Temple du Peuple

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Temple du Peuple
Des membres du Temple du Peuple participent à une manifestation anti-expulsion à l'International Hotel de San Francisco en janvier 1977.
Des membres du Temple du Peuple participent à une manifestation anti-expulsion à l'International Hotel de San Francisco en janvier 1977.
Affiliation Église chrétienne des Disciples du Christ
Lieu Jonestown, Guyana
Langue(s) Anglais
Dirigeant Jim Jones
Fondateur Jim Jones
Fondation 1955
Membres Environ 1 000 membres à Jonestown, 4 900 membres officiels et 18 000 affiliés en 1978
Logo Peoples Temple logo.svg

Le Temple du Peuple (Peoples Temple) est une secte fondée par le révérend Jim Jones en 1953, à Indianapolis, aux États-Unis. En 1960, la secte se rallie à la confession protestante de l'Église chrétienne des Disciples du Christ. Elle déménage ensuite en Californie, d'abord à Ukiah puis à San Francisco. Dans chaque ville, Jones recrute des démographies différentes : d'abord des familles majoritairement blanches, puis des étudiants blancs utopistes et ayant reçu une instruction poussée, enfin la plus grande partie de ses fidèles, des habitants Noirs de milieux défavorisés, dont beaucoup d'anciens accros à l'héroïne traités dans le centre de désintoxication régi par le Temple du Peuple. La secte se veut d'inspiration communiste et anti-raciste.

En 1974, Jones achète des terres au Guyana : elles servent de lieu d’établissement d'une colonie appelée Jonestown, et le , il y déménage lui-même avec l'ensemble de sa congrégation pour fuir une presse de plus en plus négative sur les abus subis par ses fidèles. Ces abus incluent des violences physiques, morales et sexuelles. Jones alimente une théorie du complot visant à faire croire aux fidèles que la CIA persécute la secte et arrêtera toute personne qui voudrait la quitter, et que ces articles ne sont qu'une oppression de l'église, punie pour son anti-racisme.

Le , un membre du congrès américain, Leo Ryan, vient à Jonestown pour enquêter sur la secte après avoir reçu plusieurs plaintes de la part de déserteurs et de proches de fidèles. Il est assassiné lors d'une fusillade à l'aéroport, alors qu'il quitte le camp : trois journalistes et une défectrice meurent aussi dans l'embuscade. Le soir même, Jim Jones force le suicide collectif d'environ 910 fidèles sur place, majoritairement par empoisonnement au cyanure de potassium, avant d'être lui-même abattu par balle. On compte une vingtaine de survivants ; une famille meurt à Georgetown, capitale du Guyana, et on ne compte aucun mort à l'antenne de San Francisco.

L'événement constitue la plus grande perte de vies américaines au cours d'un seul événement jusqu'aux attentats du 11 septembre 2001. Le massacre de Jonestown donne lieu à des nombreuses reprises dans la culture populaire et fait naître une expression, « don't drink the Kool-Aid », qui fait référence à la limonade mélangée au poison et signifie « quoi qu'on vous dise, ne le croyez pas trop fort ». Il est aussi sujet à de nombreuses théories du complot, nourries par le peu d'informations disponibles sur le massacre.

Genèse du Temple du Peuple[modifier | modifier le code]

Biographie de Jim Jones[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Jim Jones (pasteur).
Rev. Jim Jones, 1977.

Jim Jones, de son vrai nom James Warren Jones et fils de James Thurman Jones et Lynetta Putnam, naît le dans l'Indiana. Il grandit dans un milieu très pauvre de l'Indiana rural[1]. À l'âge de dix ans, il rejoint le Gospel Tabernacle[2], église pentecostale du mouvement charismatique[3].

En début d'adolescence, Jones continue à prêcher aux autres enfants de son âge, pendant des sermons d'une à deux heures où il mêle questions religieuses, leçons de vie et lecture de manuels d'école[4]. À 15 ans, il évangélise des inconnus dans la rue, mais rencontre peu de succès, entre autres à cause de la mauvaise réputation de ses parents[5].

Jim Jones prend alors l'habitude de voyager vers Richmond en autostop. Il travaille à temps partiel à l'administration d'un hôpital et évangélise les habitants dans la rue le reste du temps, le tout en plus de ses cours : il prend l'habitude de dormir très peu[6]. La ville est composée d'environ 20 % de Noirs, alors qu'à Lynn, la population était très majoritairement blanche[7] : il commence à mélanger des notions de justice sociale à ses sermons de rue[8].

Quand Jim Jones arrive à l'âge adulte, il se prend d'intérêt pour l'administration de l'hôpital[9]. À 19 ans, il épouse l'infirmière Marceline Baldwin[10]. Le couple rencontre des difficultés importantes dans ses premières années de mariage quand Jim Jones abandonne soudain toutes ses convictions religieuses et s'intéresse au communisme. Il va jusqu'à tenter d'interdire à sa femme de prier, affirmant : « ma femme ne s'agenouillera pas devant un Dieu imaginaire »[11].

Une église aux murs blancs sur le bord d'une petite route.
La première église dans laquelle Jim Jones officie.

En 1950, Jim Jones découvre l'église méthodiste, qui est plus socialement ouverte que les autres courants protestants de la région[12]. En 1951, il est brièvement affilié au Communist Party USA[13]. En avril 1952, il décide brusquement de devenir pasteur. En juin 1952, Jones commence un stage de pasteur étudiant à Somerset Methodist Church, qui se situe dans un quartier blanc défavorisé d'Indianapolis[12],[14],[15].

En 1953, Jim Jones se convertit également du méthodisme au pentecôtisme : le côté spectaculaire l'attire plus, ainsi que les actes de guérisons miraculeuses. De plus, ce courant est historiquement plus populaire et plus ouvert à l'intégration raciale[16]. Jones s'en inspire pour modifier ses sermons et faire lui-même des guérisons de ce genre[17]. Plusieurs décennies plus tard, Edith Parks, une de ses premières fidèles, témoigne : « J'avais un cancer qui avait métastasé et le médecin m'a dit qu'il ne me restait que quelques mois à vivre. Mais je devenais de plus en plus forte[18] ».

Création du Temple du Peuple à Indianapolis[modifier | modifier le code]

Jim Jones veut regrouper les Noirs et les Blancs dans une église unique. Dans l'Indiana des années 1950, c'est un concept difficile à appréhender, et il rencontre une forte opposition de la part de ses pairs et de ses supérieurs. En 1954, il est renvoyé de son église pour ses idées intégrationnistes, ce qui le pousse à fonder son propre mouvement religieux[19]. Il se met à vendre des singes domestiques en porte-à-porte pour financer cette création[20].

Jones loue un petit bâtiment dans un quartier intégré et l'appelle « Community Unity »[21]. Voyant que les fidèles Noirs deviennent de plus en plus nombreux, des membres de l'administration lui proposent d'ouvrir une église secondaire dans un quartier Noir de la ville, et il refuse catégoriquement l'idée, souhaitant que les fidèles se mélangent entre eux[22]. Le , il fonde le successeur de Community Unity et le nomme Wings of Deliverance[23], puis quasi-immédiatement « Peoples Temple Full Gospel » (le Temple du Peuple du Plein Évangile)[24],[25].

À ses débuts, le Temple du Peuple n'attire que des Blancs qui habitent le quartier. En 1956, l'église gagne en notoriété auprès des Noirs quand Jones co-organise une convention religieuse avec un prédicateur célèbre, William Marrion Branham[26]. Branham et Jones ont un style de prédication similaire : ils effectuent tous deux des guérisons miraculeuses et emploient des détectives privés pour faire croire aux fidèles que Dieu leur communique des informations secrètes sur eux[27]. Il attire l'attention du prédicateur africain-américain Archie Ijames, qui deviendra plus tard son plus grand allié noir[28]. Ijames est le premier fidèle du Temple du Peuple à abandonner son travail pour se consacrer au Temple à plein temps. En parallèle, Jones met en avant le concept de « communalisme religieux », affirmant qu'il subviendra aux besoins de tous ceux qui lui cèdent leurs possessions matérielles[29].

Pour mettre en application ses idées communalistes, Jim Jones ouvre une maison de retraite en 1955. Sa femme et lui créent la Jim Lu Mar Company afin de gérer plusieurs maisons de retraite ou de soins : elles sont plus peuplées que la normale, mais le confort y est également plus important qu'ailleurs. Barton Hunter, représentant des Disciples du Christ, affirme qu'elles « ont longtemps été les meilleures de la ville ». Les personnes qui travaillent dans ces maisons sont des membres du Temple du Peuple logés et nourris en échange de leurs efforts. Ainsi, ils commencent à être coupés du monde extérieur tandis que l'entreprise se maintient financièrement, n'ayant pas de salaires à verser[30].

Il organise des soupes populaires ainsi que différents programmes de soutien aux défavorisés comme un centre communautaire pour enfants, des classes d'alphabétisation et des dispensaires[20],[31]. Les activités pour enfants deviennent un véritable argument de recrutement pour les mères célibataires des quartiers défavorisés[32].

À Indianapolis, en octobre 1958, Jim et Marceline Jones adoptent deux orphelins de guerre coréens, Stephanie et Chioke, rebaptisé Lew. Le , Suzanne Jones meurt dans un accident de voiture au retour d'un culte. Le naît le fils biologique des Jones, Stephan Gandhi Jones. Presque en même temps, ils adoptent la petite soeur de Stephanie, Oboki, qu'ils renomment Suzanne[33]. Quelques mois plus tard, les Jones ajoutent un dernier enfant à la famille : Jim Warren Jones Junior, le premier enfant africain-américain adopté par une famille blanche de l'histoire de l'Indiana[28].

Pendant l'été 1959, Jones fait la rencontre de Father Divine, gourou de la Peace Mission, qui lui propose de venir prêcher auprès de ses propres fidèles[34]. Sans parvenir à convaincre beaucoup de membres de la secte de Father Divine, Jones s'inspire de son organisation interne et récupère en masse ses enseignements religieux : en particulier, la Peace Mission est propriétaire de nombreux logements et ses fidèles travaillent souvent sans salaire, donnant leur profit directement à leur église[35].

En 1959, Jim Jones rencontre le pasteur Ross Case, qui veut l'intégration raciale de son église et demande les conseils du Temple du Peuple. L'église de Case est affiliée aux Disciples du Christ[36] : l'année suivante, le Temple du Peuple rejoint l'Église chrétienne des Disciples du Christ et bénéficie dès lors d'une exemption d'impôts et d'une crédibilité accrue : les Disciples du Christ comptent plus de deux millions d'adhérents[37]. Il appartient à chaque église de considérer qu'elle fait ou non partie de la congrégation : Jim Jones prévient donc les Disciples du Christ de sa nouvelle affiliation et rencontre rapidement des cadres de l'organisation, qui apprécient ses dons conséquents à l'association des églises locales[38].

Pour recruter des nouveaux membres, Jones utilise leurs amis et embauche des détectives privés en complément. De cette façon, il a un certain nombre d'informations sur eux, qu'il fait passer pour des intuitions divines. Par exemple, une femme rejoint le groupe après que Jones révèle en public qu'elle est juive[19]. Il ajoute à cela la participation active des membres de l'Église[28]. Le Temple du Peuple établit un restaurant entièrement gratuit dans le sous-sol de son bâtiment. Le restaurant ouvre le et se différencie des autres restaurants gratuits en ne forçant pas ses visiteurs à prier avant de manger. Il est rapidement très fréquenté, y compris par des personnes plus aisées financièrement qui choisissent de donner du temps ou de l'argent en échange de leurs repas[39]. À la fin de l'année, un cinquième de la congrégation est Noir[40].

En février 1961, Jim Jones est nommé directeur de la commission pour les droits de l'homme d'Indianapolis, après une élection à laquelle il est l'unique candidat[28]. Ce rôle dépasse le simple rang politique : pendant ses premières semaines à la direction de la commission, il part démarcher lui-même trois restaurants différents pour les convaincre de cesser la ségrégation de leurs clients[41]. Fatigué et stressé par ses emplois et par l'opposition qu'il rencontre, Jones développe un ulcère : accueilli dans l'aile réservée aux Noirs d'un hôpital qui l'a cru Noir parce que son médecin est un Noir, il contacte la presse locale pour exprimer les raisons de son refus de passer dans l'aile réservée aux Blancs. L'histoire rencontre un certain écho dans la presse et l'hôpital change sa politique[42],[28],[43].

Le Temple du Peuple s'éloigne de plus en plus du christianisme classique. Jones utilise l'imposition des mains pour effectuer des « guérisons miraculeuses », « extrayant » par exemple des tumeurs cancéreuses[44] : cette extraction est en fait faite à partir de foies de poulet que Jones cache dans sa manche et fait semblant de sortir de la bouche du malade[20]. Il ajoute qu'avoir des enfants est un péché en raison de la surpopulation, qu'il faut se contenter d'adopter ; c'est cependant à cette époque-là que Marceline tombe enceinte de Stephan[45]. En 1961, il remet en cause la naissance virginale de Jésus[46]. Les sermons, qui peuvent durer plusieurs heures d'affilée, sont de moins en moins religieux et de plus en plus politiques[28]. Jones base ses sermons sur l'idée qu'entre les pasteurs qui volent l'argent de leurs fidèles et les contradictions de la Bible, il faut se fier aux propos de l'épître aux Romains : « Et comment y aura-t-il des prédicateurs, s'ils ne sont pas envoyés ? ». Il s'appuie sur ce verset pour avancer qu'il est lui-même un prophète envoyé par Dieu[47]. En parallèle, il insiste toujours sur les sacrifices qu'il fait pour les autres et sur sa propre fragilité physique[48]. Ces propos lui font perdre beaucoup de soutiens, mais ceux qui restent sont d'autant plus fidèles[49],[45].

À la recherche d'une nouvelle ville[modifier | modifier le code]

À la fin de l'année 1960, Jim Jones se lasse de son public presque intégralement blanc. Il décide d'aller recruter des Noirs directement à Cuba et de les emmener à Indianapolis pour qu'ils soient déjà sensibilisés au communisme et ne s'opposent pas à ses idéaux. Jones embarque donc pour Cuba, avec l'objectif de ramener 40 familles noires qu'il fera travailler dans les champs que le Temple du Peuple a achetés en Indiana. Il parvient à recruter 15 familles, puis laisse un assistant embauché sur place trouver les 25 autres tandis qu'il retourne à Indianapolis. Son assistant disparaît du jour au lendemain et le plan n'aboutit jamais[50].

Une fois de retour à Indianapolis, Jim Jones est victime de menaces et de harcèlement. Il affirme recevoir des lettres de haine et des menaces téléphoniques de racistes, et quand il manque d'opposants, il invite des Nazis à débattre avec lui puis publie leurs lettres de refus[51]. Les menaces reçues par le Temple du Peuple sont cependant exagérées, bien que leur existence soit avérée[52]. Un couple en particulier, après avoir reçu plusieurs appels d'une personne anonyme qui reste silencieuse et se contente de respirer dans le combiné, annonce à Jim Jones qu'une enquête va être lancée pour tracer le prochain appel. Jones devient écarlate, dit « je ne ferais pas ça si j'étais vous », et le couple ne reçoit plus jamais d'appel suspect[53]. L'état de santé du pasteur se délite : il s'évanouit souvent et ne se réveille qu'après une injection — probablement placebo — de sa femme[43]. Marceline Jones elle-même reçoit des crachats lorsqu'elle promène son fils adoptif Africain-Américain Jimmy en poussette[54].

En octobre 1961, Jim Jones annonce avoir eu une vision d'une attaque de Chicago à la bombe atomique et d'une autre attaque à Indianapolis. Il décide de déménager l'église[55]. Le voyage coïncide avec une visite à l'hôpital où un médecin lui ordonne de prendre deux mois de vacances[56]. Il voyage alors pendant deux mois : lors de cette période, il fait un bref passage au Guyana et s'installe à Hawaï un certain temps, officiellement pour voir si son église peut s'y installer en cas de catastrophe, mais en réalité plutôt pour profiter de vacances. Sa famille le rejoint sur place, mais le lieu est trop cher pour déménager les fidèles et trop exposé aux attaques militaires : le souvenir de l'attaque de Pearl Harbor reste vif[57]. En décembre, il revient à Indianapolis pendant quelques jours et démissionne de son poste à la commission des droits humains pour raisons de santé avant de repartir[56].

En janvier 1962, Jones lit un article du magazine Esquire intitulé « Nine places in the world to hide » (« Neuf endroits où se cacher dans le monde »)[49]. L'un de ces endroits est Belo Horizonte, au Brésil, où il se rend alors. Archie Ijames le prévient que des dissenssions internes sont en train de se former dans la communauté d'Indianapolis[57],[28]. Plusieurs familles de fidèles viennent s'installer au Brésil avec les Jones et font des missions humanitaires ; tous rencontrent des difficultés avec les autorités brésiliennes pendant la crise des missiles de Cuba[58]. En juin 1963, la congrégation est de retour à Indianapolis, sauf les Jones qui partent à Rio de Janeiro. Jim Jones demande de l'argent au Temple du Peuple, qui ne peut plus l'aider parce qu'elle frôle la faillite en raison de conflits entre Lynetta Jones et les parents de Marceline[59]. Jusqu'à sa mort, il racontera avoir été gigolo pour la femme d'un diplomate pendant trois nuits en échange de 5 000 $[60], dont il aurait ensuite fait don à un orphelinat[59]. Si l'histoire est vraie, alors il n'en existe aucune preuve[60]. Jones se lie d'amitié avec un révérend américain installé au Brésil, le révérend Malmin : il lui demande d'administrer le Temple du Peuple d'Indianapolis en son nom. Le révérend Winberg, favori à la succession de Jones soudain écarté du pouvoir, part du Temple du Peuple avec une trentaine de fidèles, et d'autres partent encore après. Il reste à peine 75 à 100 fidèles lorsque Jones revient à Indianapolis début 1964[61]. Malmin finit par quitter, lui aussi, le Temple du Peuple après le retour de Jones[62].

L'article d'Esquire sur les neuf endroits où échapper à une guerre nucléaire spécifie que la Californie du Nord, et plus exactement la ville d'Eureka, est un endroit sûr pour échapper à une attaque nucléaire. Un fidèle part en Californie pour trouver des sites potentiellement accueillants, tandis que Jones commence à se comparer à Jésus et à vouloir se faire passer pour un prophète. Son émission est supprimée de la station de radio chrétienne locale parce qu'elle bouscule trop les acquis de la religion chrétienne. Fin 1964, il visite lui-même la Californie[63].

Début 1965, les Jones prennent leur décision : le Temple du Peuple s'installera en Californie. Pour soutenir le déménagement des fidèles, Jones prophétise que la destruction nucléaire d'Indianapolis aura lieu le [64],[20]. Norman Ijames, fils d'Archie Ijames et pilote, affirme ne pas pouvoir se rendre à Eureka sans faire une escale dans la ville d'Ukiah, plus au Sud. La ville étant sur la limite sud de la zone de sécurité, Jack Case, un autre fidèle parti repérer les lieux, approuve ce plan et trouve un travail à Ukiah. Cette petite ville a pour avantage de bénéficier d'une économie dynamique : emplois publics dûs aux nombreuses structures gouvernementales, commerce du bois, vignes et vergers de poires pourront fournir du travail aux nouveaux arrivants[65]. Il est possible que Jim Jones ait aussi vu la désinstitutionnalisation entamée par la Californie comme une opportunité : l'hôpital local devant limiter son nombre de personnes hospitalisées, il est possible d'y installer un nombre conséquent d'habitations pour les malades, comme à Indianapolis[66].

Lors d'une conversation avec Jim Jones, Case lui reproche d'avoir trop d'emprise sur ses fidèles. Jones répond : « [Mon psychiatre] dit que je ne peux pas les libérer trop vite de leur dépendance, ou ils auront des séquelles psychologiques ». Rien ne laisse suggérer que Jones était réellement suivi par un psychiatre. Case finit par quitter la secte le , se disant écœuré par la déification de Jim Jones[67].

En juillet 1965, la famille Jones et environ 140 membres du Temple du Peuple déménagent à Ukiah[68].

Le Temple du Peuple à Ukiah[modifier | modifier le code]

Sur fond noir, le contour jaune de deux étoiles à quatre branches superposées et le contour d'un cercle plus petit que les branches des étoiles.
Le logo du Temple du Peuple.

Le Temple du Peuple bénéficie d'un accueil chaleureux à Ukiah, dont un article intitulé « Ukiah Welcomes New Citizens to Community » dans l'Ukiah Daily Journal[68]. L'église développe une bonne réputation au sein de la communauté locale. Cependant, Ukiah est une ville quasi-intégralement Blanche, ce qui déplaît à Jones[68].

Le Temple du Peuple manquant d'argent, Marceline Jones est embauchée à l'hôpital, qui deviendra un véritable vivier d'emplois pour les fidèles. De son côté, Jim Jones trouve un travail de professeur à temps partiel[68]. À l'automne 1966, il anime un cours du soir pour adultes, toujours bondé parce qu'il encourage ses fidèles à obtenir leur diplôme de fin de lycée. Des étudiants portent plainte à l'administration parce qu'il critique régulièrement le gouvernement, partage ses conseils de masturbation pour aider à l'abstinence et dit que si les Catholiques sont contre l'avortement, c'est parce qu'ils veulent dominer le monde. Soupçonnant d'être espionné par l'administration après ces plaintes, Jones ferme toutes les fenêtres de sa classe et poste des guetteurs dans les couloirs : sachant désormais qu'il n'est plus écouté, il se met à donner des cours ouvertement marxistes. Il ajoute qu'il ne permettra pas à ses étudiants de rejoindre le Temple du Peuple pour ne pas être accusé de prosélytisme, mais en recrute en réalité une dizaine[69].

Le recrutement du Temple du Peuple se fait entre autres par le biais d'une lettre d'information, qui ne mentionne rien de politique pour ne pas fournir de preuves en cas d'enquête, et ne parle donc que de religion. Le bulletin est envoyé aux membres de la congrégation, ainsi qu'aux personnes que la secte veut attirer. Il passe de 1 500 destinataires début 1970 à plus de 36 000 destinataires fin 1971. Jones envoie aussi des cars entiers de fidèles à Los Angeles un week-end sur deux, ainsi que dans des grandes villes partout dans le pays, pour obtenir plus d'adhérents. Il achète de nombreux créneaux publicitaires pour retransmettre ses sermons à la radio. Pendant cette période, il recrute énormément de jeunes Blancs diplômés, attirés par son bulletin écrit et ses apparitions publiques. De même, les rédacteurs du bulletin et les accompagnateurs lors des événements sont systématiquement des jeunes Blancs éduqués et non la masse de Noirs venus de quartiers pauvres qui compose une partie croissante de son église[70]. C'est par ailleurs à l'arrivée de ces personnes que la stratégie de communication de la secte prend son essor[71], par exemple avec la création du magazine The Living World: an apostolic monthly, magazine mensuel qui ne parle pas de religion mais uniquement de santé et de bien-être général[72]. C'est là la nouvelle orientation du mouvement : Jones lui-même demande à ses fidèles de ne plus parler de sa nature divine mais d'en parler comme d'un prophète afin de moins rebuter les communautés externes[73].

Le Temple du Peuple effectue un court partenariat avec la Golden Rule Church, rapidement abandonné quand ces derniers commencent à considérer que Jim Jones leur vole leurs fidèles[74]. De la même façon, le Temple du Peuple profite d'un « échange cultuel » avec une église noire de San Francisco après l'assassinat de Martin Luther King pour recruter 150 à 200 fidèles[75]. Une tentative similaire de s'approprier les fidèles de feu Father Divine rencontre un échec cuisant : les membres du Temple reviennent avec seulement une douzaine de vieilles femmes noires supplémentaires dans leurs rangs. De plus, pour les fidéliser, Jones est dans l'obligation d'adapter ses pratiques : il fait apprendre des chants de Mouvement de la Mission internationale pour la paix à ses disciples et leur fait prendre l'habitude de l'appeler Father (père), et Marceline Mother (mère), sur le modèle de Father et Mother Divine[76].

Jones affirme être la réincarnation de Moïse et de Lénine[58], et insiste souvent sur le fait que les personnes qui ne donnent pas tous leurs biens et toute leur énergie au Temple du Peuple seront réincarnés en une créature inférieure, comme une amibe[77].

Jones construit une structure financière solide pour le Temple du Peuple tout en concentrant le mouvement vers le communalisme : la loyauté des fidèles est mesurée par leur bonne volonté à abandonner leur emploi et leur maison et les échanger contre les emplois et l'hébergement du Temple[25], incluant des maisons appelées « communes »[78]. Il insiste sur le fait que seuls les fidèles aisés sont censés donner des grandes quantités d'argent au Temple, bien que les demandes constantes de dons auprès de l'ensemble de la congrégation contredisent ces propos[79]. Les fidèles sont évalués sur leur loyauté, qui se traduit entre autres par le fait de dormir le moins possible. La fatigue les empêchant de réfléchir clairement, ils s'en remettent d'autant plus à leur pasteur[19]. Lui-même commence à abuser des stimulants, anti-douleurs et calmants, s'injectant des substances en grande quantité[80].

Les enfants du Temple du Peuple aiment beaucoup jouer au football dans le hameau de Redwood Valley. Les fidèles y construisent une piscine pour les enfants. Constatant le succès du projet, ils construisent leur église autour de cette piscine, sous la direction d'Archie Ijames, qui est menuisier. Le bâtiment terminé est assez grand pour accueillir la population entière du village, mais se remplira rapidement de fidèles attirés par une campagne de recrutement agressive[81]. Il est inauguré le [82]. Afin de trier les potentiels fidèles, la secte met en place un parcours de 10 cassettes audio à écouter avant de devenir membres : la première récapitule les erreurs de la Bible, la deuxième se penche sur le communisme. Après ces deux cassettes, les personnes toujours intéressées peuvent venir aux rencontres du samedi et écouter les autres enregistrements avant de devenir membres[83]. En parallèle, Jim Jones s'engage au sein de la National Association for the Advancement of Colored People et est élu, majoritairement par ses propres fidèles, au conseil d'administration de l'association[84].

Sur un plan plus personnel, les relations de la famille Jones se délitent : Jim et Marceline font chambre à part, Stephan se bat souvent avec son frère noir Jimmy. Jimmy est jaloux de Stephan, fils biologique des Jones, tandis que Stephan est conscient que les fidèles du Temple du Peuple lui préfèrent son frère, qui a bien meilleur caractère que lui[85]. Les enfants sont très souvent gardés par Carolyn Layton, une fidèle de la secte qui entretient une relation avec Jim Jones à partir du début des années 1970. Jim Jones tente de se débarrasser de sa femme en annonçant à ses beaux-parents qu'elle est dépressive et devrait être internée. Marceline Jones décide alors de s'enfuir avec ses enfants, mais un des enfants croit qu'il s'agit d'un test de loyauté et en parle à son père[86]. Stephan commence à ouvertement prendre le parti de sa mère tandis que son père mentionne régulièrement ses propres activités extra-conjugales avec différents membres de la secte devant toute la congrégation[87].

Le , John-Victor Stoen, fils de Grace Stoen et de Tim Stoen, une figure importante du Temple du Peuple, naît[88]. Le , Tim signe une déclaration sur l'honneur attestant que l'enfant est de Jones. La déclaration est signée par Tim Stoen, qui affirmera plus tard qu'il pensait que la déclaration serait conservée dans un dossier privé comme toutes les autres fausses déclarations habituellement établies, et Marceline Jones, pour qui il n'est pas invraisemblable que l'enfant soit effectivement de son mari notoirement infidèle[89].

Les Disciples du Christ n'enquêtent jamais sur leurs églises membres et n'ont aucun système en place pour reconnaître des abus. Pour eux, le Temple du Peuple est de toute façon un avantage : la secte est populaire et effectue de nombreuses actions humanitaires qui donnent une bonne image du mouvement. De plus, le Temple leur envoie des donations conséquentes[90]. D'autres, cependant, remarquent des détails de plus en plus perturbants. Dennis Denny, chef des services sociaux du comté d'Ukiah, entend dire que certains patients des hôpitaux psychiatriques financés par le Temple sont forcés à participer aux cultes de la secte. Il voit un enfant marqué par un martinet, probablement confectionné à partir de câbles en cuivre[91]. Une vieille femme vivant dans une maison de retraite tenue par le Temple du Peuple affirme que ses administrateurs refusent de lui verser les 30 $ auxquels elle a droit, en raison de son comportement jugé agressif[92]. Une institutrice s'inquiète quand une bonne élève lui demande de lui donner une meilleure note à un contrôle d'anglais pour ne pas être fouettée devant toute la congrégation[93]. En parallèle, le campement se militarise : il est entouré de barbelés et patrouillé par des gardes armés afin d'éviter une invasion par un ennemi probablement imaginaire[94]. Le , Jim Jones est arrêté pour exhibitionnisme après avoir agressé sexuellement un officier de police en civil[95].

Pour fuir les premiers soupçons de la population et par manque d'espace pour les membres de l'église[20], Jones décide d'installer son église à San Francisco, rue Geary, avec une antenne annexe à Los Angeles, boulevard Alvarado[25].

L'âge d'or : le Temple du Peuple à San Francisco[modifier | modifier le code]

Le Temple du Peuple et la politique[modifier | modifier le code]

Quelques localisations du Temple du Peuple en Californie.

Le Temple du Peuple obtient un pouvoir politique croissant. Le mouvement peut dépêcher 2 000 personnes à n'importe quel meeting politique en moins de six heures : l'élection de George Moscone à la mairie de San Francisco est publiquement attribuée au Temple du Peuple[25],[19]. Cependant, il sera plus tard avéré que seulement quelques centaines de personnes peuvent avoir voté à San Francisco, tandis que la victoire de Moscone s'est faite avec environ 4 000 voix d'avance[96].

En mars 1976, Moscone prévoit de donner la direction du « Human Rights Committee » à Jones pour le remercier de son influence ; ce dernier refuse la proposition, considérant qu'il s'agit d'un retour à un poste qu'il occupait déjà quinze ans plus tôt[97]. Le , Jones est nommé membre de la commission des logements publics de la ville, en partie pour le remercier de son intervention dans les élections municipales[98]. Il en prend rapidement la tête[99].

Après avoir obtenu ces fonctions politiques, Jones correspond et rencontre en de multiples occasions Rosalynn Carter, la femme du futur président Jimmy Carter[31],[100]. Il prend l'habitude de faire participer des centaines de fidèles à des meetings politiques et à des élections pour soutenir les candidats de son choix[101]. Le Temple du Peuple est une association non lucrative non soumise aux impôts et ne doit en théorie pas s'impliquer en politique : un « comité de diversion » est créé pour envoyer des lettres anonymes en masse aux personnalités politiques[102].

Jones s'attire aussi les faveurs de la presse, grâce à des dons ostensiblement faits pour la protection du Premier amendement de la Constitution des États-Unis qui assure la liberté de la presse[103],[104]. Ces dons, faits à douze organismes de presse différents, s'élèvent à 4 400 dollar (soit environ 3 248 euro*) au total[105].

Abus éthiques et premiers doutes de la presse[modifier | modifier le code]

Tous les adultes de la congrégation partent une fois toutes les deux semaines dans les ghettos de San Francisco pour évangéliser des nouveaux membres[25]. Les actions sociales du Temple du Peuple lui valent de nombreux soutiens, parmi lesquels Angela Davis, Huey P. Newton et Jane Fonda[106]. Le Temple du Peuple continue ses activités pour la communauté locale[107].

Un groupe de personnes, dont une majorité de Noirs, serrés dans une rue.
Des membres du Temple du Peuple à une manifestation pour sauver l'International Hotel à San Francisco en janvier 1977.

Le statut de Jim Jones au sein de la secte change ; il passe de simple « chef spirituel » à celui de « père » ayant tout pouvoir sur la communauté et ses membres, se faisant appeler « Dad » par ses fidèles[100]. Jones assure sa domination sur la secte notamment par la possession de tous les biens de celle-ci. Il prend pour habitude de sodomiser les jeunes hommes qui rejoignent sa secte pour s'assurer de leur obéissance, affirmant que chaque écart de conduite est dû à des pulsions homosexuelles refoulées[108]. Il réserve des sévices corporels ou des humiliations publiques aux fidèles qui ne respectent pas les règles[109].

Les membres de la secte doivent signer des confessions écrites où ils affirment avoir violé un enfant, prévu de tuer le Président, ou un autre acte passible d'une lourde peine. Ces confessions ont vocation à être publiées s'ils veulent quitter la secte[110]. Ils doivent aussi signer un certain nombre de feuilles vierges[111]. Par exemple, Deanna Mertle écrit un jour : « s'il vous plaît, gardez Daphene et Eddie loin de moi. Je n'arrive pas à arrêter de les battre malgré toutes mes prières, ne cédez pas, c'est pour leur bien[112] ». Un emploi de la secte consiste à noter les absents de chaque prédication et à gérer les litiges personnels entre membres, en s'assurant toujours que Jim Jones est au courant des opinions et comportements qui pourraient remettre en cause son autorité. Jim Jones établit aussi une « Planning Commission », sorte de garde d'élite composée d'une centaine des fidèles les plus loyaux[25].

En 1972, Lester Kinsolving, éditeur au San Francisco Examiner, rédige une série d'articles à charge contre le Temple du Peuple[58]. Le premier article sort le , le second paraît le lendemain, le troisième encore le jour suivant. Ce troisième article affirme que Tim Stoen ne devrait pas être si haut placé dans le système judiciaire local et qu'il officie en tant que pasteur sans en avoir la permission de l'État. Jones envoie 150 fidèles du Temple du Peuple manifester devant les bureaux du San Francisco Examiner[113],[114]. Un journaliste est harcelé par téléphone au point de devoir passer 3 jours dans un hôtel avec sa famille[115].

En 1973, des étudiants qui se surnomment les « Huit Révolutionnaires » s'enfuient avec un camion et des armes à feu pour le Canada, mais s'arrêtent à Spokane[116], où ils écrivent un manifeste dénonçant divers abus du Temple[19]. Ils dénoncent ses interférences politiques et son éthique personnelle, attirant l'attention des médias. La paranoïa va croissante et le Temple du Peuple commence à se replier sur lui-même, devenant plus fermé et plus opaque aux personnes extérieures pour se solidifier autour de Jones[25]. Jones lui-même rejette le manifeste en affirmant à ses fidèles que les Huit Révolutionnaires sont des extrémistes trotskistes qui ont décidé de fabriquer des bombes pour détruire un barrage ou des centres d'affaires, et qu'ils ne méritent pas le pardon divin qu'il peut apporter au Temple du Peuple, qui fait des actions caritatives[117]. C'est à cette période qu'il commence à faire preuve d'autorité sur des sujets de vie personnelle qui n'avaient jusque-là que peu d'intérêt pour lui[118].

En 1975, le Temple du Peuple, qui fait suivre Lester Kinsolving depuis plusieurs années, l'attaque en justice pour diffamation. La secte saisit aussi l'Union américaine pour les libertés civiles, Kinsolving ayant été renvoyé de la couverture journalistique du congrès américain parce qu'il a soutenu le gouvernement sud-africain en échange d'une subvention[105]. Le Temple du Peuple prend enfin une tournure ouvertement politique, délaissant la religion complètement pour soutenir la Nouvelle gauche face au parti communiste USA[84]. Il s'appuie beaucoup sur le soutien de populations historiquement persécutées : les Noirs en tout premier lieu, mais en décembre 1976, Mike Prokes rencontre l'American Jewish Committee pour discuter de la résurgence de la propagande néo-nazie à San Francisco. L'église organise également un boycott d'Anita Bryant lorsque cette dernière tient publiquement des propos homophobes[119]. À Los Angeles, le temple conclut une alliance avec la Muslim American Society : en mai 1976, les associations organisent un événement tenu en présence de dirigeants Noirs, de communistes et de blancs progressistes[119].

La secte commence à avoir des ennuis avec le fisc, tandis que la trésorière du Temple du Peuple a pour tâche de déposer des millions de dollars sur des comptes bancaires secrets en Suisse et au Panama[120],[121]. En particulier, l'église est soumise à une enquête de l'Internal Revenue Service. En février 1976, le Temple du Peuple crée l'Apostolic Corporation, association religieuse qui regroupe les biens des fidèles. Le , l'IRS refuse d'exempter l'organisation de taxes, estimant que sa nature n'est pas exclusivement religieuse[122]. Le mois précédent, Gene Chaikin, avocat du Temple, a prévenu que les maisons de retraite et les programmes communaux gérés par l'organisation seront eux aussi soumis aux impôts[123].

Différentes plaintes sont émises contre le Temple du Peuple, incluant des plaintes pour tentative d'homicide mais aussi pour usage de drogues et détournement de mineurs. Cependant, aucune enquête publique n'est ordonnée par le procureur de San Francisco, lui-même nommé avec l'aide de Jones[124]. Fin 1976, le désaveu des prêtres africains-américains se concrétise lorsqu'ils ajoutent une clause requérant explicitement que leur association, le Black Leadership Forum, ne peut être gérée que par un adulte d'ascendance africaine, ceci afin d'éviter une prise de pouvoir de Jones, qui s'est déjà approprié les fidèles de plusieurs églises historiquement noires[125].

Au Nouvel An de l'année 1976[126], Jones invite les membres de la Planning Commission, soit une centaine de personnes, à boire une coupe de vin[127]. Il s'agit d'une rare entorse à la règle de la secte, selon laquelle l'alcool et les drogues sont strictement interdits[128]. Une fois la boisson bue, il révèle que la boisson a été mélangée à du poison[25]. Après près d'une heure sans avoir reçu la moindre opposition de la centaine de présents, il revient sur ses propos et affirme qu'il ne s'agissait que d'un test de loyauté[129]. Il s'agit du premier acte concret allant dans le sens de ses sermons sur le suicide révolutionnaire (en), inspiré des écrits de Huey Newton.

En 1976, Stephan Jones fait une deuxième tentative de suicide, et Marceline Jones est autorisée à venir vivre à San Francisco pour s'occuper de lui[130].

L'exode vers Jonestown[modifier | modifier le code]

Dès 1973, Jones commence à parler de l'avenir du Temple du Peuple en annonçant que ce dernier aura une fin brutale (« a screeching halt »)[49]. Pendant l'automne 1973, peu après la défection des Huit Révolutionnaires, Tim Stoen et lui organisent un plan d'urgence au cas où la presse se ferait trop insistante. Le plan consiste à partir au Canada, puis dans les Caraïbes, où la Planning Commission sera enfin rejointe par les fidèles lambda[131]. Les administrateurs de la secte décident finalement de « rester ici en Californie jusqu'aux premiers signes de persécution ouverte de la part de la presse ou du gouvernement ». Enfin, Jones propose de s'établir au Guyana, qu'il a visité en 1960[132]. Il commence à conditionner ses fidèles en leur parlant de l'importance de s'exiler avant d'être condamnés par une dicature américaine ou envoyés en camp de concentration pour Noirs : « Les Juifs auraient dû s'exiler, mais ils sont restés. Ils se sont dit, « Ça ne peut pas nous arriver, Dieu nous a choisis ». Nous, les Nègres, savons bien que Dieu ne nous a pas élus[133]. »

Le 8 octobre 1973, le conseil d'administration de l'église décide d'établir une colonie agricole au Guyana et y achète des terres[58]. Le choix du Guyana s'est révélé facile à faire, car il s'agit une ancienne colonie britannique où l'on parle anglais, une partie de la population est noire, comme 80 % des membres de la secte, et le gouvernement est principalement socialiste[134]. Le gouvernement est également Noir, un facteur important pour Jones qui prône l'anti-racisme[135].

Petit et pauvre, le Guyana est également relativement propice à la corruption : une membre de la secte entretient une relation avec l'ambassadeur du Guyana aux États-Unis, et ils ont un enfant[136], et Jones peut faire virer des millions de dollars au gouvernement quand c'est nécessaire, par exemple pour permettre à 500 personnes d'immigrer sans visa en l'espace de quelques semaines[137]. Le Guyana a tout à gagner à permettre aux colons de s'installer. Il doit absolument coloniser la zone pour éviter une invasion du Venezuela voisin, quitte à verser une bourse aux arrivants, et Jones affirme que l'initiative ne coûtera rien au gouvernement parce qu'il a déjà 2 000 000 dollars de côté pour l'installation[138].

À Noël 1973, le Temple du Peuple envoie Jones et quelques aides haut placés à Georgetown, au Guyana, afin de visiter une zone en friche qui pourrait devenir leur nouvelle utopie socialiste[94]. Jim Jones propose le nom de « Jonestown » pour la colonie, affirmant à ses fidèles qu'il s'agit d'une proposition d'un membre du gouvernement guyanien[139]. Jones envoie un petit groupe de pionniers pour nettoyer les 1 500 ha dont il est propriétaire et pour construire les fondations de Jonestown. En 1975, on compte une cinquantaine d'habitants à Jonestown, un nombre qui croît rapidement alors que les fidèles déménagent peu à peu[58]. Publiquement, aux États-Unis, Jonestown a l'image d'une kibboutz multi-ethnique peuplée par des colons volontaires pour créer une nouvelle société dans un des environnements les plus reculés du monde[140].

En mars 1977, le journaliste Marshall Kilduff commence à enquêter sur le personnage de Jim Jones, et le Temple du Peuple essaie d'interdire l'entrée des services religieux aux journalistes[141]. En 1977, Marshall Kilduff publie un long article contre le Temple, regroupant des témoignages d'anciens membres de la secte victimes des sévices corporels, du manque de liberté, ou encore de manipulation par le sexe. Un témoignage indique que Curtis Buckley, un enfant de 12 ans membre de la secte, est mort parce qu'on lui a refusé des soins et qu'on a voulu le guérir en posant la photo de Jones sur sa poitrine[142]. La communauté qualifie ces articles de conspiration du FBI, de la CIA, d'Interpol et des médias[143]. Jones affirme que comme tout vrai prophète, il est victime de la haine des extrémistes qui refusent de l'écouter et veulent le détruire, rendant la communauté encore plus repliée sur elle-même[49]. Le , un article paraît dans le journal New West, relatant une dizaine de témoignages de déserteurs et d'autres abus recensés[144] ; peu avant la publication de l'article, les bureaux du journal ont été sujets à une entrée par effraction et des documents concernant la secte ont été volés[145]. L'enquête policière établit ne pas avoir trouvé d'effraction ni d'empreintes suspectes, poussant certaines personnes à penser qu'il s'agit d'un plan du magazine pour vendre plus d'exemplaires de l'article[146]. La même année, le Temple du Peuple reçoit le prix de la liberté de la presse de la National Newspaper Publishers Association (en)[147].

Jones part à Jonestown avec ses proches et le reste de ses fidèles éligibles dès la publication de l'article dans New West, bien que la colonie n'ait pas encore les infrastructures nécessaires pour accueillir cet exode massif[148]. Il enregistre plusieurs cassettes où il donne des ordres courts, comme « Passez-moi Johnny sur la 5 », pour qu'elles soient jouées dans les bureaux américains du Temple du Peuple et que le public le croie à San Francisco, mais trop occupé pour participer aux événements publics[149].

137 personnes partent à Jonestown en juin 1977, dont Jim Jones. En août, 348 personnes partent ; en septembre, la migration est presque terminée. Le dernier départ d'un grand groupe se fait avec 54 exilés en mars 1978 et on comptera une dizaine de départs par mois jusqu'en octobre 1978[149]. Il ne reste à San Francisco que les personnes sans passeport, les employés à salaire élevé, et les personnes qui s'occupent de l'administration de l'église, en plus des personnes qui font le choix de rester aux États-Unis : personne n'est forcé à partir[150].

Le Temple du Peuple à Jonestown[modifier | modifier le code]

Arrivée à Jonestown[modifier | modifier le code]

Maisons dans la communauté de Jonestown.

Le gouvernement guyanien loue 11 000 hectares de terres dans la jungle[58],[151], près de la frontière vénézuelienne, pour une somme symbolique[152]. L'acte de location est signé en février 1976[153]. Les personnes souhaitant aller à Jonestown doivent envoyer un dossier médical complet, et tout handicap physique ou psychologique s'accompagne d'un refus d'émigration[154].

Jones et quelques proches arrivent à Georgetown pour Noël 1974 et évaluent l'avancement du camp. Le , Jones organise un culte avec des guérisons à Georgetown. Cette initiative déplait aux membres du Temple qui espéraient que l'utopie ne contiendrait plus de mensonges, ainsi qu'aux habitants et officiels de Georgetown[155].

Jusqu'à l'arrivée des nouveaux immigrés, la vie à Jonestown demande beaucoup de travail physique mais est supportable, voire agréable, pour la cinquantaine de personnes sur place. Cependant, avec l'installation massive de nouveaux fidèles, les infrastructures se mettent à grandir plus lentement que les besoins. Les habitants doivent allonger leurs journées de travail pour construire des nouveaux dortoirs où on entasse bien plus de monde que prévu[156]. La cuisine, construite pour une cinquantaine de personnes, doit nourrir plus de 900 habitants et les files d'attentes deviennent extrêmement longues[157].

Le fonctionnement de la communauté se dégrade rapidement. La construction d'habitations, d'infrastructures nécessitent un travail acharné d'une ampleur faramineuse, le manque d'expérience et de savoir-faire des fidèles ainsi que le manque de nourriture rendent la vie à Jonestown difficile malgré des ressources financières importantes accumulées les années précédentes grâce aux legs et envoyées dans des comptes bancaires à l'étranger plutôt que dépensées pour de la nourriture ou des médicaments[158]. Le point d'eau potable le plus proche est à 11 kilomètres du camp[20]. Deux tiers des habitants de Jonestown sont des enfants ou des vieillards, et la ville de 1 200 habitants dépend d'un petit nombre de travailleurs surmenés[25].

Vie quotidienne à Jonestown[modifier | modifier le code]

Le camp s'organise autour d'un pavillon central, une grande structure sans murs extérieurs et avec un toit d'aluminium. Il s'agit de l'endroit où le groupe de musique se produit et où Jones fait ses sermons[159].

Un groupe de musique se forme sous le nom de Jonestown Express, et ils se produisent en concert dans Jonestown et aux alentours. Leur style musical s'apparente à de la soul, et le groupe inclut des guitares, des basses, des percussions, des saxophones et la voix de Diane Wilkinson, accompagnée par les sœurs Martha et Shirley Hicks, qui la remplacent régulièrement. Les membres du groupe répètent en face du studio de radio et ont l'habitude de leur demander d'enregistrer des chansons. Leur répertoire inclut des chansons originales, ainsi que des reprises de I've Just Seen a Face de The Beatles et Keep on Dancing des The Jackson Five, entre autres[160].

Juste à côté du pavillon, deux pièces servent d'école aux enfants. Elles sont prolongées par cinq grands dortoirs qui hébergent les enfants difficiles, les femmes célibataires et les vieillards[159]. Deux autres bâtiments sont l'Aile Est, qui héberge les visiteurs à court terme, et l'Aile Ouest, où vit la famille Jones[161].

La terre est de mauvaise qualité et il est difficile de la traiter. Les arbres ne produisent pas de fruits mûrs et il faut marcher plus de 7 miles pour aller pêcher[156]. Les colons cultivent quand même des grandes quantités de manioc, qui sert à fabriquer un sirop épais utilisé pour la cuisine et la lessive, ainsi que pour nourrir les cochons. Les cochons, quant à eux, ne sont tués qu'en cas de visiteurs prestigieux. Le taro, les ananas et les bananes sont aussi cultivés en masse[161]. La nourriture ne contient presque jamais de viande, sauf pour Jones et sa famille proche : il s'agit majoritairement de gruau de riz, avec parfois des haricots, des fruits et des légumes[162]. Les nouveaux arrivants à Jonestown sont envoyés deux semaines en travail agricole, quelle que soit leur spécialisation, pour apprendre à respecter tous les travailleurs y compris les moins qualifiés[163].

Les habitants ont droit à une douche de deux minutes en extérieur à la fin de leur journée de travail de onze heures ou plus[164]. Ils travaillent de 6 heures 30 à 18 heures tous les jours avec une demi-heure à une heure de pause pour déjeuner. Après le travail, il faut participer à une activité obligatoire : les jeux avec les enfants, un cours de socialisme, une réunion ou encore un film. L'activité termine à 23 heures[165].

Pression psychologique à Jonestown[modifier | modifier le code]

Jones fait diffuser à longueur de journée sur des haut-parleurs ses discours portant désormais uniquement sur le communisme, la persécution du Temple du Peuple ainsi que la perspective d'une apocalypse nucléaire imminente, maintenant alors une atmosphère de peur constante. Lorsque les haut-parleurs sont éteints, il effectue ses sermons en personne pendant des heures à la suite[158].

En août 1977, Jones tire des coups de feu dans la jungle et revient en affirmant avoir échappé de peu à une balle de sniper, réveillant toute la population de la ville. Il rassemble tout le monde pour annoncer que la CIA et les forces paramilitaires guyaniennes sont en chemin vers Jonestown. Il force tout le monde, y compris les enfants, à boire de la limonade de marque Flavor-Aid qu'il affirme avoir mélangée à du cyanure[25],[158]. Pendant six jours, les habitants doivent monter la garde autour du camp pour empêcher des éventuelles forces militaires d'arrêter Jones[166],[167]. Sur le camp, l'événement est appelé « siège de six jours »[168].

Il réveille régulièrement les habitants de Jonestown en pleine nuit pour leur annoncer que l'apocalypse est imminente et qu'il faudra un jour se suicider à la gloire de l'idéal communiste, ce qu'il appelle un « suicide révolutionnaire »[120]. Au cours de ces « nuits blanches », les habitants de Jonestown doivent passer plusieurs heures assis sur le sol et ne peuvent pas s'endormir sans être passibles d'une sanction[169]. Au printemps 1978, ces « nuits blanches », qui font partie de la routine du Temple, changent de nature : pour la première fois, tous les habitants de Jonestown doivent boire du jus de fruit que Jones dit empoisonné pendant plusieurs heures[170].

Les habitants sont régulièrement forcés à exprimer leurs « gratitudes », dans lesquelles ils doivent dire en quoi ils sont reconnaissants envers Jones, et ce dernier leur projette parfois des films d'horreur nazis pour montrer à ses fidèles que leur situation peut empirer s'ils n'obéissent pas[162]. Jones force ses fidèles à écrire leurs peurs les plus profondes, et réalise ces peurs dans une pièce du pavillon central de Jonestown lorsqu'ils désobéissent aux ordres ou le remettent en cause. Les enfants désobéissants reçoivent des décharges électriques, sont enfermés dans un puits abandonné pendant plusieurs heures, ou encore doivent manger des piments rouges ou les insérer dans leur rectum comme punition[120]. Une punition commune est la « Boîte », une pièce de six pieds sur quatre où des personnes sont enfermées plusieurs jours[171]. Marceline Jones fait des trajets réguliers à San Francisco pour y gérer l'église et n'est pas souvent à Jonestown[161], mais quand elle découvre l'existence de la boîte sans pouvoir s'y opposer, elle demande au moins à ce que des infirmières vérifient les signes vitaux des prisonniers toutes les deux heures[172]. Le révérend entraîne ses fidèles à passer des fausses interviews où il joue le journaliste, afin de s'assurer que personne ne dira quoi que ce soit de négatif à la presse[173]. Les relations sexuelles sont interdites sans l'approbation explicite de Jones à des heures précises, y compris au sein des couples mariés qui n'ont pas le droit de vivre ensemble[120].

Huit habitants de Jonestown meurent de causes naturelles entre août 1977 et novembre 1978. Sept des morts sont des adultes de 63 à 78 ans, le huitième est un bébé qui ne survit que 18 jours, Marshawn Cobb. Parmi les morts, on compte Lynetta Jones, la mère de Jim Jones, en décembre 1977, Lisa Layton, la mère de la désertrice Debby Layton Blakey, quelques mois après la défection de cette dernière, et Larry Layton, le frère de Debby Layton Blakey[174],[175]. Eugene Chaikin, un ancien avocat du groupe devenu dissident, est enfermé dans l'unité de soins intensifs de Jonestown sous chlorpromazine[176], comme un certain nombre d'autres dissidents[177]. En raison de sa réclusion, il est possible qu'il soit mort avant le massacre du 18 novembre[176].

D'autres personnes droguées à la chlorpromazine sont Barbara Walker, accusée d'avoir attaqué Stephen Walker qui ne répond pas à ses avances, Shanda James, peut-être parce qu'elle a refusé de répondre aux avances sexuelles de Jones, Christine Talley pour la même raison, Vincent Lopez, qui essaie de s'enfuir de Jonestown, Charlie Touchette qui se plaint ouvertement et pourrait devenir dissidente[177].

Une route en terre mène sous une arche dont le panneau indique Welcome to Jonestown.
Entrée de Jonestown.

Très peu de fidèles songent à s'échapper, et ceux qui souhaitent partir sont retenus par la surveillance des autres membres et par l'isolement géographique de la colonie[178]. En effet, les nouveaux arrivants se voient confisquer leur passeport et leurs possessions personnelles, et quand bien même ils pourraient fuir, ils n'auraient rien pour survivre dans la jungle hostile autour du camp[120]. De même, quand quelqu'un part travailler à Georgetown, un de ses proches est retenu sous surveillance à Jonestown pour l'encourager à revenir[179]. En novembre 1977, Jones affirme que toute la population du Guyana est prévenue qu'elle doit signaler des éventuelles fuites[180]. Plusieurs enregistrements le montrent mettant en garde la population contre un suicide, affirmant qu'il s'agit d'un gâchis et d'un acte contre-révolutionnaire[166].

Les personnes s'étant enfuies sont majoritairement blanches, avec des ressources sociales et financières qui leur permettent de vivre confortablement en Amérique du Nord : les pauvres Noirs de Californie ne veulent souvent pas retourner dans une Amérique raciste où leur vie était très difficile[58]. Les vieux Noirs sortis du ghetto grâce au Temple, en particulier, bénéficient d'une meilleure vie à Jonestown : en échange de leurs allocations mensuelles de la sécurité sociale, ils sont hébergés et nourris convenablement et ne craignent plus d'être victimes d'un crime. De plus, ils sont dispensés de travailler : ils peuvent contribuer aux projets de la commune ou s'occuper d'un petit jardin, et ont le droit de randonner sur des chemins précis, de regarder des films ou de lire des livres à la bibliothèque[181].

Jones met en place un programme de surveillance à grande échelle. Aux États-Unis, les membres de sa garde fouillaient les poubelles et écoutaient les appels téléphoniques des autres fidèles : cette fois, les membres de la secte qui se plaignent sont sujet aux délations puis punis sévèrement en public. Il annonce aussi qu'il enverra des membres du camp se plaindre auprès d'autres pour vérifier la loyauté de chacun[162].

À ce stade, Marceline, Tim et Stephan Jones, la femme et les deux fils du révérend, affirment vouloir préparer un coup d'État et tuer le révérend, mais que le peuple de Jonestown ne les laisserait pas faire ou ne changerait rien à la situation[49]. Stephan, en particulier, s'oppose ouvertement à son père, et ses protestations arrêtent plusieurs nuits blanches : lors d'une des premières d'entre elles, il lui ordonne d'arrêter, « parce que tu fais souffrir les gens pour rien »[180]. Pendant les derniers mois passés à Jonestown, le révérend est gravement malade[107]. Il prend des quantités phénoménales de barbituriques, et on en retrouve une dose normalement mortelle dans le sang de son cadavre. Sa voix devient rauque, ses mots s'entrechoquent, et il ne parvient pas toujours à finir ses phrases, sous l'emprise de ses drogues. Parfois, il ne parvient pas à lire ses notes écrites[154]. Le groupe réfléchit à partir à Cuba ou en URSS, mais ne reçoit pas d'encouragements de ces pays[58].

La chute : événements du 18 novembre 1978[modifier | modifier le code]

Tentative de première enquête[modifier | modifier le code]

Une grande église en brique rouge.
Le bâtiment de l'antenne du Temple du Peuple à Los Angeles.

Joseph Freitas, procureur de San Francisco, lance une enquête de six semaines le et emploie 5 enquêteurs de la police de San Francisco. Les enquêteurs ont plus de 70 entretiens avec des témoins et anciens membres du Temple du Peuple, mais aucune nouvelle information que ce qui a déjà été publié dans la presse. Les membres de l'église avec qui ils essaient de discuter disparaissent mystérieusement du jour au lendemain[182].

Les enquêteurs de la police de San Francisco se tournent alors vers d'autres agences. Ils apprennent que le FBI a choisi de ne pas enquêter, malgré des plaintes d'anciens membres et de proches des fidèles. Une personne du bureau du secrétaire d'État de Californie enquête sur une utilisation illégale d'actes notariés, tandis que le département des douanes fait des recherches sur une possible contrebande d'armes à feu au Guyana. Enfin, la sécurité sociale se renseigne sur une fraude possible[183].

Malgré toutes ces pistes, l'enquête de six semaines arrive à son terme sans informations concluantes et est abandonnée. Cette enquête a de nombreuses lacunes : elle se termine avant que les enquêteurs n'aient parlé avec Tim Stoen, haut placé dans la secte, et est ralentie par l'exode à Jonestown et le manque de bonne volonté de certains témoins[183].

Le rapport d'enquête indique que « rien dans ce memorandum ne devrait être lu comme une approbation des pratiques du Temple du Peuple, dont beaucoup sont au moins de mauvais goût et soulèvent nombre de questions morales mais d'ordre non criminel ». Le rapport ne sera rendu public qu'un an plus tard[183].

À la suite de cette enquête et alors que le climat à Jonestown devient plus tendu, le Temple du Peuple embauche l'avocat Charles Garry, connu pour ses opinions marxistes et pour avoir défendu le Black Panther Party[167].

L'affaire John Victor Stoen[modifier | modifier le code]

John Victor Stoen naît le 25 janvier 1972 de Grace et Tim Stoen[184], et Jones l'élève avec sa femme. Il affirme être le père de l'enfant et force les Stoen à renoncer à leur fils : Grace Stoen quitte le Temple du Peuple, renonçant à John Victor, tandis que Tim Stoen reste loyal à Jones[144].

Plusieurs années après le divorce des Stoen, Tim quitte le Temple du Peuple à son tour. En 1976, vivant à Jonestown, il commence à prétexter une charge de travail importante pour passer le plus de temps possible à la capitale du pays. En mars 1976, il demande à son père de lui ouvrir un compte bancaire pour préparer son retour aux États-Unis[165]. Le 12 juin 1977, il prend l'avion pour New York[185].

Bien que divorcés, les Stoen entament une bataille légale pour récupérer leur fils, John-Victor[144]. Le , la cour de Californie donne la garde de l'enfant à Grace Stoen[186]. Le , Jim Jones reçoit un mandat d'arrêt : il décide de se suicider, sans parler d'un suicide de groupe, mais change d'avis quand le gouvernement à Georgetown lui assure qu'il n'y aura pas de poursuites au Guyana[187]. Une semaine plus tard, les États-Unis envoient une lettre au ministre des affaires du Guyana pour lui demander des nouvelles du mandat d'arrêt. Le 6 octobre, l'avocat guyanien Lionel Luckhoo affirme que le verdict n'est pas valide : le contrat donnant la garde de l'enfant à Joyce Touchette est toujours en vigueur et il faut l'annuler[188]. Le , le verdict est confirmé : si Jones revient en Californie sans rendre John Victor, il sera arrêté[189].

Jones présente l'enfant au sein du Temple comme un Dieu-enfant, tandis que Stoen s'exprime aux États-Unis contre la secte et les différents abus de son dirigeant, rejoignant une association appelée Concerned Relatives (littéralement, les proches inquiets)[25]. Ce groupe est constitué d'une douzaine de membres, dont le père de Maria Katsaris, l'ex-mari de Sharon Amos et père d'une de ses filles, et Jeannie et Al Mills, un couple de déserteurs qui a adopté un faux nom pour éviter les représailles et monté une association pour accueillir et accompagner les personnes enfuies de sectes[190].

Quand les Stoens portent plainte au Guyana, à Georgetown, les inspecteurs guyaniens arrivant sur place sont chassés par des fidèles armés de fusils et de machettes[25]. Le gouvernement guyanien demande son arrestation en septembre 1977[19]. Jones commence à craindre que le gouvernement du Guyana ne le livre à la CIA et ne rapatrie la communauté entière, et dans une lettre aux autorités guyaniennes et américaines, il annonce un suicide collectif si l'enquête se poursuit[191].

En février 1978, en l'absence de résultats, Tim Stoen décide de faire appel à la presse. Le , Jim Jones appelle le reporter Tim Reiterman à sept heures du matin et sur sa ligne personnelle pour son droit de réponse, mais il dévie systématiquement des questions posées[192]. Lorsque Reiterman demande un enregistrement audio des réponses de Jones, le Temple lui envoie une transcription où manquent des passages entiers qui pourraient être remis en question par une enquête[193]. Lorsque Reiterman refuse de publier ces informations, le Temple le menace d'un procès, mais ne passe jamais à l'action[194].

Le , les Concerned Relatives publient une lettre envoyée au Congrès des États-Unis. Cette lettre, écrite par une fidèle du Temple du Peuple au Guyana, affirme qu'il « vaut mieux même mourir qu'être harcelés de continent en continent »[195].

Le , Jim Jones écrit une lettre au président Jimmy Carter. En cinq pages, il présente un exposé entier sur le fait qu'il est bien le père de John Victor Stoen, racontant comment Tim Stoen l'a supplié de faire l'amour à sa femme Grace[196].

Enquête de Leo Ryan et fusillade[modifier | modifier le code]

Photo de face de Leo Ryan
Leo Ryan, le représentant de Californie au Congrès qui enquête sur Jonestown en novembre 1978.

En juin 1978, une ancienne fidèle, Debbie Layton, témoigne de la vie à Jonestown et des simulations de suicide collectif sans être prise au sérieux[191],[120]. L'avocat des Stoen s'appuie sur son témoignage pour convaincre le Département d'État des États-Unis du danger couru par les enfants du Temple, mais la lettre est perdue et le gouvernement ne prend jamais connaissance des propos de Blakey[197].

Pendant tout l'été 1978, la mère d'un fidèle écrit à des représentants du gouvernement, dont le représentant californien au congrès des États-Unis Leo Ryan, sans relâche pour dire qu'elle est inquiète pour la vie de son fils. Le fils en question écrit en retour des lettres aux représentants californiens pour leur dire que sa mère s'oppose seulement à son mariage avec une femme noire[198].

Tandis que l'ambassade américaine enchaîne les prétextes pour ne pas aller à Jonestown, deux journalistes américains font d'eux-mêmes le voyage. La première est Kathy Hunter, journaliste de l'Ukiah Daily Journal qui avait rédigé une chronique extrêmement positive sur la secte à son arrivée à Ukiah. Quand elle arrive à Georgetown, elle découvre que le Temple lui tient rancune d'articles retraçant l'histoire de Tim Stoen et Steve Katsaris (père d'une proche de Jones) et lui refuse l'entrée à Jonestown. Son visa est mystérieusement annulé, et son hôtel évacué chaque nuit en raison d'une alerte à la bombe dont elle est ouvertement la cible : elle finit par quitter le pays[199].

En mai 1978[200], le représentant au Congrès Leo Ryan décide de mener une enquête sur place accompagné de quelques journalistes et d'avocats, en partie parce que beaucoup de membres de la secte viennent de sa propre juridiction[201]. Le , il demande une autorisation officielle de se rendre à Jonestown en personne[202]. En parallèle, les services religieux au Temple du Peuple à San Francisco peinent désormais à rassembler une centaine de personnes, alors qu'ils faisaient salle comble avec plusieurs milliers de fidèles lors de l'âge d'or[203].

Le , Tim Stoen, excédé par la lenteur des procédures administratives, annonce sa décision de se rendre à Jonestown lui-même pour y reprendre son fils. Il ajoute son intention d'attaquer le Département d'État pour son manque de réaction au témoignage de Deborah Layton[204].

Le , Ryan écrit une lettre à Jones pour le prévenir de son arrivée prochaine à Jonestown. Entre le et le , il participe à cinq sessions de préparations et s'inquiète ouvertement de savoir si des habitants de Jonestown pourraient être retenus contre leur gré. Pendant la session du , le briefing manque de plusieurs informations cruciales. La première est le témoignage de Leon Broussard, fraîchement échappé de Jonestown et dont le témoignage corrobore celui de Deborah Layton sur de nombreux points. La seconde est que le consul Douglas Ellice, Jr. a visité le camp le . Pendant sa visite, il a observé que Jones ne parvient pas à finir ses phrases et accuse une forte fièvre due à une maladie non identifiée[205]. La même semaine, Stephan Jones quitte Jonestown avec quelques amis, frères et autres agents de sécurité du Temple pour un tournoi de basketball à Georgetown[206]. L'équipe de basketball est rappelée à Jonestown le , mais Marceline intercède en leur faveur ; ils se moquent de Jones entre eux pendant leur voyage à Georgetown[207].

Le groupe part le mais reste coincé 3 jours à l'ambassade des États-Unis au Guyana, bloqué par les autorités et le refus de Jones d'accueillir les visiteurs[20]. Des membres du Temple du Peuple écrivent à Ryan pour lui demander de ne pas venir, et le prévenir que sa venue serait un signe qu'il veut détruire Jonestown[58]. Le , l'ambassade organise un panel où la fidèle Sharon Amos assure aux enquêteurs, proches et journalistes que la vie est idyllique à Jonestown, tandis que l'ambassadeur lui-même affirme ne pas pouvoir prendre de décision[208]. Jones et ses avocats, Mark Lane et Charles Garry, font de leur mieux pour empêcher le groupe de venir à Jonestown. Quand Ryan annonce qu'il prendra l'avion pour Port Kaituma l'après-midi même et qu'il tentera d'entrer dans Jonestown avec ou sans permission, Lane et Garry poussent Jones à céder[209]. Le voyage est cependant écourté et ne peut durer qu'une journée[210].

Le groupe peut enfin faire le voyage le et est reçu par un policier armé qui les tient en joue pendant près d'une heure, à l'exception de Ryan et de son personnel rapproché qui sont immédiatement accueillis par les avocats de la secte et emmenés à la colonie. Enfin, tous peuvent faire le voyage ensemble, à l'exception d'un journaliste dont Jones ne veut pas la visite[211]. Jones et son équipe exposent les projets de la secte et leur font faire une visite de la ville[212],[213], invitant le chœur de Jonestown à chanter et organisant un dîner[25] Tim Reiterman demande à Jones pourquoi il ne veut pas emmener John Victor Stoen aux États-Unis pour le procès, ce à quoi Jones répond « Je ne pourrais pas tuer un enfant. (...) Il a dit qu'il se suiciderait s'il devait retourner avec sa mère[214]. »

Jim Jones autorise la commission d'enquête à parler librement avec les habitants[25]. À un moment, un groupe de journalistes mené par Charles Krause insiste pour visiter un bâtiment dont on veut leur interdire l'accès[215], et il s'agit d'un dortoir surpeuplé de vieilles femmes[58]. Certains membres de la communauté demandent par écrit à Ryan de repartir de Jonestown avec eux, et Ryan confronte Jones à ce sujet, sans obtenir de réponse[216]. Le journaliste Don Harris interviewe Jones pendant 45 minutes en le critiquant ouvertement au sujet des armes, des sévices corporels et de l'usage abusif de calmants[58]. Un homme demande à quitter Jonestown avec ses deux enfants, mais sa femme refuse de partir : voyant qu'il ne peut pas lui enlever ses enfants, il choisit de rester à Jonestown avec sa famille[217].

Ryan affirme tout de même qu'il ne voit aucun problème à laisser Jonestown continuer son activité, même s'il leur recommande de s'ouvrir au monde extérieur et qu'il compte rapatrier les personnes l'ayant demandé[58]. Le fidèle Don Sly, qui a entendu que des gens veulent partir[19], attaque alors Ryan au couteau, mais est arrêtée par l'avocat de la secte, Mark Lane, et Ryan en sort indemne : le sang sur sa chemise est celui de la personne qui l'a attaqué[25],[215],[216]. Jones, témoin de la scène, n'a pas bougé[218].

À la fin de la journée, Leo Ryan, les journalistes, les avocats et seize adeptes qui souhaitent retourner aux États-Unis quittent Jonestown pour rejoindre l'aéroport de Port-Kaituma[25]. Les personnes ayant choisi de partir sont essentiellement des membres des familles Parks et Bogue, deux familles qui ont rejoint la secte dans ses premières heures en Indiana[58]. Au début, Jones refuse de les laisser partir, disant qu'ils suivront les journalistes quelques jours plus tard : à force de négociations de Ryan, ils peuvent partir tous ensemble[215]. Larry Layton, un fidèle de Jones, accompagne le convoi en feignant de vouloir lui aussi quitter le camp. Le premier plan implique qu'il doit détourner l'avion et le faire s'écraser en tuant tout le monde à bord, mais ce plan tombe à l'eau quand il découvre qu'il y a deux avions[216]. Deux journalistes observent Layton, avertis qu'il pourrait être infiltré. En tout, on compte 33 personnes à l'aéroport[219].

À l'aéroport, Larry Layton sort une arme à feu et tire dans l'avion à moitié plein, tandis que des fidèles de Jonestown, arrivés à bord d'un tracteur, sortent des armes à feu et tuent Ryan, un déserteur et trois journalistes[58]. Les autres, blessés pour certains d'entre eux, parviennent à fuir en avion. Un des avions touché par les tirs ne peut plus voler, le moteur détruit et les pneus crevés[219]. Le deuxième part à vide, laissant les survivants, y compris les blessés graves, dans la jungle[220]. Au total, quatre membres du groupe meurent et douze sont blessés[221]. Larry Layton est immédiatement arrêté par quelques Guyaniens présents à l'aérodrome[222], qui affirment avoir été prévenus par le Temple que les journalistes étaient des membres de la CIA lourdement armés[223]. Les secours ne pouvant pas atterrir de nuit, ils arrivent le lendemain à Port Kaituma[224].

Le suicide collectif de Jonestown[modifier | modifier le code]

Bouteille transparente remplie de Kool-Aid sombre.
Une bouteille de Kool Aid ; le poison utilisé par les habitants de Jonestown est mélangé, contrairement à la croyance populaire, à une contrefaçon britannique nommée Flavour-Aide ou Flavor-Aid.

Le , les fidèles à Georgetown, incluant Sharon Amos et Stephan Jones, reçoivent l'ordre de « venger le Temple » après la défection des familles le jour même[225]. Perplexes, Stephan Jones et deux de ses camarades décident de se rendre à l'hôtel où logent les Concerned Relatives pour savoir s'ils en savent plus sur la situation[226].

Jones se rend compte qu'il n'échappera pas à une enquête plus approfondie, et craint que les déserteurs ne racontent les conditions de vie du camp aux autorités. Il lance son plan de suicide collectif[227], dit « suicide révolutionnaire »[120], avec de la limonade mélangée à du cyanure de potassium. Les enfants ainsi que les adeptes réticents sont forcés à prendre eux aussi le mélange de cyanure et de limonade de marque Flavor-Aid[227]. Les enfants sont les premiers empoisonnés, par leurs propres parents. Ils ne sont pas forcément aussi loyaux que leurs parents, il s'agit d'un test pour les parents eux-mêmes et surtout, ces derniers perdent toute raison de vivre après avoir tué leur enfant, ce qui les rend à leur tour dociles[228]. C'est ensuite au tour des mères des enfants[215]. Pendant l'empoisonnement, il effectue un dernier discours qui reprend uniquement des éléments de discours précédents, sans nouveauté propre à la situation. Une fidèle noire d'une soixantaine d'années, Christine Miller, s'oppose au suicide publiquement et essaie d'argumenter pour la survie du groupe en partant à Cuba ou en URSS, puis pour au moins épargner les enfants : ses six arguments sont écartés par Jones ou par d'autres fidèles, et elle finit par céder[19]. Mark Lane, présent pendant le massacre, affirme cependant que « l'écrasante majorité des gens hurlait Non »[215]. Lane et Garry, les avocats du Temple du Peuple, ont négocié pour « raconter la vraie histoire du Temple du Peuple » et le réhabiliter auprès du public après le suicide : des gardes armés leur fraient un chemin pour s'enfuir du camp à cette condition[229].

Il est possible que les fidèles n'aient pas compris qu'il ne s'agissait pas d'un exercice, contrairement à l'habitude, jusqu'à ce que les enfants et les personnes âgées ne commencent à agoniser[228]. La panique commence à se généraliser seulement une fois que les enfants commencent à pleurer et à crier sous l'effet du cyanure. Un témoin indique aussi avoir vu des personnes traînées de force et des enfants qui ont recraché la potion et qu'on force à boire à nouveau, cette fois en leur fermant la bouche[230]. L'examen des corps ne montre pas de signe de lutte[231], mais un nombre inconnu et non négligeable de victimes a subi une injection létale dans le dos[120],[58]. On retrouve aussi des traces de coupures sur les omoplates d'un certain nombre de cadavres, qui pourraient marquer une contrainte physique lors de l'événement[19]. La police guyanienne estime que beaucoup de personnes ont reçu une injection ou ont été forcées à boire le poison[230].

Un portrait en noir et blanc de Sharon Amos.
Sharon Amos, seule morte adulte à Georgestown et responsable de la mort de ses trois enfants.

À Georgestown, Sharon Amos, qui a entendu les ordres de Jones, appelle l'église de San Francisco pour la prévenir du suicide collectif, mais l'antenne américaine ayant l'habitude de ce genre de messages, elle décide d'attendre un peu pour être certaine des ordres[232]. Amos égorge ses trois enfants avant de se suicider elle-même[58]. Stephan Jones est à ce moment dans la même ville pour le tournoi de basket-ball, contre la volonté de son père. Un de ses camarades, Lee Ingram, appelle ensuite la congrégation de San Francisco et leur ordonne plusieurs fois pendant la nuit de ne rien faire tant qu'il n'en donnera pas lui-même l'ordre[233]. Ses deux frères Tim Jones et Jimmy Jones, également à la compétition, suivent son exemple et tentent même de se rendre à Jonestown pour interrompre les suicides[58].

Lorsque les autorités, alertées par les survivants, arrivent à Jonestown, elles découvrent un sol jonché de gobelets en plastique et les cadavres de 909 membres du Temple du Peuple dont ceux de Jim Jones et de sa famille[213] et ceux de 304 enfants et adolescents[20]. La dernière personne à être morte ce soir-là est probablement l'infirmière Annie Moore, tuée d'une balle après avoir écrit une lettre qui se termine par « we died because you would not let us live in peace » (« nous sommes morts parce que vous ne nous avez pas laissé vivre en paix »)[58]. Une vingtaine de survivants réapparaissent, dont certains ont été désignés pour rester en vie, ainsi que quelques dizaines qui se trouvent à l'antenne du groupe de Georgetown, soit un total de 87 personnes : en dehors de Sharon Amos, personne n'a obtempéré aux ordres de suicide de Jones[174]. Un habitant de Jonestown qui a tenté de fuir la ville avec neuf autres personnes quelques heures avant le massacre revient sur les lieux quelques jours plus tard[120]. Plusieurs membres du service de sécurité armé de Jones survivent : ils ont dû forcer les autres à boire le poison, mais ne l'ont pas eux-mêmes bu une fois les autres tués[234].

Les survivants incluent aussi deux cas fortuits. Le premier est celui d'un vieil homme malentendant, Grover Davis, qui ne se rend compte de ce qu'il se passe qu'en voyant les enfants empoisonnés et se cache dans un puits jusqu'au lendemain matin. Une vieille femme, Hyacinth Thrash, se rebelle contre Jim Jones et refuse d'aller à l'appel, retournant se coucher : elle se réveille alors qu'un garde armé hurle à une autre femme de sortir de son dortoir pour boire le breuvage et se cache sous son lit[28],[230].

Pendant la nuit du massacre, quelques heures après les derniers morts au sein de la population, Jim Jones enregistre une dernière cassette, numérotée Q 875 par le FBI. Il y enregistre différentes dépêches radio sur la fusillade de Ryan à l'aéroport. En fond, plusieurs personnes s'expriment, incluant la nounou Maria Katsaris, montrant que ce dernier groupe est mort après le reste de la population[230]. Il est possible que Jim Jones ait voulu échapper à la mort : il a prévu de mourir le dernier, après tous les habitants de Jonestown, et au moins un garde armé survivant avait la possibilité de l'emmener à l'aéroport de Port Kaituma et de l'évacuer. Il ne s'agit cependant que d'une théorie[235]. Jones a été tué par balle : l'arme à feu se trouve à une dizaine de mètres de lui, et on ne sait pas qui a tiré[236].

Un contingent de 120 militaires guyaniens arrive le lendemain à Jonestown. Prévenus de la fusillade de l'aéroport, ils se préparent à combattre les habitants dans un épais brouillard, mais ne trouvent que plusieurs centaines de cadavres[237].

Conséquences à court terme[modifier | modifier le code]

Le premier compte de l'armée guyanienne annonce « au moins 383 cadavres, dont ceux de Jones, de sa femme et d'un de ses enfants », puis au fil des informations, le chiffre finit par atteindre 914 corps[151]. En tout, il s'agit de la plus grande perte de vies humaines en un seul événement de l'histoire des États-Unis jusqu'au [238]. Beaucoup de photos publiées par la presse montrent des corps regroupés par familles, se tenant parfois par la main ou les épaules, les enfants parfois dans les bras des adultes. Cependant, il est possible que les corps aient été réarrangés après les morts, ou que des journalistes aient choisi de prendre des photos de ces quelques cas plutôt que de la majorité[239].

Seulement 7 autopsies sont conduites, et le corps de Jim Jones est embaumé avant qu'une autopsie ne puisse être pratiquée[58]. La vaste majorité des familles ne demandent pas à rapatrier ou à faire autopsier les corps des victimes, pour plusieurs raisons. La première est que les membres de la secte ont dû briser tous liens avec leurs proches, la deuxième que le Guyana est un lieu pauvre et loin des États-Unis, ce qui rend tout renvoi fastidieux et très cher, et qu'il n'y a pas l'obligation fédérale de pratiquer une autopsie comme en Amérique du Nord. Un certain nombre de médecins légistes propose des autopsies bénévoles, des propositions qui ne reçoivent aucun écho du gouvernement même après le rapatriement des corps dans le Delaware par l'armée. Sur les autopsies effectivement conduites, les victimes sont décédées depuis longtemps et les résultats ne sont pas toujours exploitables : avec le temps et la putréfaction des corps, beaucoup d'indices disparaissent[240].

Après le 18 novembre 1978[modifier | modifier le code]

Le Temple du Peuple et ses membres[modifier | modifier le code]

En décembre 1978, le responsable des relations publiques du Temple du Peuple, Mike Prokes, organise une conférence de presse où il annonce « je ne peux pas me désolidariser des personnes qui sont mortes, et je ne le veux pas. Ils n'étaient pas des fanatiques manipulés ou sectaires ; le Temple n'était pas une secte ». Il se tue quelques minutes plus tard d'une balle dans la tête[58].

Le même mois, le Temple du Peuple perd son statut d'organisation à but non lucratif, et le public découvre les millions de dollars stockés dans des comptes en banque tout autour du monde, et en particulier au Guyana et au Panama. La vente des biens et la saisie des fonds de l'église servent à financer, entre autres, le rapatriement des corps par l'armée américaine et les dommages et intérêts corporels de Jackie Speier, touchée de cinq balles pendant l'embuscade de Port Kaituma et qui a gardé deux balles dans le corps[241].

Elmer et Deanna Myrtle, aussi connus sous le nom d'Al et Jeannie Mills et déserteurs très engagés pour la lutte contre le Temple du Peuple, sont assassinés à leur domicile peu après les événements de Jonestown. Aucune enquête ne relie les meurtres avec la secte[242]. Grace Stoen ouvre son domicile aux survivants pour les héberger et les aider à se réacclimater à la vie américaine[243].

La dernière personne à quitter le Guyana est Chuck Beikman, qui revient en Indiana en 1983 après avoir effectué une peine de 5 ans de prison pour complicité de la mort de Sharon Amos et de ses trois enfants[244]. Larry Layton, le fidèle qui a tué Leo Ryan, passe deux ans dans une prison guyanienne avant son procès, puis est acquitté. Il rentre aux États-Unis, où il fait face à deux autres procès : il est acquitté lors du premier, mais est condamné à perpétuité pour le deuxième[245]. Il est libéré en 2002, après six ans de campagne pour sa libération de la part de ses proches et de certaines de ses victimes de la fusillade de Port Kaituma[246].

Les anciens membres du Peuple du Temple ayant vécu à Ukiah, San Francisco ou Los Angeles sont interrogés par le FBI et la police. Les survivants de Jonestown sont eux aussi interrogés par le FBI avant de pouvoir rentrer chez eux. Quelques membres du Temple restent au Guyana jusqu'en mai 1979 pour gérer des aspects administratifs, puis retournent aux États-Unis[244].

Réactions au massacre[modifier | modifier le code]

Aux États-Unis, ce n'est pas la société qui est remise en cause, mais plutôt les acteurs individuels de l'histoire du Temple du Peuple et surtout Jim Jones. Les socialistes condamnent Jones et ajoutent que son identité de pasteur dépasse celle de militant. Les Chrétiens, en retour, avancent qu'il a souvent blasphémé et que le socialisme l'emporte donc dans la faute. Pour les portes-paroles de la communauté noire, qui constitue la majorité de la secte, Jim Jones est un charlatan qui s'est fait passer pour anti-raciste mais a conduit des centaines de Noirs à la mort[247]. Il est notable que le socialisme étant un sujet tabou à l'époque aux États-Unis, Jim Jones a su s'appuyer sur la caution religieuse pour attirer de nouveaux fidèles[248] : dans ses premières années, il affirme même que « le socialisme apostolique est notre seul espoir contre le communisme » et vote ouvertement pour Richard Nixon[249].

D'autres encore cherchent une explication aux événements dans la nature de la société américaine. Shiva Naipaul (en) affirme que les membres du Temple du Peuple ont cherché un cadre dans un contexte de révolution sociale et sexuelle qui leur faisait perdre leurs repères[247]. L'agence de presse soviétique TASS dénonce les « millions de victimes d'une société inhumaine »[247]. Au Japon, les journaux laissent entendre que les populations Noires et les populations pauvres se sont tournées vers le Temple du Peuple pour compenser le ressentiment de ne pas avoir réalisé le rêve américain[247].

Il est possible que le peu d'attention porté à la maltraitance des membres du Temple du Peuple vienne du fait qu'ils soient noirs, en particulier à Indianapolis où la ségrégation reste très récente. L'historienne Eunice Trotter affirme que l'affaire a été peu suivie jusqu'au massacre et que les enquêtes ont été peu fouillées en raison de la démographie des victimes[28].

Hommages et postérité[modifier | modifier le code]

Tourisme noir au Guyana[modifier | modifier le code]

L'armée guyanienne s'entraîne régulièrement à Jonestown dans les années qui suivent le massacre[250]. Au début des années 1980, le gouvernement prévoit d'y héberger près de 10 000 réfugiés hmong qui se sont battus aux côtés des Américains pendant la guerre du Vietnam. Le Venezuela, dont la frontière frôle Jonestown, exige l'abandon du plan, pendant que le Parti progressiste du peuple suggère que le gouvernement en place pourrait vouloir utiliser une milice hmong pour mater une révolte populaire. Le gouvernement finit par abandonner son projet[251],[252].

En 2009, Indranauth Haralsingh, directeur de l'autorité touristique guyanienne, pose une plaque sur le site. La plaque indique être placée « en souvenir des victimes de la tragédie de Jonestown, 18 novembre 1978, Jonestown, Guyana. »[253]. En 2015, Jonestown est presque entièrement recouverte par la jungle, et difficile d'accès : il n'y a pas de routes menant de Georgetown au campement et les vols commerciaux sont très peu nombreux[254].

La région de Jonestown se transforme en zone économique relativement active en raison du tourisme noir, même en l'absence d'un site touristique. Le premier ministre guyanien Samuel Hinds affirme pouvoir considérer une proposition d'investissement dans le tourisme[253].

Réacclimatation aux États-Unis[modifier | modifier le code]

Des photos sont posées à même le sol et des personnes sont penchées pour les regarder.
Une cérémonie d'hommage aux morts de Jonestown.

Les personnes qui ont survécu au Guyana ne trouvent que difficilement un travail : elles sont victimes de harcèlement et régulièrement qualifiées de meurtrières. Certaines juridictions de Californie refusent l'enterrement des victimes, dont les corps sont envoyés à l'Evergreen Cemetary d'Oakland[255]. Beaucoup d'anciens membres de la secte choisissent de vivre ensemble pendant plusieurs mois afin de se réacclimater au monde contemporain[244]. Il faut une quinzaine d'années pour que la plupart d'entre eux accepte de collaborer avec les chercheurs et les journalistes[255].

La fille de Leo Ryan, Patricia Ryan, devient présidente du Cult Awareness Network[255].

Plaque commémorative au « Evergreen Cemetery » d'Oakland, en Californie.

Le 29 mai 2011, une plaque est érigée au cimetière d'Oakland, où près de la moitié des corps est enterrée dans une fosse commune[256],[255]. La plaque liste le nom de 918 morts, sans distinction entre Jim Jones, ceux qui ont suivi ses ordres, et ceux qui les ont subi. Cette plaque devient un sujet de polémique en raison de l'absence de discrimination entre bourreaux et victimes[257]. Certains survivants se réunissent chaque année au cimetière Evergreen le 18 novembre et pour le week-end du 4 juillet[244].

Témoignages et documentaires[modifier | modifier le code]

Dans les quatre années qui suivent le massacre de Jonestown, on compte un fim, un docudrame et seize livres populaires publiés sur le sujet[258].

Fin 1978, deux journalistes blessés à l'attentat de novembre 1978 publient chacun un livre sur le Temple du Peuple et le massacre de Guyana. Il s'agit de Charles Krause qui publie Guyana Massacre et Ron Javers qui publie The Suicide Cult. Krause, qui ignore tout du Temple du Peuple jusqu'à son voyage, décrit son observation de Jonestown et l'attaque sur l'aérodrome, ainsi que son retour sur les lieux du massacre le . Il inclut des documents comme un témoignage d'une transfuge alertant les autorités ou un adjoint du secrétaire d'État à la Justice justifiant la passivité américaine[259]. Javers travaille avec Marshall Kilduff, déjà expert du Temple du Peuple et auteur de l'article Inside Peoples' Temple publié en août 1977 et à la source du déménagement de la secte au Guyana. Kilduff n'est pas le bienvenu au Guyana et reste sur place, tandis que Javers est envoyé à sa place[260].

En 1979, Mel White écrit un livre intitulé Deceived! The Jonestown Tragedy, puis réalise un documentaire au même titre. Le documentaire interviewe plusieurs survivants de la secte et prend le parti d'une interprétation chrétienne des faits[261].

En 1998, la défectrice Debbie Layton publie son autobiographie, Seductive Poison[262].

En 2006, Stanley Nelson réalise un documentaire intitulé Jonestown: The life and death of Peoples Temple[263]. Le documentaire reçoit un accueil critique favorable avec un score Metacritic de 79 %[264]. Le film reprend des extraits exclusifs du reportage tourné le matin du 18 novembre 1978 à Jonestown, juste avant la mort de Leo Ryan[265]. La même année, le documentaire The Final Report sort, mais obtient beaucoup moins de visibilité[266].

En 2007, un docudrame canadien intitulé Jonestown: Paradise Lost retrace l'histoire de la secte. Il est racheté et diffusé sur The History Channel[267].

Dans la culture populaire[modifier | modifier le code]

Le groupe The Brian Jonestown Massacre sur scène.
Le groupe The Brian Jonestown Massacre tire une partie de son nom des événements du 18 novembre 1978.

En 1979, René Cardona Jr. réalise le film La Secte de l'enfer, un film d'exploitation d'horreur fidèle aux événements de Jonestown[268]. En 1980, Umberto Lenzi réalise le film d'horreur La Secte des cannibales qui s'inspire lourdement du Temple du Peuple[269]. En 1980, William A. Graham réalise un téléfilm intitulé Guyana Tragedy: The Story of Jim Jones et qui retrace l'histoire de la secte et de son gourou. Le film ne se veut pas documentaire : il est un reflet fidèle de ce qu'on connaît de l'histoire du Temple du Peuple, mais est joué par des acteurs[270].

En 1984, le groupe de heavy metal Manowar compose une chanson sur cet événement sur leur album Sign of the Hammer (Guyana, Cult of the damned)[271].

En 1990, les Brian Jonestown Massacre, groupe de rock psychédélique, s'inspirent du suicide collectif pour une partie du nom de leur groupe[272].

En 1996, dans le troisième épisode des Chroniques de San Francisco d'Armistead Maupin (en anglais, Tales of the City, 1982), deux personnages et leurs enfants échappent au suicide collectif organisé par Jim Jones[273].

En 2005 le livre de Henning Mankell Avant le gel part du massacre de 1978, et raconte l'histoire d'un unique survivant qui commet une série de meurtres en Suède[274].

En 2013 paraît The Sacrament, un film d'horreur inspiré du suicide collectif de la secte[275]. En 2015, c'est au tour du film Colonia de s'inspirer de l'histoire et du campement de Jonestown[276].

En 2017, dans le dessin animé Camp Camp, l'épisode 1 de la saison 2 intitulé Cult Camp fait plusieurs fois allusion au massacre de Jonestown. Deux personnages évoquent ouvertement Jonestown, et l'antagoniste de l'épisode a pour objectif de faire boire un jus de fruit empoisonné aux enfants de la colonie de vacances[277]. La même année, le groupe de heavy metal Accept compose une chanson intitulée Koolaid, en référence à une marque de boisson utilisée pour le suicide collectif, sur l'album The Rise of Chaos[278]. Toujours en 2017, le jeu vidéo d'horreur Outlast 2, développé et édité par Red Barrels, s'inspire en partie du Temple du Peuple[279].

En 2018, le rappeur américain Post Malone produit l'album Beerbongs & Bentleys et en nomme l'interlude Jonestown, en référence au massacre de Jonestown[280].

Analyses[modifier | modifier le code]

Démographie de la secte[modifier | modifier le code]

Le recrutement du Temple du Peuple se fait en trois étapes : d'abord, des familles blanches venues d'Indiana, quand le Temple du Peuple était encore affilié aux Disciples du Christ, puis des jeunes blancs avec une éducation universitaire en Californie du Nord, et enfin un grand nombre de personnes noires et pauvres arrivées de ces recrutements en quartiers difficiles de San Francisco et Los Angeles. Le deuxième groupe constitue la majeure partie des administrateurs, tandis que le troisième compose la majorité des fidèles et que le premier reste loyal à Marceline Jones[58].

Un problème majeur de l'étude des faits et de la vie au sein du Temple du Peuple est qu'avec la mort des fidèles, les témoignages exploitables sont en très grande majorité fournis par le groupe militant des Concerned Relatives : il est possible que les éléments recensés n'expriment donc pas les côtés positifs de la vie de la secte avec l'importance qui leur revient[281].

Conséquences sur les nouveaux mouvements religieux[modifier | modifier le code]

Le Temple du Peuple est régulièrement comparé, dans les années qui suivent, à d'autres nouveaux mouvements religieux. Par exemple, des articles académiques établissent une comparaison avec les Sabbatéens, l'Église de l'Unification, les davidiens ou encore l'ordre du Temple solaire[282],[283]. Cette dernière comparaison permet un point de vue européen sur l'affaire, l'ordre du temple solaire ayant gagné en notoriété après des suicides de masse en Suisse et en France[282].

Le 30 novembre 1978, le président américain Jimmy Carter annonce qu'il n'y a pas lieu de mener l'enquête sur certains groupes religieux ou établir des lois qui les visent tant qu'ils ne violent pas la loi fédérale, et ce même s'ils ont un comportement qui sort de la norme sociale[284]. Cette volonté de ne pas stigmatiser un nouveau mouvement religieux s'explique par la différence ténue entre une secte « inoffensive » et une secte dangereuse comme celle de Jim Jones[285].

Sujet d'étude académique[modifier | modifier le code]

En 1986, Eileen Barker publie un article intitulé Religious Movements: Cult and Anticult Since Jonestown. dans l'Annual Review of Sociology[286]. La même année, Sture Ahlberg publie Messianic Movements: A Comparative Analysis of the Sabbatians, the People’s Temple and the Unification Church. en Suède[283]. En Italie, Massimo Introvigne publie en 1995 une comparaison entre Jonestown, le siège de Waco et l'Ordre du Temple Solaire[282].

En 1988, dans le Journal of the American Academy of Religion, David Chidester publie un article sur les rituels d'exclusion et les morts de Jonestown[287]. John Hall étudie plusieurs aspects de Jonestown, entre autres la guerre psychologique, la mobilisation des ressources pour cette guerre ou encore la place de Jonestown dans l'imaginaire collectif[288]. Les chercheurs Rebecca Moore et Fielding McGeehee publient également plusieurs analyses sur le Temple du Peuple[289].

Au-delà de l'étude des sectes, le massacre de Jonestown est étudié dans sa dimension médiatique. Par exemple, James Cesbro et David McMahan étudient la construction médiatique du suicide de masse dans le New York Times en 2006 dans Communications Quarterly[290]. Stephen Kent publie un article sur le peu d'attention porté à la maltraitance physique des enfants malgré des preuves claires dans le cas de plusieurs sectes, y compris la communauté de Jonestown[291]. D'autres chercheurs, comme Kristian Klippenstein et Enrico Pozzi, se penchent sur l'utilisation du vocabulaire dans la secte[292]. Enfin, Archie Jr. Smith publie une interprétation africaine-américaine de l'histoire de la secte[293].

Théories du complot sur l'implication de la CIA[modifier | modifier le code]

En 1960, Jim Jones visite Cuba, en 1962, il visite le Brésil, puis il se déplace dans d'autres pays d'Amérique du Sud. Il visite également le Guyana au milieu des années 1965. Jones est expulsé du Brésil pendant la crise des missiles de Cuba pour des activités supposées auprès de la CIA. Michael Meiers, auteur de livres sur des théories du complot impliquant la CIA, suggère que Jones est partie prenante au projet MK-Ultra de la CIA sur la manipulation mentale. Un indice cité est qu'il serait difficile, voire impossible, de détenir des sommes d'argent aussi importantes, d'envoyer une énorme quantité d'armes à feu et de transférer des allocations familiales et sociales au Guyana sans aucune aide gouvernementale[162].

Notes et références[modifier | modifier le code]

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Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

Analyses[modifier | modifier le code]

Ouvrages généralistes[modifier | modifier le code]

  • Danièle Hervieu-Leger, « Prolifération américaine, sécheresse française », dans Françoise Champion et Martine Cohen, Sectes et démocratie, Paris, Éditions du Seuil, .
  • Nathalie Luca, Les sectes, Éditions Puf, .
  • Jean-Marie Abgrall, Les sectes de l'Apocalypse : gourous de l'an 2000, Paris, Calmann-Lévy, , 302 p. (ISBN 978-2-702-12954-8, OCLC 319881956, notice BnF no FRBNF37035759)

Témoignages[modifier | modifier le code]

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  • (en) Ethan Feinsod, Awake in a Nightmare. Jonestown: The Only Eyewitness Account, New York, W. W. Norton,
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  • (en) George Klineman, Sherman Butler et David Conn, The Cult that Died: The Tragedy of Jim Jones and the People’s Temple, New York, G. P. Putnam’s Sons,
  • (en) Laura Johnston Kohl, Jonestown Survivor: An Insider’s Look, New York, IUniverse,
  • (en) Charles Krause, Guyana Massacre: The Eyewitness Account, New York, Berkley Publishing,
  • (en) Mark Lane, The Strongest Poison - How I Survived the Jonestown Guyana Massacre, Dutton, (ISBN 978-0801532061)
  • (en) Mark Lane, Citizen Lane, Chicago, Chicago Review Press, (ISBN 978-0801532061)
  • (en) Deborah Layton, Seductive Poison, Doubleday, (ISBN 0-385-48984-6, OCLC 43461666). Voir et modifier les données sur Wikidata
  • (en) Jeannie Mills, Six Years with God: Life Inside Rev. Jim Jones’s Peoples Temple, New York, A&W Publishers,
  • (en) Rebecca Moore, The Jonestown Letters: Correspondence of the Moore Family 1970-1985, Lewiston, New York, The Edwin Mellen Press,
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  • (en) Timothy Stoen, Marked For Death: My War With Jim Jones the Devil of Jonestown, North Charleston, South Carolina, CreativeSpace Independent Publishing Platform,
  • (en) Bonnie Thielmann et Dean Merrill, The Broken God, Elgin, Illinois, David C. Cook Publishing Co.,
  • (en) Catherine (Hyacinth) Thrash et Marian K. Towne, The Onliest One Alive: Surviving Jonestown, Guyana, Indianapolis, Marian K. Towne,
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  • (en) Kenneth Wooden, The Children of Jonestown, New York, McGraw-Hill,
  • (en) Yee Min S. et Thomas N. Layton, In My Father's House, New York, Holt, Rinehart and Winston,

Liens externes[modifier | modifier le code]

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