Test de Bechdel

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Représentation du test de Bechdel.

Le test de Bechdel, ou test de Bechdel-Wallace vise à mettre en évidence la sur-représentation des protagonistes masculins ou la sous-représentation de personnages féminins dans une œuvre de fiction.

Historique[modifier | modifier le code]

Le test est nommé d'après la dessinatrice de BD américaine Alison Bechdel.

Le nom du test est dû à un strip de la dessinatrice Alison Bechdel intitulé La règle (The Rule en version originale) paru en 1985 dans sa bande dessinée Lesbiennes à suivre[1]. Dans le strip une femme propose à une autre de l'accompagner au cinéma, mais la deuxième répond qu'elle ne voit que des films qui respectent trois règles, correspondant à ce qui sera appelé par la suite le test de Bechdel. Après avoir lutté pour trouver un film qui respecterait ces trois règles, les deux femmes décident finalement d'aller manger du pop-corn.

L'idée du test a été empruntée par Alison Bechdel à son amie Liz Wallace, qui est remerciée dans le strip, ce que Bechdel reconfirmera plusieurs fois par la suite[2],[3],[4]. Le test de Bechdel est donc un exemple de la loi de Stigler.

On peut probablement trouver l'origine de ce test dans Une chambre à soi de Virginia Woolf[5], dans lequel la narratrice peine à trouver des livres décrivant une amitié féminine, et ne présentant pas les femmes comme seulement intéressées par les affaires domestiques[6].

Fonctionnement du test[modifier | modifier le code]

Le test repose sur trois critères[7] :

  1. Il doit y avoir au moins deux femmes nommées (nom/prénom) dans l’œuvre ;
  2. qui parlent ensemble ;
  3. et qui parlent de quelque chose qui est sans rapport avec un homme.

Le critère qui stipule que les deux femmes doivent être nommées est un complément du premier critère ajouté par d'autres par la suite[8].

Si l’œuvre vérifie ces trois critères, le test est dit réussi. Si ce n'est pas le cas, cela peut indiquer que l’œuvre est centrée sur des figures masculines, voire correspond au syndrome de la Schtroumpfette[9].

Le test de Bechdel-Wallace se veut un indicateur du sexisme des films qui ne mettraient en avant qu'un nombre restreint de personnages féminins, dont le rôle serait celui de faire-valoir des personnages masculins. Il vise aussi à ne pas limiter les personnages féminins à leurs histoires d'amour[10].

Statistiques[modifier | modifier le code]

Selon le site collaboratif bechdeltest.com, 57,6 % des films répertoriés passent le test[11]. La part des films ne validant aucune ou une partie des affirmations seulement diminue légèrement d'année en année[11].

Une étude sur les films produits entre 1995 et 2005 montre que 53 % des films échouent au test lorsqu'il sont écrits par des hommes, 38 % des films échouent lorsqu'il y a une femme parmi les scénaristes, et 0 % échouent lorsqu'il n'y a que des femmes dans les scénaristes[12]. L'étude explique que cette faible réussite est probablement due à la quasi absence de femmes scénaristes, notant « concernant les blockbusters, Hollywood a, en proportions, moins de femmes cinéastes que l'armée n'a de femmes générales ». Elle remarque, toutefois, une bonne performance du cinéma français, où l'on ne trouve « que » 34 % d'échec dans les films produits par Canal+[12].

À titre d'exemple, The Washington Post a testé en 2014 les films en lice pour l'Oscar du meilleur film de la 86e cérémonie des Oscars. Seulement trois films passent le test : Dallas Buyers Club, Nebraska et Philomena ; les autres films, dont Le Loup de Wall Street, Capitaine Phillips ou Gravity échouent[5],[13].

Limites du test[modifier | modifier le code]

Si le test de Bechdel-Wallace se veut un indicateur du sexisme de certains films, il ne peut pas suffire à déterminer si un film est féministe ou pas[5], ce qui n'était d'ailleurs pas l'intention d'Alison Bechdel[14]. Ce test passe sous silence les questions de diversité des femmes, leur rôle dans l'histoire ou encore la façon de les montrer[15].

Ainsi, Gravity ne passe pas le test alors qu'on ne peut pas dire qu'il s'agit d'un film sexiste[16], tandis que Twilight passe le test grâce à une scène où Bella parle à sa mère de déménagement, alors que le film est généralement considéré comme sexiste[14].

Variantes du test[modifier | modifier le code]

Plusieurs tests se sont inspirés du test de Bechdel-Wallace pour mesurer les questions de représentation et de diversité dans les films.

Test de Mako Mori[modifier | modifier le code]

Le test de Mako Mori a été nommé d'après un des personnages de Pacific Rim, film qui ne passe pas le test de Bechdel-Wallace malgré un personnage féminin fort et qui ne se limite pas à être un faire-valoir des personnages masculins[15]. Le test est décrit comme suit[17] :

  1. Le film doit avoir au moins un personnage féminin ;
  2. Ce personnage a son propre arc narratif ;
  3. Cet arc ne consiste pas à être le faire-valoir d'un personnage masculin.

Ce test permet de mettre en valeur des personnages féminins forts, comme Veuve noire dans Avengers[17]. Mais il n'est pas non plus une preuve de féminisme, d'autant plus que le personnage de Mako Mori est victime du syndrome Trinity : un personnage féminin fort qui s'efface au profit du héros masculin[18].

Plusieurs films échouent à ce test, comme Suicide Squad ou La Revanche d'une blonde[18].

Test Furiosa[modifier | modifier le code]

Le test Furiosa est nommé d'après un personnage de Mad Max: Fury Road, film qui met en valeur de nombreux personnages féminins forts. Inspiré par de nombreuses critiques d'internautes mécontents de voir autant de personnages féminins, le test pose une seule question : « est-ce que des internautes s'énervent parce que ce film est féministe ?[19] » Si oui, c'est peut-être bon signe[19].

Outre Mad Max: Fury Road, parmi les films qui passent ce test, on peut citer Wonder Woman, Captain Marvel, Tomb Raider ou encore SOS Fantômes[20].

Test de la lampe sexy[modifier | modifier le code]

femme à lunette, cheveux roux, habillée en noir
La scénariste Kelly Sue DeConnick, créatrice du test de la lampe sexy.

Plus radical, le test de la lampe sexy, créé par la scénariste Kelly Sue DeConnick, propose de remplacer un personnage féminin par une lampe, et de voir si l'histoire est modifiée[15]. L'idée de la lampe sexy vient d'une lampe avec une jambe de femme élancée, élément de décor du film Christmas Story[21].

Plusieurs films échouent à ce test, comme la plupart des James Bond, en particulier Skyfall, et beaucoup de films de super-héros, comme Superman: Man of Steel ou encore Gatsby le Magnifique[22],[23],[21].

Test de Finkbeiner[modifier | modifier le code]

Dans le domaine du journalisme, le test de Finkbeiner, proposé par la journaliste américaine Christie Aschwanden, est destiné à servir d'aide-mémoire pour la rédaction d'articles biographiques relatifs à des femmes scientifiques pour en éradiquer le sexisme.

Un article passant le test avec succès ne mentionne pas :

  • le fait que la scientifique soit une femme ;
  • le métier de son mari ;
  • la manière dont elle concilie maternité et travail ;
  • la manière dont elle materne ses subordonnés ;
  • combien la compétition dans sa spécialité l'a stupéfiée ;
  • le modèle qu'elle représente pour d'autres femmes ;
  • le fait qu'elle est « la première femme à… »[24].

Autres variantes[modifier | modifier le code]

Le site FiveThirtyEight a proposé à 12 femmes scénaristes, réalisatrices, actrices ou productrices de proposer des tests mesurant le sexisme, avec des critères comme la parité de l'équipe, la représentation de femmes de couleur, la complexité des personnages féminins[25]etc.

Le test DuVernay, nommé en hommage à la réalisatrice Ava DuVernay, indique si une histoire est uniquement centrée sur des personnages blancs[26]. Ce test n'a pas de critères précis, ce qui lui permet d'analyser plus finement les représentations[27].

Le test de Vito Russo, nommé en hommage à Vito Russo, évalue la représentation des personnes LGBTQI+ dans la fiction et en particulier au cinéma[28].

Application[modifier | modifier le code]

Depuis 2013, certaines salles de cinéma en Suède utilisent le test de Bechdel pour coter les films qu'elles diffusent[29]. En 2017, la salle de cinéma indépendant parisienne Le Brady met à l'affiche des films qui réussissent le test, dans le cadre d'un « Bechdel Club », fondé par la journaliste Fanny Hubert [30],[31].

Évocation dans la fiction[modifier | modifier le code]

En 2016, dans la série Jane the Virgin (Netflix), considérée comme féministe, dans l'épisode Chapter Thirty-Seven, le test de Bechdel-Wallace est utilisé par la protagoniste après qu'une autre autrice refuse de la conseiller si ses romans (d'amour) ne passaient pas le test. Il est mentionné durant tout l'épisode, et ses limites sont soulignées[32],[10].

En 2016, dans la série Crazy Ex-Girlfriend, quatre amies en discutent lorsqu’elles abordent le sujet de l'indépendance d’une des protagonistes[10]. Pour autant, la série passe rarement le test[10].

En , dans la série Cloack and Dagger saison 1 épisode 5, le détective O'Reilly indique, alors qu'elle interroge une suspecte, qu'elles auraient pu passer le test Bechdel-Wallace. La conversation était auparavant entre elles alors que la suspecte vient de parler d'un dealer[33].

En , dans l'épisode 11 de la saison 4 de la série DC's Legends of Tomorrow, plusieurs protagonistes discutent d'un garçon. Elles tentent de faire admettre à l'une d'elles ses sentiments mais cette dernière, exaspérée, fait remarquer en s'adressant au spectateur que l'épisode ne passerait pas le test[34].

En 2019, dans l'épisode 4 de la saison 4 de la série Skam France, Manon explique le concept du test de Bechdel aux filles après qu'Imane leur demande d'arrêter de parler de sexe et de garçons.[réf. nécessaire]

En , dans l'épisode 6 de la saison 4 de Rick et Morty, Rick explique brièvement le test à Morty. La série se concentre néanmoins sur ses personnages masculins[35].

En , dans l'épisode 4 de la saison 1 de Inside Job, Reagan applique le test avec son double robot lors d'un combat. Série dont le personnage principal est féminin.[réf. nécessaire]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Alison Bechdel, « The Rule » (consulté le ).
  2. (en) Neda Ulaby, « The 'Bechdel Rule,' Defining Pop-Culture Character », All Things Considered, National Public Radio,‎ (lire en ligne, consulté le ).
  3. (en) Tad Friend, « Funny Like a Guy: Anna Faris and Hollywood's woman problem », The New Yorker, Condé Nast,‎ , p. 55 (lire en ligne, consulté le )
  4. (en)https://dykestowatchoutfor.com/rule/
  5. a b et c Olivier Séguret, « Le Test de Bechdel, un label féministe », sur next.liberation.fr, (consulté le ).
  6. (en) Rebecca Beatrice Brooks, « How Virginia Woolf Inspired the Bechdel Test »(Archive.orgWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?), sur virginiawoolfblog.com, (consulté le ).
  7. « A votre avis, combien de films cannois respectent VRAIMENT l'égalité homme-femme ? », Le Huffington Post,‎ (lire en ligne, consulté le )
  8. (en) Christa van Raalte, « 1. No Small-Talk in Paradise: Why Elysium Fails the Bechdel Test, and Why We Should Care », dans Einar Thorsen, Heather Savigny, Jenny Alexander, Daniel Jackson, Media, Margins and Popular Culture, Springer, , 264 p. (ISBN 978-1-137-51281-9, lire en ligne).
  9. Katha Pollitt; Katha Pollitt Is A. Poet et Essayist, « Hers; The Smurfette Principle », The New York Times,‎ (ISSN 0362-4331, lire en ligne, consulté le ) ; Nic Ulmi, « Wikipédia. Comment féminiser un village de Schtroumpfs », sur letemps.ch,
  10. a b c et d (en) Constance Grady, « What Jane the Virgin and Crazy Ex-Girlfriend reveal about the limitations of the Bechdel test », sur Vox, (consulté le ).
  11. a et b (en) « Stats and graphs », sur bechdeltest.com (consulté le ).
  12. a et b Romain Capelle, « A quel point le cinéma est-il sexiste ? On a les chiffres », Télérama, (consulté le )
  13. (en) Caitlin Dewey, « How many of this year’s Oscar nominees pass the Bechdel test? Not many. », sur washingtonpost.com, (consulté le ).
  14. a et b (en) Samantha Ellis, « Why the Bechdel test doesn’t (always) work », sur theguardian.com, (consulté le ).
  15. a b et c Camille Caldini, « On a essayé de créer le test ultime pour déceler le sexisme au cinéma (et c'est compliqué) », sur francetvinfo.fr, (consulté le ).
  16. QueenCamille, « Le test de Bechdel permet-il de savoir si un film est féministe ? », sur madmoizelle.com, (consulté le ).
  17. a et b (en) Aja Romano, « The Mako Mori Test: ‘Pacific Rim’ inspires a Bechdel Test alternative », sur dailydot.com, (consulté le ).
  18. a et b Zoé Keunebroek, « Episode 2 – L’arc narratif en valeur: Le test de Mako-Mori », sur mozaique-media.fr, (consulté le ).
  19. a et b (en) Kelsey Powers, « The Furiosa Test developed from female presence in Mad Max: Fury Road », sur calvinchimes.org, (consulté le ).
  20. Zoé Keunebroek, « Episode 4 : La réponse aux haters, le test de Furiosa », sur mozaique-media.fr, (consulté le ).
  21. a et b Zoé Keunebroek, « Episode 3: Simple mais efficace, Le Sexy Lamp Test », sur mozaique-media.fr, (consulté le ).
  22. (en) « Sexy Lamp Test », sur fanlore.org (consulté le ).
  23. (en) Jenni Berrett, « Films That Totally Fail The Sexy Lamp Test », sur ravishly.com, (consulté le ).
  24. (en) Christie Aschwanden, « The Finkbeiner Test: What matters in stories about women scientists? », sur Double X Science (en), (consulté le ).
  25. (en) « Creating the Next Bechdel Test », sur fivethirtyeight.com, (consulté le ).
  26. (en) Manohla Dargis, « Sundance Fights Tide With Films Like ‘The Birth of a Nation’ », sur nytimes.com, (consulté le ).
  27. Claire Levenson, « Une critique propose le test DuVernay pour mesurer la diversité dans les films », sur slate.fr, (consulté le ).
  28. (en) « What Is the Vito Russo Test? A Smart Way to Gauge LGBTQ+ Hollywood Inclusion », sur them. (consulté le )
  29. Swedish cinemas take aim at gender bias with Bechdel test rating, dans The Guardian, 6 novembre 2013.
  30. Aurélie Bonte, « Elle a ouvert un "Bechdel Club" à Paris pour dire non au patriarcat », RTL.fr,‎ (lire en ligne, consulté le )
  31. Nicole Van Enis, « Le test de Bechdel », Barricade - Culture d'alternatives
  32. (en) Kelly Schremph, « 'Jane The Virgin' Took An Important Feminist Stand », sur bustle.com, (consulté le ).
  33. (en) Christina Roberts, « Marvel’s Cloak & Dagger season 1 episode 5 review: Princeton Offense », sur culturess.com, (consulté le ).
  34. (en) Hannah Lodge, « Five superhero shows put to the Bechdel test; only one fails », sur comicsbeat.com, (consulté le ).
  35. (en) « Rick and Morty’s Bechdel Test joke exposes a major problem with the show », sur inverse.com (consulté le ).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]