravures de Piermario Dorigatti, Quaderno di Orfeo, Milano, Edizioni Quaderni di Orfeo, 2012)
  • Tel que c'est écrit, Éditions L'Arrière-Pays, 2012
  • Poésies 1978-1997 (rassemble ses poèmes jamais parus en livre), préface de Thierry Courcaud (« Dernière rencontre avec Thierry Metz »), Pierre Mainard éditeur, 2017 (Pierre Mainard) ; (traduction de poèmes extraits de Poésies 1978-1997, sous le titre Dire tutto alle case "Tout dire aux maisons" et traduits par Mia Lecomte, Interno Poesia Editore, 2021)
  • Le Grainetier (récit inédit)[14], suivi d'un entretien avec Jean Cussat-Blanc (« Avec Kostas Axelos et les Problèmes de l’enjeu »), préface d’Isabelle Lévesque, Pierre Mainard éditeur, 2019 (Pierre Mainard)

Sur Thierry Metz[modifier | modifier le code]

  • Revue Diérèse, no 52/53, , numéro consacré à Thierry Metz (textes, témoignages, documents), sous la direction de Daniel Martinez et Isabelle Lévesque.
  • Revue Diérèse, no 56, printemps 2012.
  • Cédric Le Penven[15], Thierry Metz, Éditions des Vanneaux, coll. « Présence de la poésie », 2017.
  • L’Homme qui penche, film de Marie-Violaine Brincard et Olivier Dury, Survivance, 2020[16].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Jérôme Garcin, « Thierry Metz : l'homme qui se redresse », L'Obs, 14 août 2017 [1]
  2. Cité par Thierry Courcaud dans « Dernière rencontre avec Thierry Metz », préface à Poésies 1978-1997, Éditions Pierre Mainard, 2017, p. 15.
  3. Isabelle Lévesque, préface au Grainetier, Pierre Mainard, 2019, p. 7.
  4. Mention faite dans Lettres à la Bien-aimée, quatrième de couverture, Gallimard, coll. « L'Arpenteur », 1995.
  5. Voir le texte de Marc Feld, auteur en 1995 d'une adaptation de L'Homme qui penche pour le théâtre, sur le site theatre-contemporain.net [2]
  6. « C’est l’alcool. Je suis là pour me sevrer, redevenir un homme d’eau et de thé. [...] Je dois tuer quelqu'un en moi, même si je ne sais pas trop comment m'y prendre. Toute la question ici est de ne pas perdre le fil. De le lier à ce que l'on est, à ce que je suis, écrivant. », écrit-il en octobre 1996 en arrivant au centre hospitalier, dans le premier des quatre-vingt-dix brefs poèmes en prose de L’Homme qui penche, éditions Opales, 1997 ; rééd. Unes, 2017, n. p.
  7. « Et pourtant l’homme qui penche n’est pas dans la tristesse, pas davantage dans le désespoir, mais au-delà de ces états, entouré, enfermé par un cercle invisible qui le rend comme absent à lui-même. Il s’observe et observe les autres, qui essaient eux aussi “de ne pas perdre le fil”. », Marie Étienne, « Le poète encerclé », En attendant Nadeau, 4 juillet 2017, [3]
  8. Jean Grosjean, préface à Le Journal d'un manœuvre, Gallimard, coll. « L'Arpenteur », 1990, p. 8.
  9. Thierry Metz, Poésies 1978-1997, Pierre Mainard, 2017, p. 142.
  10. « Terre avant les oiseaux, avant les étoiles hommage à Thierry Metz », sur remue.net, (consulté le )
  11. Marc Blanchet, « Le drap déplié », sur lmda.net, Le Matricule des anges n° 14, novembre 95 - janvier 96 (consulté le )
  12. consultable partiellement sur Gallica [4]
  13. L'Homme qui penche a fait l'objet d'une adaptation au théâtre par le comédien et poète Lionel Mazari en 2003 à la Médiathèque intercommunale de Miramas.
  14. Ce récit initiatique et onirique de jeunesse, « récit symbolique » d'avant les poèmes, a été initialement publié par épisodes, de l'hiver 1979 à l'hiver 1982, dans la revue Résurrection de Jean Cussat-Blanc, découvreur du poète qui l’accueillit dans chaque numéro ou presque, jusqu’en 2004, c’est-à-dire bien après la mort de Thierry Metz.
  15. Cédric Le Penven, qui a préfacé la réédition de L'Homme qui penche (Éditions Unes, 2017), a également publié un recueil de poèmes intitulé Sur un poème de Thierry Metz, illustré par le peintre Jean-Gilles Badaire, Éditions Jacques Brémond, 2013.
  16. Prologue-ALCA, entretien avec les deux réalisateurs du film

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]