Théâtre national de Grèce

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Théâtre national de Grèce
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Façade du théâtre à Athènes.
Type Théâtre
Lieu 22, rue Agiou-Konstantinou
Athènes, Grèce
Coordonnées 37° 59′ 06″ nord, 23° 43′ 31″ est
Architecte Ernst Ziller
Inauguration 1880
Anciens noms Théâtre royal de Grèce
Statut juridique Théâtre national
Direction artistique Dimitris Lignadis
Composante Opéra national de Grèce
Site web www.n-t.gr

Géolocalisation sur la carte : Grèce
(Voir situation sur carte : Grèce)
Théâtre national de Grèce

Le théâtre national de Grèce (en grec : Εθνικό Θέατρο, Ethniko Theatro) est la principale institution publique théâtrale grecque fondée en 1880 à Athènes. L'institution a été ouverte en tant que théâtre royal sous l'impulsion du roi des Hellènes Georges Ier dans le but de promouvoir l'art du théâtre, la culture spirituelle et nationale. Le , l'institution est refondée par le gouvernement d'Elefthérios Venizélos et le ministre Geórgios Papandréou pour lui donner plus de prérogatives. Le Théâtre national travaille en coopération avec l'Opéra national. Son rôle est comparable à celui de la Comédie-Française en France.

Missions[modifier | modifier le code]

Ses objectifs sont principalement :

Histoire[modifier | modifier le code]

Fondation de l'institution[modifier | modifier le code]

L'institution a été fondée en 1880 par le roi Georges Ier comme « Théâtre royal ». Le bâtiment est construit entre 1895 et 1901 à Athènes rue Agiou-Konstantinou sur les plans de l'architecte Ernst Ziller. Le Théâtre national a commencé à étendre ses opérations et en 1901 avec l'ouverture d'une école d'art dramatique. La même année, le Théâtre ouvre ses portes au public avec un monologue de la pièce de théâtre de Dimitris Verardakis Maria Dozapatri et deux comédies grecques en un acte : La mort de Périclès de Dimitris Koromilas et une seconde de Charalambos Anninos. Après la première représentation, le théâtre a commencé à gagner en popularité parmi les classes moyennes supérieures et supérieures de la Grèce et a mis en scène plus de productions. L' un des plus célèbres de la période était une tragédie d'Eschyle, Oreste, mis en scène dans une traduction en prose par Yorgos Sotiriadis, ce qui n'a pas été sans heurts. En effet, la réalisation de la pièce a déclenché un long conflit linguistique, entre les partisans d'une langue pure savante, la katharevousa et le grec démotique moderne. Des étudiants de l'École de philosophie de l'Université d'Athènes, incités par leur professeur de littérature classique Yorgos Mistriotis, ont défilé le sur l'Avenue Konstantinou dans le but d'arrêter la représentation. Les manifestations ont très vite dégénéré et se sont soldés par l'intervention houleuse de la police. Au total, l'évènement causa la mort d'un étudiant et de dix blessés. La question linguistique n'est pas à sous-estimer dans les milieux culturels grecs de l'époque, et dure pendant tout l'Entre-deux-guerres : l'actrice Maríka Kotopoúli refuse de jouer des pièces écrites en grec moderne.

Création du Théâtre national[modifier | modifier le code]

Le , le ministre chargé des Affaires Culturelles, de l'Éducation et des Affaires religieuses du gouvernement Venizélos, Geórgios Papandréou, réforme en profondeur l'institution : il le renomme en Théâtre national hellénique (jugé plus consensuel à l'époque du régime républicain alors en vigueur). Les missions du Théâtre national ne sont plus simplement de faire vivre la culture théâtrale, mais aussi de l'enseigner et de la diffuser. Kostis Bastias, écrivain, journaliste et éditeur alors très en vue, est le nouveau directeur de l'institution : c'est d'ailleurs à lui que la Grèce doit la création, en 1938, d'une grande exposition d'art panhellénique qui contribue grandement à la diffusion de la culture grecque contemporaine. Une nouvelle génération d'acteurs grandit au sein de l'institution et participe à renouveler le style théâtral de l'époque, alors très ancrée dans le renouveau des textes antique : tandis qu'Aimilios Veakis (qui fut d'ailleurs un membre actif de la résistance communiste pendant la Deuxième Guerre mondiale) s'illustre dans Œdipe roi de Sophocle, Katína Paxinoú introduit le théâtre moderne français avec le drame Femme nue d'Henry Bataille, Hélène Papadaki le théâtre italien avec la pièce Six personnages en quête d'auteur de Pirandello et Aléxis Minotís le théâtre élisabéthain (Le Marchand de Venise, Hamlet, Macbeth), scandinave (Peer Gynt d'Edvard Grieg) et allemand (Mère Courage et ses enfants de Bertolt Brecht).

En 1939, l'Opéra national de Grèce (Εθνική Λυρική Σκηνή) est créé pour décharger le Théâtre national de la partie musicale.

Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Durant la guerre, l'institution est fermée par l'Occupant. Néanmoins, une représentation a lieu en 1942 d'opéra ToscaMaria Callas fait sa première apparition sur les planches du théâtre. En 1943, Hélène Papadaki joue au Théâtre d'Hérode une pièce d'Euripide, Hécube, réalisé par le metteur en scène Socrate Karantinou.

En raison de l'instabilité politique et du contexte de la guerre civile grecque, le théâtre déménage rue de l'Académie au Théâtre d'Olympie. Melina Mercouri y joue en 1948 un drame de l'espagnol Martinez Sierra, Craddle Song[1].

Période contemporaine[modifier | modifier le code]

Melina Mercouri joua beaucoup au Théâtre national.

En 1953, le théâtre retrouve son rôle prééminent dans la vie intellectuelle grecque et athénienne, avec le succès triomphal de la pièce de Grigorios Xenopoulos, Le Secret de la Comtesse Valerena[2]. En pleine Reconstruction, des pièces antiques sont réapproprieés par des metteurs en scène comme Alexis Solomos, Maria Aroni et Christophoros Nezer. Le style contemporain de la musique de Lysistrata d'Aristophane est choisie par Manos Madjidakis et participe à cette réappropriation de l'héritage de l'Hellade classique. En 1956, le Faust de Goethe est un vrai succès[3].

Durant la Dictature des colonels, les pièces grecques sont privilégiés sur les autres, conformément à la nouvelle politique nationaliste du régime. Cela n'empêche pas Manos Katrakis de monter la pièce Don Quichotte en 1972. Les évènements de 1974 (Invasion turque de Chypre, Coup d'État à Chypre) oblige le théâtre à momentanément interrompre ses pièces en raison de la mobilisation qui est décrétée. Le calme revient après le renversement du régime et la restauration de la démocratie sous l'égide de Konstantínos Karamanlís.

Dans les années 1980, le théâtre absurde fait son entrée au répertoire avec Samuel Beckett (Oh les beaux jours) et le symbolisme avec Maurice Maeterlinck (L'Oiseau bleu). Un théâtre pour enfants ouvre afin de sensibiliser la jeunesse à l'art du spectacle. Les grèves de 1991 paralysent temporairement les activités du théâtre, qui ne pourront reprendre que quelques mois plus tard.

Les années 1990 sont la période de développement de multiples activités pour le Théâtre national : en 1995, le Théâtre des Enfants est inauguré et la première pièce jouée est La Belle au bois dormant de Charles Perrault. Un an plus tard, un théâtre d'Art Expérimental est créé en parallèle aux autres activités du Théâtre national. Au début de l'an 2000, le théâtre devient membre de la Convention européenne du théâtre, rejoignant ainsi 23 autres théâtres du continent[4].

En 2006, le théâtre est intégralement restauré. En 2016, une initiative des gouvernements grecs et chypriotes conduit à une première production conjointe entre le Théâtre hellénique et le Théâtre de Chypre. Il s'agit d'Antigone de Sophocle, réalisé par Stathis Livathinos.

Du 16 au , le premier atelier international sur le théâtre antique se tient à Delphes, en collaboration avec le Centre culturel européen[5].

Répertoire[modifier | modifier le code]

Le logo actuel de l'institution.

Le registre choisi a beaucoup évolué au cours du temps. Les pièces issues du théâtre antique grec ont beaucoup été privilégiées jusqu'au début des années 1930, date à laquelle le théâtre devient national. À partir de cette période, les metteurs en scène s'ouvrent au théâtre européen (Shakespeare avec Othello ou le Maure de Venise, Molière avec Le Noble Villageois, Henrik Ibsen avec Vampires, Anton Tchekhov avec Oncle Vania). Cette ouverture au théâtre étranger se prolonge durant les années 1950 et 1960 : on joue des pièces françaises (Marivaux, Astuces érotiques), allemandes (Schiller, Marie Stuart), espagnoles (Alejandro Casona, La Dame de l'aube), russes (Leonid Andreyev, Anthi), italiennes (Luigi Pirandello, La Volupté de l'honneur). Parallèlement, le théâtre antique est réinterprété par Aléxis Minotís, Kostas Michailidis et Michalis Bouchlis.

Plusieurs scènes de l'institution sont dédiées à différents types de répertoire :

  • La scène centrale pour le théâtre classique ;
  • La nouvelle scène et la scène Peiramatiki, pour le théâtre expérimental ;
  • La scène Kotopouli depuis 1991 et la scène Paxinou depuis 1995.

Lieux de spectacles[modifier | modifier le code]

Le théâtre du Pirée.

Le Théâtre royal ouvre ses portes dans un bâtiment de style néoclassique, rue Agiou Konstantinou, à deux pas de la place Omónia. La construction est confiée à l'architecte germano-hellène Ernst Ziller, alors très en vogue. C'est le lieu historique où ont été données la plupart des grandes représentations, bien que les théâtres antiques (Odéon d'Hérode Atticus par exemple) ont été utilisés à de nombreuses reprises par les metteurs en scène.

Le Théâtre municipal du Pirée, construit par l'architecte Ioannis Lazarimos en 1895, sert depuis la fin de la guerre d'annexe et de théâtre complémentaire. Il dispose de 600 places.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Gregorio Martinez Sierra, Craddle Song, Adelaide University Theatre Guild, (lire en ligne)
  2. (en) « Grigorios Xenopoulos | Greek author », sur Encyclopedia Britannica (consulté le 4 avril 2020)
  3. (en) « History - National Theatre of Greece », sur www.n-t.gr (consulté le 4 avril 2020)
  4. « Home | European Theatre Convention », sur www.europeantheatre.eu (consulté le 4 avril 2020)
  5. « U.T.E. : Réseau International de Théâtre Antique en Grèce: Appel à candidatures », sur www.union-theatres-europe.eu (consulté le 4 avril 2020)

Lien externe[modifier | modifier le code]