Tetranychus urticae

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Tetranychus urticae (tétranyque tisserand, tétranyque commun, tétranyque à deux points, araignée rouge des serres, araignée rouge du cotonnier, acarien jaune tisserand[1]) est une espèce d'acariens de la famille des Tetranychidae à répartition cosmopolite.

Cet acarien, en tant que parasite de nombreuses espèces végétales (plus de 900 espèces selon une étude canadienne[2]), est un important ravageur des cultures, il est pour cette raison le membre le plus connu de la famille des Tetranychidae ou tétranyques. Bien qu'à peine visible, le tétranyque rouge qui peut former d'importantes colonies dans les serres agricoles et sur les cultures industrielles, tant en zone tropicales que tempérées, tisse une fine toile sur et sous les feuilles et peut conduire à la mort des plantes qu'il colonise[3].

Le génome de cette espèce a été entièrement séquencé en 2011 ; c'était le premier séquencage d'un génome du sous-embranchement Chelicerata parmi les arthropodes[4].

Distribution[modifier | modifier le code]

Tetranychus urticae est un organisme originaire de l'Eurasie, qui, répandu par l'Homme et les transports mondialisés a acquis une répartition cosmopolite[2],[5].

Description[modifier | modifier le code]

Colonie de Tetranychus urticae et son voile protecteur.
Dessin d'un tétranyque rouge.

Le tétranyque tisserand doit son nom au fait qu'à tous les stades actifs, il tisse à la face inférieure des feuilles des toiles soyeuses qui retiennent l'humidité et lui assurent une excellente protection de toutes le vent, de nombreux prédateurs et certains traitements chimiques.

Tetranychus urticae est trop petit pour être bien visible à l'œil nu ; on le repère généralement par les taches rougeâtres ou verdâtres qu'il induit sur les feuilles et les tiges ; les adultes ont quatre paires de pattes et présentent sur le dos deux taches sombres caractéristiques. La femelle mesure 0,4-0,5 mm de long[5] ; le mâle, plus petit et plus élancé, n'atteint que 0,3 mm de long.

Outre certains pucerons, Tetranychus urticae est le seul animal connu capable de synthétiser des caroténoïdes. Comme chez les pucerons, les gènes de synthèse du carotène semblent avoir été acquis par transfert horizontal de gènes à partir d'un champignon[6],[7].

Les larves, de taille réduite, ne possèdent que trois paires de pattes. La nymphe est morphologiquement semblable à la femelle.

Biologie[modifier | modifier le code]

Plantes-hôtes[modifier | modifier le code]

Cet acarien est extrêmement polyphage ; capable se nourrir de plus de 1 000 espèces de plantes hôtes susceptibles de l'accueillir, appartenant à 125 familles[8]. Ces hôtes sont aussi bien des plantes sauvages que maraichères (ex. : haricot, concombre, poivron, tomate) florales (ex. : rose) ou fruitières (ex. : fraises), ou de plein champ (ex. : maïs, cotonnier, trèfle, tournesol, vigne, houblon, pomme de terreetc. C'est le ravageur le plus répandu de Withania somnifera en Inde.

Cet acarien constitue une menace pour les plantes hôtes en aspirant le contenu cellulaire des feuilles cellule par cellule, laissant de minuscules taches pâles ou des cicatrices là où les cellules épidermiques vertes ont été détruites[5]. Bien que les lésions individuelles soient très petites, l'attaque de centaines ou de milliers de tétranyques peut causer des milliers de lésions, ce qui peut réduire considérablement la capacité photosynthétique des plantes[5].

Reproduction fécondité et Cycle de vie[modifier | modifier le code]

Les effets négatifs de la consanguinité sont limitée pour la population générale par le fait que les descendants consanguins arrivent à maturité plus lentement que les non-consanguins. De plus, les descendants femelles consanguins ont un rendement reproducteur plus faible. Les femelles de Tetranychus urticae semblent capables de reconnaître leur parenté et éviter la consanguinité par le choix du partenaire[9].

Après accouplement, les femelles hivernent en diapause[2]. Au printemps, elles migrent sur les adventices ou autres plantes herbacées et, après une période d'alimentation, y pondent un nombre élevé d'œufs lisses, sphériques et minuscules (diamètre inférieur à 0,1 mm). Blanchâtres et translucides après la ponte, ils s'opacifient et prennent un aspect jaune nacré avant l'éclosion. L'oeuf donne une larve, et deux stades de nymphe suivent (protonymphe puis deutonymphe, qui peut présenter des stades de repos). Les adultes sont généralement vert pâle la majeure partie de l'année, mais les générations ultérieures sont rouges.

Tetranychus urticae peut aussi se reproduire par parthénogenèse arrhénotoque (forme de parthénogenèse où les œufs non fécondés donnent des mâles)[10].

Une centaine d'œufs à raison de 10 par jour sont pondus sur des feuilles. Sur la vigne, la deuxième génération est active courant juin. L'espèce connait six à sept générations pendant l'été ;
leur développement est optimal entre 23 et 30 °C et à une humidité relative inférieure à 50 %.
Les générations se suivent à un rythme très rapide et l'acarien pullule. La dissémination du tétranyque tisserand se fait par passage d'une plante à l'autre (si elles se touchent), par le sol pour de faibles distances, par transport sur des objets ou des personnes ou par le vent, son fil de soie constituant un aérophore. À la fin de l'été, la forme orange devient prédominante et hiverne sous divers abris ou, dans les serres, près des sources de chaleur.

Le développement larvaire dure 16 jours à 20 °C et 7 jours à 31 °C.

Nutrition[modifier | modifier le code]

Pour se nourrir, il pique les feuilles et en aspire le suc cellulaire.

Ennemis naturels[modifier | modifier le code]

Phytoseiulus persimilis, l'un des principaux prédateurs du tétranyque rouge.

Tetranychus urticae a de nombreux prédateurs naturels, dont certains sont utilisés en lutte biologique. Ce sont des acariens ou insectes prédateurs. Les principaux sont les suivants[11],[12] :

Dégâts[modifier | modifier le code]

Les dégâts directs sont dus aux piqûres nutriciales : les feuilles prennent un aspect moucheté puis se dessèchent. En cas de pullulation, la plante peut mourir.

Par ailleurs, les toiles peuvent enserrer les organes de la plante et entraver leur développement. De tels dégâts indirects sont à craindre en serre où les colonies de cet acarien peuvent atteindre des densités très élevées.

Génomique[modifier | modifier le code]

Son génome a été entièrement séquencé en 2011 (premier séquencage d'un génome du sous-embranchement Chelicerata parmi les arthropodes)[4] (les mâles sont haploïdes et les femelles diploïdes ; la taille du génome de cette espèce est de 90.82 Mb, Mb étant la mega base pairs, l'unité génétique désignant 1 000 000 de paires de bases).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) « Tetranychus urticae (TETRUR) », OEPP (consulté le ).
  2. a b et c (en) D. A. Raworth, D. R. Gillespie, M. Roy & H. M. A. Thistlewood, « Tetranychus urticae Koch, twospotted spider mite (Acari: Tetranychidae) », dans Peter G. Mason & John Theodore Huber, Biological Control Programmes in Canada, 1981–2000, CAB International, , 259–265 p. (ISBN 978-0-85199-527-4, lire en ligne).
  3. (en) « twospotted spider mite - Tetranychus urticae Koch », sur entnemdept.ufl.edu (consulté le )
  4. a et b (en) Miodrag Grbić, Thomas Van Leeuwen, Richard M. Clark et Stephane Rombauts, « The genome of Tetranychus urticae reveals herbivorous pest adaptations », Nature, vol. 479, no 7374,‎ , p. 487–492 (ISSN 0028-0836 et 1476-4687, PMID 22113690, PMCID PMC4856440, DOI 10.1038/nature10640, lire en ligne, consulté le )
  5. a b c et d (en) « Tetranychus urticae. [Distribution map] », CAB International (consulté le ).
  6. (en) Boran Altincicek, Jennifer L. Kovacs et Nicole M. Gerardo, « Horizontally transferred fungal carotenoid genes in the two-spotted spider mite Tetranychus urticae », Biology Letters, vol. 8, no 2,‎ , p. 253–257 (ISSN 1744-9561 et 1744-957X, PMID 21920958, PMCID PMC3297373, DOI 10.1098/rsbl.2011.0704, lire en ligne, consulté le )
  7. (en) Astrid Bryon, Andre H. Kurlovs, Wannes Dermauw et Robert Greenhalgh, « Disruption of a horizontally transferred phytoene desaturase abolishes carotenoid accumulation and diapause in Tetranychus urticae », Proceedings of the National Academy of Sciences, vol. 114, no 29,‎ , E5871–E5880 (ISSN 0027-8424 et 1091-6490, PMID 28674017, PMCID PMC5530703, DOI 10.1073/pnas.1706865114, lire en ligne, consulté le )
  8. (en) « Tetranychus urticae Koch, 1836 », sur Spider Mites Web, INRA-CBGP (Centre de biologie pour la gestion des populations) (consulté le ).
  9. (en) N. S. H. Tien, G. Massourakis, M. W. Sabelis et M. Egas, « Mate choice promotes inbreeding avoidance in the two-spotted spider mite », Experimental and Applied Acarology, vol. 54, no 2,‎ , p. 119–124 (ISSN 0168-8162 et 1572-9702, PMID 21400191, PMCID PMC3084432, DOI 10.1007/s10493-011-9431-y, lire en ligne, consulté le )
  10. (en) C. C. M. Feiertag-Koppen, « Cytological studies of the two-spotted spider mite Tetranychus urticae Koch (Tetranychidae, trombidiformes). I: Meiosis in eggs », Genetica, vol. 46, no 4,‎ , p. 445–456 (ISSN 0016-6707 et 1573-6857, DOI 10.1007/BF00128090, lire en ligne, consulté le )
  11. « Les acariens des fraisiers et leurs prédateurs », FREDON Nord Pas-de-Calais (consulté le ).
  12. « Les Tetranychidae de l’île de la Réunion et quelques-uns de leurs prédateurs », L'Agronomie tropicale, (consulté le ).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]