Theodor Morell

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Theodor Morell
Description de cette image, également commentée ci-après
Le docteur Morell vers 1944
Nom de naissance Theodor Gilbert Morell
Naissance
Trais-Münzenberg, Empire allemand
Décès (à 61 ans)
Tegernsee, zone d'occupation américaine
Nationalité allemande
Profession
Formation
Distinctions

Compléments

Médecin personnel d'Adolf Hitler de 1936 à 1945.

Hitler et son état-major à la « Wolfsschanze ». Morell est le quatrième à partir de la droite.

Theodor Morell dit Theo ( en Haute-Hesse à Tegernsee) est un médecin allemand. Réputé en son temps en Allemagne pour les traitements non conventionnels, holistiques et alternatifs qu’il prescrivait à ses patient, il est principalement connu pour avoir été le médecin personnel d'Adolf Hitler

Bien qu’ayant une formation médicale et ayant exercé comme médecin généraliste bien avant sa rencontre avec Hitler, après la Seconde Guerre mondiale des enquêtes sur ses pratiques médicales menées conjointement à des interrogatoires par les Alliés lui valent aujourd'hui d'être généralement considéré comme un charlatan.

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Morell était le second fils d’un instituteur d’école primaire. Il est né et a été élevé dans un petit village appelé Trais-Müntzenberg en Haute-Hesse. Il étudie la médecine à Grenoble et Paris avant de se spécialiser en obstétrique et gynécologie à Munich au début de 1910. En 1913, il obtient son doctorat. Après avoir servi durant un an comme assistant médecin sur des bateaux de croisière, il acquiert une pratique à Dietzenbach. Il sert au front durant la Première Guerre mondiale en tant qu’officier médecin[1]. En 1919, il tient un cabinet à Berlin et en 1920 il épouse Johanna « Honni » Moller, une actrice fortunée. Il s’efforce de prescrire des traitements non conventionnels à une clientèle huppée et, pour finir, décline des invitations à devenir le médecin personnel du Shah d'Iran et médecin officiel de la légation de Roumanie[1].

Morell prétend avoir étudié auprès du bactériologiste Ilya Metchnikov, lauréat du Prix Nobel de médecine, ainsi que d’avoir enseigné la médecine dans de prestigieuses universités (parfois il s’appelait lui-même professor). Il possèdeégalement des participations significatives dans plusieurs sociétés pharmaceutiques européennes de moyenne importance.

Toutefois, à partir de 1933, sa pratique est menacée car plusieurs de ses patients étaient juifs et son physique lui vaut à plusieurs reprises d'être pris pour un Juif. En avril, il adhère au parti nazi, déménage son cabinet vers une adresse prestigieuse et commence à se présenter comme un vénéréologiste. En 1936, il traite Heinrich Hoffman pour une gonorrhée et prétend l’avoir guéri[2]. Heinrich Hoffmann et son assistante Eva Braun le présentent ensuite à Adolf Hitler.

Médecin d’Hitler[modifier | modifier le code]

Hitler souffre d’un exanthème et de flatulences lorsque, à l’occasion d’une réception au Berghof près de Berchtesgaden, il rencontre pour la première fois Morell qui lui déclare qu’il pourrait le soigner en moins d’un an. L’épouse de Morell n’approuve pas le fait qu’il accepte de devenir le médecin personnel d'Hitler. Morell commence à traiter son patient avec diverses préparations commerciales comprenant notamment une combinaison de vitamines et de bactéries E. coli appelée Mutaflor. Hitler semble commencer à récupérer et Morell finit par devenir membre du cercle intime de ses proches. Il allait en faire partie quasiment jusqu’à la fin de la guerre. Certains historiens ont tenté d’expliquer cette association avec Morell en se basant sur la réputation acquise en Allemagne par Morell dans le traitement de la syphilis combinée avec la crainte (supposée) d'Hitler pour cette maladie qu’il associait aux Juifs.

En tant que médecin d'Hitler, Morell est constamment recommandé à d’autres membres de l’appareil nazi mais, la plupart d’entre eux, y compris Hermann Göring et Heinrich Himmler préfèrent se passer de ses services, le considérant comme un charlatan. Comme Albert Speer le raconte dans son autobiographie :

« En 1936, lorsque ma circulation et mon estomac se rebellèrent… j’appelai le cabinet privé de Morell. Après un examen superficiel… Morell me prescrivit ses bactéries intestinales, de la dextrose, des vitamines et des tablettes d’hormones. »
« Par mesure de sécurité, j’eus ensuite un examen minutieux opéré par le Professeur von Bergmann, le spécialiste en médecine interne à l’Université de Berlin. Selon lui, je ne souffrais d’aucun trouble organique, mais seulement de symptômes nerveux causés par le surmenage. »
« Je réduisis mon rythme de travail autant qu’il était possible et les symptômes se réduisirent. Pour ne pas blesser Hitler, je lui prétendis que je suivais soigneusement les prescriptions de Morell et, comme ma santé s’améliorait, je devins pour un temps le patient témoin de Morell. » (Albert Speer, Au cœur du troisième Reich, 1970).

De plus, outre la méfiance des dignitaires nazis à son égard, la plupart des proches d'Hitler refusent d'être soignés par Morell du fait de son hygiène douteuse. Parmi eux, certains tentent de convaincre le Führer de le congédier, mais Hitler le considère, selon ses propres termes, comme un « médecin-miracle »[3].

Göring appelle Morell Der Reichsspritzenmeister, un surnom qui fit mouche. Ce terme est difficilement traduisible en français, il pourrait par exemple se traduire, bien qu’imparfaitement, par "Le Maître de la seringue". Ce terme impliquait de toutes manières que Morell finissait toujours par avoir recours à des injections et des médicaments lorsqu’il était confronté à n’importe quel problème médical et qu’il abusait de ces injections de substances pharmaceutiques.

Morell devient le rival du Dr Karl Brandt qui suivait Hitler depuis 1933. Tous deux sont souvent en désaccord, mais Hitler se range habituellement avec Morell. Eva Braun finit par changer d’avis sur Morell, décrivant son cabinet comme une « étable de cochons » et refusant de le revoir.

En 1939, Morell est présent lors de l'entrevue orageuse d'Hitler avec Emil Hácha, président de la Tchécoslovaquie. Terrifié par les menaces, Hácha perd connaissance. Morell le ranime alors en lui injectant des stimulants en vue de le ranimer et, bien qu’il prétende qu’il ne s’agissait que de vitamines, il se peut que l’injection ait contenu de la méthamphétamine. Hacha cède immédiatement aux exigences d'Hitler.

Après la tentative d’assassinat du 20 juillet 1944 contre Hitler, Morell le traite avec de la pénicilline qui venait d’être testée depuis peu par l’armée américaine. On ignore où il a pu se la procurer et Morell prétendit par la suite ne rien connaître de la pénicilline lorsqu’il fut interrogé par des officiers de renseignements américains après la guerre. En outre, quand des membres du cercle intime de Hitler furent interviewés pour la rédaction du livre Le Bunker, certains prétendirent que Morell détenait une participation importante dans une société qui vendait frauduleusement un produit présenté comme de la pénicilline.

En avril 1945, Hitler ingurgite quotidiennement vingt-huit pilules différentes outre de nombreuses injections (dont plusieurs de glucose)[4]. Le 21 avril 1945, Hitler renvoie Morell du Führerbunker à Berlin après lui avoir déclaré qu’il n'avait plus besoin de soins médicaux. Morell laisse néanmoins derrière lui de nombreuses préparations médicales prêtes à l’usage[5]. Durant la dernière semaine de vie de Hitler, elles lui sont administrées par le Dr Werner Haase et par Heinz Linge, son valet.

Décès[modifier | modifier le code]

Morell s’échappe de Berlin à bord d’un des derniers avions à quitter la ville mais est rapidement capturé par les Américains. Détenu dans un camp d’internement américain situé sur le site de l’ancien camp de concentration de Buchenwald et interrogé en raison de sa relative intimité avec Hitler, il n'est accusé d’aucun crime. Obèse et en très mauvaise santé, il décède à Tegernsee en mai 1948 des suites d'une attaque cérébrale.

Substances administrées à Hitler[modifier | modifier le code]

Morell a tenu un journal médical des médicaments, toniques, vitamines et autres substances qu’il avait administrées à Hitler, habituellement par injection ou sous forme de pilules. La plupart étaient des préparations commerciales, certaines de sa propre composition. Comme certains de ces composants sont considérés comme toxiques, beaucoup d’historiens se sont demandé si Morell n’aurait pas été involontairement responsable de la mauvaise santé de son patient. La liste fragmentaire d’ingrédients représentatifs qui figure ci-dessous aurait sans doute paru moins choquante dans les années 1940 :

Apparemment, Morell n'a jamais expliqué à Hitler la réelle nature des produits qu’il lui administrait, lui disant seulement que les préparations contenaient diverses vitamines et autres ingrédients naturels. Certains ingrédients furent par la suite confirmés par des médecins auxquels Hitler avait montré des pilules alors qu’ils le traitaient temporairement. Quelques-unes de ces préparations (comme le Glyconorm, un tonifiant populaire en Suisse pour combattre les infections) contenaient certaines formes de tissus animaux tels que placenta, muscle cardiaque, foie et testicules de taureau. Au cours des interrogatoires qu’il subit après la guerre, Morell prétendit qu’un autre médecin avait prescrit de la cocaïne à Hitler et qu’au moins un docteur de sa connaissance lui en avait administré sous forme de collyre à sa demande dans les heures qui avaient suivi l’attentat manqué de peu du 20 juillet 1944. La cocaïne était utilisée de façon habituelle dans les traitements médicaux en Allemagne à cette époque, mais on raconte[évasif] que Morell aurait multiplié le dosage par dix. L’abus de cocaïne en collyre a été associée avec un comportement psychotique, l’hypertension et d’autres symptômes, mais les historiens ont pour la plupart eu tendance à écarter tout effet des médications de Morell sur les décisions prises par Hitler.

Morell fut sujet à de nombreuses accusations de la part des proches d’Hitler. Plusieurs personnes ont prétendu qu’il lui aurait régulièrement injecté de la morphine sans l’en avertir et que Morell lui-même aurait été un morphinomane. Certains allèrent jusqu’à prétendre que Morell aurait utilisé Hitler comme cobaye pour plusieurs drogues qu’il essayait de développer en vue de les vendre, mais ces affirmations ont été émises par des personnes sans formation médicale et ne peuvent être considérées comme absolument fiables.

Dans la fiction[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Werner Maser, p. 322
  2. Werner Maser, p. 321-322.
  3. Uwe Bahnsen et James P. O'Donnell, Les Hommes du bunker, Allemagne, Robert Laffont,
  4. Werner Maser, p. 344-347.
  5. Werner Maser, p. 341-342
  6. https://www.youtube.com/watch?v=8DJr5q4Bf_s

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]