Temple du Peuple

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7° 43′ 59″ N 59° 52′ 59″ O / 7.73306, -59.88306

Le Temple du Peuple (Peoples Temple) est une secte fondée en 1953, à Indianapolis (États-Unis), sous le nom Ailes de la délivrance puis le Temple du Peuple des disciples du Christ (The People's Temple of the Disciples of Christ) en 1955 par le révérend Jim Jones. En 1960, la secte se rallie à la confession protestante des Disciples du Christ. Elle est principalement connue pour le suicide collectif de 914 de ses adeptes majoritairement par empoisonnement au cyanure de potassium, le à Jonestown, en Guyana (un député américain, Leo Ryan, venu enquêter sur la secte, fut également assassiné à cette occasion).

Introduction[modifier | modifier le code]

Le 20 novembre 1978, la secte du Temple du Peuple, menée par Jim Jones, défraie la chronique. En effet, les cadavres de plus de 900 adeptes ainsi que quelques journalistes et du député Leo Ryan sont retrouvés à Jonestown en Guyana, commune créée par le fondateur de la secte. Le pasteur Jim Jones avait constitué le Temple du Peuple sur des bases d'intégration raciale, de tolérance et de partage. Mais l'intérêt grandissant des médias et la paranoïa du gourou le poussent à s'exiler de Californie pour se rendre en Guyana avec environ un millier de ses fidèles[1]. C'est la crainte d'une soudaine guerre nucléaire et l'arrivée du député et des journalistes qui amènent Jim Jones à orchestrer le désormais tristement célèbre "suicide massacre" de Guyana. C'est pourquoi nous sommes en droit de nous poser la question suivante : Comment le fonctionnement de la société utopiste créée par Jim Jones s'est-il peu à peu dégradé jusqu'à mener au drame apocalyptique de Guyana ? Pour y répondre il s'agira d'examiner l'influence du contexte sociopolitique et religieux dans lequel Jim Jones a grandi, ainsi que les événements qui le pousseront peu à peu vers la folie.

Fondation du Temple du Peuple[modifier | modifier le code]

Le fondateur de la secte[modifier | modifier le code]

Il est nécessaire de connaitre certains éléments biographiques du fondateur de la secte pour mieux comprendre ce qui le motive à créer une communauté religieuse ainsi que ce qui peut l'avoir influencé dans ses choix politiques. Le fondateur du Temple du Peuple nommé Jim Jones, de son vrai nom James Warren Jones, est né en 1931 à Lynn dans l'Indiana, état dans lequel le milieu raciste et conservateur est encore relativement courant, comme en témoigne le lynchage par une grande foule en 1930 des deux adolescents noirs Thomas Shipp et Abraham Smith, affaire qui avait fait grand bruit dans le pays tout entier. Il est proche de sa mère, en revanche il entretient des rapports plus compliqués avec son père, qui est invalide et ne travaille pas. En effet, son père appartient au Ku Klux Klan, loin d'être inhabituel à Lynn où les Noirs sont rarement acceptés. Ce lien compliqué qu'il entretient avec son père ainsi que les valeurs que ce dernier représente vont très probablement l'inspirer dans sa lutte contre la discrimination raciale. L'absence d'une réelle présence paternelle ainsi que la situation économique précaire des Jones (la mère étant la seule à travailler) peuvent l'avoir mené à la création d'une communauté dont il occuperait la place d'un père dominant. Jim Jones passe son enfance dans un milieu fortement religieux, de par son éducation chrétienne protestante et la présence importante de diverses églises chrétiennes protestantes et orthodoxes dans la commune où il vit. Ceci peut expliquer sa conception de la religion comme moyen de faire passer ses idées socialistes et intégrationnistes. Comme il le dira lui-même durant les années à Jonestown : "How can I demonstrate my Marxism? The thought was 'infiltrate the church'. I consciously made a decision to look into that prospect"[2]. En d’autres termes pour transmettre son message marxiste, Jim Jones a délibérément pris le parti "d'infiltrer" l'Église. Il devient à 20 ans le pasteur d'une église d'Indianapolis appartenant aux Disciples du Christ, dénomination protestante congrégationaliste et évangélique, mais qu'il quitte rapidement suite aux oppositions des fidèles conservateurs que provoquent ses messages sur l'égalité des droits entre Noirs et Blancs. Ces premières oppositions pourraient déjà avoir eu une incidence sur la mentalité du pasteur, créant un sentiment d’antagonisme profond avec la société environnante, sentiment qui s'exacerbera avec le temps et la virulence des critiques. Il est important ici de noter l'influence du cadre sociopolitique dans lequel il a grandi, qui forgera son caractère ainsi que la doctrine de sa secte. Il faut aussi remarquer les premières oppositions qui feront naître plus tard le sentiment de persécution du créateur et ainsi mèneront à la dégradation du fonctionnement de la secte.

Genèse et fonctionnement de la communauté[modifier | modifier le code]

Jim Jones passe d'une église à une autre, toujours en raison des oppositions, jusqu'à ce qu'il fonde en 1956 le "People's Temple Full Gospel", le Temple du Peuple, à nouveau sous la dénomination des Disciples du Christ. C'est alors que l'on va pouvoir observer ce qui va constituer les bases de la société utopiste, ce qui attirera les gens à faire partie du Temple du Peuple, ainsi que sans doute les germes de sa propre fin.

Photo figurant sur une brochure, montrant Jim Jones au milieu de jeunes gens

La fondation du Temple du Peuple s'effectue alors que le mouvement de lutte antiraciste est en plein essor. En effet plusieurs événements, comme la déségrégation scolaire et universitaire aux États-Unis, créent un contexte idéal pour Jim Jones. Il rencontre de fameux prédicateurs comme Father Divine afin d'améliorer sa technique de chef spirituel. Il s'inspire de la technique de prêche de ce dernier ainsi que de ses guérisons miraculeuses. À cette période-là, le fonctionnement du Temple du Peuple est très éloigné de l'organisation totalitariste installée plus tard à Jonestown. En effet, la secte se contente de répandre ses idées socialistes ainsi que d'aider les infortunés. Par exemple, Jim Jones fait diverses conférences mêlant des extraits de la Bible et des idées marxistes, effectue des guérisons miraculeuses (très populaires dans la communauté noire) et organise des soupes populaires ainsi que différents programmes de soutiens aux défavorisés comme un centre communautaire pour enfants, des classes d'alphabétisation et des dispensaires, ce qui attirent de nombreuses personnes[[3]][[4]]. Les idées communistes étaient relativement rares et peu populaires aux États-Unis étant donné le contexte de guerre froide et donc de propagande anticommuniste. Le pasteur se lance également dans des affaires commerciales en profitant des exemptions fiscales accordées aux institutions religieuses, mais ses affaires se trouvent être des échecs lui valant des ennuis avec le fisc. De plus la secte rencontre de nombreuses critiques de la part des opposants à l'intégration raciale et aux idées marxistes et des sceptiques quant aux guérisons miraculeuses. Ces problèmes développent son sentiment de persécution et le poussent à prétexter la menace imminente d'une guerre nucléaire pour déménager à Ukiah, qu'il considère comme une terre promise pour les survivants, ce qui représente la première apparition de sa vision apocalyptique (menace crédible étant donné l'atmosphère de guerre froide de l'époque).

La genèse du Temple du Peuple nous montre que la société de Jim Jones n'a pas été depuis le début l'enfer que décriront plus tard certains témoignages mais que la situation s'est peu à peu dégradée à mesure de l'agrandissement de la secte et de la paranoïa de son chef spirituel.


Évolution et changements qui mènent au suicide[modifier | modifier le code]

De Ukiah à San Francisco[modifier | modifier le code]

La période de la secte à Ukiah, puis à San Francisco représente une partie importante du développement de la secte. En effet c'est dans ces villes qu'elle atteint son apogée, mais aussi qu'elle entame son processus de dégradation.

Quelques locations du Temple du Peuple en Californie

À Ukiah, ville encore récente, la secte devient à nouveau l'objet de la haine de la population blanche conservatrice et Jim Jones doit utiliser différentes stratégies de pouvoir afin d'être en mesure de rester. Il s'attire néanmoins les bonnes volontés de certains politiciens en garantissant leur victoire électorale grâce aux votes de ses nombreux partisans[4]. Grâce à ces relations, Jones parvient à grandement augmenter le nombre de ses fidèles et à obtenir d'importantes fonctions politiques à l'échelle du canton mais son ambition est trop grande pour une région comme Ukiah et en 1970 il pense à nouveau à déménager. De plus, la secte est malgré tout la cible de critiques véhémentes. Jim Jones se tourne vers la ville de San Francisco qui ne lui est pas inconnue, puisqu'il lui arrivait, du temps de sa vie à Ukiah, de se déplacer dans les quartiers pauvres de San Francisco afin de prêcher et d'effectuer ses fameuses guérisons. La période du Temple du Peuple à San Francisco montrera que les véritables intérêts de Jones sont devenus politiques, et non religieux. Jones recrute de nouveaux fidèles dans les ghettos de San Francisco, il continue ses affaires politiques en appuyant notamment le maire libéral de San Francisco, George Moscone, le gouverneur de l'état Jerry Brown et Tom Hayden (en), un démocrate de gauche très connu pour sa lutte contre la guerre du Vietnam. Il s'attire aussi les faveurs de la presse, grâce à des dons[5]. Après avoir obtenu de hautes fonctions politiques à San Francisco, Jones correspond et rencontre en de multiples occasions Rosalynn Carter, la femme du futur président Jimmy Carter et en 1976 il participe avec ses adeptes à un meeting en faveur de celui-ci, avec la participation de Mme Carter[[3]][[6]]. Tout ceci montre l’affluence stratégique et médiatique que Jones à acquise et à quel point le pouvoir et l'ascension sociale font partie de ses projets. En effet plusieurs des politiciens qu'il a appuyé témoigneront qu'il cherchait surtout à faire parler de lui (bien qu'il soit aisés pour eux de dire cela une fois le massacre survenu). Ses ambitions vont contribuer à la dégradation du fonctionnement de la secte car les ambitions politiques de Jim Jones vont corrompre les valeurs originelles du Temple et ainsi effectuer un rapprochement vers le système totalitariste de Guyana. C'est aussi dans la période Ukiah et San Francisco du Temple du Peuple que le message religieux du pasteur ainsi que l'organisation de la secte commence à changer. Si Jones à toujours vanté le caractère social de son église et mêlé des idées marxistes à ses prêches, ce n'est que vers la fin des années 1960 que sa pensée socialiste devient plus radicalement communiste, ou du moins qu'il en parle ouvertement. Le message que le pasteur fait passer à ses fidèles perd de son caractère religieux, Jones rejette la Bible (il fait passer aux gens du Temple un livre contenant les passages de la Bible qu'il trouve absurdes ou contradictoires et ceux qui sont d'après lui vrais[7]), il ridiculise la religion chrétienne traditionnelle et ses discours deviennent de plus en plus des discours révolutionnaires et anticapitalistes, insinuant également l'idée que le monde est contre la secte et que c'est "nous contre les autres" (montrant ainsi le caractère paranoïaque grandissant du fondateur de la secte). Toutefois ce ne sont que les prémisses d’une pensée qui dominera vraiment le discours religieux qu'après le déménagement à Jonestown[8]. L'organisation de la secte évolue grandement elle aussi. En effet le Temple du Peuple devient beaucoup plus une communauté fermée reflétant leur peur de l'extérieur et de l'opinion publique. Les membres, qui doivent léguer une partie ou la totalité de leurs biens, sont établis dans des "communes" qui sont en fait des logements obtenus par Jim Jones à bas prix[9]. Ils effectuent aussi des travaux non-rémunérés pour le compte de la secte. Tous ces changements sont effectués pour atteindre l'idéal communiste voulu par le pasteur. Le statut de Jim Jones au sein de la secte change ; il passe de simple "chef spirituel" à celui de "père" ayant tout pouvoir sur la communauté et ses membres, se faisant appeler "Dad" par ses fidèles[6]. C'est sûrement ce rôle de "maître absolu" et la dévotion dont font preuve les adeptes du Temple qui pourraient avoir permis l'évènement du suicide-massacre. En effet, l'endoctrinement des fidèles est tel que la plupart acceptent sans discuter le fait que le pasteur ait le droit de vie ou de mort sur eux. Jones assure sa domination sur la secte notamment par la possession de tous les biens de celle-ci, en obtenant des confidences de ses adeptes en couchant avec eux afin de les manipuler et de les humilier[10]. Le pasteur fait aussi régner une discipline de fer au sein de la communauté. En effet des sévices corporels ou des humiliations publiques sont réservées aux fidèles qui ne respectent pas les règles[11]. Ces changements au sein du Temple du Peuple vont attiser la curiosité des médias et des autorités, ce qui va accroître le sentiment de persécution de Jim Jones.

Le temps de la secte à Ukiah ainsi qu'à San Francisco nous expose la quête de pouvoir de Jim Jones, non seulement au sein de son groupe mais aussi dans la politique américaine, ainsi que le développement de son sentiment de persécution par les médias. Ces deux aspects dégradent sérieusement le fonctionnement du Temple, qui perd tout ce qu'il avait d'utopique aux yeux de certains membres de la secte.

Coup de feu médiatique et politique et exacerbation du sentiment de persécution[modifier | modifier le code]

Il est nécessaire de parler du gain d'intérêt des médias pour Jones et le Temple car il constitue une cause évidente de l'exacerbation de la paranoïa du pasteur, qui est elle-même à la base de la chute de la secte. Le sentiment de persécution de Jim Jones, qui a commencé à se développer à Indianapolis en même temps que les premières hostilités à l'égard de ses idéaux utopistes, et qui est une des conséquences principales des multiples déménagements de celle-ci, s'accroit au fil du temps et devient à San Francisco une véritable paranoïa. En effet, dans cette ville où la communauté à pris de l'ampleur, Jim Jones use de différents moyens pour faire pression sur les personnes qui pourraient lui causer du tort, il possède des gardes du corps, et il fait part à ses fidèles de ses craintes quant aux persécutions dont peut être victime le Temple du Peuple. Ces différents comportements montrent que Jim Jones cherche à se protéger des autres. Bien qu'il puisse être qualifié de paranoïaque, les craintes de Jim Jones ne sont pas infondées car il a de nombreux problèmes avec le fisc, la police et la presse. Des enquêtes confidentielles sont en cours suite à différentes plaintes allant de tentatives d'homicide[12] à usage de drogue mais aucune enquête publique n'est ordonnée par le procureur de San Francisco, ayant lui-même été élu avec l'appui de Jim Jones. La situation bascule en 1977, lorsque la presse publie des articles critiquant le Temple[13], comme l'article "Inside Peoples Temple" publié dans le New West Magazine[14] et regroupant des témoignages d'anciens membres de la secte déçus de la tournure qu'a pris l'utopie promise par Jim Jones (sévices corporels, manque de liberté, manipulation par le sexe, ...), articles que la communauté qualifiera de conspiration du F.B.I, de la C.I.A, d'Interpol et des médias. Les critiques formulées par les médias se portent essentiellement sur les mauvais traitements infligés aux membres de la secte. Certains politiques avec qui il entretenait de bons rapports vont également changer de camps lorsque le scandale éclate provoquant ainsi l'incompréhension de Jones et augmentant chez lui le sentiment que tout le monde se ligue contre lui et sa communauté. C'est pourquoi cette accumulation de pression couplée à l'instabilité mentale de Jones le pousse à fuir les États-Unis pour aller s'installer en Guyana[15], à Jonestown où un refuge avait été créé en 1974 en prévision des menaces nucléaires et racistes qui planent d'après lui sur les États-Unis et où une cinquantaine de fidèles vivent déjà.

On peut remarquer aisément le lien entre l'intérêt des médias pour la secte ainsi que la publication d'articles la critiquant et la dégradation du fonctionnement de la secte. En effet cet intérêt renforce le sentiment de persécution déjà présent chez Jim Jones, et le pousse à isoler et contrôler plus strictement sa communauté.

Établissement du Temple du Peuple de San Francisco en Guyana et organisation de la communauté à Jonestown[modifier | modifier le code]

Il est important de mentionner l'état de la communauté de Jim Jones lors de son séjour en Guyana, car cela représente l'aboutissement de la dégradation du fonctionnement de la secte.

Maison dans la communauté de Jonestown

Jim Jones est accompagné de plus de 900 fidèles dans son établissement en Guyana. Le choix de ce pays s'est révélé facile à faire car la Guyana est une ancienne colonie britannique où l'on parle anglais, les habitants sont majoritairement noirs tout comme les adeptes de la secte et le gouvernement est principalement socialiste[16]. De plus, l'Amérique latine représente souvent une terre d'accueil et de liberté pour les mouvements religieux recherchant à fuir un système comme le capitalisme qui ne leur correspond pas. Le fonctionnement de la communauté continue à se dégrader rapidement. En effet, la construction d'habitations, d'infrastructures nécessitent un travail acharné d'une ampleur faramineuse, le manque d'expérience et de savoir-faire des fidèles ainsi que le manque de nourriture rendent la vie à Jonestown difficile malgré des ressources financières importantes accumulées les années précédentes grâce aux legs. De plus, Jim Jones, dont la paranoïa atteint son apogée, garde un contrôle permanent sur ses disciples. Il fait diffuser à longueur de journées sur des haut-parleurs ses discours portant désormais uniquement sur le communisme, la persécution du Temple du Peuple ainsi que la perspective d'une apocalypse nucléaire imminente, maintenant alors une atmosphère de peur constante[17]. Très peu de fidèles songent à s'échapper du fait de leur confiance absolue envers Jim Jones. De plus les rares adeptes qui souhaitent partir sont retenus par la surveillance du staff du pasteur et par l'isolement de la colonie[18]. Il utilise d'ailleurs cette confiance et son pouvoir dominant afin de transmettre ses craintes et sa paranoïa à ses adeptes. Qui plus est il les convainc à plusieurs reprises de prouver leur foi envers lui en organisant de faux suicides collectifs[17]. En effet, il leur donne un gobelet de limonade supposé être un mélange empoisonné, prétextant que l'apocalypse est imminente, pour ensuite leur révéler qu'il s'agissait d'un test censé éprouver leur foi. L'isolement de la communauté inquiète certaines familles de fidèles présents à Jonestown.

Le déroulement de la vie de la communauté de Jonestown montre bien la dégradation du fonctionnement de la secte ainsi que de l'état mental de Jim Jones. En effet nous pouvons observer qu'il possède maintenant le contrôle total sur la vie de ses adeptes et que son discours n'est plus qu'apocalyptique et communiste.

Enquête de Leo Ryan et suicide massacre de Guyana[modifier | modifier le code]

L'enquête de Leo Ryan est l'événement déclencheur du plan de suicide collectif de Jim Jones, le drame marquant la fin du Temple du Peuple. Il est donc important de comprendre comment cette enquête ait pu devenir la première étape d'une tragédie d'une ampleur immense.

Plaque commémorative des victimes du massacre de Jonestown se trouvant au "Evergreen Cemetery" d'Oakland, en Californie

Les plaintes des familles des disciples vont décider Leo Ryan, député californien au congrès des États-Unis, à mener une enquête sur place accompagnés de quelques journalistes et d'avocats. Ils arrivent le 18 novembre 1978 et sont accueillis sur un ton amical par Jones et son staff qui leur exposent les projets de la secte et leur font faire une visite de la ville[[18]][[19]]. Jim Jones autorise la commission d'enquête à parler librement avec les colons. Cependant ils sont sous la surveillance accrue des aficionados de Jones. L'atmosphère au sein du staff est plus que tendue : en effet, l'accueil chaleureux réservé à Ryan est hypocrite. Ils doivent à tout prix donner bonne impression pour que la secte garde sa liberté. Le drame a d'ailleurs failli éclater durant la journée alors qu'un membre du staff de Jones souhaitait poignarder Ryan avant que l'avocat de la secte, Mark Lane (en), ne l'en empêche discrètement, le député ne se rendant compte de rien[18]. A la fin de la journée, Leo Ryan, les journalistes et les avocats ainsi qu'une douzaine d'adeptes qui souhaitent retourner aux États-Unis quittent Jonestown escortés par d'autres membres de la secte pour rejoindre l'aéroport de Port-Kaituma. Le député et son équipe ont une opinion plutôt positive au sujet de Jonestown. Toutefois, certains disciples partants sont inquiets quant à la présence d'un des partisans très fidèles de Jones, ce qui les dissuade de parler au sujet de la dégradation du fonctionnement de la secte au député et aux journalistes. D'ailleurs, le départ d'aussi peu de personnes peut montrer la peur désormais ambiante au sein de la communauté et ainsi un fonctionnement semblable à une prison. Le drame éclate à l'aéroport lorsque les fidèles sortent des armes et que les gardes du corps de Jones surgissent en voiture avec des pistolets mitrailleurs. Ryan ainsi que quatre journalistes sont tués sur le coup lors de la fusillade. Certains parviennent tout de même à fuir en avion[20]. Sachant que les autorités ne peuvent laisser ce crime impuni et que la fin du Temple est alors proche, Jones lance son plan de suicide collectif, et beaucoup de fidèles accepteront sans problème la mort, du fait de leur conditionnement et leur dévotion envers le gourou. Les enfants ainsi que les adeptes réticents sont forcés à prendre eux aussi le mélange de cyanure et de limonade[21]. Lorsque les autorités, alertées par les survivants de la fusillade, arrivent à Jonestown, elles découvrent un sol jonché de gobelets en plastique et les cadavres de 912 membres du Temple du Peuple dont ceux de Jim Jones et de sa famille[19]. On peut donc observer ici la dernière évolution du fonctionnement du Temple du Peuple. La paranoïa de Jim Jones gagne ses fidèles les plus dévoués, qui ont alors l'ordre de surveiller les autres membres en qui le pasteur a perdu confiance. De plus certains de ces adeptes devenu paranoïaque commettent des actes fous qu'ils pensent être pour le bien du Temple mais auxquels Jones n'a pas forcément donné son accord, comme la tentative d'assassinat au poignard sur Leo Ryan. On constate alors que le manque de confiance au sein de la communauté, la perte de contrôle de Jim Jones sur certains adeptes ainsi que le fait de savoir que les autorités mettraient fin à son règne pousse le fondateur de la secte à penser que pour éviter la destruction de sa création par les autorités ainsi que pour garder jusqu'au bout son statut de chef suprême, le seul moyen est d'ordonner un suicide collectif.

L'impact du suicide massacre sur la société[modifier | modifier le code]

Au lendemain du drame apocalyptique de Guyana, de nombreuses réactions se font entendre dans le monde entier et surtout aux États-Unis. En effet, le suicide massacre est l'un des premiers évènements aussi tragique provoqué par une secte et ne manque donc pas de choquer. Tout d'abord, la communauté noire en est particulièrement émue de par la forte présence de Noirs à Jonestown. Le débat sur l'intégration raciale est donc à nouveau soulevé, bien que les États-Unis aient fait des améliorations sur ce sujet-là, de gros progrès restent encore à faire car la présence de cette communauté en particulier sur le territoire de Guyana s'explique par le rejet de la société vis-à-vis de ces personnes-là. Le débat s'étend même sur une meilleure intégration de tous les démunis et exclus de la société pour éviter que ce genre de tragédie ne se reproduise. Ensuite, un autre débat est soulevé : le danger que peut représenter le communisme dans la société. En effet, toujours dans le contexte de guerre froide et par conséquent de haine envers le communisme, certains politiciens ne se gênent pas de se servir de ce drame comme argument dans leur campagne contre la doctrine marxiste et le socialisme. De plus, le suicide massacre de Guyana attire l'attention des adeptes de la théorie du complot qui accusent la CIA d'avoir collaboré avec Jim Jones dans le but de faire des expériences sur la manipulation de l'esprit humain (montrant ainsi qu'il s'agit d'un évènement marquant car tout évènement marquant possède sa propre théorie du complot : 11 septembre, Charlie Hebdo, ...). Finalement, l'évènement de Guyana est un des drames qui soulève le débat sur la protection contre les dérives sectaires. En effet, plusieurs rapports seront déposés concernant ce sujet, notamment en France[[22]][[23]].

Conclusion[modifier | modifier le code]

En conclusion, le fonctionnement de la société utopiste créée par Jim Jones s'est dégradé peu à peu par la faute du contexte sociopolitique de l'époque relativement à l'opposé des principes communistes et intégrationnistes voulu par la secte, et aussi par la faute du besoin de pouvoir de Jim Jones et son sentiment exagéré de persécution qui le pousse à la folie. Ce qui est arrivé à la secte du Temple du Peuple aurait très bien pu se produire dans une autre secte, car les méthode de recrutement et de contrôle de Jim Jones se sont déjà observées dans d'autres communautés. Si le Temple et ses idées communistes très mal vue dans les années de guerre froide dans lesquels il se développe n'était pas apparu, il n'est pas exclu que la presse ait pu alors s'en prendre à une autre secte possédant elle aussi un gourou tout puissant, et qu'un drame similaire à celui de Guyana ait pu se produire. C'est sans doute pour cette raison que cette affaire à réveillé le débat sur la protection des personnes contre les dérives sectaires dans le monde.


Culture populaire[modifier | modifier le code]

Cinéma 
Musique 
Littérature
  • 1996 : Dans le troisième épisode des Chroniques de San Francisco d'Armistead Maupin (en anglais, Tales of the City, 1982), deux personnages et leurs enfants échappent au suicide collectif organisé par Jim Jones.
  • 2005 : Le livre de Henning Mankell Avant le gel part du massacre de 1978, et raconte l'histoire d'un unique survivant qui retourne dans son pays d'origine la Suède où il commet une série de meurtres épouvantables. L'inspecteur Kurt Wallander enquête.

Bibliographie et webographie[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

- Abgrall, Jean-Marie, "Les sectes de l'apocalypse", Éditions Calmann-Levy, 1999.

- Gutwirth, Jacques "Le suicide-massacre de Guyana et son contexte", Archives de sciences sociales des religions, 42/7,1979, p. 167-187.

- Hervieu-Leger, Danièle, "Prolifération américaine, sécheresse française", in Champion, Françoise, et Cohen, Martine, "Sectes et démocratie", Paris, Éditions du Seuil, 1999.

- Luca, Nathalie, "Les sectes", Éditions Puf, 1998.

Webographie[modifier | modifier le code]

- Jones, Jim. "Q134 Transcript"."Transcript prepared by Fielding M. McGehee III". Alternative Considerations of Jonestown & Peoples Temple. Credit to The Jonestown Institute. http://jonestown.sdsu.edu/?page_id=27339

- Kaufmann, Emmanuelle (BULLES du 4e trimestre 1988). "1978 : Le suicide collectif de 914 adeptes du Temple du Peuple (Jonestown) Il y a dix ans : l'horreur...". BULLES du 4e trimestre 1988 sur le site Prevensectes.com http://ns4005993.ip-192-99-13.net/jones1.htm

- Kilduff, Marshall ; Tracy, Phil (1er août 1977). "Inside Peoples Temple". New West Magazine, sur le site Alternative Considerations of Jonestown & Peoples Temple. http://jonestown.sdsu.edu/?page_id=14026

- Kinsolving, Lester (1972). "The People's Temple and Maxine Harpe". San Francisco Examiner mais jamais publié, sur le site JONESTOWN APOLOGISTS ARTICLE ARCHIVE . http://jonestownapologistsarticlearchive.blogspot.ch/2007/11/part-5-peoples-temple-and-maxine-harpe.html

- Vanthuyne, Emeline. "La lutte contre les sectes en France", partie "Contexte historique". Sur le site INA - Jalons http://fresques.ina.fr/jalons/fiche-media/InaEdu04671/la-lutte-contre-les-sectes-en-france.html

- "Le débat concernant les <<sectes>> en France". Extraits d'une conférence donnée à Strasbourg au mois de mars 2001, sur le site PORT SAINT NICOLAS http://www.portstnicolas.org/plage/le-monde-des-sectes/article/le-debat-concernant-les-sectes-en-france

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Abgrall, Jean-Marie. Les sectes de l'apocalypse. Calmann Lévy. 1999. p. 116
  2. Jones, Jim. "Transcript of Recovered FBI tape Q 134." Alternative Considerations of Jonestown and Peoples Temple. Jonestown Project: San Diego State University.
  3. a et b Abgrall, Jean-Marie. Les sectes de l'apocalypse. Calmann Lévy. 1999. p. 119
  4. a et b Le suicide-massacre de Guyana et son contexte Jacques Gutwirth. Archives de sciences sociales des religions Année 1979 Volume 47 Numéro 2 p. 173
  5. Abgrall, Jean-Marie. Les sectes de l'apocalypse. Calmann Lévy. 1999. p. 119-120
  6. a et b Le suicide-massacre de Guyana et son contexte Jacques Gutwirth. Archives de sciences sociales des religions Année 1979 Volume 47 Numéro 2 p. 175
  7. Jones, Jim. "The Letter Killeth." Original material reprint. Department of Religious Studies. San Diego State University. Archived 13 February 2011 at WebCite
  8. Le suicide-massacre de Guyana et son contexte Jacques Gutwirth. Archives de sciences sociales des religions Année 1979 Volume 47 Numéro 2 p. 176
  9. Le suicide-massacre de Guyana et son contexte Jacques Gutwirth. Archives de sciences sociales des religions Année 1979 Volume 47 Numéro 2 p. 176-177
  10. Le suicide-massacre de Guyana et son contexte Jacques Gutwirth. Archives de sciences sociales des religions Année 1979 Volume 47 Numéro 2 p. 177-178
  11. Paranoia And Delusions, Time Magazine, December 11, 1978
  12. La mort suspecte de Maxine Harpe, membre du Temple qui se plaignait du vol de son argent éveille l'intérêt de la police par exemple. Le Temple pourrait être impliqué dans la mort d'au moins huit de ses membres. Was Peoples Temple responsible for the deaths of some of its former members? Kinsolving, Lester. The Peoples's Temple and Maxine Harpe. San Francisco Examiner. 1972. non-publié.
  13. Lester Kinsolving, éditeur religieux pour le San Francisco Examiner, écrira huit articles dont quatre ne seront pas publiés sur le Temple du Peuple. Les publiés critiquent le caractère divin de Jim Jones et ses affaires financières et ceux qui ne seront pas publiés évoquent la mort suspecte de Maxine Harpe ainsi que les sévices corporels infligés au sein de la secte. Les huit articles sont disponibles sur un blog tenu par le fils de Lester Kinsolving :Jonestown Apologists Alert
  14. Kilduff, Marshall ; Tracy, Phil. Inside Peoples Temple. New West Magazine. August 1, 1977. pp.30-38
  15. Le suicide-massacre de Guyana et son contexte Jacques Gutwirth. Archives de sciences sociales des religions Année 1979 Volume 47 Numéro 2 pp.169
  16. Tim Carter. There was no choice in Jonestown that day... Oregon Public Broadcasting Radio interview. 9 April 2007. Archived 13 February 2011 at WebCite
  17. a et b Le suicide-massacre de Guyana et son contexte Jacques Gutwirth. Archives de sciences sociales des religions Année 1979 Volume 47 Numéro 2 p. 181
  18. a, b et c Le suicide-massacre de Guyana et son contexte Jacques Gutwirth. Archives de sciences sociales des religions Année 1979 Volume 47 Numéro 2 p. 182
  19. a et b Abgrall, Jean-Marie. Les sectes de l'apocalypse. Calmann Lévy. 1999. p. 115
  20. Un des survivants, Tim Reiterman, écrit plus tard avec l'aide de John Jacobs un livre sur l'histoire du Temple du Peuple : Raven: The Untold Story of the Rev. Jim Jones and His People. (en) Ce livre est très bien reçu par la critique.
  21. Le suicide-massacre de Guyana et son contexte Jacques Gutwirth. Archives de sciences sociales des religions Année 1979 Volume 47 Numéro 2 pp. 182-183
  22. Le débat concernant les « sectes » en France
  23. La lutte contre les sectes en France. Contexte historique de l'extrait du journal télévisé du 27 décembre 1995 diffusé sur France 2 avec Philippe Seguin ; Jeanine Tavernier ; André Vivien. Emeline Vanthuyne.