Théâtrophone

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Le théâtrophone, affiche de Jules Chéret (1896)

Le théâtrophone est une application spécifique du téléphone destiné à écouter l'opéra à distance ; elle fut mise au point en 1881 par Clément Ader. Le développement du droit d'auteur mit un terme à son développement.

Historique[modifier | modifier le code]

En 1879, Clément Ader participe à la création du premier réseau téléphonique (alors privé) de Paris avec Louis Breguet, Cornélius Roosevelt, François Rodde au sein de la Compagnie des Téléphones Gower, de l'ingénieur américain Frédéric Allen Gower. Devenue la Société générale des téléphones en 1880, la société lance en 1881 le théâtrophone, sur une idée d'Ader. Des micros sont installés de chaque côté de la scène de l'Opéra Garnier et permettent d’écouter l’opéra en restant chez soi. Il s'agit de simples micro au carbone à simple phase, une technologie ancienne qui ne permettait pas un très bon rendu acoustique et musical. Même si les micros sont installés de chaque côté de la scène cela ne signifie pas que le spectacle était retransmis en stéréo. Le système sera rapidement étendu à d'autres salles de spectacle.

Le Tribut de Zamora de Charles Gounod fut le premier opéra de l’histoire à être retransmis via des fils téléphoniques dans un autre immeuble. Au lendemain de la 15e représentation, on pouvait lire dans "Le Ménestrel" du 22 mai 1881 :

« [Le téléphone] a été mis en communication avec la salle de l’Opéra, à l’heure même des représentations. Réussite complète ! On entendait parfaitement, rue Richer [dans les magasins de l’Opéra], les voix de Mmes Krauss, Dufrane, Janvier, celles de MM. Sellier, Melchissédec et Lorrain, dans "Le Tribut de Zamora". »

« C'est très curieux. On se met aux oreilles deux couvre-oreilles qui correspondent avec le mur, et l'on entend la représentation de l'Opéra, on change de couvre-oreilles et l'on entend le Théâtre-Français, Coquelin, etc. On change encore et l'on entend l'Opéra-Comique. Les enfants étaient charmés et moi aussi »

— Victor Hugo, Choses vues, in Œuvres complètes, édition du Club Français du livre, tome XVI, 1970, p. 911.

En 1911 Marcel Proust, grand amateur de musique et féru d'opéra, s’abonne au théâtrophone, essentiellement pour écouter les opéras de Richard Wagner, qu’il adore et dit connaître par cœur (en particulier L'Anneau du Nibelung, Les Maîtres chanteurs de Nuremberg, mais surtout Tristan et Isolde et Parsifal), ce qui lui permet de suppléer aux limites techniques de la retransmission[1]. Le 21 février 1911, il entend aussi par ce moyen Pelléas et Mélisande de Claude Debussy.

La Belgique, le Portugal et la Suède adoptent le procédé dont l'extension sera freinée par les problèmes de droits d'auteur : ainsi Giuseppe Verdi obtiendra d'un tribunal de Bruxelles l'interdiction de retransmettre ses œuvres. Le système fonctionnera au moins jusqu'à fin 1936. Sa réussite aura permis à Clément Ader de réunir assez d'argent pour se consacrer à l'aviation.

Dans la littérature[modifier | modifier le code]

  • Le théâtrophone est le sujet d'une nouvelle d'Alphonse Allais : Une nouvelle application du théâtrophone, recueillie dans Rose et Vert Pomme.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Le théatrophone. In : Julien Lefèvre, L'électricité au théâtre, Paris, A. Grelot, 1894, chap. XVIII - lire sur Gallica.
  • Danièle Laster, « Splendeurs et misères du théâtrophone », Romantisme, année 1983, vol. 13 no 41, p. 74-78.

Source[modifier | modifier le code]

  • Jacques-Marie Vaslin, « Clément Ader fut, aussi, l'inventeur de la stéréo », Le Monde, « Le Monde Économie », 2 février 2010, p. 2.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Voir lettre LXXV à Georges de Lauris dans Marcel Proust, Correspondance générale. Voir aussi Carlo Persiani, « Proust, l’Opéra et le Ballet », Bulletin de la Société des Amis de Marcel Proust, n° 20, 1970, p. 994-1008 ; Denise Mayer , « Marcel Proust et la musique d’après sa correspondance », La Revue Musicale, n° 318, 1978 ; Gilles Remy, « Wagner entendu par Proust, Tristan et Parsifal », Wagner chez Proust, Revue du Cercle belge francophone Richard Wagner, n° 49, janvier 2014.

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