Théâtre gallo-romain des Bardiaux

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Théâtre gallo-romain des Bardiaux
Les Bardiaux
Image illustrative de l’article Théâtre gallo-romain des Bardiaux
Vue panoramique du théâtre en 2011.
Localisation
Pays Drapeau de la France France
Région antique Gaule lyonnaise
Département Nièvre
Commune Arleuf
Protection Logo monument historique Classé MH (1975)
Coordonnées 47° 03′ 26″ nord, 4° 00′ 31″ est
Altitude 600 m
Superficie 0,18 ha
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Théâtre gallo-romain des Bardiaux
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Théâtre gallo-romain des Bardiaux
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Théâtre gallo-romain des Bardiaux
Théâtre gallo-romain des Bardiaux
Histoire
Époque Fin du IIe siècle

Le théâtre gallo-romain des Bardiaux est un théâtre antique situé au lieu-dit Les Bardiaux, sur la commune d'Arleuf dans la Nièvre, au cœur du Morvan. Il a été édifié à la fin du IIe siècle.

Situation[modifier | modifier le code]

Le site des Bardiaux se trouve dans l'est de la Nièvre, jouxtant la Saône-et-Loire, à 1,7 km (à vol d'oiseau) au nord-ouest d'Arleuf, environ 5 km à l'est de Château-Chinon et 3,3 km à l'est de la rivière Yonne[1].

Il est sur le versant nord de la vallée du Chaz, petit affluent de rive droite (côté est) de l'Yonne, qui coule à 500 m au sud du site à 530 m d'altitude. Le point culminant du versant nord est à 680 m d'altitude et le site lui-même à 590 m d'altitude, soit un gradient de pente de environ 12 % qui a été utilisé pour l'étagement des gradins du théâtre[1].

Les environs

Selon J.-F. Baudiau, l'ancien château de Beauregard, une motte féodale[2], était bâti sur une villa gallo-romaine[3] (Beauregard est à 1,7 km ouest-sud-ouest des Bardiaux[1]).

On ne connaît pas le nom de la bourgade antique qui existait à cet endroit.

Toponymie[modifier | modifier le code]

On le trouve également orthographié « les Bardaults » (années 1960-1980)[4] et Bardiets (carte de Cassini, XVIIIe siècle[5]).

Historique des fouilles[modifier | modifier le code]

En 1867, Jacques-Felix Baudiau, curé de Dun-les-Places, écrivait : « Aux Bardiaux, de Beardo, où le peuple croit qu'il y eut une ville, on a découvert de nombreuses médailles[n 1] et d'autres objets curieux, qui furent vendus, en 1857, à un colporteur »[6].

Des recherches ont lieu au XIXe siècle à cet endroit (Marlot et Luquet)[réf. nécessaire]. Puis en 1971 le Dr Lucien Olivier[7], du GRAHM (Groupe de recherche archéologique en Haut-Morvan)[8], y ouvre un chantier de fouilles[7]. L'obstination de l'entrepreneur Jacques Hédeline, qui dispose d'une pelle mécanique, permet finalement la découverte[8], alors que les crédits alloués aux fouilles sont épuisés.[réf. nécessaire]

Dès 1972, L. Olivier exhume les fondations du mur d'enceinte et du bâtiment de scène du théâtre[7], qu'il fouille minutieusement de 1972 à 1974 : fouille exhaustive des bâtiments de la scène, prospection et vérification des niveaux des sols d'occupation par quelques coupes rayonnantes, décapage de l'orchestre et de la cavea[9].

Les vestiges de plusieurs maisons sont également identifiés[10] (voir la section « L'habitat » ci-dessous).

Le site est réexaminé en 2013 dans le cadre d'un projet collectif de recherche sur les « agglomérations antiques de Bourgogne, Franche-Comté et Champagne méridionale »[10].

Une statuette de 16 cm de haut (déesse de l'Abondance), découverte sur le site et baptisée la Dame des Bardiaux est visible au musée Rolin d'Autun[11].

Description[modifier | modifier le code]

Le site en 2007. Le rectangle de pierres est les fondations du bâtiment du théâtre.

Le théâtre[modifier | modifier le code]

Il a été bâti sur un niveau d'occupation antérieur[12].

Le théâtre est bâti en rectangle, avec les deux angles les plus éloignés de la scène arrondis en deux arcs de cercle qui rejoignent, après un court décrochement, un mur de fond parallèle à la scène. Ce mur de fond mesure plus de 20 m de long (voir plan dans Devauges 1974, p. 440). La cavea est divisée en cinq niveaux concentriques autrefois équipés avec des bancs de bois étagés ; le spectateur dominait de deux à six mètres le niveau de la scène[9].

Le théâtre mesure 45 m de long sur 40 mètres de large et possède 6 terrasses concentriques tenant lieu de gradins. Son périmètre était défini par un mur de 50 cm d'épaisseur, pour une hauteur variant de 40 à 60 cm. Ce théâtre possédait un orchestre d'un peu plus de 9 m de rayon.[réf. nécessaire]

Le bâtiment de scène est encadré de deux portes et comporte trois compartiments rectangulaires ; le compartiment à l'avant a sans doute porté un podium en bois[7].

Ce théâtre rural devait avait avoir une capacité d'accueil de 600 à 700 places et devait également servir de lieu de réunions publiques et peut-être de rituels[13].



L'habitat[modifier | modifier le code]

Le site commence à être occupé au Ier siècle, avec un petit bâtiment et la chaussée de la voie[15].

Jusqu'en 2004, une seule maison importante a été fouillée, près du théâtre. Elle a brûlé, probablement en même temps que le théâtre, et son site a été réutilisé[16].

Une seconde grande maison, dégagée dès 1972, a connu deux états successifs[7]. Elle a livré un bassin en planches de chêne doublé d'argile, de dimensions 2,5 × 1,40 × 0,75 m, qui captait l'eau d'une source voisine[16].

Du côté nord de la route[16] se trouvent des bas-fourneaux en briques installés à flanc de coteau, pour la réduction du minerai de fer[17]. Selon Baudiau, la forêt de Montarnu (dans le sud de la commune) était réputée localement pour son minerai de fer[3].

Tout proches des bas-fourneaux, trois bâtiments dont l'un peut être à la fois forge et habitat, et un autre plus luxueux qui a peu être la demeure du maître de l'activité métallurgique[17].

Les découvertes incluent une faux en fer[18] dans le secteur Fougerat, une clochette et une pointe d'aiguillon (secteur Bardiaux) associées à la présence de bétail[19], des bronzes d'un char, de la céramique des Ve – VIIe siècles dans le bassin en bois du « captage Rougelot »[18]

Les voies antiques[modifier | modifier le code]

L'endroit se trouve près d'un nœud de voies pré-romaines[7].

La voie d'Autun à Orléans[modifier | modifier le code]

Dans la région, cette voie antique joint Autun à Entrains par Château-Chinon en passant par le col des Paquelins[n 2] comme le fait la route actuelle d'Autun à Nevers (la D978[1]) ; puis elle rejoint les Bardiaux, et sort du Morvan après l'Huis Gaudry (2,5 km au nord de Château-Chinon)[20]. Est-elle la voie antique antérieure à la construction du théâtre et qui traverse l'emprise au sol de ce dernier dans le sens est-ouest ? C'est possible, puisqu'on sait que le théâtre a été bâti sur un niveau d'occupation antérieur[12]. Un tronçon de voie coupe le côté ouest du théâtre dans le sens est-ouest. Il a été fouillé en 1974[21]. La vue par satellite montre encore son empreinte sur le couvert végétal[14].

Passer par Arleuf / les Bardiaux pour aller à pied d'Autun à Entrains, donne un trajet à peu près en ligne droite[22]. Et au-delà d'Entrains, on rejoint Orléans[2].

, et qui constituait vraisemblablement une halte sur la voie menant d'Orléans à Autun via Entrains (Intranum, Nièvre) et le site de Compierre[n 3] sur Champallement.[réf. nécessaire]

Une voie nord-sud : Alésia - Bibracte[modifier | modifier le code]

À cette voie Autun - Orléans s'embranchait, « entre Arleuf et les Bardiaux, une route moins importante, mais encore visible dans les bois des Brenots, allant à Saulieu par Gien, Moux, Alligny, et passant sur la chaussée de l'ancien étang du Tauron » (2,3 km nord-ouest du théâtre)[4]. Il semble que ce chemin passait à quelques petites dizaines de mètres du côté est du théâtre[23]. Ce serait une voie joignant Bibracte au sud à Alésia au nord[24],[25]. Supprimer Arleuf du trajet réduit la distance de 2 km et fait passer le trajet à environ 6 km à l'est des Bardiaux[24].

Il y a aussi le chemin repris de nos jours par une partie de la D500 au nord d'Arleuf, qui mène lui aussi à Alligny au nord-est et plus loin Saulieu ; celle-là passe à 1 km à l'est des Bardiaux[23].

Les Bardiaux et le Boxum de la table de Peutinger[modifier | modifier le code]

Plusieurs auteurs[25] ont spéculé que les Bardiaux pouvaient être le Boxum[26] qui se trouve dans la table de Peutinger sur la route d'Autun à Decize, entre Aug. Dunum (Augusto Dunum, Autun, 8 lieues gauloises) et Aquis Nisineii (Aquae Nisinaei, Saint-Honoré-les-Bains, 22 lieues gauloises).
Il est vrai que la distance Autun - Saint-Honoré-les-Bains, à pied et à peu près en ligne droite, est de 43 km[27], soit environ 30 lieues pour une lieue de 1 415 m ; ce qui correspond aux 30 lieues de la table de Peutinger.
Mais la position géographique ne correspond pas : Arleuf est à 25 km (à pied) au nord-est de Saint-Honoré-les-Bains, alors qu'Autun, Saint-Honoré-les-Bains et Nevers sont à peu près alignés en latitude. Le trajet Autun - Arleuf - Saint-Honoré-les-Bains (à pied) fait une nette courbe vers le nord et fait 52 km[28] soit 9 km en plus que les 43 km du trajet direct - une différence dont on tient compte quand on est à pied ou en véhicule attelé (et, vraisemblablement, chargé aussi). Pour indication, .

Péquinot, Picard et Rolley (2004) sont parmi ceux qui n'adhèrent pas à cette hypothèse : pour eux, il est clair que la position de Boxum ne correspond pas à celle des Bardiaux[15].


Table de Peutinger : voie Autun - Boxum - Saint-Honoré-les-Bains - Decize

Protection[modifier | modifier le code]

Le théâtre est classé au titre des monuments historiques depuis le [29].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes
  1. J.F. Baudiau cite, parmi les trouvailles aux Bardiaux, des médailles de Auguste, Vespasien, Domitien, Adrien, Gallien, Julia-Paila, Salonin, Posthume, Victorin, Claude-le-Gothique, Quintillé, Numérien, Dioclétien, Magnance… Voir Baudiau 1867, p. 320, note 2.
  2. Le col des Paquelins, de nos jours appelé col des Pasquelins sur la carte IGN, est sur la D978 entre Château-Chinon et Autun, à 1,7 km à l'est d'Arleuf. Il atteint 674 m d'altitude (voir dans les références la carte IGN « Théâtre gallo-romain des Bardiaux et Arleuf » sur Géoportail).
  3. Pour le site du bois de Compierre, voir l'article « Champallement », section « Antiquité ».
Références
  1. a b c d et e « Théâtre gallo-romain des Bardiaux et Arleuf, carte interactive » sur Géoportail. Couches « Cartes IGN classiques » et « Hydrographie » activées. Les distances à vol d'oiseau se mesurent avec l'outil « Mesurer une distance » dans l'onglet « Outils cartographiques » à droite (symbole de petite clé plate).
  2. a et b « Motte féodale de Beauregard », sur patrimoinedumorvan.org (consulté en ).
  3. a et b Baudiau 1867, p. 321.
  4. a et b « Des chemins et des hommes », 1re série de documents > 8 - Le Morvan économique > Communication en Morvan > - 8.10 – Les voies anciennes (6 pages) [PDF], sur eulglod.fr (consulté en ). Ce document fait partie d'un ensemble de quelque 1 300 pièces écrites approximativement entre les années 1963 et 1985 sur le Morvand, par un auteur anonyme.
  5. « Bardiets et Arleuf sur la carte de Cassini » sur Géoportail.
  6. [Baudiau 1867] Jacques-Félix Baudiau, Le Morvand ou Essai géographique, topographique et historique sur cette contrée, t. 1, Nevers, impr. Fay père et fils, , 2e éd., 629 p., sur gallica (lire en ligne), p. 320.
  7. a b c d e et f [Rolley 1972] Claude Rolley, « Circonscription de Bourgogne », Gallia, t. 30, no 2,‎ , p. 443-467 (voir p. 457) (lire en ligne [sur persee], consulté en ).
  8. a et b « Le théâtre gallo-romain des Bardiaux », sur seclin.tourisme2.free.fr (consulté en ).
  9. a et b [Devauges 1974] J.-B. Devauges, « Circonscription de Bourgogne », Gallia, t. 32, no 2,‎ , p. 427-451 (voir p. 440) (lire en ligne [sur persee], consulté en ).
  10. a et b [Venault & Nouvel 2015] Stéphane Venault (responsable et coordination) et Pierre Nouvel (coordination), Agglomérations antiques de Bourgogne, Franche-Comté et Champagne méridionale. Inventaire archéologique, cartographie et analyses spatiales (Rapport d'activité du projet collectif de recherche ; organisme de rattachement : UMR 6249 - Laboratoire Chrono-Environnement, Université de Franche-Comté), , 640 p. (lire en ligne [PDF] sur agglocene.huma-num.fr), p. 28, fig. 4 : « Plan de quatre des six unités d'habitat dégagées à Arleuf Les Bardiaux » ; et p. 86 pour le réexamen du site.
  11. Péquinot, Picard et Rolley 2004, p. 23 : photo de la statuette « Damme des Bardiaux ».
  12. a et b Devauges 1974, p. 440.
  13. Roland Niaux, « Arleuf (Nièvre) », sur sites.google.com/site/montbeuvray, (consulté en ).
  14. a et b « Vue rapprochée, par satellite, du théâtre », sur geoportail.gouv.fr, Géoportail (consulté en ).
  15. a et b Péquinot, Picard et Rolley 2004, p. 21.
  16. a b et c Péquinot, Picard et Rolley 2004, p. 23.
  17. a et b Péquinot, Picard et Rolley 2004, p. 25.
  18. a et b Péquinot, Picard et Rolley 2004, p. 44, pl. 5.
  19. Péquinot, Picard et Rolley 2004, p. 37.
  20. Péquinot, Picard et Rolley 2004, p. 17.
  21. Péquinot, Picard et Rolley 2004, p. 13, pl. 3, photo du bas : un hangar recouvre la fouille du tronçon de chaussée côté ouest du théâtre.
  22. « Trajet à pied Autun - Arleuf - Entrains », sur google.fr/maps (consulté en ).
  23. a et b Péquinot, Picard et Rolley 2004, (p. 8, fig. 2).
  24. a et b « Trajet à pied Bibracte - Arleuf - Alligny - Alésia », sur google.fr/maps (consulté en ).
  25. a et b « Les Bardiaux », Accueil > Curiosités, sur eulglod.fr (consulté en ).
  26. « Boxum sur la table de Peutinger », sur euratlas.net (consulté en ).
  27. « Trajet à pied Autun - Saint-Honoré-les-Bains », sur google.fr/maps (consulté en ).
  28. « Trajet à pied Autun - Arleuf - Saint-Honoré-les-Bains », sur google.fr/maps (consulté en ).
  29. « Théâtre rural gallo-romain », notice no PA00112793, base Mérimée, ministère français de la Culture.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • [Bigeard, Bouthier et al. 1996] Hélène Bigeard, avec la collaboration de Alain Bouthier et al., Carte archéologique de la Gaule - Nièvre 58 (inventaire des sites archéologique de la Tène au moyen-Âge dans la Nièvre, commune par commune), Paris, Académie des inscriptions et belles-lettres / éditions de la Maison des sciences de l'homme, , 304 p. (ISBN 978-2-87754-045-2, présentation en ligne).
  • [Hollard 2000] Dominique Hollard, « Le dépôt de flans monétaires et d'imitations radiées du théâtre gallo-romain d'Arleuf "Les Bardiaux" (Nièvre) », dans Trésors monétaires, vol. 19, (ISSN 0223-4300), p. 117–128.
  • [Olivier 1984] Lucien Olivier, « Un type d'habitat rural gallo-romain dans le Haut-Morvan », dans La Bourgogne. Études archéologiques, t. 1 (Actes du 109e congrès national des Sociétés savantes tenu à Dijon), Paris, Comité des travaux historiques et scientifiques, coll. « Archéologie et histoire de l'art », , 39 p. (lire en ligne [PDF] sur excerpts.numilog.com), p. 9-27.
  • [Olivier 1992] Lucien Olivier, « Le théâtre antique des Bardiaux », dans Christian Landes (dir.), Spectacula II. Le théâtre antique et ses spectacles (Actes du colloque tenu au musée archéologique Henri-Prades de Lattes les 27, 28, 29 et 30 avril 1989), , 272 p. (présentation en ligne), p. 57-62.
  • [Péquinot, Picard & Rolley 2004] Claude Péquinot, Ginette Picard et Claude Rolley (dir.), Le Morvan gallo-romain, coll. « Bulletin de l'Académie du Morvan » (no 59), , sur gallica (ISSN 0750-3385, lire en ligne). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article.
  • [Péquinot & Picard 2019] Claude Péquinot et Ginette Picard, Le site gallo-romain des Bardiaux. Une étape en pays éduen proche de Bibracte et d'Augustodunum, Château-Chinon, coll. « Bulletins de l'Académie du Morvan » (no 87), .
  • J. Gauthier, "Le théâtre des Bardiaux", ebda. 266-274

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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