Théorie des laryngales

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La théorie des laryngales s'est développée au début du XXe siècle, à partir d'une hypothèse initialement proposée par le linguiste suisse Ferdinand de Saussure en 1878, expliquant les alternances vocaliques qualitatives et quantitatives à la fin de certains radicaux proto-indo-européens par des "coefficients sonantiques", modulant une "voyelle élémentaire" /e/. Cette hypothèse a été étendue par le Danois Hermann Møller et le Français Albert Cuny, qui a proposé de voir dans ces "coefficients" des consonnes "laryngales".

Puis certains linguistes ont émis l'hypothèse que ces "laryngales" pouvaient expliquer les voyelles initiales d'autres radicaux indo-européens.

Selon toutes ces hypothèses, les voyelles /e/, /a/ et /o/ pourraient donc être issues d'une combinaison de la "voyelle élémentaire" de Saussure /e/ avec trois phonèmes aspirés idoines (les « laryngales ») H1, H2, H3, qui auraient modifié le timbre du /e/ initial, pour donner les trois voyelles e, a et o selon le schéma décrit dans le tableau ci-dessous.

initiale e- = H1e- a- = H2e- o- = H3e-
préconsonnantique ē = eH1- ā = eH2- ō = eH3-

Les voyelles de la première ligne sont apparemment courtes, celles de la deuxième, longues. Mais les hypothèses sous-jacentes résultent toutes de l'explication donnée en 1878 par Saussure des alternances vocaliques, explication limitée seulement à la fin de radical. Or, cette partie représente la jonction entre le radical proprement dit et la désinence apparente qui suit. Selon Saussure, cette désinence apparente ne pouvait être que la désinence réelle. Mais la structure désinentielle réelle peut toutefois être différente, et précisément expliquer l'alternance vocalique constatée, sans faire intervenir de "coefficient sonantique" ou "laryngale".

Histoire de la théorie[modifier | modifier le code]

Après sa formulation initiale, il faut attendre 1927 pour que le linguiste polonais Jerzy Kuryłowicz annonce que la langue hittite, récemment découverte, avait gardé des traces des phonèmes H2 et H3, alors que H1 s'était amuï dans cette langue. Il s'agit là d'un phénomène unique, aucune autre langue indo-européenne n'ayant gardé trace des laryngales, sinon sous la forme des voyelles résultantes. Cette découverte fut donc considérée comme une preuve irréfutable de la validité de l'hypothèse des laryngales.

D'autres linguistes, particulièrement à partir des années 1950, ont considéré qu'il convenait d'attribuer jusqu'à trois « formes » aux laryngales (sourde, sonore, vélaires), créant ainsi la bagatelle de neuf sons laryngaux.

Si la théorie des laryngales a été portée par des linguistes de renom, dont Émile Benveniste, elle a également été critiquée, notamment par Oswald Szemerényi (dans Einführung in die vergleichende Sprachwissenschaft), pour qui la seule laryngale vraiment attestée est le simple /h/, le proto-indo-européen possédant le même système vocalique à six grades (/a, e, i, o, u/ brefs et long et le schwa /ə/) que l'indo-européen « classique ».