Tegenaria

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Tegenaria
Description de cette image, également commentée ci-après
Classification selon le World Spider Catalog
Règne Animalia
Embranchement Arthropoda
Sous-embr. Chelicerata
Classe Arachnida
Ordre Araneae
Sous-ordre Araneomorphae
Famille Agelenidae

Genre

Tegenaria
Latreille, 1804

Synonymes

  • Trichopus Templeton, 1834
  • Drassina Grube, 1861
  • Mevianops Mello-Leitão, 1941
  • Philoicides Mello-Leitão, 1944

Tegenaria est un genre d'araignées aranéomorphes de la famille des Agelenidae[1].

En français, elles sont pour certaines appelées tégénaires (nom féminin)[2]. Cependant des espèces parfois appelées tégénaires appartiennent aux genres Aterigena, Eratigena ou Malthonica[3].

Distribution[modifier | modifier le code]

Les espèces de ce genre cosmopolite se rencontrent en zone paléarctique sauf Tegenaria chiricahuae aux États-Unis, tandis que Tegenaria domestica, Tegenaria pagana et Tegenaria parietina sont pratiquement cosmopolites[1]. Les espèces indomalaises sont d'affinités génériques incertaines pour Bolzern, Burckhardt et Hänggi en 2013[4].

Sur les 130 espèces de tégénaires connues au monde (Tegenaria, Aterigena, Eratigena et Malthonica), environ 70 peuvent être trouvées en Europe[5]. Avec un total de 83 espèces décrites, Tegeneria est le genre le plus diversifié en Europe, bassin dont elle est probablement originaire[6].

Habitat[modifier | modifier le code]

Ces araignées occupent des habitats variés : pelouses, milieux ouverts, micro-habitats rudéraux. Certaines sont devenues synanthropes (araignées domestiques)[7].

Description[modifier | modifier le code]

Ce mâle Tegenaria porte des bulbes copulateurs au bout de ses pédipalpes.

Généralités[modifier | modifier le code]

Ces araignées, de couleur brun foncé à noire, mesurent de 20 à 25 mm pour les plus grandes espèces ; avec les pattes, elles mesurent environ 5 cm, et jusqu'à 10 cm.

Le mâle adulte se reconnaît à la présence d'organes d'accouplement, appelés bulbes copulateurs, situés au bout des pédipalpes.

Malgré leur taille, elles sont inoffensives pour les êtres humains. Bien que leurs chélicères soient imposantes, les crochets à l'extrémité de ces tiges sont rarement assez puissants pour pénétrer l'épiderme humain et elles préféreront généralement s'enfuir ou faire le mort. Même menacées ou acculées, elles ne sont pas agressives. Leurs très rares morsures ne sont pas douloureuses[8],[9]. Dans l'imaginaire collectif, la morsure de la Tégénaire des champs provoquerait des nécroses tissulaires[10].

Cette jeune Tegenaria sp. a perdu une patte (phénomène d'autotomie), qui pourra repousser partiellement avec les prochaines mues.

Détermination[modifier | modifier le code]

Les toiles des tégénaires sont très repérables en forme de nappe plus épaisse reliée à un entonnoir qui sert de retraite attenante.
Une tégénaire domestique mâle, observée dans une boite en matière plastique. L'absence de scopule ne lui permet pas d'adhérer à des surfaces lisses et de remonter.

Outre les tailles, formes et couleur du corps et des organes (filière, bulbe copulateur), un des critères diagnostiques est le motif de la face sternale du céphalothorax (équivalent du sternum chez l'araignée)[11] ainsi que le motif des dessins abdominaux fins (tache cardiaque, folium, rangs de taches reliés par des chevrons) qui varient selon les espèces et sous-espèces[12]. Comme les Agelena, elles tissent des toiles (constituées d'une nappe de soie irrégulière et très dense, et d'un entonnoir qui mène à la retraite) parallèlement au sol, souvent dans les buissons ou sur les rebords de fenêtres, mais se distinguent de ces dernières par leur tête, équipée de huit yeux disposés sur deux rangées horizontales nettement procurvées (concaves). Elles se distinguent aussi des Lycosidae équipées de trois rangées d'yeux, une pour les quatre petits yeux antérieurs, une autre pour les deux gros yeux postérieurs et une dernière, au milieu des deux autres, pour deux autres yeux, les quatre yeux postérieurs formant une ligne récurvée[13]. Affectionnant les recoins chauds, ces arachnides sont pratiquement aveugles mais perçoivent les vibrations les plus minimes. Certaines espèces synanthropes font partie des araignées domestiques que l'on rencontre le plus souvent dans les baignoires ou les éviers des maisons car elles n'arrivent pas à escalader des parois aussi lisses.

Cependant, les critères différentiels ne sont pas assez constants pour distinguer à l'œil nu plusieurs tégénaires, et nécessitent l'observation au microscope des organes génitaux (bulbe copulateur ou épigyne )[7].

Venin[modifier | modifier le code]

Bien que les tégénaires soient inoffensives, l'imaginaire collectif, nourri par l'arachnophobie et relayé par la presse qui verse dans le sensationnalisme, rapporte des cas de tégénarisme, envenimation nécrosante due à la Tégénaire des champs[14],[15].

Liste des espèces[modifier | modifier le code]

Selon World Spider Catalog (version 22.5, 12/12/2021)[16] :

Selon World Spider Catalog (version 20.5, 2020)[17] :

Systématique et taxinomie[modifier | modifier le code]

Le genre Tegenaria a été décrit par le naturaliste français Pierre-André Latreille en 1804[18], son espèce type est Tegenaria domestica (Clerck, 1757).

La définition et la composition des genres Aterigena, Eratigena, Malthonica et Tegenaria a été revue par Bolzern, Burckhardt et Hänggi en 2013[4]. Les nombreuses espèces qui avaient été placées dans le genre Malthonica par Guseinov, Marusik et Koponen en 2005[19] ont été déplacées vers Tegenaria. La plupart des espèces néarctiques ont été transférées dans le genre Eratigena par Bolzern et Hänggi en 2016[20].

Médecine magique et traditionnelle[modifier | modifier le code]

L'automédication basée sur des pratiques magiques tient une place de choix dans les modes thérapeutiques de la médecine antique. Au IVe siècle av. J.-C., Aristote préconise d'avaler des araignées séchées pour guérir de la fièvre et de maladies. Cette cure avec des araignées séchées ou vivantes est recommandée en Europe jusqu'au XIXe siècle, avec en premier chef les tégénaires réputées guérir de nombreux maux (verrues, maux d'oreille, maladies de la peau, paludisme, asthme, maladies gynécologiques, hystérie, toux, affections rhumatismales…) et avoir des vertus aphrodisiaques[21]. Leur utilisation en médecine traditionnelle se poursuit à ce jour[21].

Étymologie[modifier | modifier le code]

Tegenaria est issu du latin tegetarius (« fabricant de couverture », de tegere « couvrir » , qui appartient à une racine indo-européenne °steg à laquelle se rattachent toge, tuile, et les composés protéger, détecter), en référence à la toile d'araignée en nappe que construit la Tégénaire domestique, le représentant emblématique de cette famille[2].

Publication originale[modifier | modifier le code]

  • Latreille, 1804 : « Tableau méthodique des Insectes. » Nouveau Dictionnaire d'Histoire Naturelle, Paris, vol. 24, p. 129-295.

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b WSC, consulté lors d'une mise à jour du lien externe
  2. a et b Petit Larousse illustré en couleurs, Larousse, , p. 994.
  3. Bolzern, Hänggi & Burckhardt, 2008 : « Funnel web spiders from Sardinia: Taxonomical notes on some Tegenaria and Malthonica spp. (Araneae: Agelenidae). » Revue Suisse de Zoologie, vol. 115, no 4, p. 759–778 (texte intégral).
  4. a et b Bolzern, Burckhardt & Hänggi, 2013 : « Phylogeny and taxonomy of European funnel-web spiders of the Tegenaria-Malthonica complex (Araneae: Agelenidae) based upon morphological and molecular data. » Zoological Journal of the Linnean Society, vol. 168, p. 723-848.
  5. Peter Jäger & Christine Rollard, « L’Araignée européenne de l’Année 2008 Araignée des maisons – Tegenaria spp », sur european-arachnology, .
  6. Bolzern, Crespo & Cardoso, 2009 : « Two new Tegenaria species (Araneae: Agelenidae) from Portugal. » Zootaxa, no 2068, p. 47-58.
  7. a et b (en) Lawrence Bee, Geoff Oxford et Helen Smith, Britain's Spiders : A Field Guide, Princeton University Press, (lire en ligne), p. 246-242
  8. Vetter & Isbister, « Do Hobo Spider Bites Cause Dermonecrotic Injuries? », Annals of Emergency Medicine, vol. 44, no 6,‎ , p. 605-607 (lire en ligne)
  9. (en) Philip Wexler, Encyclopedia of toxicology, Elsevier, , p. 76.
  10. (en) Vest, « Protracted reactions following probable hobo spider (Tegenaria agrestis) envenomation », American Arachnology, vol. 48,‎ , p. 10
  11. Dessins des sternums de tégénaires
  12. exemple : page illustrée de l'université rhénane Frédéric-Guillaume de Bonn
  13. Alain Canard, Christine Rollard, À la découverte des Araignées. Un guide de terrain pour comprendre la nature, Dunod, (lire en ligne), p. 67 et 118
  14. (en) Geoffrey K. Isbister, « Necrotic arachnidism: the mythology of a modern plague », The Lancet, vol. 364, no 9433,‎ , p. 549–553 (DOI 10.1016/S0140-6736(04)16816-5).
  15. Marcel Cruveillier, « Des Araignées en Limousin », Annales Scientifiques du Limousin, t. 25,‎ (DOI 10.25965/asl.880, lire en ligne).
  16. WSC, consulté le version 22.5, 12/12/2021
  17. (en) Dunlop, Penney et Jekel, « A summary list of fossil spiders and their relatives » (version 20.5), dans World Spider Catalog, Musée d'histoire naturelle de Berne, 2020.
  18. Latreille, 1804 : « Tableau méthodique des Insectes. » Nouveau Dictionnaire d'Histoire Naturelle, Paris, vol. 24, p. 129-295.
  19. Guseinov, Marusik & Koponen, 2005 : « Spiders (Arachnida: Aranei) of Azerbaijan 5. Faunistic review of the funnel-web spiders (Agelenidae) with the description of a new genus and species. » Arthropoda Selecta, vol. 14, no 2, p. 153-177 (texte intégral).
  20. Bolzern & Hänggi, 2016 : « Revision of the Nearctic Eratigena and Tegenaria species (Araneae: Agelenidae). » Journal of Arachnology, vol. 44, no 2, p. 105-141.
  21. a et b (en) Stoy A. Hedges et Mark S. Lacey, Field Guide for the Management of Urban Spiders, Franzak & Foster, , p. 41