The powers that be

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Ne doit pas être confondu avec The powers that be (série télévisée).
Un portrait d'un vieil homme, cheveux longs, blancs, de profil, les mains entrelacées, vêtu de bleu et aux yeux très clairs.
Saint Paul, Il filosofo (Masto Ciccio) o San Paolo, Vincenzo Gemito, 1917.

The powers that be, ou TPTB, est une locution anglaise, un plurale tantum, désignant des instances supérieures, plus ou moins omnipotentes ou omniscientes, ayant un certain pouvoir sur d'autres personnes. Très utilisée, cette expression peut tout autant désigner une autorité établie et définie (gouvernement, responsables, managers, etc.) que des pouvoirs inconnus ou de l'ombre (personnes qui tireraient les ficelles dans un complot, extraterrestres) ou encore des responsables de la production d'une série télévisée.

Cette phrase prend son origine dans une version ancienne de la Bible anglaise où l'apôtre Paul dit :

« Let every soul be subject unto the higher powers. For there is no power but of God; the powers that be are ordained of God. »

— Épître aux Romains 13:1[1]

« Que chaque âme soit assujettie aux instances supérieures. Car il n'est pas plus grande puissance que celle de Dieu ; les puissances qui existent, sont nommées par Dieu. »

— Traduction littérale.

Origine[modifier | modifier le code]

La conversion de saint Paul, Nicolas-Bernard Lepicie, 1767.

La première apparition de l'expression se fait dans la traduction de la bible de William Tyndale réalisée en 1538 et utilisée dans la Bible du roi Jacques, une version de la bible qui fut publiée en 1611.[réf. souhaitée]

Critique de l'attribution de la phrase[modifier | modifier le code]

L'expression, absente du Nouveau Testament rédigé par Marcion, semble cependant authentique, mais plusieurs experts disputent son attribution à Paul[2]. Paul ne s'exprime en effet nulle part ailleurs sur la relation des chrétiens envers l'autorité et les versets incriminés contrediraient plusieurs idées fondamentales de Paul en sus d'être atypiques : Paul en effet discute toujours de l'autorité divine, jamais de celle des Hommes. Au contraire, l'attitude de Paul suggère dans plusieurs passages du Nouveau Testament, qu'il ne considère pas les autorités terrestres dignes d'un tel respect[2].

Circonscription de l'autorité des powers that be[modifier | modifier le code]

Les versets qui ont donné lieu à cette phrase, font référence aux institutions temporelles, et notamment au gouvernement à qui l'on doit payer des taxes. Paul ainsi distingue la plus haute des puissances : Dieu, et les puissances qui règnent : les gouvernements[1]. Le passage, destiné aux Chrétiens qui s'interrogent sur leurs devoirs envers les pouvoirs en place, recommande ainsi de suivre Matt. 22-17:21 (ou Marc 12:13-17) et de « rendre à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu »[1].

L'explication paulinienne des paroles de Jésus implique que hors des devoirs et du respect dus au pouvoir en place, les Chrétiens ne sont pas liés plus avant à ces autorités et que ces autorités ne peuvent se revendiquer d'un quelconque pouvoir sur eux : le gouvernement peut dicter la conduite des Hommes entre eux, mais pas des Hommes envers Dieu[3].

Dans l'Ancien comme le Nouveau Testament, les powers that be sont donc des autorités auxquelles on doit le respect mais contre lesquelles il est possible de se rebeller. En effet, dans l'Ancien Testament, sur le règne de Nabuchodonosor II, alors qu'il érige une icône d'or dans le désert et ordonne à son peuple de la vénérer, trois Juifs décident de braver l'interdiction. Pour cela ils sont condamnés mais Dieu intercède en leur faveur et les sauve par un miracle : le royaume de Babylone, bien qu'élevé par Dieu, oppresse son peuple et tente de le détourner de Lui, Dieu donc, cautionne la résistance à cette autorité dès lors que le roi cherche à dicter la conduite des Hommes envers Dieu[4].

Les powers that be ne sont pas cependant des personnes prises singulièrement, le terme représente un gouvernement, un groupe, l'ensemble des instances dirigeantes. En considérant que « Dieu n'engendre pas la confusion », le fait que des autorités gouvernementales se mettent en place procèderait donc de la volonté divine d'instaurer l'ordre, ce par le biais de la volonté et du choix du peuple de se soumettre, qui à une royauté, qui à un autre type de gouvernement[5].

Usage actuel[modifier | modifier le code]

Image en niveau de vert-de-gris, d'une pyramide dont la pointe est un triangle rayonnant contenant un œil.
La pyramide des illuminati, une théorie du complot classique selon laquelle les illuminati tireraient les ficelles et gouverneraient le monde entier dans l'ombre.

La signification de l'expression, depuis son analyse biblique, a lentement glissé au cours des siècles. Désormais utilisée pour parler de n'importe quel organe décisionnel supérieur, gouvernement ou administration, qu'il soit de l'ordre de la théorie du complot ou non[6],[7], the powers that be est devenu une expression courante en anglais qu'on retrouve parmi le fandom des séries télévisées tout autant que dans les gros titres de journaux.

Culture populaire[modifier | modifier le code]

Utilisé dans l'argot anglais sous la forme TPTB ou tptb, cette locution désigne sur internet les personnes responsables d'un site ou d'une organisation, le management, etc.[8] Cette phrase a de plus été utilisée dans plusieurs séries télévisées de Joss Whedon comme Buffy contre les vampires ou Angel où des êtres supérieurs sont nommés The powers that be.

Dans la série des X-Files : Aux frontières du réel, les fans désignaient ainsi par TPTB, les personnes que Monica appelait « eux » (they), qui semblaient être les mêmes personnes que les « gens » (men) que mentionne Scully. Eux, Il, etc. pourrait faire référence tout autant aux créateurs de la série. Le fait de nommer TPTB ces gens mystérieux, les créateurs de la série, ou encore les membres fantomatiques du Syndicat qui tire les ficelles tout le long de l'intrigue, avait pour effet ou but de donner un aspect d'autant plus inquiétant à ces figures que l'expression The powers that be donne un côté omniscient et omnipotent aux personnes désignées par la locution[9]. Dans cette série ainsi, le terme couvre tout autant « le gouvernement » que les aliens qui poursuivent Mulder et Scully[10], et la locution montre toute la dimension inquiétante du pouvoir en place[11].

TPTB est un terme ainsi très employé pour désigner les producteurs de séries télévisées, ou les responsables de diffusion[12],[13].

Théorie du complot[modifier | modifier le code]

Dans le cadre de la rhétorique de la théorie du complot, les powers that be sont vus comme des autorités sans visage et inhumaines, souvent les PTB guident et manipulent les gouvernements eux-mêmes[14]. Le discours conspirationniste sur les PTB se centre sur leur volonté de restreindre les libertés individuelles et mettre à bas la souveraineté nationale des pays. Parfois incarnés dans le FBI ou la CIA, parfois supérieurs à ces entités, TPTB agissent toujours dans l'ombre, souvent de manière planifiée. Pour diminuer l'élan des années 1960 vers les droits civiques, les TPTB auraient ainsi commandité les assassinats de John Fitzgerald Kennedy, de Robert F. Kennedy, de Malcolm X et de Martin Luther King[15].

Le discours conspirationniste peut se passer de l'identification précise des PTB, c'est un ensemble de personnes qui ont pour but de diviser pour régner et manipulent activement la population et son gouvernement à plusieurs échelles[16]. De par leur forme nébuleuse et toute puissante, les communautés conspirationnistes s'unissent et se voient comme seules capables de discerner la vérité dans un discours officiel distillé par les PTB[17].

Emplois de l'expression[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a b et c Jones 1998, p. 33-34
  2. a et b Bruce 1990, p. 99
  3. Jones 1998, p. 36
  4. Jones 1998, p. 39
  5. Jones 1998, p. 46
  6. (en) « The powers that be », sur Cambridge dictionnary
  7. (en) « Definition of the powers that be », sur Collins dictionnary
  8. (en) Paul Gil, « What Is 'TPTB'? What Does TPTB Mean? », sur Net for beginners
  9. Aden 1999, p. 182
  10. Sanders et Skoble 2008, p. 220
  11. Sanders et Skoble 2008, p. 223
  12. //books.google.com/books?id=rOPzKWCf0w8C&pg=PA179
  13. //books.google.com/books?id=61uKaiLWtcoC&pg=PA224
  14. //books.google.com/books?id=fj9etNUys2AC&pg=PA9
  15. //books.google.com/books?id=fj9etNUys2AC&pg=PA112
  16. //books.google.com/books?id=dhSrzLAAkXQC&pg=PA14
  17. //books.google.com/books?id=vV-UhrQaoecC&pg=PA142

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Quelques livres discutent de l'exégèse de la citation de Paul :

Sur la culture populaire, les discussions sont moins longues, et relèvent souvent de mention et d'explication du contexte, l'expression étant devenue un élément du langage courant :

  • (en) Roger Craig Aden, Popular Stories and Promised Lands : Fan Cultures and Symbolic Pilgrimages, University of Alabama, , 290 p. (ISBN 0-8173-0938-1, lire en ligne)
  • (en) Steven Sanders et Aeon J. Skoble, The philosophy of TV noir, University Press of Kentucky, , 272 p. (ISBN 978-0-8131-2449-0, lire en ligne)

Liens externes[modifier | modifier le code]