Théorie du Heartland

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La théorie du Heartland est le nom donné à une analyse géopolitique de l'histoire du monde proposée par le géographe britannique Halford John Mackinder en 1904 dans son article The Geographical Pivot of History (Le pivot géographique de l'histoire).

Histoire[modifier | modifier le code]

Le géographe Halford John Mackinder, géographe de formation, s'intéresse à la fin du XIXe siècle au rapport entre la géographie d'un pays et sa stratégie de puissance. Fortement empreint de darwinisme géographique, Mackinder s'inspire du « déterminisme scientifique » de la géopolitique allemande. Il soumet en 1904 à la Royal Geographical Society un article, The Geographical Pivot of History, où il présente une théorie des relations internationales qui s'inscrit dans le sillon de l'école réaliste[1].

Concept[modifier | modifier le code]

Une tripartition du monde[modifier | modifier le code]

Mackinder propose une division de l'espace terrestre en trois parties. La World-Island (Île Monde) est le continent eurasiatique, qui est le plus riche et le plus peuplé. Il y a ensuite les offshore islands, désignant les archipels britanniques et nippons, qui se trouvent à proximité de l'Île Monde et sont ou ont vocation à acquérir une grande puissance politique. Enfin, les outlying islands (îles périphériques) sont les territoires éloignés, tels que l'Amérique du Nord, l'Amérique du Sud et l'Australie.

Le Heartland, quant à lui, se trouve au centre de l'Île monde. Il s'étend de la Volga au Yangtze, et de l'Himalaya à l'Arctique. Principalement occupé par l'Empire russe à l'époque, il s'agit pour Mackinder du territoire le plus fertile et le plus important, stratégiquement, du monde.

Une importance stratégique de l'Europe de l'Est[modifier | modifier le code]

Mackinder réfute l'idée selon laquelle les puissances maritimes, telles que l'Empire Britannique, puissent dominer le monde éternellement. L'auteur soutient que l'amélioration des transports fortifie les puissances continentales et dynamise leur économie, renforçant le poids du Heartland.

En 1919, Mackinder résuma sa théorie avec les vers suivants :

« Who rules East Europe commands the Heartland; (« Qui contrôle l'Europe de l'Est contrôle l'Heartland ;)
who rules the Heartland commands the World-Island; (Qui contrôle l'Heartland contrôle l'Île Monde ;)
who rules the World-Island controls the world. » (Qui contrôle l'Île Monde contrôle le monde. »)

Le pouvoir qui contrôlerait l'Île Monde contrôlerait environ 50 % des ressources mondiales. La taille du Heartland et sa position centrale sont considérées comme un élément-clef dans le contrôle de l'Île Monde. La question centrale était donc de s'interroger sur la manière de sécuriser le contrôle du Heartland. La question a pu sembler sans intérêts dans la mesure où l'Empire russe contrôlait la plupart de l'espace situé entre la Volga et la Sibérie de l'Est depuis des siècles, mais à travers le XIXe siècle, les puissances d'Europe occidentale réussirent à prévenir les visées expansionnistes de l'Empire russe, notamment durant le Grand Jeu opposant les Empires britannique et russe en Asie ; d'autre part, malgré son immensité, l'Empire russe demeurait socialement, politiquement et technologiquement en retard; or Mackinder attachait une grande importance à la dimension sociale d'un espace.

Ce dernier considère que l'exercice d'une domination effective sur le Heartland par un seul pouvoir est difficilement réalisable dans la mesure où ce territoire est protégé par de puissantes défenses naturelles ; au nord d'une part, contre une domination maritime grâce à la glace ; au sud d'autre part, grâce aux montagnes et aux déserts. En outre, Mackinder a considéré la domination du Heartland par un seul pouvoir irréalisable du fait de l'inexistence de moyens de transports efficaces permettant d'assurer un flot constant de troupes.

Postérité[modifier | modifier le code]

En Allemagne[modifier | modifier le code]

Certains théoriciens allemands (comme Karl Haushofer) ont considéré cette théorie compatible avec la vision allemande en faveur du contrôle de la Mitteleuropa manifesté par le slogan Drang nach Osten (« Marche vers l'Est »). Le géographe Robert D. Kaplan, dans La Revanche de la géographie, publié en français en 2014, à partir de l'ouvrage de Robert Strausz-Hupé publié en 1942, étudie cet aspect dans son chapitre "La géopolitique au service des nazis". Il y montre comment Karl Haushofer a utilisé Mackinder en inversant sa thèse. Alors que Mackinder "recommandait de constituer des Etats indépendants en Europe de l'Est", Haushofer appela à la conquête au nom du "Lebensraum". Il rencontra Hitler en 1923 alors que ce dernier était en prison après l'échec de son putsch. Karl Haushofer lui dispensa alors des cours de géopolitique. Le chapitre 14 de Mein Kampf sur la politique étrangère du futur Etat nazi, a, selon Robert D. Kaplan, "sans doute été directement influencé par Karl Haushofer", p. 145-146. ''

Durant la Guerre froide[modifier | modifier le code]

Mackinder identifia le phénomène que certaines puissances occidentales au XXe siècle ont pu appeler le « cauchemar géopolitique », c'est-à-dire l'accession d'un contrôle total de l'Europe de l'Est par l'Allemagne (puis Troisième Reich) ou l'Empire Russe (puis URSS) leur permettant d'exercer leur puissance sur l'Eurasie et leur prodiguant un énorme avantage stratégique. Cette théorie a ainsi fortement contribué au façonnement des stratégies occidentales durant la guerre froide.

Influences universitaires[modifier | modifier le code]

On peut déceler l'influence de la théorie de Mackinder dans les travaux du géopolitologue Dimitri Kitsikis, notamment dans sa théorie de la région intermédiaire.

Références[modifier | modifier le code]

  1. H.J. Mackinder, Democratic Ideals and Reality, , Washington : National Defence University Press, 1996, p. 175-194

Sources[modifier | modifier le code]