Thermes de Chassenon

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Thermes de Chassenon
Cassinomagus
Thermes de Chassenon
Vue de l'unctorium sud.
Localisation
Pays Drapeau de la France France
Région antique Gaule aquitaine, Aquitaine seconde, Civitas Lemovices
Département Charente
Commune Chassenon
Coordonnées 45° 50′ 55″ nord, 0° 46′ 15″ est
Altitude 215 m
Superficie 25 hectares

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Thermes de Chassenon
Thermes de Chassenon

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Thermes de Chassenon
Thermes de Chassenon
Histoire
Époque Haut Empire romain

Les thermes de Chassenon, anciennement nommés thermes de Longeas à Chassenon en Charente limousine (département de la Charente) au bord de la via Agrippa, sont parmi les mieux conservés du monde gallo-romain. Ils font partie de la ville antique de Cassinomagus, au sein d'un ensemble monumental, un vaste sanctuaire composé des thermes, d'un théâtre et d'un temple. Ce sont des thermes doubles, à fonction hygiénique et curative construits sur deux niveaux et presque 1,5 ha.

Histoire[modifier | modifier le code]

La région de Chassenon, était occupée par un peuple de la Gaule celtique, nommé les Lémovices[1]. Ils étaient établis dans la Gaule aquitaine, une des trois provinces romaines (avec la Belgique et la Lyonnaise) créées par l'empereur Auguste en 27 av. notre ère. Ils avaient pour capitale Augustoritum, l'actuelle Limoges. La cité de Cassinomagus se situait à la frontière occidentale des Lémovices, proche des Pictons (dont la capitale était Poitiers), des Santons (Saintes) et des Pétrocores (Périgueux).

Les thermes de Cassinomagus ont été construits dans le courant du Ier siècle, sous le Haut-Empire, et réaménagés à plusieurs reprises. Ainsi les galeries latérales et les bassins orientaux seraient plus tardifs, et c'est donc l'image de l'édifice tel qu'il devait être au IIe ou au IIIe siècle que le visiteur peut voir actuellement.

Un incendie cause leur destruction à la fin du IIIe siècle (incendie que l'on pense accidentel en l'absence de conflits à cette période). Le site aurait ensuite été reconstruit au IVe siècle, continuant sa fonction première malgré une perte de son faste d'antan, une partie des hypocaustes ayant été laissés détruits, et les planchers en bois remplacés par des surfaces moins coûteuses (terre, sable). Vers le début du Ve siècle, le visage des thermes va changer puisque l'édifice sera réutilisé jusqu'au VIe siècle comme habitat rural. Cet abandon peu avant le milieu du Ve siècle marquera la fin de l'histoire du bâtiment et son ensevelissement progressif jusqu'à nos jours.

Les thermes de Chassenon sont classés monument historique et sont la propriété du département de la Charente. De nouvelles fouilles ont eu lieu de 1958 à 1988, période de dégagement du site, puis ont repris en 1995. Ces dernières fouilles, encore en cours, ont permis d'approfondir la connaissance des thermes et de préciser leur rôle et leur environnement. C'est ainsi qu'ont pu être découverts, au sein de l'ensemble monumental, un grand temple octogonal, dit de Montélu, un théâtre, la présence d'un aqueduc et de tout un réseau d'alimentation en eau.

Ces thermes doubles monumentaux, sont maintenant visitables de mars à novembre, et toute l'année pour les groupes avec réservation.

Les bâtiments[modifier | modifier le code]

Plan d'ensemble[modifier | modifier le code]

Les thermes, d'après les dernières prospections géophysiques, couvrent une surface carrée de 120 m de côté dont seuls environ 2/3 sont actuellement dégagés. L'accès en était possible directement depuis la Via Agrippa en arrivant à Cassinomagus.

Le rez-de-chaussée[modifier | modifier le code]

Cette partie était le niveau technique, réservé au personnel. On y trouvait une série de pièces dévolues à l'entretien des thermes :
- Une vaste galerie au Nord-Est, dont la fonction reste actuellement incertaine.
- La cour Nord permet de desservir et entretenir les latrines, dans le coin supérieur gauche, ainsi que le réseau d'égouts.
- De cette cour Nord, un passage vouté permettait d'accéder à la Première Cour de chauffe ainsi qu'à plusieurs foyers.
- Depuis cette cour de chauffe, un passage vouté desservait les "salles cendrier" qui ont probablement servi à stocker la cendre des fours, d'où leur nom.
- Enfin ce passage amenait dans la cour de chauffe Sud, desservant également plusieurs fours (praefurnium).

Le terrain, construit en pente, a dû être aménagé par l'ajout d'un certain nombre de salles voutées au même niveau pour que l'étage des curistes puisse être tout à fait droit. Ces salles étaient alors inaccessibles au personnel.

Les fours des cours de chauffe fonctionnaient grâce à des feux mis en place sous des chaudières en bronze qui permettaient de chauffer l'eau ainsi que l'air passant sous les salles. Ce dispositif était alimenté par du bois local[2].

L'étage[modifier | modifier le code]

C'est le lieu des parcours des baigneurs et des curistes. Il présente l'architecture symétrique des thermes doubles impériaux, avec dédoublement des palestres, des gymnases, des frigidaria et des salles chauffées et avec un parcours du centre vers la périphérie.

Circuit balnéaire des baigneurs[modifier | modifier le code]

Plan du niveau de circulation (d'après Brethenoux[1]).

C'est le circuit Nord, avec circuit court pour les sportifs par passage dans le grand gymnase au plancher de chêne, puis en petite salle de nettoyage et d'onction pour ensuite soit rejoindre les autres au tepidarium d'entrée, salle tiède de 230 m² située au centre des thermes, soit passer directement au frigidarium.

Les non-sportifs traversaient le gymnase pour entrer dans une petite salle chaude, passer au tepidarium d'entrée, puis à l'étuve sèche, ensuite à l'étuve humide, au tepidarium de sortie et rejoindre le frigidarium. Ils pouvaient alors nager dans un petit bassin ou dans la grande piscine extérieure.

Circuit balnéaire des curistes[modifier | modifier le code]

C'est le circuit sud qui s'effectuait en tournant vers la gauche avec aussi passage par la petite salle chaude, le tepidarium d'entrée, puis les piscines d'eau chaudes d'1,25 m de profondeur et ensuite passaient dans le frigidarium des curistes et éventuellement dans leur piscine couverte.

L'analyse de l'eau ne montre pas de propriété thermale ou curative, mais l'existence de deux piscines chaudes et de nombreux ex-voto prouve qu'il s'agissait d'un centre de soins.

Autres constructions[modifier | modifier le code]

Les thermes sont encadrés par deux galeries de 50 m de long, au plancher en frêne.

À l'extérieur se trouvaient une piscine et une palestre servant de solarium pour chacun des circuits, celui des curistes et celui des baigneurs.

Décor et matériau[modifier | modifier le code]

Les sols des piscines sont en calcaire ou en marbre, de nombreuses salles ont des planchers.

Les matériaux de construction sont des pierres calcaires et des pierres impactiques assemblées au mortier. Ces pierres impactiques, d'une grande variété de couleur et de texture, qui se taillent avec facilité et possèdent des qualités de résistance à la température et au gel ont été créées par le choc d'impact météoritique ayant formé l'astroblème de Rochechouart-Chassenon.

Les carrières d'extraction de l'impactite sont encore visibles de nos jours au sud du hameau de Longeas[1]. Les plaques de calcaire dur, utilisées pour les revêtements muraux et les dalles des sols, proviendraient de Charente ; le granite viendrait de la Haute-Vienne.

Circuit de l'eau[modifier | modifier le code]

Ces thermes nécessitaient au moins 629 m3 d'eau dans l'ensemble du circuit pour fonctionner[3],[4].

L'aqueduc principal amenait l'eau au site, mais c'est l'aqueduc secondaire qui l'acheminait jusqu'à l'entrée des thermes. Ensuite des canalisations en plomb assuraient l'approvisionnement des bassins froids et des chaudières.

L'évacuation des eaux usées se faisait par trois circuits distincts, un circuit périphérique qui collectait les eaux pluviales (toitures et ruissellement), un circuit souterrain qui recevait les eaux usées provenant de la vidange des bassins et un égout de sortie de nettoyage des latrines effectué à partir des circuits précédents envoyés dans les latrines par un système de vannes.

Actuellement[modifier | modifier le code]

Les thermes de Chassenon et l'ensemble du parc archéologique sont visitables en visites guidées ou avec un audioguide est fourni à l'entrée (entrée 6 euros pour les adultes).

Le site attire 20 000 personnes par an depuis les années 1980[5].

Le 13 avril 2015, le conseil départemental a refusé un projet de protection jugé trop onéreux émis par la majorité précédente. Il s'agissait de la construction de 10 000 m2 de toiture en velum au-dessus des thermes et la réalisation d'une grande passerelle reliant le pavillon d'accueil à l'édifice thermal[6],[7].

Des toits ont été construits pour protéger les bâtiments exhumés peu à peu par les fouilles. Le conseil général de la Charente a acquis les terrains alentour et des fouilles sont prévues pour retrouver l'ensemble de la palestre et des aqueducs. Les zones des temples et du théâtre ont été sondées mais leur mise à jour n'est pas d'actualité.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a b et c Jean-Paul Brethenoux, L'agglomération antique de Chassenon, Geste éditions,
  2. Les dossiers d'Archéologia n° 323, Pierre Aupert et David Hourcade, Les thermes doubles de Chassenon, p.18
  3. Historique des fouilles
  4. Les dossiers d'Archéologia n° 323, les thermes en Gaule romaine
  5. Article Cassinomagus-Vesunna, la Charente libre du 23 août 2010
  6. Patrick Servant, « Chassenon : le changement de toiture débute », Charente libre,‎ (lire en ligne)
  7. Julie Pasquier, « Arrêt des travaux à Chassenon: les élus locaux en colère », Charente libre,‎ (lire en ligne)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean-Paul Brethenoux, L'agglomération antique de Chassenon, Geste éditions,
  • Les dossiers d'Archéologia n° 323, les thermes en Gaule romaine.
  • Jean-Hippolyte Michon, Statistique monumentale de la Charente, Paris, Derache (réimprimé en 1980 par Bruno Sépulchre, Paris), , 334 p. (lire en ligne), p. 175-192
  • André Debord, La société laïque dans les pays de la Charente Xe-XIIe s., Picard, , 585 p. (ISBN 2-7084-0112-2, présentation en ligne), p. 62-63 (Louis Maurin)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]