Test d'association implicite

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En psychologie sociale, le test d'association implicite (ou implicit-association test abrégé IAT) est une méthode controversée permettant d'étudier les associations d'idées automatiques, souvent inconscientes et présentes dans la mémoire implicites. Introduite en 1998 par Greenwald, McGhee et Schwartz 1998, elle est notamment utilisée pour mesurer les stéréotypes racistes ou sexistes d'un individu et vise à expliquer et théoriser des phénomènes psychiques ou comportementaux causés tout ou partie par de telles associations. La même année, Anthony Greenwald (en), Mahzarin Banaji (en) et Brian Nosek (en) créent « Project Implicit » un site permettant à tout un chacun d'effectuer un test d'association implicite sur les attitudes vis-à-vis de la race, du sexe, de l'orientation sexuelle et d'autres sujets. Il affirme viser lutter contre les comportements discriminatoires. Très médiatisé[1], apparaissant notamment dans le Oprah Winfrey Show[2], le site participe grandement de la visibilité et popularité du test. Ainsi, en , les gérants du site rapportaient plus de 17 millions de tests effectués[3].

Le test est également utilisé dans le marketing et la psychologie industrielle. Par exemple, un test d'association implicite a été utilisé pour déterminer les caractéristiques prédisant les comportements à risque parmi les pilotes de ligne, avec une valeur prédictive plus grande que les échelles traditionnelles de personnes et d'attitudes explicites[4]. Le test a aussi été utilisé en psychologie clinique pour tester l'hypothèse que certaines associations implicites pourrait contribuer au développement de troubles de l'anxiété[5].

La méthode est très connue, notamment suite à la mention de la notion de « biais implicites » par Hillary Clinton au cours de la campagne présidentielle américaine de 2016[3],[6] et très étudiée[7], avec des milliers de citations dans la littérature scientifique[6]. Son influence dépasse de loin le monde universitaire, les résultats de tests IAT étant par exemple souvent mentionnés dans les débats aux Etats-Unis sur les tirs de la police sur les hommes noirs[6].

Critiques et controverses[modifier | modifier le code]

Elle fait l'objet de nombreuses critiques et controverses, à la fois parmi les psychologues et au sein du débat public[8],[9],[3], tant du point de vue de sa validité interne et externe. Selon une méta-analyse[10], il apporterait peu de connaissance sur les personnes sources et les personnes sujettes à la discrimination, et n'apporterait rien de supplémentaire aux mesures explicites des biais, c'est-à-dire de demander directement aux gens s'ils ont des biais vis-à-vis d'un certain groupe. Pour le psychologue Hart Blanton, qui a conduit cette méta-analyse et d'autres recherches sur la question, les résultats d'un tel test ne révèlent pas si une personne a tendance à agir d'une manière biaisée, et les résultats du test n'ont pas de cohérence à travers le temps[6]. Pour d'autres psychologues, ces défauts ne rendent pas le test inutile, les tests servent avant tout à prédire des résultats pour des ensembles comme des régions plutôt que pour des individus. Ainsi, des zones urbaines avec des biais implicites plus élevés en moyenne connaîtraient de plus grandes disparités raciales dans les fusillades policières, qui résulteraient de discriminations[11].

Références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Shankar Vedantam, « See No Bias », Washington Post, (consulté le 10 octobre 2008)
  2. (en) (en) « Overcoming Prejudice »
  3. a b et c (en-US) Jesse Singal, « Psychology’s Favorite Tool for Measuring Racism Isn’t Up to the Job », sur The Cut, (consulté le 5 septembre 2020)
  4. (en) Brett Molesworth et Chang, Betty, « Predicting pilots' risk-taking behaviour through an Implicit Association Test », Human Factors, vol. 51, no 6,‎ , p. 846–857 (PMID 20415159, DOI 10.1177/0018720809357756, S2CID 206409604)
  5. (en) B. A. Teachman et S. Woody, « Staying tuned to research in implicit cognition: Relevance for clinical practice with anxiety disorders », Cognitive and Behavioral Practice, vol. 11, no 2,‎ , p. 149–159 (DOI 10.1016/s1077-7229(04)80026-9)
  6. a b c et d (en) Tom Bartlett, « Can We Really Measure Implicit Bias? Maybe Not », sur The Chronicle of Higher Education, (consulté le 5 septembre 2020)
  7. (en) Anthony Greenwald, « Dr. Anthony Greenwald / IAT Materials » (consulté le 11 octobre 2008)
  8. (en) Azar, B (2008). "IAT: Fad or fabulous?". Monitor on Psychology. 39: 44.
  9. (en-US) John Tierney, « In Bias Test, Shades of Gray », The New York Times,‎ (ISSN 0362-4331, lire en ligne, consulté le 5 septembre 2020)
  10. (en) « Supplemental Material for Predicting Ethnic and Racial Discrimination: A Meta-Analysis of IAT Criterion Studies », Journal of Personality and Social Psychology,‎ (ISSN 0022-3514 et 1939-1315, DOI 10.1037/a0032734.supp, lire en ligne, consulté le 6 septembre 2020)
  11. (en) Keith Payne, Laura Niemi, John M. Doris, « How to Think about "Implicit Bias" », Scientific American, (consulté le 5 septembre 2020)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Anthony G. Greenwald, Debbie E. McGhee et Jordan L.K. Schwartz, « Measuring Individual Differences in Implicit Cognition: The Implicit Association Test », Journal of Personality and Social Psychology, vol. 74, no 6,‎ , p. 1464–1480 (DOI 10.1037/0022-3514.74.6.1464)
  • T. Devos, A. Nosek, J. Hansen, E. Sutin, R. Ruhling, M. Banaji et A. Greenwald, « Explorer les attitudes et croyances implicites : lancement d’un site Internet en langue française », Les Cahiers Internationaux de Psychologie Sociale, no 66,‎ , p. 81-83

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]