Théâtre forum

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Une des formes du théâtre de l'opprimé[modifier | modifier le code]

Le théâtre-forum est une méthode de théâtre interactif, mise au point dans les années 1960 par l'homme de théâtre brésilien Augusto Boal, dans les favelas de São Paulo. Le théâtre-forum est une des formes du théâtre de l'opprimé.

Le théâtre de l'opprimé a été conceptualisé par Boal comme étant un théâtre qui « est fait par le peuple et pour le peuple »[1]. Sophie Coudray précise que "c’est le peuple qui doit être à l’origine de ses propres représentations et pour cela qui doit être en mesure de produire lui-même un théâtre qui correspond à son point de vue et à ses aspirations et dont il peut faire usage dans ses luttes[2]."

Il s'agit de dénoncer et de mettre en scène des situations d'injustice, pour aider les communautés qui en sont victimes à reprendre leur destinée en main.

Principes, spécificités, objectifs[modifier | modifier le code]

Pour Boal, "le théâtre est nécessairement politique". Il prolonge en disant que le théâtre est une arme, une arme très efficace que les classes dominées doivent se réapproprier, les classes dominantes n'ayant de cesse de chercher à le confisquer pour le mettre au service de leur domination[3].

Le principe du théâtre-forum tel que voulu par Boal est que les comédiens non professionnels, issus d'une communauté vivant une oppression, improvisent puis fixent une scène de quelques minutes sur des thèmes illustrant des situations d'oppression ou de tension problématique en lien avec la réalité sociale, économique, sanitaire de cette communauté. Ils vont ensuite la jouer face à la communauté à qui est destiné le message. À la fin de la scène — dont la conclusion est en général catastrophique —, le meneur de jeu appelé joker assiste le public dans un échange au cours duquel celui-ci construit collectivement sa représentation de ce qu'il a vu. Le joker incite alors le public a envisager des alternatives à la scène et convie les membres du public à remplacer un acteur pour expérimenter quelque chose qui infléchirait le cours des événements.

Ross Kidd[4] considère que cette méthode d'éducation populaire[5] remplit les fonctions suivantes :

  • développement communautaire;
  • prise de conscience politique;
  • éducation corrective;
  • conscientisation et organisation communautaire.

Il s'agit d'une technique de théâtre participative qui vise à la conscientisation et à l'information des populations opprimées d'une façon ou d'une autre. Le théâtre-forum a été notamment utilisé auprès de populations non alphabétisées dans les projets de développement en pays du Sud (par exemple en Inde, au Rajasthan, au Bengale et au Maharashtra). Il est aussi en usage dans les pays développés pour soulever des problèmes de société, dans l'école ou dans l'entreprise [6],[7],[8].

Sophie Coudray défend une visée révolutionnaire et émancipatrice bien plus qu'artistique. Pour elle, la méthode doit "permettre à des opprimés, ni acteurs, ni professionnels du théâtre, d’utiliser un arsenal des techniques théâtrales afin de mettre au jour les ressorts de l’oppression qu’ils subissent, de s’entraîner à y faire face, d’élaborer des stratégies permettant d’engager un rapport de force". Pour elle, les visées révolutionnaires d'origine n'ont pas lieu d'être reniées[2].

La méthode a obtenu une reconnaissance précoce en France et notamment à Nancy, le directeur du théâtre Universitaire de la ville, Jack Lang ayant invité Boal à un séjour en France en 1978[9] alors qu'il était poursuivi dans son pays pour son activisme en faveur des plus démunis.

Animation[modifier | modifier le code]

Si le théâtre-forum vise la conscientisation politique des opprimés, la méthode s'appuie néanmoins sur une animateur confirmé, le joker. Selon Guerre, ce travail est particulièrement exigeant, il demande à la fois "clarté, précision, empathie, fermeté, authenticité, justice et solidarité"[5]. Il personnifie la question posée à l'assemblée au moyen de la scène qui lui a été présentée et garantit la solidarité du collectif éphémère que constituent l'ensemble des spect-acteurs.

Un public actif[modifier | modifier le code]

Boal a créé pour désigner l'assistance le terme de Spectacteur, mot valise composée de spectateur et acteur. Pour Boal, tout le monde doit être acteur dans un monde qu'il aspire de libérer. Le terme fait référence au double rôle de ceux qui sont impliqués dans le processus en tant que spectateur et acteur, car ils observent et créent tout à la fois un sens et une action à l'occasion des remplacements, c'est-à-dire lorsque le joker les amène à remplacer un des acteurs pour essayer de construire une alternative se substituant à la scène initiale.

Lénel souligne l'importance de tester ses idées en les jouant. Ainsi, si, de sa chaise, un spectateur peut être convaincu d'avoir une excellente idée, « une fois portée sur scène, elle se transforme, évolue, produit des conséquences inattendues et souvent non désirées par son initiateur. Le spectateur teste en grandeur réelle son idée et se rend compte que finalement elle n’est pas si simple ni si évidente à mettre en œuvre »[10].

Prolongements[modifier | modifier le code]

Après avoir été élu au parlement brésilen en 1992, Boal va aux bout des finalités politiques qu'il associe du théâtre de l'opprimé et du théâtre-forum en développant le théâtre législatif. Des communautés sont accompagnées par animateurs culturels pour mettre en forme théâtrale leur vécu face à l'oppression. Il organise ensuite des processus de convergence au travers de prises de notes réalisées par ses équipes. Ces documents sont ensuite analysés par une Cellule Metabolizatrice au service du parlementaire pour générer des actions légales ou des propositions de loi[3].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Augusto Boal, « Catégories du théâtre populaire », Travail Théâtral,‎ , p. 20
  2. a et b Sophie Coudray, « La radicalité politique du Théâtre de l’opprimé », Période,‎ (lire en ligne)
  3. a et b Boal, Augusto, (1931-2009), et Impr. Bussière) (trad. Dominique Lémann), Théâtre de l'opprimé, La Découverte, dl 2007 (ISBN 978-2-7071-5237-4 et 2-7071-5237-4, OCLC 493850276, lire en ligne), Avant-propos, p.11
  4. (en) Ross Kidd, From Peopes' Theater for Revolution to Popular Theatre for Reconstruction, Toronto, , 89 p. (lire en ligne)
  5. a et b Yves Guerre, Le théâtre-forum. Pour une pédagodie de la citoyenneté., Paris, L'harmattan,
  6. « Le théâtre dans la prévention : intérêts et limites. », Lettre d'information du Crips, (consulté le 10 décembre 2019)
  7. Ophélie Morand, Béatrice Cahour, Marc-Eric Bobillier Chaumon et Vincent Grosjean, « Quels espaces d'échanges dans l'entreprise ? Un exemple de théâtre-forum pour les problèmes d'hyper-connexion. », Colloque EPIQUE 2019,‎ (lire en ligne, consulté le 10 décembre 2019)
  8. Vincent Grosjean, « Jouer collectivement les conflits du travail pour les résoudre. Théâtre-forum et tensions psychosociales dans l'entreprise. - Communication scientifique - INRS », sur www.inrs.fr (consulté le 29 janvier 2020)
  9. « Un théâtre participatif entre fiction et réalité avec Entrées de jeu, Bernard Grosjean et Augusto Boal », sur LExpress.fr, (consulté le 10 décembre 2019)
  10. Pierre Lénel, « Théâtre de l'opprimé et intervention sociale. Aux sources de l'éducation populaire ? », Agora débats Jeunesse,‎ , p. 89-104 (lire en ligne)

Documents audiovisuels et articles[modifier | modifier le code]

Saint-Étienne-les-Orgues (04) le  :

Autres sources[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]