Théorème des nombres pentagonaux

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En mathématiques, le théorème des nombres pentagonaux, dû au mathématicien suisse Euler, est le théorème qui établit le développement en série formelle de la fonction d'Euler :

.

Autrement dit :

Le nom du théorème vient de la forme des exposants dans le membre droit de l'égalité : ces nombres sont les nombres pentagonaux généralisés.

Le théorème des nombres pentagonaux est un cas particulier de l'identité du triple produit de Jacobi[1].

Interprétation combinatoire[modifier | modifier le code]

Ce théorème a une interprétation combinatoire en termes de partitions. En particulier, le membre de gauche est une fonction génératrice (pour des raisons similaires sur les fonctions génératrices pour des fonctions de partage non restreintes plus générales) du nombre de décompositions de n en un nombre pair de parties distinctes moins le nombre de décompositions de n en un nombre impair de parties distinctes : quand on explicite les produits du membre gauche de l'égalité, l'exposant n d'un terme xn est obtenu en sommant les diverses façon de décomposer n en parties distinctes. Le signe dépend du nombre de parties.

Par exemple, le coefficient de x5 est 1 parce qu'il existe deux manières de scinder 5 en un nombre pair de parties distinctes (4 + 1 et 3 + 2), mais seulement une manière de le faire pour un nombre impair de parties distinctes (5 lui-même).

Le membre de droite, une fois l'identité prouvée, dit qu'il y a autant de partitions d'un entier en un nombre pair de parties distinctes qu'en un nombre impair de parties distinctes, sauf si l'entier est un nombre pentagonal généralisé.

Par exemple, le coefficient de x6 est 0, et les partitions sont 6, 5 + 1, 4 + 2, 3 + 2 + 1 : il y en a bien autant (2) qui ont un nombre pair de parties et qui ont un nombre impair de parties.

Démonstration[modifier | modifier le code]

Cette interprétation conduit à une nouvelle démonstration[2] de l'identité par involution, trouvée en 1881[3] par Fabian Franklin[4],[5],[6].

Considérons le diagramme de Ferrers de n'importe quelle décomposition de n en parties distinctes (dans le diagramme ci-dessous n = 20 et la décomposition est 7 + 6 + 4 + 3).

******o
*****o
****
***

Soit k le nombre d'éléments dans la plus petite ligne de notre graphe. Soit s le nombre d'éléments dans la ligne à 45 degrés la plus à droite (marqués en rouge dans le diagramme ci-dessus). Dans celui-ci, s = 2 et k = 3.

Si k > s, nous prenons la ligne à 45 degrés la plus à droite et nous la déplaçons pour former une nouvelle ligne, comme dans le graphe ci-dessous.

******
*****
****
***
oo

Si ce n'est pas le cas (comme dans notre nouveau graphe où k = 2, s = 5) nous renversons le processus en déplaçant la ligne du dessous pour former une nouvelle ligne à 45 degrés (en ajoutant un élément à chacune des k premières lignes). Dans notre cas, ceci nous ramène au premier graphe.

Ceci montre qu'appliquer ce processus deux fois de suite nous ramène au graphe original et que le processus change la parité du nombre de lignes. Ainsi ce processus (quand il peut être exécuté) nous permet de répartir les diagrammes de Ferrers de partitions contribuant pour 1 et −1 en nombre égal dans la somme originale. Tout s'annule, sauf dans les deux cas où notre opération ne pourrait être exécutée : lorsque k = s ou k = s – 1.

1) k = s, la diagonale la plus à droite et la ligne du dessous se rencontrent. Par exemple,

*****
****
***

En essayant d'exécuter l'opération, cela nous conduirait à :

******
*****
*

qui ne change pas la parité du nombre de lignes, et n'est pas réversible (au sens précédent). S'il existe k éléments dans la dernière ligne du graphe original, alors

2) k = s – 1, la diagonale la plus à droite et la ligne du dessous se rencontrent. Par exemple,

******
*****
****

Notre opération requiert que nous déplacions la diagonale de droite vers la ligne du dessous, mais ceci nous conduirait à deux lignes de 3 éléments, ce qui est interdit, comme nous sommes en train de compter les décompositions en parties distinctes. Ceci est le cas précédent mais avec un élément supplémentaire dans chaque ligne, donc

.

En résumé, nous avons montré que les décompositions en un nombre pair de parties distinctes et en un nombre impair de parties distinctes s'annulent exactement les unes les autres, excepté pour les nombres pentagonaux, où il existe exactement un cas non compris (qui contribue au facteur (−1)k). Mais ceci est précisément ce que le membre de droite de l'identité précédente devrait faire, donc nous avons terminé.

Application[modifier | modifier le code]

Le théorème d'Euler permet d'obtenir une formule de récurrence pour calculer le nombre p(n) de partitions de n[7] :

ou plus formellement : pour ,

est le nombre pentagonal généralisé .

Notes et références[modifier | modifier le code]

(en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Pentagonal number theorem » (voir la liste des auteurs).

  1. Voir par exemple cet exercice corrigé de la leçon « Introduction à la théorie des nombres » sur la Wikiversité.
  2. Euler procédait, plus directement, par manipulation formelle de sommes et produits infinis. (en) Ed Sandifer, « Philip Naudé's problem », How Euler Did It, MAA,‎ (lire en ligne), mentionne :
    • Observationes analyticae variae de combinationibus (E158, écrit en 1741, publié en 1751) ;
    • Introductio in analysin infinitorum, vol. 1 (E101, écrit en 1745, publié en 1748) (chap. 16) ;
    • De partitione numerorum (E191, écrit en 1750, publié en 1753) ;
    • De partitione numerorum in partes tam numero quam specie datas (E394, écrit en 1768, publié en 1770).
  3. Apostol 1976, p. 313, signale que Legendre (1830) puis Jacobi (1846) avaient déjà redémontré ce théorème d'Euler.
  4. (en) John J. O'Connor et Edmund F. Robertson, « Fabian Franklin », dans MacTutor History of Mathematics archive, université de St Andrews (lire en ligne).
  5. F. Franklin, « Sur le développement du produit infini  », CRAS, vol. 92,‎ , p. 448-450 (lire en ligne).
  6. La preuve de Franklin est aussi détaillée dans cet exercice corrigé de la leçon « Introduction à la théorie des nombres » sur la Wikiversité.
  7. Pour une démonstration, voir par exemple le lien ci-dessous vers la leçon correspondante sur Wikiversité.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]