Temple du Peuple

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Temple du Peuple
Des membres du Temple du Peuple participent à une manifestation anti-expulsion à l'International Hotel de San Francisco en janvier 1977.
Des membres du Temple du Peuple participent à une manifestation anti-expulsion à l'International Hotel de San Francisco en janvier 1977.
Affiliation Église chrétienne des Disciples du Christ
Lieu Jonestown, Guyana
Langue(s) Anglais
Dirigeant Jim Jones
Fondateur Jim Jones
Fondation 1955
Membres Environ 1 000 membres à Jonestown, 4 900 membres officiels et 18 000 affiliés en 1978

Le Temple du Peuple (Peoples Temple) est une secte fondée par le révérend Jim Jones en 1953, à Indianapolis, aux États-Unis. En 1960, la secte se rallie à la confession protestante de l'Église chrétienne des Disciples du Christ. Elle déménage ensuite en Californie, d'abord à Ukiah puis à San Francisco. Dans chaque ville, Jones recrute des démographies différentes : d'abord des familles majoritairement blanches, puis des étudiants blancs utopistes et ayant reçu une instruction poussée, enfin un grand nombre d'habitants Noirs de milieux défavorisés, dont beaucoup d'anciens accros à l'héroïne traités dans le centre de désintoxication régi par le Temple du Peuple. La secte se veut d'inspiration communiste et antiraciste.

En 1974, le Temple du Peuple achète des terres au Guyana : elles servent de lieu d’établissement d'une communauté agricole appelée Jonestown. Le , Jim Jones y déménage avec l'ensemble de sa congrégation pour fuir une couverture médiatique de plus en plus négative, qui se concentre sur les abus physiques et moraux subis par ses fidèles. Jones alimente une théorie du complot visant à faire croire aux fidèles que la CIA persécute la secte et arrêtera toute personne qui voudrait la quitter, et que ces articles sont commanditées par les chrétiens américains racistes.

Le , un membre du congrès américain, Leo Ryan, vient à Jonestown pour enquêter sur la secte après avoir reçu plusieurs plaintes de la part de déserteurs et de proches de fidèles. Il est assassiné lors d'une fusillade à l'aéroport de Port Kaituma, alors qu'il quitte le camp ; trois journalistes et une défectrice meurent aussi dans l'embuscade. Le soir même, Jim Jones force le suicide collectif d'environ 910 fidèles sur place, majoritairement par empoisonnement au cyanure de potassium, avant d'être lui-même abattu par balle, probablement à sa propre demande. On compte une vingtaine de survivants à Jonestown. Les morts sont moins nombreuses en dehors de Jonestown : une femme tue ses enfants puis se suicide à Georgetown, capitale du Guyana, et on ne compte aucun mort à l'antenne de San Francisco grâce à l'intervention téléphonique de Stephan Jones, un fils du révérend.

L'événement constitue la plus grande perte de civils américains en une seule fois jusqu'aux attentats du 11 septembre 2001. Le massacre de Jonestown donne lieu à des nombreuses reprises dans la culture populaire et fait naître une expression, « don't drink the Kool-Aid », qui fait référence à la limonade mélangée au poison et signifie « quoi qu'on vous dise, ne le croyez pas trop fort ». Il est aussi sujet à de nombreuses théories du complot, nourries par le peu d'informations disponibles sur l'histoire du Temple.

Genèse du Temple du Peuple[modifier | modifier le code]

Débuts religieux de Jim Jones[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Jim Jones (pasteur).
Rev. Jim Jones, 1977.

Jim Jones, de son vrai nom James Warren Jones et fils de James Thurman Jones et Lynetta Putnam, naît le à Lynn, dans l'Indiana. Il grandit dans un milieu très pauvre et rural[1]. À l'âge de dix ans, il rejoint le Gospel Tabernacle[R 1], une église pentecôtiste du mouvement charismatique[2].

Pré-adolescent, Jones prêche auprès des autres enfants de son âge. Ses « sermons », qui durent une à deux heures, mêlent questions religieuses, leçons de vie et lecture de ses manuels d'école[R 2]. À 15 ans, il se met à l'évangélisme de rue, mais rencontre peu de succès, entre autres à cause de la mauvaise réputation de ses parents dans son village natal[R 3].

Jim Jones prend alors l'habitude de voyager vers Richmond en autostop. Il travaille à temps partiel à l'administration d'un hôpital et fait de l'évangélisme de rue le reste du temps, le tout en plus de ses cours. Afin de tenir ce rythme, il dort très peu, une habitude qui le caractérisera tout au long de sa vie[G 1]. Richmond est composée d'environ 20 % d'Afro-Américains, alors qu'à Lynn, on ne compte presque aucun Noir[R 4] : Jones commence alors à mélanger des notions de justice sociale à ses sermons de rue[3].

Quand Jim Jones arrive à l'âge adulte, il continue à travailler à l'administration de l'hôpital[R 5]. À 19 ans, il épouse l'infirmière Marceline Baldwin[4]. Les premières années du couple sont très difficiles, car Jones s'intéresse au communisme et abandonne toutes ses convictions religieuses, ce qui révolte sa femme. Il va jusqu'à tenter d'interdire à sa femme de prier, affirmant : « ma femme ne s'agenouillera pas devant un Dieu imaginaire[R 6] ».

Une église aux murs blancs sur le bord d'une petite route.
La première église dans laquelle Jim Jones officie.

En 1950, Jones découvre l'église méthodiste, qui est plus engagée socialement que les autres courants protestants de la région : il retrouve la foi et son couple retrouve une vie agréable[R 7]. L'année suivante, il est brièvement affilié au Communist Party USA[5]. En avril 1952, il décide brusquement de devenir pasteur. En juin, il commence un stage religieux à la Somerset Methodist Church, qui se situe dans un quartier blanc défavorisé d'Indianapolis[R 7],[6],[7].

En 1953, Jim Jones se convertit à nouveau, passant cette fois du méthodisme au pentecôtisme. Le côté spectaculaire du pentecôtisme l'attire plus, par exemple les actes de guérisons miraculeuses. De plus, ce courant est historiquement plus populaire et plus ouvert à l'intégration raciale[H 1]. Jones s'en inspire pour modifier ses sermons ; il commence à effectuer des guérisons de ce type[R 8]. Plusieurs décennies plus tard, Edith Parks, une de ses premières fidèles, témoigne : « J'avais un cancer qui avait métastasé et le médecin m'a dit qu'il ne me restait que quelques mois à vivre. Mais je devenais de plus en plus forte[H 2] ».

De Community Unity au Temple du Peuple à Indianapolis[modifier | modifier le code]

Jim Jones veut une église unique qui rassemble les Blancs et les Noirs sans distinction. Dans l'Indiana des années 1950, le concept est difficile à appréhender, et il rencontre une forte opposition de la part de ses pairs et de ses supérieurs hiérarchiques. En 1954, il est renvoyé de son église pour ses propos intégrationnistes et décide qu'il va donc créer son propre mouvement religieux[8].

Jones loue un petit bâtiment dans un quartier intégré et appelle son église Community Unity (« Unité dans la communauté »)[R 9]. Il finance cette activité en vendant des singes domestiques en porte-à-porte[9]. Grâce à la localisation du bâtiment, l'église parvient à attirer quelques fidèles noirs. Des membres de l'administration locale lui proposent donc d'ouvrir une deuxième branche de son église dans un quartier noir de la ville, et il refuse catégoriquement l'idée, de peur que les deux branches donnent lieu à une nouvelle ségrégation[H 3]. Le , il fonde le successeur de Community Unity et le nomme Wings of Deliverance (« Ailes de la délivrance »)[H 4], puis quasi-immédiatement Peoples Temple Full Gospel (« Temple du peuple du plein évangile »)[R 10],[10].

À ses débuts, le Temple du Peuple n'attire presque que des Blancs qui habitent le quartier. En 1956, l'église gagne en notoriété auprès des Afro-Américains d'Indianapolis quand Jones co-organise une convention religieuse avec William Marrion Branham, un prédicateur célèbre[R 11]. Branham et Jones effectuent tous deux des guérisons miraculeuses[R 12]. Jones attire alors l'attention d'Archie Ijames, qui deviendra plus tard son plus grand allié noir[11].

Jones commence à prôner le « communalisme religieux ». Il s'engage à subvenir aux besoins de tous ceux qui céderont leurs possessions matérielles au Temple du Peuple. Archie Ijames est son premier fidèle à abandonner son travail pour se consacrer au Temple à plein temps[R 13]. Pour mettre en application ses idées communalistes, Jim Jones ouvre une maison de retraite en 1955. Sa femme et lui créent la Jim Lu Mar Company, un ensemble de maisons de retraite et de convalescence : ces lieux sont plus peuplés que la normale, mais le confort y est une priorité. Barton Hunter, représentant de l'Église chrétienne des Disciples du Christ, affirme qu'elles « ont longtemps été les meilleures de la ville ». Les employés de la Jim Lu Mar Company sont des membres du Temple du Peuple ; au lieu de toucher un salaire, ils sont logés et nourris. L'entreprise ne versant pas de salaires, elle enregistre des profits, tandis que les fidèles sont coupés du monde extérieur sans même s'en rendre compte[H 5].

Jones organise des soupes populaires ainsi que différents programmes de soutien aux défavorisés comme un centre communautaire pour enfants, des classes d'alphabétisation et des dispensaires[9],[12]. Les activités pour enfants sont un argument très convaincant pour les mères célibataires des quartiers défavorisés[G 2].

En , Jim et Marceline Jones adoptent deux orphelins de la Guerre de Corée, Stephanie et Chioke, rebaptisé Lew. Le , Stephanie Jones meurt dans un accident de voiture. Le naît le seul fils biologique des Jones, Stephan Gandhi Jones. Presque en même temps, le couple adopte la petite soeur de Stephanie, Oboki, qui est rebaptisée Suzanne[R 14]. Quelques mois plus tard, les Jones ajoutent un dernier enfant à la « famille arc-en-ciel » : Jim Warren Jones Junior, qui devient ainsi le premier enfant noir adopté par une famille blanche en l'Indiana[11].

Pendant l'été 1959, Jones fait la rencontre de Father Divine, gourou de la Peace Mission (« Mission pour la Paix »), qui lui propose de venir prêcher auprès de ses propres fidèles[R 15]. Jones ne parvient à convertir que quelques vieilles femmes, mais il récupère de nombreux éléments religieux qui lui serviront à plus long terme. Un élément notable est que la Peace Mission est propriétaire de nombreux logements et que ses fidèles travaillent souvent sans salaire, donnant leur profit directement à leur église : Jones s'en inspirera pour la suite[H 6].

En 1959, Jim Jones rencontre le pasteur Ross Case, qui veut l'intégration raciale de son église et demande les conseils du Temple du Peuple. L'église de Case est affiliée à l'Église chrétienne des Disciples du Christ[G 3], que le Temple du Peuple rejoint rapidement sur ses conseils. La congrégation apprécie l'action sociale du Temple du Peuple et est connue pour donner une large autonomie à ses églises membres, ce qui répond aux besoin de Jones[G 4]. Il bénéficie dès lors d'une exemption d'impôts et d'une crédibilité accrue, les Disciples du Christ comptant plus de deux millions d'adhérents[R 16]. Il appartient à chaque église de décider de faire partie de la congrégation : Jim Jones prévient donc les Disciples du Christ de sa nouvelle affiliation et rencontre rapidement des cadres de l'organisation, qui apprécient ses dons conséquents à l'association des églises locales[H 7].

Pour recruter des nouveaux membres, Jones met à contribution leurs amis convertis et embauche des détectives privés en complément. De cette façon, il fait passer pour des intuitions divines les informations qu'il possède sur eux. Par exemple, une femme rejoint le Temple du Peuple quand Jones révèle en public qu'elle est d'origine juive, alors que même sa propre fille l'ignore[8]. La participation active des membres de l'Église à des œuvres caritatives est également un puissant outil de recrutement[11]. Le Temple du Peuple ouvre un restaurant entièrement gratuit dans le sous-sol de son bâtiment le  : le lieu se différencie des autres restaurants gratuits tenus par des églises en permettant à ses visiteurs de manger sans avoir à réciter le bénédicité. Il est rapidement très fréquenté, y compris par des personnes financièrement aisées qui choisissent d'échanger leur repas contre du bénévolat ou un don d'argent[H 8]. Avec l'ensemble de ces initiatives, la congrégation parvient à environ un cinquième de personnes noires[H 9].

En février 1961, Jim Jones est le seul candidat au poste de directeur de la commission pour les droits de l'homme d'Indianapolis et élu par défaut[11]. Historiquement, le rôle est celui d'un porte-parole sans pouvoir : Jones change profondément la nature du poste. Pendant ses premières semaines à la direction de la commission, il démarche personnellement trois restaurants différents pour les convaincre de déségréguer leur clientèle[H 10]. Fatigué et stressé par ses emplois et par l'opposition qu'il rencontre, Jones développe un ulcère. Son médecin est noir, et le personnel de l'hôpital local en déduit que lui-même l'est aussi et l'accueille dans l'aile qui leur est réservée. Il refuse alors catégoriquement de passer dans l'aile réservée aux Blancs. L'histoire rencontre un certain écho dans la presse et l'hôpital abandonne rapidement sa politique de ségrégation[H 11],[11],[R 17].

En parallèle, le Temple du Peuple s'éloigne du christianisme classique. Les sermons, qui peuvent durer plusieurs heures d'affilée, deviennent plus politiques que religieux[11]. Jones affirme que la Bible se contredit et que les pasteurs volent l'argent de leurs fidèles. Il cite un verset de l'épître aux Romains : « Et comment y aura-t-il des prédicateurs, s'ils ne sont pas envoyés ? ». Il déduit de ce verset qu'il est lui-même un prophète envoyé par Dieu[H 12]. Il illustre sa nature divine en mentionnant très souvent les sacrifices qu'il fait pour les autres, faisant remarquer sa fragilité physique en parallèle[H 13]. Ces propos lui font perdre beaucoup de fidèles qui préfèrent la religion traditionnelle, mais ceux qui restent sont d'autant plus loyaux au Temple[13],[R 18]. Même dans un contexte religieux, Jones s'éloigne des prédications classiques : il utilise l'imposition des mains pour effectuer des guérisons miraculeuses, « extrayant » par exemple des tumeurs cancéreuses[14] : la tumeur est en réalité un gésier de poulet que Jones cache dans sa manche et fait semblant de sortir de la bouche du malade[9]. Il parle également de questions relevant plutôt de la vie privée. Il estime qu'avoir des enfants est un péché en raison de la surpopulation et ordonne à ses fidèles de se contenter d'adopter ; c'est pourtant à cette époque que Marceline tombe enceinte de Stephan[R 18]. En 1961, il remet en cause la naissance virginale de Jésus, ce qui constitue un de ses premiers affronts directs au christianisme[15].

À la recherche d'une nouvelle ville[modifier | modifier le code]

À la fin de l'année 1960, Jim Jones se lasse de son public qu'il considère encore trop blanc. Il décide d'aller convertir des familles noires directement à Cuba et de les faire immigrer à Indianapolis : de cette façon, les nouvelles recrues sont déjà sensibilisées au communisme et partageront ses idéaux. Jones embarque donc pour Cuba avec l'objectif de ramener 40 familles noires, qu'il veut ensuite faire travailler dans les champs que le Temple du Peuple a achetés. Il parvient à recruter 15 familles, puis laisse un assistant embauché sur place trouver les 25 autres alors qu'il retourne à Indianapolis. Son assistant et les familles disparaissent du jour au lendemain une fois leur visa américain obtenu[R 19].

De retour à Indianapolis, Jim Jones est la cible de menaces et de harcèlement de la part d'habitants qui s'opposent à son engagement social. Il témoigne recevoir des lettres de haine et des menaces téléphoniques de racistes[R 20]. Marceline Jones reçoit plusieurs fois des crachats lorsqu'elle promène son fils adoptif Jimmy, qui est Noir[H 14]. Afin de capitaliser sur la sympathie apportée par ces traitements, quand il manque d'opposants, il prend l'habitude d'inviter des néonazis à débattre avec lui puis publie leurs lettres de refus, les accusant de ne pas être ouverts à al discussion[R 20]. Si les menaces qu'il reçoit sont bien réelles, il est fort probable que leur nombre et leur nature aient été exagérées[H 15]. Un couple en particulier, après avoir reçu plusieurs appels anonymes d'une personne qui souffle dans le combiné, appelle la police pour qu'elle fasse tracer l'appel suivant. Apprenant la nouvelle, Jones devient écarlate, dit « je ne ferais pas ça si j'étais vous », et le couple ne reçoit plus jamais d'appel suspect[R 21]. Avec le stress, l'état de santé du pasteur se délite : il s'évanouit souvent et ne se réveille qu'après une injection — le plus souvent placebo — de sa femme[R 17].

En octobre 1961, Jim Jones annonce avoir eu une vision d'une double attaque à la bombe atomique visant Chicago et Indianapolis. Il décide de déménager son église entière loin des villes de sa vision, et part en voyage pour évaluer différentes alternatives[R 22]. Ce voyage d'exploration suit, peut-être par coïncidence, une visite à l'hôpital lors de laquelle on lui a prescrit deux mois de vacances[H 16]. Jones voyage effectivement pendant deux mois : lors de cette période, il fait un bref passage au Guyana et s'installe à Hawaï un certain temps. Sa famille le rejoint sur place, mais les coûts sont trop hauts et le lieu trop exposé aux attaques militaires : le souvenir de l'attaque de Pearl Harbor reste vif[R 23]. En décembre, les Jones reviennent à Indianapolis pendant quelques jours et Jim Jones démissionne de son poste à la commission des droits humains pour raisons de santé[H 16].

En janvier 1962, Jones lit un article du magazine Esquire intitulé « Nine places in the world to hide » (« Neuf endroits où se cacher dans le monde »)[13]. L'un de ces endroits est Belo Horizonte, au Brésil, qui devient sa nouvelle destination. Plusieurs familles de fidèles s'y installent avec les Jones ; les autorités brésiliennes leur donnent du fil à retordre pendant la crise des missiles de Cuba[16].

Depuis Indianapolis, Archie Ijames le prévient que des dissenssions internes sont en train de se former[R 23],[11]. En juin 1963, la congrégation revient en Indiana, sauf les Jones qui partent à Rio de Janeiro. Jim Jones exprime un besoin d'argent auprès du Temple du Peuple, au bord de la faillite, qui doit refuser la demande[H 17]. Jusqu'à sa mort, Jones racontera s'être prostitué pour la femme d'un diplomate pendant trois nuits en échange de 5 000 $[R 24], dont il aurait ensuite fait don à un orphelinat[H 17]. Si l'histoire est vraie, alors il n'en existe aucune preuve[R 24]. Jones se lie d'amitié avec le révérend Malmin, un Américain installé au Brésil : il lui demande d'administrer le Temple du Peuple d'Indianapolis en son nom. Le révérend Winberg, jusque-là favori à la succession de Jones et soudain écarté du pouvoir, quitte le Temple du Peuple avec une trentaine de fidèles. Au retour des Jones début 1964, il reste à peine 75 à 100 membres du Temple du Peuple[R 25]. Malmin quitte à son tour le Temple du Peuple après le retour de Jones[R 26].

L'article publié par Esquire sur les neuf endroits où échapper à une guerre nucléaire spécifie que la Californie du Nord, et plus exactement la ville d'Eureka, est un endroit sûr. Un fidèle part en Californie pour trouver des sites potentiellement accueillants, tandis que Jones commence à se comparer à Jésus et à se qualifier ouvertement de prophète. Son émission de radio est déprogrammée parce qu'elle bouscule trop les acquis de la religion chrétienne[R 27]. Lors d'une conversation avec un de ses proches au sein du Temple, Jones justifie son emprise sur les fidèles en disant : « [Mon psychiatre] dit que je ne peux pas les libérer trop vite de leur dépendance, ou ils auront des séquelles psychologiques ». Rien ne laisse suggérer que Jones est réellement suivi par un psychiatre à cette époque[G 5]. Fin 1964, Jones visite lui-même la Californie[R 27].

Début 1965, la décision est prise : le Temple du Peuple s'installera en Californie. Pour accélérer le déménagement, Jones prophétise que la destruction nucléaire d'Indianapolis aura lieu le [R 28],[9]. Norman Ijames, fils d'Archie Ijames et pilote, explique devoir faire une escale à Ukiah, au Sud d'Eureka, pour s'y rendre en avion. La ville se situe sur la limite sud de la zone de sécurité : pour simplifier les choses, le Temple du Peuple déplace ses plans et s'installe finalement à Ukiah. Cette petite ville bénéficie d'une économie dynamique : emplois publics dus aux nombreuses structures gouvernementales, commerce du bois, vignes et vergers pourront fournir du travail aux nouveaux arrivants[R 29]. Il est possible que Jim Jones ait aussi vu l'opportunité que constitue la désinstitutionnalisation californienne : l'hôpital local manquant de lits, il sera facile d'importer le modèle de maisons de retraite et de convalescence qui a bien fonctionné à Indianapolis[H 18].

En juillet 1965, la famille Jones et environ 140 membres du Temple du Peuple déménagent à Ukiah[R 30]. La même année, Jones commence à interrompre ses sermons le temps de prendre des antalgiques, dont il semble ne plus pouvoir se passer[G 5].

Le Temple du Peuple à Ukiah[modifier | modifier le code]

Sur fond noir, le contour jaune de deux étoiles à quatre branches superposées et le contour d'un cercle plus petit que les branches des étoiles.
Le logo du Temple du Peuple.

Ukiah accueille chaleureusement le Temple du Peuple. Une journaliste locale publie un article intitulé Ukiah Welcomes New Citizens to Community (« Ukiah souhaite la bienvenue à ses nouveaux citoyens ») dans l'Ukiah Daily Journal[R 30]. L'église développe une bonne réputation au sein de la communauté locale. Jim Jones n'est pourtant pas satisfait : Ukiah est presque intégralement blanche[R 30].

Le Temple du Peuple a besoin d'argent. Marceline Jones recommence à travailler à l'hôpital, qui devient rapidement un vivier d'emplois pour les fidèles. De son côté, Jim Jones donne des cours à temps partiel[R 30]. À l'automne 1966, il anime un cours du soir pour adultes. Comme il encourage tous ses fidèles à obtenir leur diplôme General Educational Development, le cours est toujours bondé. Or, les étudiants n'appartenant pas au Temple n'apprécient pas tous ces cours, et s'en plaignent à l'administration. Les propos tenus par Jones incluent des critiques virulentes du gouvernement au profit du communisme, des conseils de masturbation pour les personnes abstinentes, ou encore l'affirmation que les Catholiques s'opposent seulement à l'avortement parce qu'ils veulent être assez nombreux pour dominer le monde. Loin de se modérer après ces plaintes, Jones installe des guetteurs dans les couloirs de l'établissement. Sachant exactement quand il n'est pas écouté, il se met à donner des cours encore plus ouvertement marxistes. En public, il affirme que pour éviter toute accusation de prosélytisme, il interdira à ses étudiants de rejoindre le Temple du Peuple. En réalité, une dizaine d'élèves rejoignent les rangs de l'église[R 31].

Les enfants du Temple du Peuple aiment beaucoup jouer au football dans le hameau voisin de Redwood Valley ; les fidèles en profitent pour y construire une grande piscine. Devant le succès du projet, l'église entière est finalement construite autour de cette piscine. Le bâtiment terminé est assez grand pour accueillir la population entière du village : grâce à une campagne de recrutement de grande envergure, il est très rapidement plein à chaque culte[R 32]. Il est inauguré le [H 19].

Le Temple du Peuple recrute entre autres par le biais d'une newsletter, qui ne parle que de religion et jamais de politique pour ne pas fournir de preuves en cas d'enquête maccarthyste. Le bulletin est envoyé aux membres de la congrégation et aux personnes que le Temple espère attirer. Il passe de 1 500 destinataires début 1970 à plus de 36 000 destinataires fin 1971. Jones achète de nombreux créneaux publicitaires pour retransmettre ses sermons à la radio. L'action en personne est également très importante : Jones envoie des cars entiers de fidèles à Los Angeles un week-end sur deux, ainsi que dans des grandes villes partout dans le pays. Pendant cette période, le Temple du Peuple recrute énormément de jeunes Blancs diplômés qui partagent ses valeurs. Les rédacteurs du bulletin et les accompagnateurs lors des événements sont systématiquement des jeunes Blancs éduqués, tandis que la majorité noire venue de quartiers pauvres reste cachée dans les interventions publiques[R 33]. Le Temple crée ensuite le magazine The Living World: an apostolic monthly (« Le Monde Vivant : un mensuel apostolique »), qui ne parle pas de religion mais seulement de santé et de bien-être[H 20]. En parallèle, Jones s'engage au sein de la National Association for the Advancement of Colored People et est élu, majoritairement par ses propres fidèles, au conseil d'administration de l'association[H 21].

Les partenariats sont également au cœur de la stratégie de recrutement du Temple. Avec la Golden Rule Church, l'association est rapidement rapidement interrompue, les pasteurs accusant Jones de voler leurs fidèles[R 34]. De la même façon, le Temple du Peuple effectue un « échange cultuel » avec une église noire de San Francisco après l'assassinat de Martin Luther King et revient avec 150 à 200 fidèles supplémentaires[R 35]. En 1971, une tentative similaire de s'approprier les fidèles de Father Divine en profitant de son décès se solde par un échec cuisant[G 6]. À ses fidèles, Jones justifie l'échec en racontant que Mother Divine les a renvoyés après qu'il a refusé ses avances[G 7]. Pour faciliter la transition de la douzaine de vieilles femmes ramenées à Ukiah, Jones commence à se faire appeler Father (« Père »), et Marceline Mother (« mère »)[R 36].

Afin d'éviter l'infiltration de « faux fidèles », la secte met en place un parcours de 10 cassettes à écouter avant de devenir membres. La première récapitule les contradictions de la Bible, la deuxième se concentre sur le communisme. Après avoir écouté ces deux cassettes, les personnes toujours intéressées sont invitées aux rencontres du samedi, où elles écoutent les autres enregistrements avant de devenir membres[H 22].

Jones affirme être la réincarnation de Moïse et de Lénine[16], et insiste souvent sur le fait que les personnes qui ne donnent pas tous leurs biens et toute leur énergie au Temple du Peuple seront réincarnés en une créature inférieure, comme une amibe[17]. Pour ne pas braquer les personnes extérieures à l'église avec ces allégations de sa nature divine, il demande à ses fidèles de se contenter de le qualifier de prophète lorsqu'ils sont en public[H 23]. Le , Jones est arrêté pour exhibitionnisme après s'être masturbé dans un cinéma devant un officier de police en civil[H 24]. Après cet événement, il mentionne très souvent l'homosexualité dans ses sermons. Il commence à affirmer que tous les hommes sont, par nature, homosexuels — sauf lui-même. Il ajoute qu'il a des rapports homosexuels uniquement par empathie avec les autres hommes[M 1]. Le campement se militarise : il est entouré de barbelés et patrouillé par des gardes armés afin d'éviter une invasion par un ennemi probablement imaginaire, parfois nommé comme étant la CIA[R 37].

Des habitants des environs remarquent des détails de plus en plus perturbants. Le Temple du Peuple est propriétaire de maisons de soins psychiatriques. Dennis Denny, chef des services sociaux du comté d'Ukiah, entend dire que les patients sont obligés de participer aux cultes de la secte. Il voit un enfant portant les marques de coups de martinet[R 38]. Une patiente d'une maison de retraite du Temple affirme qu'on lui a saisi les 30 $ qui lui reviennent, en raison d'un comportement jugé agressif[H 25]. Une institutrice s'inquiète quand une de ses élèves lui demande d'augmenter sa note à un contrôle d'anglais pour lui éviter des coups de fouet devant toute la congrégation[R 39]. Les Disciples du Christ n'enquêtent jamais sur leurs églises membres et n'ont aucun système en place pour reconnaître des abus potentiels. De plus, le Temple du Peuple est très apprécié pour ses nombreuses actions humanitaires. Enfin, il leur envoie des dons conséquents, qui découragent toute volonté d'enquête[R 40].

Jones commence à prendre des amphétamines et des tranquillisants de plus en plus souvent, devenant rapidement dépendant de plusieurs substances[G 8],[R 41]. En réponse à son abus de drogues, son comportement devient plus lunatique et il est sujet à de violentes sautes d'humeur. Comme il est déjà connu pour son irascibilité, ses fidèles ne suspectent rien. Le deuxième effet secondaire notable des médicaments est le fait que ses yeux deviennent rouges et humides : il prend l'habitude de porter des lunettes de soleil en permanence. Parfois, il justifie le port des lunettes en expliquant que son pouvoir est si puissant qu'il pourrait brûler ses fidèles s'ils le regardaient dans les yeux par inadvertance[G 8].

Jones utilise le communalisme pour construire une structure financière solide. La loyauté des fidèles est mesurée par leur volonté d'échanger leur emploi et leur maison contre un travail au sein du Temple et un hébergement partagé[10], incluant des maisons appelées « communes »[18]. Il insiste sur le fait que chacun doit donner dans la mesure de ses moyens, tout en demandant constamment des dons à l'ensemble de la congrégation sans distinction de revenus[19]. D'autres critères servent à mesurer et à encourager la fidélité des membres du Temple. Parmi eux, on compte en particulier de dormir le moins possible. Il s'agit d'une marque de travail acharné et de volonté d'aider l'église, ainsi que d'un outil classique des gourous de secte, qui règnent facilement sur une congrégation trop fatiguée pour faire preuve d'esprit critique[8].

Au sein de la famille Jones, les relations se délitent. Jim et Marceline font chambre à part, Stephan se bat souvent avec son frère Jimmy. Jimmy est jaloux de son aîné car il est le seul fils biologique des Jones, tandis que les fidèles du Temple du Peuple le trouvent plus gentil que Stephan, ce qui explique le ressentiment de ce dernier[R 42]. Carolyn Layton garde très souvent les enfants, et entame une relation amoureuse avec Jones à partir du début des années 1970. Il tente de se débarrasser de sa femme en demandant son internement pour dépression. Marceline décide alors de s'enfuir, mais un des enfants la dénonce, croyant qu'elle cherche à tester sa loyauté[R 43]. Stephan se range ouvertement du côté de sa mère, tandis que son père se vante de ses activités extra-conjugales pendant ses sermons[R 44]. Au grand dam de leur père, l'ensemble de la fratrie aime beaucoup plus Marceline que Carolyn[G 9].

Grace Stoen est la conseillère psychologique en chef du Temple. Son mari, Tim Stoen, est l'avocat principal de la secte. Le , ils ont un enfant, John-Victor Stoen[R 45]. Le , Tim signe une déclaration sur l'honneur affirmant qu'il est stérile et que le père de l'enfant est Jim Jones. Il affirmera plus tard penser que la déclaration serait conservée dans un dossier privé comme toutes les autres fausses déclarations visant à assurer la loyauté des fidèles, et Marceline Jones, pour qui il n'est pas invraisemblable que l'enfant soit effectivement de son mari adultère[R 46]. En , Carolyn Layton disparaît : elle revient six mois plus tard avec un bébé, Kimo. Jim Jones raconte qu'elle est allée au Mexique pour y acheter les pièces d'une bombe atomique dont la possession forcerait la CIA à laisser le Temple tranquille. Alors qu'il ne lui manquait que le détonateur, elle a été enlevée et torturée par des autorités mexicaines. Toujours selon Jones, l'enfant ramené avec elle est celui d'une lointaine cousine. En réalité, Carolyn Layton passe toute sa grossesse chez ses parents, à Berkeley, et Jim Jones lui rend régulièrement visite, sans cacher à ses beaux-parents qu'il est le père de Kimo[G 10].

Pour fuir les premiers soupçons de la population locale sur les abus du Temple du Peuple et par manque d'espace[9], Jones décide de déménager le Temple du Peuple à San Francisco avec une antenne annexe à Los Angeles[10].

L'âge d'or : le Temple du Peuple à San Francisco[modifier | modifier le code]

Le Temple du Peuple et la politique[modifier | modifier le code]

Quelques localisations du Temple du Peuple en Californie.

Les deux branches du Temple du Peuple ont des objectifs différents. À San Francisco, Jones veut se rapprocher du pouvoir politique. À Los Angeles, il attire les nouveaux fidèles pauvres et les dons des populations aisées qui voient son engagement caritatif. Le dimanche matin, le Temple fait le tour des ghettos noirs en bus pour que les habitants puissent se rendre à l'église en toute sécurité. Cela fait du Temple du Peuple le choix par excellence des quartiers les plus dangereux, où marcher dans la rue équivaut à risquer sa vie. Pour les personnes qui se rendent aux services, l'organisation propose un accompagnement légal, administratif et médical toujours gratuit[G 11],[20]. En plus de cela, Jim Jones parlemente en personne avec les juges quand un membre de la famille d'un fidèle a des problèmes avec la justice, un cas très commun dans les quartiers difficiles de Los Angeles depuis les émeutes de Watts de 1965. Il obtient souvent le remplacement des peines de prison par du travail bénévole sous surveillance au sein du Temple[G 12]. Marceline Jones, fidèle au Temple mais tenue à l'écart de sa famille, officie à Los Angeles quand son mari est à San Francisco et vice-versa[G 13]. Toutes les deux semaines, les membres adultes de la congrégation partent faire de l'évangélisation de rue dans les ghettos de San Francisco[10]. Les actions caritatives du Temple du Peuple lui valent de nombreux soutiens, parmi lesquels Angela Davis, Huey P. Newton et Jane Fonda[R 47].

Le pouvoir politique du Temple du Peuple augmente. Le mouvement a la possibilité de dépêcher 2 000 personnes à n'importe quel événement politique en moins de six heures et joue un rôle important dans l'élection de George Moscone à la mairie de San Francisco selon la presse et les personnalités politiques de l'époque[10],[8]. Il s'avère plus tard que seulement quelques centaines de fidèles ont voté, alors que Moscone avait environ 4 000 voix d'avance[R 48].

En , Moscone prévoit de donner la direction du Human Rights Committee (« Comité des droits humains ») à Jones pour le remercier de son influence. Ce dernier refuse la proposition, considérant que le nouveau poste est trop similaire à celui qu'il occupait quinze ans plus tôt[H 26]. Le , Jones est nommé membre de la commission des logements publics de la ville, une position qui le satisfait beaucoup plus[21]. Il en prend rapidement la tête[R 49].

Après avoir obtenu ces fonctions politiques, Jones entretient une correspondance avec Rosalynn Carter, la femme du futur président Jimmy Carter[12],[22]. Il prend l'habitude de conduire plusieurs cars de fidèles à des meetings politiques et à des élections pour soutenir ses candidats préférés[23]. Le Temple du Peuple est une association non lucrative, qui ne paie donc pas d'impôts, et ne doit en théorie pas s'impliquer en politique. Il reste donc discret, faisant croire qu'il coordonne simplement les déplacements. Pour envoyer des lettres anonymes faisant l'éloge du Temple aux personnalités politiques, un « comité de diversion » est créé[24].

Jones effectue des dons pour la protection du Premier amendement de la Constitution des États-Unis qui assure la liberté de la presse dans le pays[25],[26]. Ces dons, envoyés à douze organismes de presse différents, s'élèvent à 4 400 dollar (soit environ 3 248 euro*) au total et sont l'objet d'une couverture médiatique positive[H 27]. En 1976, le Temple du Peuple lance un nouveau magazine, le Peoples Forum (« Forum du Peuple »), dans lequel il dissèque l'actualité et raconte les exploits de Jim Jones. À la fin de l'année, le document est passé de quatre pages à la taille d'un tabloïd classique[M 2].

Abus éthiques et premiers doutes de la presse[modifier | modifier le code]

Un groupe de personnes majoritairement noires marchant dans une rue.
Des membres du Temple du Peuple à une manifestation pour sauver l'International Hotel à San Francisco en janvier 1977.

Le statut de Jim Jones au sein de la secte change ; il se fait désormais appeler Dad (« Papa ») par ses fidèles plutôt que Father (« Père »), dans une volonté assumée de remplacer leurs familles et d'avoir le pouvoir absolu sur sa communauté[22]. Jones assure sa domination sur la secte notamment par la possession de tous ses biens matériels. Cette domination est également physique : il soumet certains jeunes hommes à des rapports sexuels, consentis ou non, affirmant que chaque écart de conduite est dû à des pulsions homosexuelles refoulées et qu'il les aide donc à réaliser leur plein potentiel[27].

Jones réserve des sévices corporels ou des humiliations publiques aux fidèles qui ne respectent pas ses règles[28]. Le mercredi soir, il organise des « réunions de catharsis » où chacun doit confesser ses fautes et recevoir la punition qui convient. Pendant les premières années, il s'agit plutôt de confessions permettant des critiques constructives et vues comme une expérience positive par les fidèles[G 14]. Avec le temps, la personne qui se confesse commence à subir des sanctions physiques : elle peut par exemple recevoir des coups de planche en bois ou de tuyau d'arrosage, ou être forcée à prendre part à une match de boxe entre personnes sanctionnées. Ces réunions deviennent de plus en plus violentes au cours des années 1970[G 14].

Jim Jones établit une « Planning Commission », sorte de garde d'élite du Temple[10]. La Planning Commission comprend 37 membres en 1973, mais arrive rapidement à une centaine de personnes : presque intégralement blanche et composée en grande partie de jeunes femmes, elle inclut tous les fidèles hauts gradés au sein du Temple, ainsi que des personnes dont Jones se méfie et qu'il veut surveiller de près[M 3]. Tous les membres de la secte doivent enfin signer des confessions écrites où ils affirment avoir violé un enfant, prévu de tuer le Président, ou un autre acte passible d'une lourde peine. La Planning Commission menace de publier les lettres écrites par les personnes quittant la secte[29]. Ils doivent aussi signer des feuilles vierges au cas où le Temple voudrait créer d'autres documents[R 50]. Un jour, Deanna Mertle doit écrire : « s'il vous plaît, gardez Daphene et Eddie (ses filles) loin de moi. Je n'arrive pas à arrêter de les battre malgré toutes mes prières, ne cédez pas, c'est pour leur bien[H 28] » ; de cette façon, Jones s'assure qu'elle sera séparée de ses enfants si elle s'enfuit[10].

Si Jim Jones remet en cause la religion et la Bible dès 1963, c'est à San Francisco qu'il se permet le plus de critiques. Il publie un livret de vingt-quatre pages intitulé The Letter Killeth (« La lettre tue »), qui souligne toutes les incohérences et les erreurs de la Bible une par une. Le livret est divisé en sections : une section, par exemple, parle de l'esclavage, une autre des « atrocités » racontées[M 4]. C'est aussi à cette période qu'il commence à faire preuve d'autorité sur des sujets de vie personnelle qui n'avaient jusque-là que peu d'intérêt pour lui[H 29].

En 1972, Lester Kinsolving, éditeur au San Francisco Examiner et ancien prêtre épiscopal[G 15], rédige une série d'articles à charge contre le Temple du Peuple[16]. Le premier article sort le , le second paraît le lendemain, le troisième encore le jour suivant. Ce troisième article affirme que Tim Stoen ne devrait pas être si haut placé dans le système judiciaire local et qu'il officie en tant que pasteur sans en avoir la permission de l'État. Jones envoie 150 fidèles du Temple du Peuple manifester devant les bureaux du San Francisco Examiner[R 51],[H 30]. Un journaliste est ciblé par un harcèlement téléphonique, au point de devoir passer 3 jours dans un hôtel avec sa famille[R 52]. Sur huit articles rédigés, Kinsolving n'en publie finalement que quatre, les autres présentant un risque de diffamation trop important d'après son journal[M 5].

L'année suivante, huit étudiants qui se surnomment les « Huit Révolutionnaires » s'enfuient avec un camion et des armes à feu en direction du Canada. Ils se ravisent et s'arrêtent à Spokane[R 53], où ils écrivent un manifeste dénonçant les divers abus du Temple[8]. Ils concluent : « Where is the black leadership, where is the black staff and black attitude? … Black people are being tapped [in the Temple] for money and nothing else. » (« Où est le leadership noir, où sont le staff noir et l'attitude noire ? ... Les Noirs sont [pour le Temple] une source d'argent et rien d'autre. ») Leur longue lettre ne critique pas Jones lui-même, qu'ils qualifient de meilleur socialiste et dirigeant que la Terre ait jamais vu, mais la Planning Commission, qu'ils jugent raciste et assoiffée par le pouvoir[G 16]. Jones rejette le manifeste en disant à ses fidèles que les Huit Révolutionnaires sont des extrémistes trotskistes qui ont décidé de fabriquer des bombes artisanales. Selon ses versions, les bombes sont fabriquées pour détruire un barrage ou des centres d'affaires. Jones explique donc qu'ils ne méritent pas le pardon divin dont bénéficiera le Temple du Peuple[R 54].

En 1975, le Temple du Peuple, qui fait suivre Lester Kinsolving depuis plusieurs années, l'attaque en justice pour diffamation. La secte saisit aussi l'Union américaine pour les libertés civiles, Kinsolving ayant été renvoyé des conférences de presse du congrès américain parce qu'il a soutenu le gouvernement sud-africain pro-Apartheid en échange d'argent[H 27]. Le Temple du Peuple prend enfin une tournure pleinement politique, délaissant complètement la religion pour soutenir la Nouvelle gauche face au parti communiste USA[H 21]. Jones s'appuie beaucoup sur le soutien de populations historiquement persécutées, dont les Noirs en tout premier lieu. D'autres minorités sont visées : en décembre 1976, Mike Prokes rencontre l'American Jewish Committee pour discuter de la résurgence de la propagande néo-nazie à San Francisco. L'église organise également le boycott d'Anita Bryant lorsque cette dernière tient publiquement des propos homophobes[H 31]. À Los Angeles, le temple conclut une alliance avec la Muslim American Society : en mai 1976, les associations organisent un événement tenu en présence de dirigeants Noirs, de communistes et de blancs progressistes[H 31].

Au Nouvel An de l'année 1976[H 32], Jones invite les membres de la Planning Commission, soit une centaine de personnes, à boire une coupe de vin[R 55]. Il s'agit d'une rare entorse à la règle de la secte, selon laquelle l'alcool et les drogues sont strictement interdits[30]. Une fois la boisson bue, il révèle que la boisson a été mélangée à du poison[10]. Après près d'une heure d'attente et sans avoir reçu d'opposition, il révèle qu'il ne s'agissait que d'un test de loyauté. Il s'agit du premier acte concret allant dans le sens de ses sermons sur le suicide révolutionnaire (en), inspiré des écrits de Huey Newton[R 56].

En 1976, Stephan Jones fait une deuxième tentative de suicide, et Marceline Jones est autorisée à venir vivre à San Francisco pour s'occuper de lui[R 57]. Jim Jones tente toujours de se débarrasser de sa femme afin de laisser la place à Carolyn Layton : il annonce à Marceline qu'il partira avec les enfants, mais sans elle, au Guyana. Elle demande à consulter un psychiatre, et Jones raconte à sa belle-mère que ce dernier trouve Marceline trop fragile pour voir ses enfants[G 17].

La secte commence à avoir des ennuis avec le fisc, tandis que la trésorière du Temple du Peuple a pour tâche de déposer des millions de dollars sur des comptes bancaires secrets en Suisse et au Panama[31],[32]. En particulier, l'église est soumise à une enquête de l'Internal Revenue Service. En février 1976, le Temple du Peuple crée l'Apostolic Corporation, association religieuse qui regroupe les biens des fidèles. Le , l'IRS refuse d'exempter cette organisation de taxes, estimant que sa nature n'est pas exclusivement religieuse[33]. Le mois précédent, Gene Chaikin, avocat du Temple, a prévenu que les maisons de retraite et les programmes communaux gérés par l'organisation seront eux aussi soumis aux impôts[H 33].

L'exode vers Jonestown[modifier | modifier le code]

Dès 1973, Jones dit du Temple qu'il arrivera à a screeching halt (« une fin brutale »)[13]. Pendant l'automne 1973, peu après la désertion des Huit Révolutionnaires, Tim Stoen et lui organisent un plan d'urgence au cas où la presse se ferait trop insistante. Le plan consiste à envoyer la Planning Commission au Canada, puis dans les Caraïbes, où elle sera rejointe par les autres fidèles[R 58]. Les administrateurs de la secte décident finalement de « rester ici en Californie jusqu'aux premiers signes de persécution ouverte de la part de la presse ou du gouvernement ». Jones propose enfin de s'établir au Guyana, qu'il a visité en 1960[H 34]. Il prépare ses fidèles en leur parlant de l'importance de s'exiler avant d'être condamnés par une dictature américaine ou envoyés en camp de concentration pour Noirs : « Les Juifs auraient dû s'exiler, mais ils sont restés. Ils se sont dit, « Ça ne peut pas nous arriver, Dieu nous a choisis ». Nous, les Nègres, savons bien que Dieu ne nous a pas élus[H 35]. » Fin 1976, le désaveu des prêtres africains-américains se concrétise lorsqu'ils ajoutent une clause requérant explicitement que leur association, le Black Leadership Forum, ne peut être gérée que par un adulte d'ascendance africaine, ceci afin d'éviter une prise de pouvoir de Jones, qui s'est déjà approprié les fidèles de plusieurs églises historiquement noires[H 36].

Le 8 octobre 1973, le conseil d'administration du Temple du Peuple décide d'établir une commune agricole au Guyana et y achète des terres[16]. Le choix du Guyana s'est révélé facile à faire, car il s'agit une ancienne colonie britannique où l'on parle anglais, une partie de la population et du gouvernement sont noirs, et le pays est principalement socialiste[34],[M 6],[R 59].

Petit et pauvre, le Guyana est également relativement propice à la corruption. Jones peut faire virer des millions de dollars au gouvernement quand c'est nécessaire, par exemple pour permettre à 500 personnes d'immigrer sans visa en l'espace de quelques semaines[35]. Il ordonne à une membre de la secte d'avoir une relation avec l'ambassadeur du Guyana aux États-Unis. Ils tombent réellement amoureux et ont même un enfant : elle profite régulièrement de la situation pour intercéder en faveur du Temple[36]. Le Guyana voit d'un bon œil l'arrivée des colons californiens : il doit absolument exploiter la zone louée pour éviter une invasion du Venezuela voisin et Jones affirme que l'initiative ne coûtera rien au gouvernement parce qu'il a déjà 2 000 000 dollars de côté pour l'installation[R 60].

Fin 1973, le Temple du Peuple envoie Jones et quelques membres de la Planning Commission à Georgetown, au Guyana, afin de visiter une zone en friche[R 37]. Jim Jones propose le nom de « Jonestown » pour la colonie, affirmant à ses fidèles qu'il s'agit d'une suggestion d'un membre du gouvernement guyanien qui l'admire[37]. Il envoie un petit groupe de pionniers, majoritairement des volontaires, ainsi que quelques personnes ayant des démêlés avec la justice, pour préparer les 1 500 hectares dont il est propriétaire et y construire les premiers bâtiments de Jonestown. En 1975, on compte une cinquantaine d'habitants à Jonestown, un nombre qui croît rapidement[16]. Aux États-Unis, Jonestown est vue par la presse comme une kibboutz multi-ethnique peuplée par des volontaires[38].

En février 1977, le gouvernement américain annonce son intention de mener une enquête fiscale de grande envergure, sans urgence particulière[M 7]. Au même moment, les services de douane fouillent les colis du Temple après avoir appris de la part d'anciens membres que la secte veut envoyer des armes au Guyana. Ils ne trouvent rien, mais envoient le rapport de la fouille au Département d'État des États-Unis et à Interpol pour information[M 8].

Le mois suivant, le journaliste Marshall Kilduff commence à enquêter sur le personnage de Jim Jones, et le Temple du Peuple essaie d'interdire les services religieux aux journalistes[R 61]. En 1977, Marshall Kilduff publie un long article à charge contre le Temple, regroupant des témoignages d'anciennes victimes des sévices corporels mentionnant le manque de liberté et la façon dont Jones utilise le sexe pour manipuler ses fidèles. Un témoignage raconte que Curtis Buckley, un enfant de 12 ans membre de la secte, est mort parce qu'on a voulu le guérir en posant la photo de Jones sur sa poitrine plutôt qu'en le faisant soigner[R 62]. La communauté estime que ces articles sont une conspiration du FBI, de la CIA, d'Interpol et des médias[39]. Jones clame que comme tout vrai prophète, il est victime de la haine des extrémistes[13]. Le , un nouvel article paraît dans le journal New West, relatant une dizaine de témoignages de déserteurs et d'autres abus recensés[39]. Peu avant la publication de l'article, les bureaux du journal se disent victimes d'une entrée par effraction et d'un vol de documents sur la secte[40]. L'enquête policière ne trouve pas d'effraction ni d'empreintes suspectes, poussant certaines personnes à penser qu'il s'agit d'un plan marketing du magazine[H 37].

Au printemps 1977, l'Internal Revenue Service commence une enquête sur les revenus commerciaux du Temple du Peuple, accusé d'évasion fiscale[M 9]. Toujours la même année, l'Administration de la sécurité sociale s'inquiète du départ des pensions de retraite à l'étranger et demande à la Poste de la prévenir en cas de changement d'adresse pour le Guyana. Le service postal prend l'initiative de renvoyer les chèques directement au gouvernement, jusqu'à ce qu'un membre du congrès ne fasse rétablir les envois, qui ne sont pas techniquement illégaux[M 8].

Différentes plaintes sont émises contre le Temple du Peuple, incluant des plaintes pour tentative d'homicide mais aussi pour usage de drogues et détournement de mineurs. Cependant, aucune enquête publique n'est ordonnée par le procureur de San Francisco, lui-même nommé avec l'aide de Jones[41].

Jones part à Jonestown avec la majeure partie de ses fidèles dès l'annonce de la publication du premier article dans New West, bien que la colonie n'ait pas encore les infrastructures nécessaires pour accueillir cet exode massif[42]. Il enregistre plusieurs cassettes où il dit des choses comme « Passez-moi Johnny sur la 5 » pour qu'elles soient jouées dans les bureaux américains du Temple du Peuple et que le public le croie resté à San Francisco[H 38].

137 personnes vont à Jonestown en juin 1977, dont Jim Jones. En août, 348 personnes partent ; en septembre, la migration est presque terminée. Le dernier départ de groupe compte 54 exilés en mars 1978 et une dizaine de départs s'ajoutera chaque mois jusqu'en octobre 1978[H 38]. Il ne reste à San Francisco que les personnes sans passeport, les employés qui rapportent un salaire élevé au Temple, et quelques administrateurs. Comme personne n'est forcé à partir, certaines rares personnes font le choix de rester sur place malgré la promesse d'un lieu utopique[H 39].

Le Temple du Peuple à Jonestown[modifier | modifier le code]

Arrivée à Jonestown[modifier | modifier le code]

Maisons dans la communauté de Jonestown.

Le gouvernement guyanien leur loue 11 000 hectares de terres dans la jungle[16],[43], près de la frontière vénézuelienne, pour une somme symbolique[44]. L'acte de location est signé en février 1976[R 63]. Les personnes souhaitant aller à Jonestown doivent envoyer un dossier médical complet, et tout handicap physique ou psychologique s'accompagne d'un refus d'émigration[45]. Des listes de personnes prioritaires sont établies : d'abord les jeunes hommes et femmes robustes, qui pourront fournir du travail manuel, puis des adolescents qui ont des problèmes avec la justice californienne, enfin les personnes âgées dont la pension servira à financer Jonestown plutôt que les maisons de retraite des Jones[G 18]. Le montant de ces pensions s'élève à 36 000 $ par mois[M 10]. Les tribunaux pour enfants demandent une visite annuelle des adolescents délinquants et l'avocat du Temple, Gene Chaikin, estime que la cour annulera les examens si les enfants sont au Guyana et que leurs parents sont trop pauvres pour les rapatrier. Or, certains parents contactent le détective privé Joseph Mazor en lui expliquant qu'ils ont compris trop tard qu'ils ne reverraient pas leurs enfants après avoir signé leur autorisation de départ du pays : Mazor se renseigne et prépare une action en justice[G 19].

Jones et quelques proches arrivent à Georgetown pour Noël 1974 et évaluent l'avancement du camp. Le , Jones organise un culte avec des guérisons à Georgetown. Cette initiative déplait aux membres du Temple qui espéraient que l'utopie ne contiendrait plus de mensonges, ainsi qu'aux habitants et officiels de Georgetown[R 64]. Apprenant que les « guéris » sont des membres de la secte déguisés, le pasteur de l'église hôte prévient tous les religieux de la ville, qui refusent dès lors d'accueillir Jim Jones dans leur paroisse pour d'autres cultes d'invité[G 20].

Jusqu'à l'arrivée des nouveaux immigrés, la vie à Jonestown demande beaucoup de travail physique mais est supportable, voire agréable, pour la cinquantaine de personnes sur place. Cependant, avec l'installation massive de nouveaux fidèles, les infrastructures se mettent à grandir plus lentement que les besoins. Les habitants doivent allonger leurs journées de travail pour construire des nouveaux dortoirs où on entasse bien plus de monde que prévu[R 65]. La cuisine, construite pour une cinquantaine de personnes, doit nourrir plus de 900 habitants et les files d'attentes deviennent extrêmement longues[R 66].

Le fonctionnement de la communauté se dégrade rapidement. La construction d'habitations, d'infrastructures nécessitent un travail acharné d'une ampleur faramineuse, le manque d'expérience et de savoir-faire des fidèles ainsi que le manque de nourriture rendent la vie à Jonestown difficile malgré des ressources financières importantes accumulées les années précédentes grâce aux legs et envoyées dans des comptes bancaires à l'étranger plutôt que dépensées pour de la nourriture ou des médicaments[46]. Le point d'eau potable le plus proche est à 11 kilomètres du camp[9]. Jonestown compte un quart de personnes de plus de cinquante ans et un tiers de jeunes de moins de vingt ans[M 10], et la ville de 1 200 habitants dépend donc d'un petit nombre de travailleurs surmenés[10].

Vie quotidienne à Jonestown[modifier | modifier le code]

Le camp s'organise autour d'un pavillon central, une grande structure sans murs extérieurs et avec un toit d'aluminium. Il s'agit de l'endroit où le groupe de musique se produit et où Jones fait ses sermons[R 67].

Un groupe de musique se forme sous le nom de Jonestown Express, et ils se produisent en concert dans Jonestown et aux alentours. Leur style musical s'apparente à de la soul, et le groupe inclut des guitares, des basses, des percussions, des saxophones et la voix de Diane Wilkinson, accompagnée par les sœurs Martha et Shirley Hicks, qui la remplacent régulièrement. Les membres du groupe répètent en face du studio de radio et ont l'habitude de leur demander d'enregistrer des chansons. Leur répertoire inclut des chansons originales, ainsi que des reprises de I've Just Seen a Face de The Beatles et Keep on Dancing des The Jackson Five, entre autres[47].

Juste à côté du pavillon, deux pièces servent d'école aux enfants[R 67]. L'école est divisée en deux groupes de niveau sans distinction d'âge : un groupe s'adresse aux enfants ne sachant pas encore lire et écrire, l'autre à une éducation plus avancée. L'école est accréditée par le gouvernement guyanien en mars 1978. Les adultes ne sont pas en reste : ils doivent passer des tests de connaissances sur le socialisme et ceux qui ratent les épreuves, dont une épreuve sur les actualités, suivent des cours de rattrapage[M 11]. Tous les habitants de Jonestown, peu importe leur âge, suivent des cours de russe pour se préparer à l'éventualité d'un déménagement en URSS[M 12].

Elles sont prolongées par cinq grands dortoirs qui hébergent les enfants difficiles, les femmes célibataires et les vieillards[R 67]. Deux autres bâtiments sont l'Aile Est, qui héberge les visiteurs à court terme, et l'Aile Ouest, où vit la famille Jones[R 68].

La terre est de mauvaise qualité et il est difficile de la traiter. Les arbres ne produisent pas de fruits mûrs et il faut marcher plus de 7 miles pour aller pêcher[R 65]. Les colons cultivent quand même des grandes quantités de manioc, qui sert à fabriquer un sirop épais utilisé pour la cuisine et la lessive, ainsi que pour nourrir les cochons. Les cochons, quant à eux, ne sont tués qu'en cas de visiteurs prestigieux. Le taro, les ananas et les bananes sont aussi cultivés en masse[R 68]. La nourriture ne contient presque jamais de viande, sauf pour Jones et sa famille proche : il s'agit majoritairement de gruau de riz, avec parfois des haricots, des fruits et des légumes[48]. Les nouveaux arrivants à Jonestown sont envoyés deux semaines en travail agricole, quelle que soit leur spécialisation, pour apprendre à respecter tous les travailleurs y compris les moins qualifiés[H 40].

Les habitants ont droit à une douche de deux minutes en extérieur à la fin de leur journée de travail de onze heures ou plus[49]. Ils travaillent de 6 heures 30 à 18 heures tous les jours avec une demi-heure à une heure de pause pour déjeuner. Après le travail, il faut participer à une activité obligatoire : les jeux avec les enfants, un cours de socialisme, une réunion ou encore un film. L'activité termine à 23 heures[H 41]. Les proches des personnes parties à Jonestown reçoivent parfois des lettres, qui demandent presque toujours de l'argent et sont quasi-identiques : toutes font l'éloge de Jones sans mentionner les conditions de vie au campement. Plusieurs jeunes femmes affirment être fiancées avec Larry Schacht, le médecin du Temple : l'objectif est de rassurer leurs parents en montrant qu'elles vont épouser un médecin, une vie acceptable par ces parents hors du Temple[G 21].

Pression psychologique à Jonestown[modifier | modifier le code]

Jones fait diffuser à longueur de journée sur des haut-parleurs ses discours portant désormais uniquement sur le communisme, la persécution du Temple du Peuple ainsi que la perspective d'une apocalypse nucléaire imminente, maintenant alors une atmosphère de peur constante. Lorsque les haut-parleurs sont éteints, il effectue ses sermons en personne pendant des heures à la suite[46].

En août 1977, Jones tire des coups de feu dans la jungle et revient en affirmant avoir échappé de peu à une balle de sniper, réveillant toute la population de la ville. Il rassemble tout le monde pour annoncer que la CIA et les forces paramilitaires guyaniennes sont en chemin vers Jonestown. Il force tout le monde, y compris les enfants, à boire de la limonade de marque Flavor-Aid qu'il affirme avoir mélangée à du cyanure[10],[46]. Pendant six jours, les habitants doivent monter la garde autour du camp pour empêcher des éventuelles forces militaires d'arrêter Jones[50],[R 69]. Sur le camp, l'événement est appelé « siège de six jours »[51]. Jusqu'à cette période, chaque dimanche, les habitants du camp accueillent des amérindiens qu'ils soignent et divertissement gratuitement. Jones se sentant en danger, il cesse cette tradition[G 22].

Il réveille régulièrement les habitants de Jonestown en pleine nuit pour leur annoncer que l'apocalypse est imminente et qu'il faudra un jour se suicider à la gloire de l'idéal communiste, ce qu'il appelle un « suicide révolutionnaire »[31]. Au cours de ces « nuits blanches », les habitants de Jonestown doivent passer plusieurs heures assis sur le sol et ne peuvent pas s'endormir sans être passibles d'une sanction[52]. Au printemps 1978, ces « nuits blanches », qui font partie de la routine du Temple, changent de nature : pour la première fois, tous les habitants de Jonestown doivent boire du jus de fruit que Jones dit empoisonné pendant plusieurs heures[R 70].

Les habitants sont régulièrement forcés à exprimer leurs « gratitudes », dans lesquelles ils doivent dire en quoi ils sont reconnaissants envers Jones, et ce dernier leur projette parfois des films d'horreur nazis pour montrer à ses fidèles que leur situation peut empirer s'ils n'obéissent pas[48]. Jones force ses fidèles à écrire leurs peurs les plus profondes, et réalise ces peurs dans une pièce du pavillon central de Jonestown lorsqu'ils désobéissent aux ordres ou le remettent en cause. Les enfants désobéissants reçoivent des décharges électriques, sont enfermés dans un puits abandonné pendant plusieurs heures, ou encore doivent manger des piments rouges ou les insérer dans leur rectum comme punition[31]. Une punition commune est la « Boîte », une pièce de six pieds sur quatre où des personnes sont enfermées plusieurs jours[53]. Marceline Jones fait des trajets réguliers à San Francisco pour y gérer l'église et n'est pas souvent à Jonestown[R 68], mais quand elle découvre l'existence de la boîte sans pouvoir s'y opposer, elle demande au moins à ce que des infirmières vérifient les signes vitaux des prisonniers toutes les deux heures[R 71]. Le révérend entraîne ses fidèles à passer des fausses interviews où il joue le journaliste, afin de s'assurer que personne ne dira quoi que ce soit de négatif à la presse[54]. Les relations sexuelles sont interdites sans l'approbation explicite de Jones à des heures précises, y compris au sein des couples mariés qui n'ont pas le droit de vivre ensemble[31].

Huit habitants de Jonestown meurent de causes naturelles entre août 1977 et novembre 1978. Sept des morts sont des adultes de 63 à 78 ans, le huitième est un bébé qui ne survit que 18 jours, Marshawn Cobb. Parmi les morts, on compte Lynetta Jones, la mère de Jim Jones, en décembre 1977, Lisa Layton, la mère de la désertrice Debby Layton Blakey, quelques mois après la défection de cette dernière, et Larry Layton, le frère de Debby Layton Blakey[55],[56]. Eugene Chaikin, un ancien avocat du groupe devenu dissident, est enfermé dans l'unité de soins intensifs de Jonestown sous chlorpromazine[57], comme un certain nombre d'autres dissidents[58]. En raison de sa réclusion, il est possible qu'il soit mort avant le massacre du 18 novembre[57].

D'autres personnes droguées à la chlorpromazine sont Barbara Walker, accusée d'avoir attaqué Stephen Walker qui ne répond pas à ses avances, Shanda James, peut-être parce qu'elle a refusé de répondre aux avances sexuelles de Jones, Christine Talley pour la même raison, Vincent Lopez, qui essaie de s'enfuir de Jonestown, Charlie Touchette qui se plaint ouvertement et pourrait devenir dissidente[58].

Une route en terre mène sous une arche dont le panneau indique Welcome to Jonestown.
Entrée de Jonestown.

Très peu de fidèles songent à s'échapper, et ceux qui souhaitent partir sont retenus par la surveillance des autres membres et par l'isolement géographique de la colonie[59]. En effet, les nouveaux arrivants se voient confisquer leur passeport et leurs possessions personnelles, et quand bien même ils pourraient fuir, ils n'auraient rien pour survivre dans la jungle hostile autour du camp[31]. De même, quand quelqu'un part travailler à Georgetown, un de ses proches est retenu sous surveillance à Jonestown pour l'encourager à revenir[H 42]. En novembre 1977, Jones affirme que toute la population du Guyana est prévenue qu'elle doit signaler des éventuelles fuites[60]. Plusieurs enregistrements le montrent mettant en garde la population contre un suicide, affirmant qu'il s'agit d'un gâchis et d'un acte contre-révolutionnaire[50].

Les personnes s'étant enfuies sont majoritairement blanches, avec des ressources sociales et financières qui leur permettent de vivre confortablement en Amérique du Nord : les pauvres Noirs de Californie ne veulent souvent pas retourner dans une Amérique raciste où leur vie était très difficile[16]. Les vieux Noirs sortis du ghetto grâce au Temple, en particulier, bénéficient d'une meilleure vie à Jonestown : en échange de leurs allocations mensuelles de la sécurité sociale, ils sont hébergés et nourris convenablement et ne craignent plus d'être victimes d'un crime. De plus, ils sont dispensés de travailler : ils peuvent contribuer aux projets de la commune ou s'occuper d'un petit jardin, et ont le droit de randonner sur des chemins précis, de regarder des films ou de lire des livres à la bibliothèque[R 72].

Jones met en place un programme de surveillance à grande échelle. Aux États-Unis, les membres de sa garde fouillaient les poubelles et écoutaient les appels téléphoniques des autres fidèles : cette fois, les membres de la secte qui se plaignent sont sujet aux délations puis punis sévèrement en public. Il annonce aussi qu'il enverra des membres du camp se plaindre auprès d'autres pour vérifier la loyauté de chacun[48].

À ce stade, Marceline Jones et les fils du révérend affirment vouloir préparer un coup d'État pour le tuer, mais que le peuple de Jonestown ne les laisserait pas faire ou ne changerait rien à la situation[13]. Jimmy Jones, jusque-là loyal à son père, lui en veut de l'avoir séparé de sa petite amie en l'envoyant sans elle à Georgetown et commence également à s'opposer à lui[G 23]. Les stratégies auxquelles ils réfléchissent consistent à le faire passer pour un martyre, ou au contraire à expliquer qu'il a succombé à ses maladies ; finalement, Lew et Jimmy Jones s'opposent à l'idée, qui est abandonnée. Stephan Jones affirme plus tard avoir accepté de changer d'avis parce que « j'avais l'impression que [les personnes âgées] n'avaient rien d'autre. [Elles] avaient besoin de ce messie, d'un sens à leur vie. »[H 43]. Stephan, en particulier, s'oppose ouvertement à son père, et ses protestations font arrêter plusieurs nuits blanches : lors d'une des premières d'entre elles, il lui ordonne d'arrêter, « parce que tu fais souffrir les gens pour rien »[60]. Le médecin Carlton Goodlett diagnostique à Jim Jones une coccidioïdomycose progressive, lui annonçant qu'il lui reste peu de temps à vivre[H 43]. Il prend des quantités phénoménales de barbituriques, et on en retrouve une dose normalement mortelle dans le sang de son cadavre. Sa voix devient rauque, ses mots s'entrechoquent, et il ne parvient pas toujours à finir ses phrases, sous l'emprise de ses drogues. Parfois, il ne parvient pas à lire ses notes écrites[45]. Le groupe réfléchit à partir à Cuba ou en URSS, mais ne reçoit pas d'encouragements de ces pays[16] : Feodor Timofeyev, l'ambassadeur soviétique à Georgetown, explique à Sharon Amos qu'il a bien transmis l'appel à l'aide du Temple mais qu'il revient à Moscou de décider d'un éventuel déménagement[G 24].

La chute : événements du 18 novembre 1978[modifier | modifier le code]

Une porte et un panneau indiquant les horaires des services du Temple du Peuple de Jim Jones.
Les bureaux du Temple du Peuple à San Francisco en 1978.

Tentative de première enquête[modifier | modifier le code]

Joseph Freitas, procureur de San Francisco, lance une enquête de six semaines le et emploie 5 enquêteurs de la police de San Francisco. Les enquêteurs ont plus de 70 entretiens avec des témoins et anciens membres du Temple du Peuple, mais aucune nouvelle information que ce qui a déjà été publié dans la presse. Les membres de l'église avec qui ils essaient de discuter disparaissent mystérieusement du jour au lendemain[R 73].

Les enquêteurs de la police de San Francisco se tournent alors vers d'autres agences. Ils apprennent que le FBI a choisi de ne pas enquêter, malgré des plaintes d'anciens membres et de proches des fidèles. Une personne du bureau du secrétaire d'État de Californie enquête sur une utilisation illégale d'actes notariés, tandis que le département des douanes fait des recherches sur une possible contrebande d'armes à feu au Guyana. Enfin, la sécurité sociale se renseigne sur une fraude possible[R 74].

Malgré toutes ces pistes, l'enquête de six semaines arrive à son terme sans informations concluantes et est abandonnée. Cette enquête a de nombreuses lacunes : elle se termine avant que les enquêteurs n'aient parlé avec Tim Stoen, haut placé dans la secte, et est ralentie par l'exode à Jonestown et le manque de bonne volonté de certains témoins[R 74].

Le rapport d'enquête indique que « rien dans ce mémorandum ne devrait être lu comme une approbation des pratiques du Temple du Peuple, dont beaucoup sont au moins de mauvais goût et soulèvent nombre de questions morales mais d'ordre non criminel ». Le rapport ne sera rendu public qu'un an plus tard[R 74].

À la suite de cette enquête et alors que le climat à Jonestown devient plus tendu, le Temple du Peuple embauche l'avocat Charles Garry, connu pour ses opinions marxistes et pour avoir défendu le Black Panther Party[R 69].

Constatant que les Concerned Relatives écoutent leurs communications radio, les membres du Temple du Peuple changent de fréquences : or, ils utilisent des fréquences illégales. La Commission fédérale des communications leur envoie un avertissement et des transcriptions de discussions internes témoignent d'une volonté de faire « tout arrêter » au Temple du Peuple, qu'ils comparent plusieurs fois à la scientologie'"`UNIQ--nowiki-00001202-QINU`"'M 9'"`UNIQ--nowiki-00001203-QINU`"'[M 12][M 13][216].

L'affaire John Victor Stoen[modifier | modifier le code]

John Victor Stoen naît le 25 janvier 1972 de Grace et Tim Stoen[61], et Jones l'élève avec sa femme. Il affirme être le père de l'enfant et force les Stoen à renoncer à leur fils : Grace Stoen quitte le Temple du Peuple, renonçant à John Victor, tandis que Tim Stoen reste loyal à Jones[39].

Plusieurs années après le divorce des Stoen, Tim quitte le Temple du Peuple à son tour. En 1976, vivant à Jonestown, il commence à prétexter une charge de travail importante pour passer le plus de temps possible à la capitale du pays. En mars 1976, il demande à son père de lui ouvrir un compte bancaire pour préparer son retour aux États-Unis[H 41]. Le 12 juin 1977, il prend l'avion pour New York et ne revient jamais[H 44].

Bien que divorcés, les Stoen entament une bataille légale pour récupérer leur fils, John-Victor[39]. Le , la cour de Californie donne la garde de l'enfant à Grace Stoen[H 45]. Le , Jim Jones reçoit un mandat d'arrêt : il décide de se suicider, sans parler d'un suicide de groupe, mais change d'avis quand le gouvernement à Georgetown lui assure qu'il n'y aura pas de poursuites au Guyana[H 46]. Une semaine plus tard, les États-Unis envoient une lettre au ministre des affaires du Guyana pour lui demander des nouvelles du mandat d'arrêt. Le 6 octobre, l'avocat guyanien Lionel Luckhoo affirme que le verdict n'est pas valide : le contrat donnant la garde de l'enfant à Joyce Touchette est toujours en vigueur et il faut l'annuler[H 47]. Le , le verdict est confirmé : si Jones revient en Californie sans rendre John Victor, il sera arrêté[R 75].

Jones présente l'enfant au sein du Temple comme un Dieu-enfant, tandis que Stoen s'exprime aux États-Unis contre la secte et les différents abus de son dirigeant, rejoignant une association appelée Concerned Relatives (littéralement, les proches inquiets)[10]. Ce groupe est constitué d'une douzaine de membres, dont le père de Maria Katsaris, l'ex-mari de Sharon Amos et père d'une de ses filles, et Jeannie et Al Mills, un couple de déserteurs qui a adopté un faux nom pour éviter les représailles et monté une association pour accueillir et accompagner les personnes enfuies de sectes[R 76].

Quand les Stoens portent plainte au Guyana, à Georgetown, les inspecteurs guyaniens arrivant sur place sont chassés par des fidèles armés de fusils et de machettes[10]. Le gouvernement guyanien demande l'arrestation de Jones en septembre 1977[8]. Jones commence à craindre que le gouvernement du Guyana ne le livre à la CIA et ne rapatrie la communauté entière, et dans une lettre aux autorités guyaniennes et américaines, il annonce un suicide collectif si l'enquête se poursuit[62].

En février 1978, en l'absence de résultats, Tim Stoen décide de faire appel à la presse. Le , Jim Jones appelle le reporter Tim Reiterman à sept heures du matin et sur sa ligne personnelle pour son droit de réponse, mais il dévie systématiquement des questions posées[R 77]. Lorsque Reiterman demande un enregistrement audio des réponses de Jones, le Temple lui envoie une transcription où manquent des passages entiers qui pourraient être remis en question par une enquête[R 78]. Lorsque Reiterman refuse de publier ces informations, le Temple le menace d'un procès, mais ne passe jamais à l'action[R 79].

Le , les Concerned Relatives publient une lettre envoyée au Congrès des États-Unis. Cette lettre, écrite par une fidèle du Temple du Peuple au Guyana, affirme qu'il « vaut mieux même mourir qu'être harcelés de continent en continent »[H 48]. À la même époque, le procès en appel commence. Le , le juge Audrey Bishop quitte l'affaire après avoir subi des pressions de la part des deux camps opposés : le procès doit reprendre de zéro[H 49].

Le , Jim Jones écrit une lettre au président Jimmy Carter. En cinq pages, il présente un exposé entier sur le fait qu'il est bien le père de John Victor Stoen, racontant comment Tim Stoen l'a supplié de faire l'amour à sa femme Grace[R 80].

Enquête de Leo Ryan et fusillade[modifier | modifier le code]

Photo de face de Leo Ryan
Leo Ryan, le représentant de Californie au Congrès qui enquête sur Jonestown en novembre 1978.

En juin 1978, une ancienne fidèle, Debbie Layton, témoigne de la vie à Jonestown et des simulations de suicide collectif sans être prise au sérieux[62],[31]. L'avocat des Stoen s'appuie sur son témoignage pour convaincre le Département d'État des États-Unis du danger couru par les enfants du Temple, mais la lettre est perdue et le gouvernement ne prend jamais connaissance des propos de Blakey[H 50].

Pendant tout l'été 1978, la mère d'un fidèle écrit à des représentants du gouvernement, dont le représentant californien au congrès des États-Unis Leo Ryan, sans relâche pour dire qu'elle est inquiète pour la vie de son fils. Le fils en question écrit en retour des lettres aux représentants californiens pour leur dire que sa mère s'oppose seulement à son mariage avec une femme noire[R 81].

Tandis que l'ambassade américaine enchaîne les prétextes pour ne pas aller à Jonestown, Kathy Hunter, journaliste de l'Ukiah Daily Journal qui avait rédigé une chronique extrêmement positive sur la secte à son arrivée à Ukiah, décide de s'y rendre d'elle-même. Quand elle arrive à Georgetown, elle découvre que le Temple lui tient rancune d'articles racontant le point de vue des Concerned Relatives Tim Stoen et Steve Katsaris et lui refuse l'entrée à Jonestown. Son visa est mystérieusement annulé, et son hôtel évacué chaque nuit en raison d'une alerte à la bombe dont elle est ouvertement la cible : elle finit par quitter le pays[R 82].

En mai 1978[H 51], le représentant au Congrès Leo Ryan exprime pour la première fois sa volonté de mener une enquête sur place accompagné de quelques journalistes et d'avocats, en partie parce que beaucoup de membres de la secte viennent de sa propre juridiction[63]. Une autre motivation à se rendre à Jonestown vient de la mort de Bob Houston, le fils d'un ami de Leo Ryan membre de la secte. La femme de Houston quitte le Temple du Peuple, et lui-même reste au sein du groupe, enchaînant les journées de travail dans deux emplois différents dont l'intégralité des profits revient à la secte. Il s'endort au travail sur des rails et est écrasé par un train le [G 25]. Une théorie du complot selon laquelle Houston aurait été assassiné après avoir exprimé sa volonté de quitter le Temple du Peuple : en effet, il n'y a aucun témoin, les faits se produisent en dehors de la zone de travail de Houston et ses gants de protection sont restés dans son casier[64]. La rumeur n'est jamais avérée, mais suffit à piquer la curiosité de Ryan[G 25].

Le , il présente son projet de se rendre à Jonestown fin novembre avec un groupe de huit personnes environ qui inclut un médecin, un journaliste et des membres des Concerned Relatives. Ses assistants lui suggèrent d'éviter d'emmener les Concerned Relatives pour une première visite et de les remplacer par un psychologue[H 52]. Le , il demande une autorisation gouvernementale de se rendre à Jonestown en personne[R 83]. En parallèle, les services religieux au Temple du Peuple à San Francisco peinent désormais à rassembler une centaine de personnes, alors qu'ils faisaient salle comble avec plusieurs milliers de fidèles lors de l'âge d'or[R 84].

Le , Tim Stoen, excédé par la lenteur des procédures administratives, annonce sa décision de se rendre à Jonestown lui-même pour y reprendre son fils. Il ajoute son intention d'attaquer le Département d'État pour son manque de réaction au témoignage de Deborah Layton[H 53].

Le , Ryan écrit une lettre à Jones pour le prévenir de son arrivée prochaine à Jonestown[H 54]. La même semaine, Stephan Jones quitte Jonestown avec quelques amis, frères et autres agents de sécurité du Temple pour un tournoi de basketball à Georgetown, où l'équipe de Jonestown doit affronter l'équipe nationale guyanienne[R 85]. L'équipe de basketball est rappelée à Jonestown le , mais Marceline intercède en leur faveur et ils sont autorisés à rester à Georgetown jusqu'à la fin du mois[R 86],[H 55].

Le , Leo Ryan reçoit une lettre signée par plus de 800 fidèles qui s'opposent à sa visite, à celle de la presse et à celle des Concerned Relatives[M 13].

Pendant la session du , deux éléments importants manquent à une réunion de préparation de Leo Ryan. Le premier est le témoignage de Leon Broussard, fraîchement échappé de Jonestown et dont le témoignage corrobore celui de Deborah Layton sur de nombreux points. De plus, le consul Douglas Ellice a visité le camp le . Pendant sa visite, il a observé que Jones ne parvient pas à finir ses phrases et accuse une forte fièvre due à une maladie non identifiée. Il affirme aussi que tous les habitants de Jonestown vont bien et que personne ne veut quitter l'endroit, y compris les proches des Concerned Relatives[R 87],[H 56].

Le groupe part le mais reste coincé 3 jours à l'ambassade des États-Unis au Guyana, bloqué par les autorités et le refus de Jones d'accueillir les visiteurs[9]. Le , le Temple du Peuple publie un communiqué de presse affirmant qu'il est hors de question d'accueillir la délégation de Leo Ryan. Le Temple qualifie la visite de « mise en scène pour créer de la propagande contre la communauté de Jonestown »[H 57]. Le lendemain, Leo Ryan se rend sans prévenir au bureau du Temple du Peuple à Georgetown. Il y rencontre Sharon Amos, qui assure aux enquêteurs, proches et journalistes que la vie est idyllique à Jonestown, tandis que l'ambassadeur lui-même affirme ne pas pouvoir prendre de décision[R 88],[H 57]. Jones et ses avocats, Mark Lane et Charles Garry, font de leur mieux pour empêcher le groupe de venir à Jonestown. Quand Ryan annonce qu'il prendra l'avion pour Port Kaituma l'après-midi même et qu'il tentera d'entrer dans Jonestown avec ou sans permission, Lane et Garry poussent Jones à attendre[65]. Le voyage est cependant écourté et ne doit durer qu'une journée[R 89].

Le groupe peut enfin faire le voyage le et est reçu par un policier armé qui les tient en joue pendant près d'une heure, à l'exception de Ryan et de son personnel rapproché qui sont immédiatement accueillis par les avocats de la secte et emmenés à la colonie[66]. Quatre Concerned Relatives sont autorisés à se rendre à Jonestown : deux Noirs et deux Blancs, dont Jim Cobb, fils d'une famille influente de la secte et membre des « Huit révolutionnaires » plusieurs années plus tôt, et Anthony Katsaris, frère d'une membre éminente du Temple du Peuple[H 58]. Enfin, tous peuvent faire le voyage ensemble, à l'exception d'un journaliste dont Jones ne veut pas la visite en raison d'un ancien reportage à charge[66]. Jones et son équipe exposent les projets de la secte et leur font faire une visite de la ville[67],[68], invitant le chœur de Jonestown à chanter et organisant un dîner[10] Tim Reiterman demande à Jones pourquoi il ne veut pas emmener John Victor Stoen aux États-Unis pour le procès, ce à quoi Jones répond « Je ne pourrais pas tuer un enfant. (...) Il a dit qu'il se suiciderait s'il devait retourner avec sa mère[R 90]. »

Jim Jones autorise la commission d'enquête à parler librement avec les habitants[10]. À un moment, un groupe de journalistes mené par Charles Krause insiste pour visiter un bâtiment dont on veut leur interdire l'accès[69], et il s'agit d'un dortoir surpeuplé de vieilles femmes[16]. Don Harris, reporter pour NBC, reçoit une note qui dit « Aidez-nous à sortir de Jonestown », signée par Vern Gosney et Monica Bagsby[H 58]. Leo Ryan confronte Jones à ce sujet, sans obtenir de réponse[70]. Don Harris interviewe Jones pendant 45 minutes en le critiquant ouvertement au sujet des armes, des sévices corporels et de l'usage abusif de calmants[16]. Un homme demande à quitter Jonestown avec ses deux enfants, mais sa femme refuse de partir : voyant qu'il ne peut pas la convaincre, il choisit finalement de rester sur place[R 91]. Jim Jones essaie de retenir la famille Parks, membre de la secte depuis l'époque d'Indianapolis. Il leur propose de prendre en charge leur départ et leur retour aux États-Unis à condition qu'ils restent quelques jours de plus, afin que leur départ ne soit pas associé à la visite de la délégation. La famille refuse l'arrangement[H 59].

Ryan affirme tout de même qu'il ne voit aucun problème à laisser Jonestown continuer son activité, même s'il leur recommande de s'ouvrir au monde extérieur et qu'il compte rapatrier les personnes l'ayant demandé[16]. Il ajoute, pour rassurer Jones : « Il pourrait y avoir 200 personnes qui demandent à partir, que je serais quand même impressionné par cet endroit.[H 60] » Le fidèle Don Sly, qui a entendu que des gens veulent partir[8], attaque alors Ryan au couteau, mais est arrêtée par l'avocat de la secte, Mark Lane, et Ryan en sort indemne[10],[69],[70]. Jones, témoin de la scène, n'a pas bougé[R 92] : lorsque Ryan se relève, il ne pose qu'une question, « est-ce que ça change tout ? », à laquelle Ryan répond « ça ne change pas tout, mais ça change certaines choses ». Tim Carter, un fidèle, témoigne plus tard qu'il est convaincu que Sly a reçu l'ordre de tuer Ryan de la part de Jones[G 26].

À la fin de la journée, Leo Ryan, les journalistes, les avocats et seize adeptes qui souhaitent retourner aux États-Unis quittent Jonestown pour rejoindre l'aéroport de Port-Kaituma[10]. Les personnes ayant choisi de partir sont essentiellement des membres des familles Parks et Bogue, deux familles qui ont rejoint la secte dans ses premières heures en Indiana[16]. Au début, Jones refuse de les laisser partir, disant qu'ils suivront les journalistes quelques jours plus tard : à force de négociations de Ryan, ils peuvent partir tous ensemble[69]. Leo Ryan est en réalité étonné de voir aussi peu de départs : il affirme qu'il s'attendait à près d'une centaine de défections plutôt que seulement quinze, ce qu'il considère come un bon point pour le Temple[G 27] : il relativise les estimations inquiètes des opposants au Temple. Jones, de son côté, voit les quinze départs comme une catastrophe : onze autres personnes ont fui le camp le matin même et ces vingt-six départs sont vécus comme une trahison[G 27]. Larry Layton, un fidèle de Jones, accompagne le convoi en feignant de vouloir lui aussi quitter le camp. Le premier plan implique qu'il doit détourner l'avion et le faire s'écraser en tuant tout le monde à bord, mais ce plan tombe à l'eau quand il découvre qu'il y a deux avions[70]. Deux journalistes surveillent Layton, avertis qu'il pourrait être infiltré. En tout, on compte 33 personnes à l'aéroport[G 28].

Arrivé à l'aéroport, Larry Layton sort une arme à feu dissimulée et tire dans l'avion à moitié plein, tandis qu'une demi-douzaine de gardes de Jonestown, arrivés à bord d'un tracteur, sortent des armes à feu et tuent Ryan, un déserteur et trois journalistes[16],[H 61]. Les autres, blessés pour certains d'entre eux, parviennent à fuir en avion. Un des avions touché par les tirs ne peut plus voler, le moteur détruit et les pneus crevés[G 28]. Le deuxième part à vide, laissant les survivants, y compris les blessés graves, dans la jungle[R 93]. Au total, quatre membres du groupe meurent et douze sont blessés[71]. Larry Layton est immédiatement arrêté par quelques Guyaniens présents à l'aérodrome[R 94], qui affirment avoir été prévenus par le Temple que les journalistes étaient des membres de la CIA lourdement armés[R 95]. Les secours ne pouvant pas atterrir de nuit, ils arrivent le lendemain à Port Kaituma[G 29].

Le suicide collectif de Jonestown[modifier | modifier le code]

Bouteille transparente remplie de Kool-Aid sombre.
Une bouteille de Kool Aid ; le poison utilisé par les habitants de Jonestown est mélangé, contrairement à la croyance populaire, à une contrefaçon britannique nommée Flavour-Aide ou Flavor-Aid.

Le , les fidèles à Georgetown, incluant Sharon Amos et Stephan Jones, reçoivent l'ordre de « venger le Temple » après la défection des familles le jour même[R 96]. Perplexes, Stephan Jones et deux de ses camarades décident de se rendre à l'hôtel où logent les Concerned Relatives pour savoir s'ils en savent plus sur la situation[R 97].

Jones se rend compte qu'il n'échappera pas à une enquête plus approfondie, et craint que les déserteurs ne racontent les conditions de vie du camp aux autorités. Il lance son plan de suicide collectif[72], dit « suicide révolutionnaire »[31], avec de la limonade mélangée à du cyanure de potassium. Les enfants ainsi que les adeptes réticents sont forcés à prendre eux aussi le mélange de cyanure et de limonade de marque Flavor-Aid[72]. Ce mélange inclut aussi de grandes quantités de médicaments, en particulier du Valium, du Penegram et de l'hydrate de chloral[H 62]. Les enfants sont les premiers empoisonnés, par leurs propres parents. Ils ne sont pas forcément aussi loyaux que leurs parents, il s'agit d'un test pour les parents eux-mêmes et surtout, ces derniers perdent toute raison de vivre après avoir tué leur enfant, ce qui les rend à leur tour dociles[73]. C'est ensuite au tour des mères des enfants[69]. Pendant l'empoisonnement, il effectue un dernier discours qui reprend uniquement des éléments de discours précédents, sans nouveauté propre à la situation. Une fidèle noire d'une soixantaine d'années, Christine Miller, s'oppose au suicide publiquement et essaie d'argumenter pour la survie du groupe en partant à Cuba ou en URSS, puis pour au moins épargner les enfants : ses six arguments sont écartés par Jones ou par d'autres fidèles, et elle finit par céder[8]. Mark Lane, présent pendant le massacre, affirme cependant que « l'écrasante majorité des gens hurlait Non »[69]. Marceline Jones elle-même se rebelle contre son mari, criant entre autres « Tu ne peux pas faire ça ! » devant les fidèles[G 30]. Lane et Garry, les avocats du Temple du Peuple, ont négocié pour « raconter la vraie histoire du Temple du Peuple » et le réhabiliter auprès du public après le suicide : des gardes armés leur fraient un chemin pour s'enfuir du camp à cette condition[R 98].

Il est possible que les fidèles n'aient pas compris qu'il ne s'agissait pas d'un exercice, contrairement à l'habitude, jusqu'à ce que les enfants et les personnes âgées ne commencent à agoniser[73]. Il est également possible que les membres du Temple du Peuple aient été légèrement drogués au repas quelques heures plus tôt[G 31]. La panique commence à se généraliser seulement une fois que les enfants commencent à pleurer et à crier sous l'effet du cyanure. Un témoin indique aussi avoir vu des personnes traînées de force et des enfants qui ont recraché la potion et qu'on force à boire à nouveau, cette fois en leur fermant la bouche[74]. L'examen des corps ne montre pas de signe de lutte[75], mais un nombre inconnu et non négligeable de victimes a subi une injection létale dans le dos[31],[16]. On retrouve aussi des traces de coupures sur les omoplates d'un certain nombre de cadavres, qui pourraient marquer une contrainte physique lors de l'événement[8]. La police guyanienne estime que beaucoup de personnes ont reçu une injection ou ont été forcées à boire le poison[74].

Un portrait en noir et blanc de Sharon Amos.
Sharon Amos, seule morte adulte à Georgestown et responsable de la mort de ses trois enfants.

À Georgestown, Sharon Amos, qui a entendu les ordres de Jones, appelle l'église de San Francisco pour la prévenir du suicide collectif, mais l'antenne américaine ayant l'habitude de ce genre de messages, elle décide d'attendre un peu pour être certaine des ordres[R 99]. Amos égorge finalement ses trois enfants avant de se suicider elle-même[16]. Il est probable qu'elle ait tué ses enfants pour qu'ils ne soient pas mis sous la garde de leur père, resté aux États-Unis et opposé au Temple du Peuple[H 63]. Lee Ingram, membre de l'équipe de basket à Georgetown, appelle la congrégation de San Francisco et leur ordonne plusieurs fois pendant la nuit de ne rien faire tant qu'il n'en donnera pas lui-même l'ordre[R 100]. Les deux frères de Stephan Jones également dans l'équipe, Tim et Jimmy Jones, suivent son exemple et tentent même de se rendre à Jonestown pour interrompre les suicides[16]. Stephan Jones appelle le bureau de San Francisco toutes les demi-heures pendant cette nuit pour leur dire de ne pas suivre les consignes de Jonestown : il est très probablement responsable de la survie des fidèles restés sur le sol américain[G 32].

Lorsque les autorités, alertées par les survivants, arrivent à Jonestown, elles découvrent un sol jonché de gobelets en plastique et les cadavres de 909 membres du Temple du Peuple dont ceux de Jim Jones et de sa famille[68] et ceux de 304 enfants et adolescents[9]. La dernière personne à être morte ce soir-là est probablement l'infirmière Annie Moore, tuée d'une balle après avoir écrit une lettre qui se termine par « we died because you would not let us live in peace » (« nous sommes morts parce que vous ne nous avez pas laissé vivre en paix »)[16]. Une vingtaine de survivants réapparaissent, dont certains ont été désignés pour rester en vie, ainsi que quelques dizaines qui se trouvent à l'antenne du groupe de Georgetown, soit un total de 87 personnes : en dehors de Sharon Amos, personne n'a obtempéré aux ordres de suicide de Jones[55]. Un habitant de Jonestown qui a tenté de fuir la ville avec neuf autres personnes quelques heures avant le massacre revient sur les lieux quelques jours plus tard[31]. Plusieurs membres du service de sécurité armé de Jones survivent : ils ont dû forcer les autres à boire le poison, mais ne l'ont pas eux-mêmes bu une fois les autres tués[76].

Les survivants incluent aussi deux cas fortuits. Le premier est celui d'un vieil homme malentendant, Grover Davis, qui ne se rend compte de ce qu'il se passe qu'en voyant les enfants empoisonnés et se cache dans un puits jusqu'au lendemain matin. Une vieille femme, Hyacinth Thrash, se rebelle contre Jim Jones et refuse d'aller à l'appel, retournant se coucher : elle se réveille alors qu'un garde armé hurle à une autre femme de sortir de son dortoir pour boire le breuvage et se cache sous son lit[11],[74].

Pendant la nuit du massacre, quelques heures après les derniers morts au sein de la population, Jim Jones enregistre une dernière cassette, numérotée Q 875 par le FBI. Il y enregistre différentes dépêches radio sur la fusillade de Ryan à l'aéroport. En fond, plusieurs personnes s'expriment, incluant la nounou Maria Katsaris, montrant que ce dernier groupe est mort après le reste de la population[74]. Il est possible que Jim Jones ait voulu échapper à la mort : il a prévu de mourir le dernier, après tous les habitants de Jonestown, et au moins un garde armé survivant avait la possibilité de l'emmener à l'aéroport de Port Kaituma et de l'évacuer. Il ne s'agit cependant que d'une théorie[R 101]. Jones a été tué d'une balle dans la tempe : l'arme à feu se trouve à plusieurs mètres de lui, et on ne sait pas qui a tiré[R 102],[H 64].

Découverte des corps[modifier | modifier le code]

Un homme du camp, Oddell Rhodes, parvient à s'échapper pendant l'empoisonnement, et il arrive à Port Kaituma à minuit. Il téléphone alors à la police de Georgetown, qui communique les morts aux autorités nationales. Elles-mêmes en informent l'ambassade américaine. À h 29 le , la Maison-Blanche reçoit un télégramme : « CIA NOIWON reports mass suicides in Jonestown » (« La section NOIWON de la CIA rapporte un suicide de masse à Jonestown »)[M 14].

Un contingent de 120 militaires guyaniens arrive le à Jonestown. Prévenus de la fusillade de l'aéroport, ils se préparent à combattre les habitants dans un épais brouillard, mais ne trouvent que plusieurs centaines de cadavres[G 33]. Larry Layton est arrêté à l'aérodrome de Port Kaituma. Michael et Tim Carter ainsi que Mike Prokes sont emprisonnés avant d'arriver à l'ambassade soviétique, vers laquelle ils se dirigent avec les économies du Temple[H 63].

Le premier rapport de l'armée guyanienne annonce « au moins 383 cadavres, dont ceux de Jones, de sa femme et d'un de ses enfants », puis au fil des informations, le chiffre finit par atteindre 914 corps[43]. En tout, il s'agit de la plus grande perte de vies civiles américaines en un seul événement jusqu'au [77]. Beaucoup de photos publiées par la presse montrent des corps regroupés par familles, se tenant parfois par la main ou les épaules, les enfants parfois dans les bras des adultes. Cependant, il est possible que les corps aient été réarrangés après les morts, ou que des journalistes aient choisi de prendre des photos de ces quelques cas plutôt que de la majorité[78].

Seulement 7 autopsies sont conduites. Le gouvernement demande l'autopsie de Jim Jones, des familles demandent celle de Larry Schacht, Maria Katsaris, Carolyn Layton et Annie Moore, et deux corps sont sélectionnés au hasard pour une autopsie, ceux de Richard Castillo et de Violet Dillard[M 15]. Les cendres de Jones sont dispersées dans l'Atlantique au printemps 1979[H 65]. La vaste majorité des familles ne demandent pas à rapatrier ou à faire autopsier les corps des victimes, pour plusieurs raisons. La première est que les membres de la secte ont dû briser tous liens avec leurs proches, la deuxième que le Guyana est un lieu pauvre et loin des États-Unis, ce qui rend tout renvoi fastidieux et très cher, et qu'il n'y a pas l'obligation fédérale de pratiquer une autopsie comme en Amérique du Nord. Un certain nombre de médecins légistes propose des autopsies bénévoles, des propositions qui ne reçoivent aucun écho du gouvernement même après le rapatriement des corps dans le Delaware par l'armée. Sur les autopsies effectivement conduites, les victimes sont décédées depuis longtemps et les résultats ne sont pas toujours exploitables : avec le temps et la putréfaction des corps, beaucoup d'indices disparaissent[79]. Tous les autres cadavres ont été embaumés avant d'être transportés, ce qui rend leur autopsie impossible. L'absence d'autopsie est très décriée, en particulier parce que l'année précédente, 300 corps ont été autopsiés dans le cadre d'un accident d'avion : deux raisons mentionnées par des médecins légistes sont le fait que les victimes sont majoritairement Noires et l'idée que des morts dans le cadre d'une secte ont eu « ce qu'ils cherchaient ». Une troisième raison est l'inefficacité de l'appareil bureaucratique internationaal : par exemple, les échantillons prélevés par le gouvernement guyanien sont perdus par l'ambassade américaine[M 16].

Marceline Jones et son fils Lew sont enterrés au cimetière d'Earlham à Richmond, en l'absence de Stephan et Jimmy, qui sont enfermés au Guyana, et de Suzanne, depuis longtemps séparée de sa famille. Jim Jones est incinéré et ses cendres dispersées dans l'océan Atlantique[G 34].

Après le 18 novembre 1978[modifier | modifier le code]

Le Temple du Peuple et ses membres[modifier | modifier le code]

En décembre 1978, le Temple du Peuple perd son statut d'organisation à but non lucratif, et le public découvre les millions de dollars stockés dans des comptes en banque tout autour du monde, et en particulier au Guyana et au Panama. La vente des biens et la saisie des fonds de l'église servent à financer, entre autres, le rapatriement des corps par l'armée américaine et les dommages et intérêts corporels de Jackie Speier, touchée de cinq balles pendant l'embuscade de Port Kaituma et qui a gardé deux balles dans le corps[80]. Il faut cinq ans pour entièrement redistribuer les 10 millions de dollars du Temple[H 66].

En mars 1979, le responsable des relations publiques du Temple du Peuple, Mike Prokes, organise une conférence de presse où il annonce « je ne peux pas me désolidariser des personnes qui sont mortes, et je ne le veux pas. Ils n'étaient pas des fanatiques manipulés ou sectaires ; le Temple n'était pas une secte ». Il se tue quelques minutes plus tard d'une balle dans la tête, sans terminer l'ouvrage qu'il a décidé de rédiger pour défendre le Temple du Peuple après le massacre[M 17]. Plusieurs autres membres de la secte, dont Stephan Jones et Debbie Touchette, différencient Jim Jones des projets de Jonestown et du Temple du Peuple, qu'ils continuent à trouver positifs[H 67].

En 1983, Laurence Mann, l'ambassadeur des États-Unis en Guyane, tue Paula Adams, ancienne membre du Temple du Peuple, puis son fils, avant de se suicider. La même année, Richard Cordell, dont la femme et les quatre enfants sont morts à Jonestown, se suicide. L'année suivante, Tyrone Mitchell, dont les parents et les quatre soeurs sont morts à Jonestown, tente une tuerie en milieu scolaire, assassinant une petite fille et blessant treize autres enfants avant de se suicider[M 17].

Elmer et Deanna Myrtle, aussi connus sous le nom d'Al et Jeannie Mills et déserteurs très engagés pour la lutte contre le Temple du Peuple, sont assassinés à leur domicile en 1980. L'enquête conclut à un crime sans rapport avec la secte[R 103]. Grace Stoen ouvre son domicile aux survivants pour les héberger et les aider à se réacclimater à la vie américaine[R 104].

La dernière personne à quitter le Guyana est Chuck Beikman, qui revient en Indiana en 1983 après avoir effectué une peine de 5 ans de prison pour complicité de la mort de Sharon Amos et de ses trois enfants[81]. Larry Layton passe deux ans dans une prison guyanienne avant son procès, puis est acquitté : il a tiré sur plusieurs personnes à l'aéroport, mais toutes ses victimes ont survécu[G 34]. Il rentre aux États-Unis, où il fait face à deux autres procès : il est acquitté lors du premier, mais est condamné à perpétuité pour le deuxième[82]. Il est libéré en 2002, dix-huit ans après son incarcération, après six ans de campagne pour sa libération de la part de ses proches et de certaines de ses victimes de la fusillade de Port Kaituma[83].

Les anciens membres du Temple du Peuple ayant vécu à Ukiah, San Francisco ou Los Angeles sont interrogés par le FBI et la police. Les survivants de Jonestown sont eux aussi interrogés par le FBI avant de pouvoir rentrer chez eux. Quelques membres du Temple restent au Guyana jusqu'en mai 1979 pour gérer des aspects administratifs, puis retournent aux États-Unis[81].

Les personnes qui ont survécu au Guyana ne trouvent que difficilement un travail : elles sont victimes de harcèlement et régulièrement qualifiées de meurtrières. Certaines juridictions de Californie refusent l'enterrement des victimes, dont les corps sont envoyés à l'Evergreen Cemetary d'Oakland[84]. Beaucoup d'anciens membres de la secte choisissent de vivre ensemble pendant plusieurs mois afin de se réacclimater au monde contemporain[81]. Il faut une quinzaine d'années pour que la plupart d'entre eux acceptent de collaborer avec les chercheurs et les journalistes[84].

Plaque commémorative au « Evergreen Cemetery » d'Oakland, en Californie.

La fille de Leo Ryan, Patricia Ryan, devient présidente du Cult Awareness Network[84].

Le 29 mai 2011, une plaque est érigée au cimetière d'Oakland, où près de la moitié des corps sont enterrés dans une fosse commune[85],[84]. 20 000 dollar (soit environ 14 762 euro*) ont été levés en trois mois par le Jonestown Memorial Fund pour financer ces travaux l'année précédente : les principaux responsables dde la levée de fonds sont James Jones Jr., John Cobb et Fielding McGehee, le mari de la soeur de Carolyn Layton et Annie Moore[M 18]. La plaque liste le nom de 918 morts, sans distinction entre Jim Jones, ceux qui ont suivi ses ordres, et ceux qui les ont subis. Cette plaque devient un sujet de polémique en raison de l'absence de discrimination entre bourreaux et victimes[86]. Certains survivants se réunissent chaque année au cimetière Evergreen le 18 novembre et pour le week-end du 4 juillet[81].

Réactions au massacre[modifier | modifier le code]

En décembre 1978, un tribunal guyanien décide de rechercher des coupables. Un médecin guyanien estime que 700 personnes ont pris le poison contre leur gré, soit environ 200 véritables suicides. Le jury établit d'abord qu'il s'agit d'un suicide de masse, puis change son verdict pour décider que toutes les victimes de Jonestown ont été assassinées, à l'exception d'Annie Moore, de Maria Katsaris et de Don Sly, dont les écrits mentionnent bien leur suicide[M 15].

En février 1979, 98 % des Américains disent avoir entendu parler du massacre de Jonestown. Il s'agit d'un des pourcentages les plus élevés de l'histoire de l'institut de sondage Gallup'"`UNIQ--nowiki-000013D9-QINU`"'H 68'"`UNIQ--nowiki-000013DA-QINU`"'[H 69][H 70][314][300][296][288][281][279][278][276][272][272][272][272][272][268][268][267][267].

Le gouvernement du Guyana tient à se défaire de toute suspicion et estime être une cible facile pour le gouvernement et le grand public américains. Leur défense est simple : Rosalynn Carter et Walter Mondale ont témoigné en faveur du Temple du Peuple et ils n'avaient aucune raison de se méfier d'une entité aussi appréciée des pouvoirs publics américains. Un communiqué de presse affirme : « Les acteurs étaient Américains, le scénario était Américain. Le Guyana était la scène, le monde était le public ». Le gouvernement affirme avoir beaucoup souffert des manipulations de Jones et du Temple du Peuple[G 35].

Aux États-Unis, ce n'est pas la société qui est remise en cause, mais plutôt les acteurs individuels de l'histoire du Temple du Peuple et surtout Jim Jones. Les socialistes condamnent Jones et ajoutent que son identité de pasteur dépasse celle de militant. Les Chrétiens, en retour, avancent qu'il a souvent blasphémé et que le socialisme l'emporte donc dans la faute. Pour les porte-paroles de la communauté noire, qui constitue la majorité de la secte, Jim Jones est un charlatan qui s'est fait passer pour anti-raciste mais a conduit des centaines de Noirs à la mort[H 69]. Il est notable que le socialisme étant un sujet tabou à l'époque aux États-Unis, Jim Jones a su s'appuyer sur la caution religieuse pour attirer de nouveaux fidèles[H 70] : dans ses premières années, il affirme même que « le socialisme apostolique est notre seul espoir contre le communisme » et vote ouvertement pour Richard Nixon[H 71].

Les réponses religieuses les plus communes utilisent l'événement pour rappeler que la Bible dit de se méfier des faux prophètes[M 19]. Le président de l'American Lutheran Church écrit que « comme tous les faux Christ, Jones exigeait une confiance et une allégeance absolues ». L'Osservatore Romano écrit que les morts de Jonestown sont « la manifestation d'un pseudo-mysticisme qui trahit la cause du Christ »[M 19]. Les Disciples du Christ évoquent la possibilité de créer un processus de renvoi d'une église qui relève de leur dénomination, mais ne le mettent finalement jamais en place, le remplaçant par une sélection plus stricte à l'entrée[M 20]. Les pasteurs Afro-Américains sont les plus virulents dans leur critique de Jonestown, plusieurs associations chrétiennes noires travaillant à une stratégie de réponse commune. Lors de la Consultation on the Implications of Jonestown for the Black Church and the Nation (« Consultation sur les implications de Jonestown pour l'église Noire et la nation »), en février 1979 à San Francisco, les pasteurs s'expriment sur une tragédie « perpétrée sur les masses Noires par des dirigeants Blancs sans scrupules ni principes ». Ils ajoutent que « en aucun cas ne considérons-nous le Temple du Peuple comme une « Église Noire » »[M 19]. Vingt-cinq ans plus tard, certains pasteurs noirs reviennent sur les faits avec plus de recul, estimant que la faute incombe en partie aux églises noires qui n'ont pas su apporter les œuvres concrètes du Temple du Peuple, qui changeaient réellement la vie de leurs fidèles[M 20].

D'autres encore cherchent une explication aux événements dans la nature de la société américaine. Shiva Naipaul (en) affirme que les membres du Temple du Peuple ont cherché un cadre dans un contexte de révolution sociale et sexuelle qui leur faisait perdre leurs repères[H 69]. Il s'agit d'un point de vue répandu, s'appuyant sur la société rapidement changeante des années 1960 en Californie. La thèse est surnommée Only in California (« Seulement en Californie ») par un chercheur[M 21].

L'agence de presse soviétique TASS dénonce les « millions de victimes d'une société inhumaine »[H 69]. Au Japon, les journaux laissent entendre que les populations noires et les populations pauvres se sont tournées vers le Temple du Peuple pour compenser le ressentiment de ne pas avoir réalisé le rêve américain[H 69].

Il est possible que le peu d'attention porté à la maltraitance des membres du Temple du Peuple vienne du fait qu'ils soient noirs, en particulier à Indianapolis où la ségrégation reste très récente. L'historienne Eunice Trotter affirme que l'affaire a été peu suivie jusqu'au massacre et que les enquêtes ont été peu fouillées en raison de la démographie des victimes[11].

Hommages et postérité[modifier | modifier le code]

Tourisme noir au Guyana[modifier | modifier le code]

L'armée guyanienne s'entraîne régulièrement à Jonestown dans les années qui suivent le massacre[87]. Au début des années 1980, le gouvernement prévoit d'y héberger près de 10 000 réfugiés hmong qui se sont battus aux côtés des Américains pendant la guerre du Vietnam. Le Venezuela, dont la frontière frôle Jonestown, exige l'abandon du plan, pendant que le Parti progressiste du peuple suggère que le gouvernement en place pourrait vouloir utiliser une milice hmong pour mater une révolte populaire. Le gouvernement finit par abandonner son projet[88],[89].

En 2009, Indranauth Haralsingh, directeur de l'autorité touristique guyanienne, pose une plaque sur le site. La plaque indique être placée « en souvenir des victimes de la tragédie de Jonestown, 18 novembre 1978, Jonestown, Guyana. »[90]. En 2015, Jonestown est presque entièrement recouverte par la jungle, et difficile d'accès : il n'y a pas de routes menant de Georgetown au campement et les vols commerciaux sont très peu nombreux[91].

La région de Jonestown se transforme en zone économique relativement active en raison du tourisme noir, même en l'absence d'un site touristique. Le premier ministre guyanien Samuel Hinds affirme pouvoir considérer une proposition d'investissement dans le tourisme[90].

Témoignages et documentaires[modifier | modifier le code]

Dans les quatre années qui suivent le massacre de Jonestown, on compte un fim, un docudrame et seize livres populaires publiés sur le sujet[H 72].

Fin 1978, deux journalistes blessés à l'attentat de novembre 1978 publient chacun un livre sur le Temple du Peuple et le massacre de Guyana. Il s'agit de Charles Krause qui publie Guyana Massacre et Ron Javers qui publie The Suicide Cult. Krause, qui ignore tout du Temple du Peuple jusqu'à son voyage, décrit son observation de Jonestown et l'attaque sur l'aérodrome, ainsi que son retour sur les lieux du massacre le . Il inclut des documents comme un témoignage d'une transfuge alertant les autorités ou un adjoint du secrétaire d'État à la Justice justifiant la passivité américaine[92]. Javers travaille avec Marshall Kilduff, déjà expert du Temple du Peuple et auteur de l'article Inside Peoples' Temple publié en août 1977 et à la source du déménagement de la secte au Guyana. Kilduff n'est pas le bienvenu au Guyana et reste sur place, tandis que Javers est envoyé à sa place[93].

En 1979, Mel White écrit un livre intitulé Deceived! The Jonestown Tragedy, puis réalise un documentaire au même titre. Le documentaire interviewe plusieurs survivants de la secte et prend le parti d'une interprétation chrétienne des faits[94].

En 1998, la défectrice Debbie Layton publie son autobiographie, Seductive Poison[95].

En 2006, Stanley Nelson réalise un documentaire intitulé Jonestown: The life and death of Peoples Temple[96]. Le documentaire reçoit un accueil critique favorable avec un score Metacritic de 79 %[97]. Le film reprend des extraits exclusifs du reportage tourné le matin du 18 novembre 1978 à Jonestown, juste avant la mort de Leo Ryan[98]. La même année, le documentaire The Final Report sort, mais obtient beaucoup moins de visibilité[99].

En 2007, un docudrame canadien intitulé Jonestown: Paradise Lost retrace l'histoire de la secte. Il est racheté et diffusé sur The History Channel[100].

Dans la culture populaire[modifier | modifier le code]

Le groupe The Brian Jonestown Massacre sur scène.
Le groupe The Brian Jonestown Massacre tire une partie de son nom des événements du 18 novembre 1978.

En 1979, René Cardona Jr. réalise le film La Secte de l'enfer, un film d'exploitation d'horreur fidèle aux événements de Jonestown[101]. En 1980, Umberto Lenzi réalise le film d'horreur La Secte des cannibales qui s'inspire lourdement du Temple du Peuple[102]. En 1980, William A. Graham réalise un téléfilm intitulé Guyana Tragedy: The Story of Jim Jones et qui retrace l'histoire de la secte et de son gourou. Le film ne se veut pas documentaire : il est un reflet fidèle de ce qu'on connaît de l'histoire du Temple du Peuple, mais est joué par des acteurs[103].

En 1984, le groupe de heavy metal Manowar compose une chanson sur cet événement sur leur album Sign of the Hammer (Guyana, Cult of the damned)[104].

En 1990, les Brian Jonestown Massacre, groupe de rock psychédélique, s'inspirent du suicide collectif pour une partie du nom de leur groupe[105].

En 1996, dans le troisième épisode des Chroniques de San Francisco d'Armistead Maupin (en anglais, Tales of the City, 1982), deux personnages et leurs enfants échappent au suicide collectif organisé par Jim Jones[106].

En 2005 le livre de Henning Mankell Avant le gel part du massacre de 1978, et raconte l'histoire d'un unique survivant qui commet une série de meurtres en Suède[107].

En 2013 paraît The Sacrament, un film d'horreur inspiré du suicide collectif de la secte[108]. En 2015, c'est au tour du film Colonia de s'inspirer de l'histoire et du campement de Jonestown[109].

En 2017, dans le dessin animé Camp Camp, l'épisode 1 de la saison 2 intitulé Cult Camp fait plusieurs fois allusion au massacre de Jonestown. Deux personnages évoquent ouvertement Jonestown, et l'antagoniste de l'épisode a pour objectif de faire boire un jus de fruit empoisonné aux enfants de la colonie de vacances[110]. La même année, le groupe de heavy metal Accept compose une chanson intitulée Koolaid, en référence à une marque de boisson utilisée pour le suicide collectif, sur l'album The Rise of Chaos[111]. Toujours en 2017, le jeu vidéo d'horreur Outlast 2, développé et édité par Red Barrels, s'inspire en partie du Temple du Peuple[112].

En 2018, le rappeur américain Post Malone produit l'album Beerbongs & Bentleys et en nomme l'interlude Jonestown, en référence au massacre de Jonestown[113].

Conséquences sur les nouveaux mouvements religieux[modifier | modifier le code]

Le Temple du Peuple est régulièrement comparé, dans les années qui suivent, à d'autres nouveaux mouvements religieux. Par exemple, des articles académiques établissent une comparaison avec les Sabbatéens, l'Église de l'Unification, les davidiens ou encore l'ordre du Temple solaire[114],[115]. Cette dernière comparaison permet un point de vue européen sur l'affaire, l'ordre du temple solaire ayant gagné en notoriété après des suicides de masse en Suisse et en France[114].

Le 30 novembre 1978, le président américain Jimmy Carter annonce qu'il n'y a pas lieu de mener l'enquête sur certains groupes religieux ou établir des lois qui les visent tant qu'ils ne violent pas la loi fédérale, et ce même s'ils ont un comportement qui sort de la norme sociale[116]. Cette volonté de ne pas stigmatiser un nouveau mouvement religieux s'explique par la différence ténue entre une secte « inoffensive » et une secte dangereuse comme celle de Jim Jones[117].

Pour la chercheuse Rebecca Moore, qui est aussi la sœur d'Annie Moore et de Carolyn Layton, le Temple du Peuple n'est pas une secte classique. Elle se veut d'abord chrétienne et est reconnue par une dénomination traditionnelle. Ses membres sont de classe sociale relativement basse, très majoritairement noirs[M 22], ils s'engagent socialement comme la plupart des églises noires urbaines de l'époque : ces comportements ne sont pas ceux d'une secte classique[M 23].

Sujet d'étude académique[modifier | modifier le code]

En 1986, Eileen Barker publie un article intitulé Religious Movements: Cult and Anticult Since Jonestown. dans l'Annual Review of Sociology[118]. La même année, Sture Ahlberg publie Messianic Movements: A Comparative Analysis of the Sabbatians, the People’s Temple and the Unification Church. en Suède[115]. En Italie, Massimo Introvigne publie en 1995 une comparaison entre Jonestown, le siège de Waco et l'Ordre du Temple Solaire[114].

En 1988, dans le Journal of the American Academy of Religion, David Chidester publie un article sur les rituels d'exclusion et les morts de Jonestown[119]. John Hall étudie plusieurs aspects de Jonestown, entre autres la guerre psychologique, la mobilisation des ressources pour cette guerre ou encore la place de Jonestown dans l'imaginaire collectif[120]. Les chercheurs Rebecca Moore et Fielding McGeehee publient également plusieurs analyses sur le Temple du Peuple[121].

Au-delà de l'étude des sectes, le massacre de Jonestown est étudié dans sa dimension médiatique. Par exemple, James Cesbro et David McMahan étudient la construction médiatique du suicide de masse dans le New York Times en 2006 dans Communications Quarterly[122]. Stephen Kent publie un article sur le peu d'attention porté à la maltraitance physique des enfants malgré des preuves claires dans le cas de plusieurs sectes, y compris la communauté de Jonestown[123]. D'autres chercheurs, comme Kristian Klippenstein et Enrico Pozzi, se penchent sur le vocabulaire utilisé au sein du Temple du Peuple[124]. Enfin, Archie Jr. Smith publie une interprétation africaine-américaine de l'histoire de la secte[125].

En 1989, Thomas Robbins différencie deux vagues principales de la littérature académique sur Jonestown. Sa recherche s'appuie sur les écrits d'histoire et de sociologie et exclut les publication en psychologie et psychiatrie. La première vague se penche sur les rituels et l'organisation de la secte. La seconde vague justifie les actes des membres du Temple du Peuple, expliquant comment ils ont été exclus de la société pendant et après Jonestown et quel attrait le suicide de masse pourrait avoir[M 24]. Une troisième vague apparaît dans les années 1990 : elle s'appuie sur les études de genre et ethniques, par exemple avec la publication d'un livre sur la place des femmes dans le Temple du Peuple par Mary Maaga[M 25].

Théories du complot[modifier | modifier le code]

Un problème majeur de l'étude des faits et de la vie au sein du Temple du Peuple est qu'avec la mort des fidèles, les témoignages exploitables sont en très grande majorité fournis par le groupe militant des Concerned Relatives : il est possible que les éléments recensés n'expriment donc pas les côtés positifs de la vie de la secte avec l'importance qui leur revient[H 73].

Dick Gregory exprime une hypothèse selon laquelle des commandos de la CIA et du FBI ont tué les habitants de Jonestown pour remplir leurs cercueils d'héroïne de contrebande[H 74].

En 1960, Jim Jones visite Cuba, en 1962, il visite le Brésil, puis il se déplace dans d'autres pays d'Amérique du Sud. Il visite également le Guyana au milieu des années 1965. Jones est expulsé du Brésil pendant la crise des missiles de Cuba pour des activités supposées auprès de la CIA[48]. Une théorie est donc que Jim Jones est un agent de la CIA dont la mission est d'identifier et de regrouper des militants socialistes pour tous les assassiner d'un coup[H 74]. Une variante veut que plutôt que de tuer les socialistes, la CIA ait voulu tuer des progressistes noirs[M 26]. Une autre suggestion est que la CIA ait utilisé un meurtre de masse pour masquer l'assassinat d'un parlementaire considéré nuisible[M 26].

Michael Meiers, auteur de livres sur des théories du complot impliquant la CIA, suggère que Jones est partie prenante au projet MK-Ultra de la CIA sur la manipulation mentale. Un indice cité est qu'il serait difficile, voire impossible, de détenir des sommes d'argent aussi importantes, d'envoyer une énorme quantité d'armes à feu et de transférer des allocations familiales et sociales au Guyana sans aucune aide gouvernementale[48]. Le seul élément confirmé de toutes ces hypothèses est que la CIA a surveillé Jonestown pendant plusieurs mois, voire années[M 9].

Enfin, d'autres théories du complot supposent des tensions entre le gouvernement socialiste guyanien et le gouvernement capitaliste américain. Par exemple, pour certains complotistes, les États-Unis pourraient avoir fait tuer les habitants de Jonestown pour cacher à leur population qu'il est possible de vivre sereinement sans le capitalisme[H 74].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Références générales[modifier | modifier le code]

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Jeff Guinn, The Road to Jonestown[modifier | modifier le code]

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Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

Analyses[modifier | modifier le code]

  • Jacques Gutwirth, « Le suicide-massacre de Guyana et son contexte », Archives de sciences sociales des religions, vol. 47, no 2,‎ , p. 167-187 (DOI 10.3406/assr.1979.2181, lire en ligne [PDF]). 
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Ouvrages généralistes[modifier | modifier le code]

  • Danièle Hervieu-Leger, « Prolifération américaine, sécheresse française », dans Françoise Champion et Martine Cohen, Sectes et démocratie, Paris, Éditions du Seuil, .
  • Nathalie Luca, Les sectes, Éditions Puf, .
  • Jean-Marie Abgrall, Les sectes de l'Apocalypse : gourous de l'an 2000, Paris, Calmann-Lévy, , 302 p. (ISBN 978-2-702-12954-8, OCLC 319881956, notice BnF no FRBNF37035759)

Témoignages[modifier | modifier le code]

  • (en) Kathryn Barbour, Who died on November 18, 1978 in the Jonestown, Guyana mass murder-suicides, Niles, Ohio, Katbard Publishing, (ISBN 9780692328132)
  • (en) Jeffrey Brailey, The Ghosts of November: Memoirs of an Outsider Who Witnessed the Carnage at Jonestown, Guyana, San Antonio, Texas, J & J Publishers,
  • (en) Ethan Feinsod, Awake in a Nightmare. Jonestown: The Only Eyewitness Account, New York, W. W. Norton,
  • (en) Laurie Efrein Kahalas, Snake Dance: Unravelling the Mysteries of Jonestown, New York, Red Robin Press,
  • (en) Phil Kern et Doug Wead, People's Temple, People's Tomb, Plainfield, NJ, Logos International,
  • (en) Phil Kern et Doug Wead, People's Temple, People's Tomb, Plainfield, NJ, Logos International,
  • (en) George Klineman, Sherman Butler et David Conn, The Cult that Died: The Tragedy of Jim Jones and the People’s Temple, New York, G. P. Putnam’s Sons,
  • (en) Laura Johnston Kohl, Jonestown Survivor: An Insider’s Look, New York, IUniverse,
  • (en) Charles Krause, Guyana Massacre: The Eyewitness Account, New York, Berkley Publishing,
  • (en) Mark Lane, The Strongest Poison - How I Survived the Jonestown Guyana Massacre, Dutton, (ISBN 978-0801532061)
  • (en) Mark Lane, Citizen Lane, Chicago, Chicago Review Press, (ISBN 978-0801532061)
  • (en) Deborah Layton, Seductive Poison, Doubleday, (ISBN 0-385-48984-6, OCLC 43461666). Voir et modifier les données sur Wikidata
  • (en) Jeannie Mills, Six Years with God: Life Inside Rev. Jim Jones’s Peoples Temple, New York, A&W Publishers,
  • (en) Rebecca Moore, The Jonestown Letters: Correspondence of the Moore Family 1970-1985, Lewiston, New York, The Edwin Mellen Press,
  • (en) Rebecca Moore, In Defense of Peoples Temple, Lewiston, New York, The Edwin Mellen Press,
  • (en) Timothy Stoen, Marked For Death: My War With Jim Jones the Devil of Jonestown, North Charleston, South Carolina, CreativeSpace Independent Publishing Platform,
  • (en) Bonnie Thielmann et Dean Merrill, The Broken God, Elgin, Illinois, David C. Cook Publishing Co.,
  • (en) Catherine (Hyacinth) Thrash et Marian K. Towne, The Onliest One Alive: Surviving Jonestown, Guyana, Indianapolis, Marian K. Towne,
  • (en) Leslie Wagner-Wilson, Slavery of Faith, New York, IUniverse,
  • (en) Kenneth Wooden, The Children of Jonestown, New York, McGraw-Hill,
  • (en) Yee Min S. et Thomas N. Layton, In My Father's House, New York, Holt, Rinehart and Winston,

Liens externes[modifier | modifier le code]

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